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CR De Festival    Live Report   

Le Fall Of Summer à l’épreuve du temps


Depuis 2014, le Fall Of Summer est l’événement qui conclut la saison des festivals metal de l’été. Avec ses trois premières éditions, le festival a su se forger une réputation positive : celle d’un festival de passionnés pour un public de spécialistes. Car si les années précédentes le Fall Of Summer a accueilli des noms comme Satyricon, Paradise Lost ou Abbath que le commun des metalleux peuvent connaître, l’équipe a également déniché quelques pépites comme Sabbat, Grim Reaper ou Goblin l’année passée.

Et cette année encore, l’affiche avait son lot d’exclusivités et de dépucelage hexagonal… Et même de résurrections. Des noms mythiques qui feront saliver les amateurs et promettent un voyage à travers l’Histoire du metal, toujours dans un cadre atypique que les habitants de la capitale commencent à connaître.

Evénement : Fall Of Summer
Date : 8-9 septembre 2017
Ville : Torcy (77)

Ça joue dans le sable pendant Orange Goblin

Depuis 2014, le cadre en lui-même n’a pas fondamentalement changé. Le site est divisé en deux scènes avec la Sanctuary Stage sur bitume et la Blackwaters Stage sur une plage avec vue sur le lac en arrière-plan, le tout séparé par une grande colline sur laquelle on peut se reposer tout en ayant une vue d’ensemble sur la Blackwaters Stage. Et si cela peut paraître anecdotique pour certains, ces scènes apportent véritablement une âme au site et imposent une atmosphère particulière à certaines prestations scéniques comme nous le détaillerons dans les prochaines lignes. Le site est visuellement très agréable et la circulation est globalement bonne (évidemment plus difficile pour les têtes d’affiches du samedi soir). On se plairait même à se perdre dans ce vaste camping pour un festival qui se veut plutôt intimiste avec ces nombreux arbres. D’ailleurs, c’est précisément là que le Fall Of Summer marque sa spécificité : il ne s’agit pas d’un simple site posé sur un champ. Peu de choses semblent improvisées sur l’agencement du site.

Concernant les points de restauration : la variété est de mise. De la « torcyflette », des burgers, des wraps, des crêpes, et également un stand pour nos amis végétariens. Pareillement pour les boissons, la bière est bonne et assez variée pour un festival de cette taille ce qui change de ce qui est proposé habituellement lors des fests de taille moyenne. Aussi ces points de rassasiements sont dispersés sur l’ensemble du site, évitant de faire des bornes inutiles. Pour ce qui est du reste des infrastructures : il y a plusieurs points d’eau sur le site et le camping (ainsi qu’un coin douche nommé Fall Of Shower car il n’y a pas qu’à Radio Metal que nous aimons les jeux de mots), ainsi que des toilettes chimiques – et même si celles-ci sont loin d’être les préférées des festivaliers, elles resteront dans l’ensemble assez propres malgré les quelques problèmes de boues qui surviendront. Petit bémol en revanche sur les dispositifs PMR qui semblent un peu trop éloignés des scènes, rendant une visibilité de la scène assez restreinte et une qualité de son moyenne.

Un grand espace de merch avec pas mal de stands sera un peu plus excentré, proposant là aussi une diversité appréciable pour un festival à taille humaine et qualifié de « spécialisé ». Ce qui nous amène d’ailleurs à évoquer le public en faisant, reconnaissons-le, du délit de faciès (ou de vestes à patchs). En effet, ce n’est pas les t-shirts Metallica, Rammstein ou Black Sabbath qui font l’unanimité comme dans les festivals metal plus généralistes. On y verra par exemple davantage des groupes aux styles plus spécifiques avec des sweats In The Woods…, Oranssi Pazuzu ou autre Mantar, et bien évidemment une prédominance pour la scène extrême. Si l’ambiance n’oublie pas d’être conviviale, elle est aussi assez sérieuse. Sans rentrer dans un discours puriste (mais un peu quand même), les comportements « inadaptés » dans la fosse vis-à-vis de ce qui se fait sur scène se feront plus rares. Ils existent, certes, mais ils seront plus anecdotiques. A titre d’exemple, ceux qui ne supportent pas de voir un festivalier déguisé en poule pogoter avec conviction sur du doom se sentiront davantage dans leur élément dans ce festival. Alors, juste de la musique pure et aucun fun, c’est ça l’esprit Fall Of Summer ? Evidemment que non. Mais puisque tous les éléments semblent réunis pour savourer au mieux la musique, consacrons-nous maintenant véritablement à ce point-là.

