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Interview   

Le dernier challenge de Soilwork décortiqué avec Björn « Speed » Strid


Soilwork fait partie des grand groupes, en termes qualitatifs, qu’ont apporté les années 2000 au metal, produisant de 2001 à 2005 quatre chefs-d’œuvre. L’espoir de la fin des 90’s et du début des années 2000 s’est aujourd’hui changé en valeur sûre des années 2010. Malgré les départs ces dernières années des guitaristes Peter Witchers et Ola Frenning, deux façonneurs importants du son Soilwork, ce dernier est parvenu à conserver non seulement un certain niveau de qualité dans ses albums mais également la personnalité de sa musique. The Living Infinite, nouvel album du sextet, en deux disques, en apporte la preuve éclatante. Un vrai tour de force qui balaie les doutes quant aux capacités du groupe à se surpasser à nouveau. Un album qui offre aussi un éventuel point de départ sur l’avenir d’un line-up que l’on espère enfin stabilisé.

The Living Infinite, on en parle ci-après avec le très agréable chanteur Björn « Speed » Strid. Un chanteur qui, après avoir eu pour coach-vocal ni plus ni moins que Devin Townsend, est aujourd’hui établi comme l’un des grands chanteurs du metal contemporain.

« Nous avions besoin d’un nouveau défi. Nous avons déjà sorti beaucoup d’albums, alors il fallait faire plus que sortir 11 nouvelles chansons. »

Radio Metal : The Living Infinite est un double album. Était-ce prévu dès le départ ou étiez-vous particulièrement inspirés ?

Björn « Speed » Strid (chant) : C’était intentionnel dès le départ. C’était l’idée. Nous voulions faire quelque chose de plus grand, de plus épique et nous avions besoin d’un nouveau défi. Nous avons déjà sorti beaucoup d’albums, alors il fallait faire plus que sortir 11 nouvelles chansons. J’ai proposé l’idée aux autres membres du groupe en 2011, pendant la période des festivals d’été. J’avais même déjà le titre, The Living Infinite. Ils ont été intrigués, dans un sens positif, mais un peu sceptiques quant à la façon dont nous pouvions écrire autant de chansons. Nous ne pouvions pas faire de compromis : si nous avions l’équivalent d’un très bon disque et que le reste ne tenait pas la distance, ça n’allait pas le faire. Mais très vite après avoir commencé à écrire, nous nous sommes rendus compte que la créativité était exceptionnelle. Chaque membre du groupe s’est mis à écrire des chansons, ce qui était une garantie de diversité. Nous étions très satisfaits de la situation et ça nous a mis en confiance. Nous sommes donc partis dans cette voie dès le début. Tout est allé très vite, nous avons écrit toutes les chansons en huit mois. Nous sommes entrés en studio avec un total de 26 titres. C’est plutôt impressionnant d’écrire autant de chansons !

Un double album est généralement un concept-album tournant autour d’une histoire ou d’un thème principal. Que peux-tu nous dire concernant le sujet de cet album ?

C’est effectivement assez conceptuel. Le titre traite de questions et problèmes existentiels. Le titre, The Living Infinite, vient de la description que Jules Verne fait de l’océan : il parle « d’infini vivant ». J’aime beaucoup cette description, je la trouve très cool. Ça correspond très bien à la thématique principale de l’album, qui est très existentielle. Nous voulions aussi un côté nautique, océanique, sur la pochette. J’ai grandi près de la mer et je vis toujours à proximité. Chaque fois que je regarde l’océan, je commence à réfléchir à ces sujets. En même temps, ça me calme.

Aujourd’hui, les maisons de disques semblent réticentes à l’idée de sortir des doubles albums. Certains groupes sont ainsi obligés de sortir ce qui était à l’origine conçu comme un double album sous forme d’édition limitée, avec une version simple pour la sortie classique. Quelle a été la réaction de votre label quand vous avez eu l’idée de ce projet ? Vous ont-ils déconseillé de vous lancer là-dedans ?