Au-Dessus

Le site n’est pas accessible aux festivaliers avant 11H30. La première bousculade dans le running order démarre au premier concert qui débutera à 12H au lieu d’11H45 mais cela est assez anecdotique puisque les retards se rattraperont assez rapidement sans pour autant que les groupes jouent simultanément. Le ciel est bien couvert et les vestes sont de sortie car il ne fait pas bien chaud en ce début du mois de septembre et l’automne semble déjà installé à Torcy. Et ça, ce n’est que le début de la journée…

Les Lituaniens d’Au-Dessus ont la lourde tâche d’ouvrir la Blackwaters Stage et accessoirement les festivités du Fall Of Summer 2017. Les recrues du label français Les Acteurs de l’Ombre ont sorti cette année l’album End Of Chapter, un disque tout à fait prometteur. Cette première date en France depuis la sortie de leur opus est donc une étape importante pour le groupe attendu au tournant par pas mal de curieux. Les quatre musiciens entrent en scène capuchonnés et indifférenciés entre eux, rappelant d’emblée la mise en scène de Mgła ou des Français de The Great Old Ones. Les artistes sont également assez statiques, laissant place à une atmosphère sombre et mystérieuse pour des mélodies post-black qui se veulent à la fois introspectives et chaotiques. L’audience (assez nombreuse pour un concert d’ouverture) est tout aussi immobile et contemplative que la prestation des Lituaniens. Le son présente quelques parasites mais s’améliorera progressivement, les basses surplombent parfois les guitares mais malgré cela, la performance fonctionne et les spectateurs semblent accrocher – surtout sur les cassures rythmiques qui sont d’une efficacité indéniable. C’est également avec ce premier concert que l’on peut constater l’importance du cadre : en effet la vue sur le lac, le soleil caché derrière de vastes nuages, et le léger vent frais apportent une saveur particulière à l’atmosphère dégagée par le groupe, celle-ci s’avérant tout à fait propice au registre musical exploité. Les musiciens quittent la scène comme ils sont arrivés, sans regard vers le public (keep it trve), après un bon set de 45 minutes. Et même s’il y a forcément une impression de déjà-vu en ce qui concerne la mise en scène, ce premier concert se glisse d’ores et déjà dans le palmarès des meilleures prestations de l’édition 2017.

Hideous Divinity

Il est nettement plus difficile d’affirmer cela pour les Italiens d’Hideous Divinity qui seront donc les premiers à fouler les planches de la Sanctuary Stage… Le groupe fait office de remplaçants de dernière minute suite aux dernières annulations, jouant sur la tournée de Cattle Decapitation et Broken Hope également à l’affiche du Fall Of Summer. Le combo de brutal death technique commence son set à 12H50 sans préavis et de manière bien frontale devant un public assez épars et qui s’avérera peu réceptif en début de set. Mais la mise en scène assez classique, pour ne pas dire banale, ainsi qu’un son très peu précis ne contribueront pas à faire gagner l’attention du public. Les membres du combo tous vêtus de la même chemise à l’effigie de leur groupe se donnent pourtant de la peine pour délivrer un set percutant, mais même les breakdowns paraîtront très mollassons et le son de la caisse claire deviendra rapidement insupportable. Saluons tout de même la prestance du chanteur Enrico « H. » Di Lorenzo qui essayera de faire le show et communiquera avec le public en faisant quelques touches d’humour en évoquant son pays natal à coup de « ananas pizza » et en aspirant son micro tout en growlant… Et s’il y a quelques furtifs pogos en fin de set, les premières gouttes qui tombent font fuir une partie du public avant la conclusion. Ce n’était pas le bon jour pour les Italiens, à voir si les conditions indoor leur réussissent mieux. Alors rendez-vous le 12 novembre au Klub !