Non, c’était même tout le contraire ! Ils ont aimé l’idée dès le départ. Ils nous ont dit : « C’est très courageux, mais c’est une idée cool. Ça sortira du lot ». C’est le premier double album de l’histoire du death metal mélodique, ce que je trouve génial.

The Living Infinite possède toute la diversité de The Panic Broadcast et va même au-delà. Puisqu’il s’agit d’un double album, peut-on considérer The Living Infinite comme un résumé exhaustif de ce qu’est Soilwork ?

Oui, bien dit ! C’est exactement ce que je ressens. Je pense que nous faisions allusion à ce qui allait venir sur Panic Broadcast, mais aujourd’hui, tout est beaucoup plus logique. Plutôt que de sortir un best-of, nous avons fait un double album qui résume notre histoire. C’est bien à ça que ça ressemble. En même temps, j’ai le sentiment que c’est un album très mature, même si je déteste ce mot ! Il est très solide, passionné et authentique. On s’est tellement amusés à l’enregistrer. Et puis nous avons beaucoup évolué en tant que compositeurs. Nous savons comment mieux nous exprimer.

« Nous avons toujours voulu développer notre son, nous surprendre nous-mêmes et surprendre nos auditeurs. »

D’une certaine façon, musicalement, les deux parties de l’album font penser à deux albums distincts, dans le sens où « Whisper And Light » ressemble à une conclusion et où l’instrumental « Entering Aeons » donne l’impression d’un nouveau départ. Cette séparation était-elle voulue, ou est-ce arrivé par hasard ?

Non, ce n’était pas vraiment voulu. Je vois ce que tu veux dire : le deuxième disque a un côté plus sombre. Tu as raison, « Entering Aeons » ressemble vraiment au début de quelque chose de neuf, de plus sombre. C’est dû à la façon dont Dirk a organisé les chansons. Quand j’ai écouté l’ensemble pour la première fois, je me suis dit : « Wow, il a mis cette chanson ici ? Je ne m’attendais pas à ça ! » Mais je trouve qu’il a fait un excellent boulot. Même s’il s’agit d’un seul album, d’une unité, ça ne me dérange pas que les deux disques fassent passer des choses différentes. L’ensemble reste cohérent.

La plupart des fans considèrent les quatre albums allant de A Predator’s Portrait à Stabbing The Drama comme le sommet de la carrière de Soilwork. Avec chacun de ces albums, le groupe faisait un pas en avant en apportant de nouveaux éléments et de nouvelles orientations au son de Soilwork. C’est moins évident depuis Sworn To A Great Divide. Dirais-tu que, jusqu’à Stabbing The Drama, le groupe tâtait le terrain pour trouver son style, et qu’aujourd’hui celui-ci est plus ou moins arrêté ?

C’est un peu le sentiment que j’ai, oui. Nous n’aurions jamais pu faire le même album deux fois de suite, de toute façon, mais nous avons toujours voulu développer notre son, nous surprendre nous-mêmes et surprendre nos auditeurs. Mais ça prend du temps. Il a fallu grandir en même temps qu’un groupe que j’ai fondé quand j’avais 17 ans. Ça a un impact sur le son, et sur qui on est en tant que personne.

Cette fois, l’album a été produit par Jens Bogren. En fait, chaque album de Soilwork depuis Natural Born Chaos a eu un producteur différent. Le groupe a même tenté l’aventure de l’autoproduction pour Figure Number Five. Cela veut-il dire que vous n’avez jamais été satisfaits de la production ou que voulez-vous simplement faire quelque chose de neuf à chaque fois ?

Je dirais que nous voulions tester de nouvelles choses. Nos deux premiers albums ont été enregistrés à Studio Fredman, et puis nous avons voulu passer à autre chose. C’était une question d’expérimentation. Mais cette fois, je pense que nous avons fait ce que nous pouvions faire de mieux : rester dans le même studio depuis le moment où nous avons commencé à concevoir l’album. Nous avons vécu dans le studio tous ensemble pendant deux mois, à l’ancienne. Tout a été produit dans le même studio. Il nous aura fallu du temps pour trouver ce qu’il y avait de mieux pour le groupe. C’est une très bonne recette pour l’avenir.

C’est la deuxième fois que Peter Wichers quitte le groupe. C’est pour de bon, cette fois ?

Oui, c’est pour de bon. Nous avons fini par comprendre que c’était inévitable. Il est beaucoup plus à l’aise dans le rôle du père de famille avec un boulot normal et stable, qui fait de la musique sur son temps libre. Nous avons essayé, mais il a fini stressé et déprimé parce qu’il était loin de chez lui. C’est mieux avec David Anderson qui veut vraiment tourner et qui se montre passionné par le groupe. C’est une situation gagnant/gagnant. La première fois que Peter et parti, c’était difficile. C’était très triste, surtout d’un point de vue personnel. Mais cette fois, je l’avais vu venir. Dès que nous avons commencé à tourner, je l’ai senti. Nous étions tous préparés. David Anderson nous a rejoint en tant que guitariste de session à l’occasion de la tournée pour Panic Broadcast, même s’il ne pouvait pas tourner autant que nous l’aurions souhaité, parce que Peter faisait des allers et retours dans le groupe.

« Communiquer, être unis, c’est vraiment important. »

Pendant longtemps, Peter a été le principal compositeur de Soilwork. J’imagine que son premier départ a soulevé beaucoup de questions pour le groupe, et en particulier au niveau du processus de composition. Comment comparerais-tu ce deuxième départ au premier, en termes d’impact pour le groupe et pour votre état d’esprit ?

Lorsque Peter est parti pour la première fois, nous avons écrit Sworn To A Great Divide. La différence, c’est que la communication au sein du groupe n’était pas la même. Il n’y avait plus la même joie, c’était plus forcé. Il y avait vraiment une grande différence. Aujourd’hui, l’ambiance est géniale et il y a une excellente communication. J’espère que le public l’entendra. Il y a beaucoup de joie derrière cet album.

Et comme tu l’as déjà dit, tout le monde compose désormais.

Oui. Communiquer, être unis, c’est vraiment important.

Avez-vous cherché ou auditionné d’autres guitaristes après le départ de Peter, ou avez-vous immédiatement pensé à engager David Anderson ?

Nous le connaissons depuis 2006. Il a fait deux tournées avec nous en Amérique du Nord, ainsi qu’au Japon et en Australie. Il connaît bien les membres du groupe, ainsi que notre son. C’était un choix naturel. En plus, il faisait déjà partie du groupe pendant les festivals d’été, lorsque j’ai annoncé l’idée du double album, donc il était de la partie depuis le début. C’était une étape naturelle.

Cet album est le premier avec David Andersson. Qu’a apporté le fait qu’il connaissait déjà la musique ?

Je pense que ça a beaucoup joué. Tout d’abord, il faut être une personne et un musicien très spécial pour avoir sa place dans Soilwork. David est l’un des rares guitaristes avec qui je me voyais continuer Soilwork. Le fait qu’il soit fan du groupe depuis le début, et qu’il ait joué avec beaucoup de groupes dans beaucoup de styles différents, a aussi eu un rôle important. Je dirais qu’il a injecté beaucoup de sang neuf dans notre son. Il apporte une touche mélancolique à ses mélodies. Il y a quelque chose de spécial là-dedans, qui correspond parfaitement à Soilwork. Je pense que nous avons à nouveau un son scandinave. Nous avions un peu perdu cet élément après Stabbing The Drama, d’une certaine façon. Cette influence de la mélancolie suédoise était au cœur du son de Soilwork.

Pourquoi penses-tu que vous l’avez perdu ?

Peter était très influencé par la scène américaine. Je pense qu’il a injecté cet élément dans le groupe. Je ne dirais pas que c’est nécessairement une mauvaise chose. Je trouve simplement que le groupe avait perdu la mélancolie sur laquelle il se basait depuis le début.

L’année dernière, tu as sorti un album complètement différent, plus orienté rock classique, avec The Night Flight Orchestra. Ce projet a-t-il eu un impact sur le nouvel album de Soilwork ?

David fait aussi partie du groupe. C’était assez intéressant de passer d’un enregistrement rock classique en janvier dernier à la composition pour Soilwork, à l’entrée en studio à la fin du mois d’août et à l’enregistrement d’un double album metal ! Ça nous a inspirés. Nous avons eu l’occasion de tisser un lien en studio. Je pense que j’ai aussi rapporté ce que j’avais développé en studio. Pour moi, enregistrer ce type de chant était très nouveau. J’ai pris confiance en moi et j’ai ramené ça en studio avec Soilwork.

« Je pense que nous avons à nouveau un son scandinave. Nous avions un peu perdu cet élément après Stabbing The Drama, d’une certaine façon. »

The Night Flight Orchestra est une très bonne surprise. Penses-tu que le groupe sortira d’autres albums à l’avenir ? À quoi peut-on s’attendre ?

David affirme qu’il a déjà écrit tout le deuxième album ! (rires) Je ne sais pas où il a trouvé le temps de le faire. On verra. Peut-être que ce n’étaient que des mots et qu’il était simplement bourré ! Mais nous avons prévu un deuxième album, c’est certain. Il faudra juste trouver le temps, quand nous ne tournerons plus pour Soilwork.

Il faut donc considérer Night Flight Orchestra comme un vrai groupe et pas seulement comme un side-project ?

C’est bien un groupe, mais évidemment, on ne peut pas tourner comme des fous. Mais c’est un groupe, même si c’est plus du divertissement. Nous n’avons pas l’ambition de devenir ce que Whitesnake était dans les années 70 ! C’est une bonne coupure avec le metal.

Justin Sullivan de New Model Army apparaît sur cet album. Tu es depuis longtemps un grand fan de New Model Army et de la voix de Justin. Cette collaboration a dû être un rêve, pour toi !

C’était incroyable ! Je l’ai rencontré en 2009. On a discuté pendant un bon moment et je lui ai raconté mon histoire, pour ainsi dire. Il sait très bien écouter et nous avons eu une conversation intéressante. J’ai obtenu son adresse e-mail. Quand j’ai écrit les paroles de « The Windswept Mercy », ça m’a fait penser à New Model Army. Je pouvais entendre la voix de Justin sur le couplet, et peut-être nos deux voix sur le refrain. J’ai décidé de lui envoyer un mail pour lui demander s’il était intéressé. Il a mis à peine dix minutes pour répondre que oui, ce serait cool ! Je lui ai envoyé la chanson et il a dit : « C’est une chanson curieusement belle, Björn ». Je me suis dit : « Wow ! » Il était en studio à Londres avec New Model Army, donc il a enregistré son chant là-bas. Par la suite, je l’ai écouté au casque – rien que sa voix, rien d’autre, qui chantait mes paroles. C’était dingue. Et le résultat est plutôt cool !

Avez-vous pensé à monter un projet ensemble ?

Avec Justin ? Wow, j’adorerais ! (rires) Non, nous n’en avons pas parlé. Mais qui sait ce qui peut se passer à l’avenir ! Ce serait le rêve absolu. Wow !

Devin Townsend a joué un grand rôle dans Soilwork, car il a travaillé avec toi en tant que coach et producteur vocal. Peut-on s’attendre à vous voir collaborer à nouveau ?

Je lui en ai parlé. Mais c’était à l’époque où il buvait encore, alors je ne sais pas trop. Il avait l’air intéressé, mais en ce moment, il est très, très occupé. Je ne vois pas l’idée se concrétiser de sitôt, mais ce serait un projet intéressant. Plutôt qu’un album de guitaristes, on pourrait faire un album de chanteurs.



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