C’est donc sur une pluie fine et un sample d’entrée posant une ambiance bien sombre qu’à 13H30 pétante se pointe le premier groupe français de l’édition 2017 sur la Blackwaters Stage, Necrowretch. Une formation qui évolue autour de thématiques satanistes dans un death metal aux relents blackisant, faisant fatalement penser à un Deicide par exemple. Si la mise en scène reste là aussi assez convenue, on notera que seul le batteur est maquillé et ses yeux exclusivement blancs sont du plus bel effet pour imager la possession du seigneur des ténèbres… Car c’est bien lui qui guide la performance, le chanteur/guitariste et leader du groupe invoquant le public à coup de « Satan ! » et de « are you ready for satanic death metal? »

Necrowretch

Au passage, l’utilisation de l’anglais pour un groupe rhône-alpin jouant dans la région parisienne peut légèrement prêter à sourire, n’ayant pas forcément besoin d’utiliser la langue de Shakespeare pour être crédibles sur scène. D’ailleurs le fait que la masse soit réunie dans la fosse malgré les premiers caprices météorologiques le prouve et le combo le rend bien avec ses compositions au parfum old-school avec malgré tout des enchaînements death résolument modernes et d’une efficacité incontestable. Le son est correct et s’arrangera au fur à mesure, et même le petit problème technique de guitare qui fera s’absenter le second guitariste quelques instants ne ternira pas la prestation réussie. Et même si nous évoquions en introduction de cet article un public sérieux, un lourdo criera quand même un petit « à poil » parce que c’est un groupe français, et un autre spectateur fera un geste politique complètement hors contexte sous prétexte que la musique se veut subversive… Non, le public parfait n’existe pas.

Broken Hope

Ce vendredi très axé death metal se poursuit avec Broken Hope sur la Sanctuary Stage. Le backdrop à l’effigie du dernier album Mutilated And Assimilated paru en juin dernier annonce la couleur : les Américains aiment le gore. Si on peut noter un léger problème de son en début de set, celui-ci sera globalement bon sur l’ensemble de la performance. Le combo a tout du groupe de death metal américain classique, que ce soit dans l’esthétique ou dans la musique qui se veut plus grasse que technique. Alors on pourrait être légèrement tatillon et dire que ça sent légèrement le réchauffé et que le tout tourne un peu en rond, mais impossible de nier que la recette marche. En illustre ce public qui s’énerve progressivement, et il faut bien avouer que les pogos sur le béton renvoient quelque chose d’assez badass. Même les spectateurs moins agités qui se reposent dans l’herbe headbangent frénétiquement au rythme de ce gore death. La prestation s’achève vers 15H le temps d’un circle pit, histoire de se chauffer un peu les jambes avant l’arrivée de Cattle Decapitation visiblement bien attendus sur cette scène…

Grave Digger

Si le heavy à son importance au Fall Of Summer, cela veut dire que Grave Digger est à sa juste place. Les Allemands sont bien connus dans le milieu, et même si le pantalon de Chris Boltendahl fait penser à un bouffon du moyen-âge, le thème se penche plus vers l’horrifique. Le set des Allemands est même ouvert par un squelette drapé de noir qui leur servira après de claviériste. Le concert est réglé comme une horloge, les déplacements et jeux de scènes sont bien divertissants et ne sont pas trop clichés. Néanmoins, c’est musicalement que l’on peut avoir du mal. Sans remettre en cause toute la scène du heavy metal, ni les compositions du groupe, le chant de Chris semble loin derrière nous. Le titre « Excalibur » ne sonnera pas aussi épique qu’en studio malheureusement. Un fait qui n’empêche en tout cas pas le public d’apprécier la prestation de ces légendes du genre, qui malgré le peu de nouvelles qu’ils donnent, ont sortis en janvier un dix-huitième album. Cela faisait plus de six ans que Grave Digger n’était pas venu en région parisienne, l’accueil du public fut donc à la hauteur de cette attente.

Si le Klub se souvient encore de leur performance, ceux n’ayant pas eu cette chance peuvent enfin avoir leur set de rattrapage ! Cattle Decapitation est un groupe qui se bonifie avec l’âge, proposant une musique de plus en plus explosive et impressionnante. C’est lourd et léger, rapide et lent car Cattle Décapitation présente tout et son contraire. Un chanteur qui crache, des musiciens concentrés et un bassiste imposant sa stature au devant de la scène, regardant de haut son public. La voix de Travis Ryan à cette capacité à sonner de la même manière qu’en studio, ce qui est une qualité rare et à souligner. La particularité du chanteur étant d’alterner un growl profond sur des passages rapides, avec un chant entre le clair et le scream, bien plus aigu lors des passages aériens.

Cattle Decapitation

Changement d’ambiance avec la résurrection du groupe culte français Sortilège. Alors oui, pour être tout à fait exact, ce n’est pas le line-up original, même si le programme promet la venue de trois membres originaux. Les festivaliers du Fall Of Summer ont le droit à un tribute band afin de se replonger dans les années 80 et déguster les quelques mélodies kitchissimes mais ô combien efficaces du groupe. D’ailleurs soyons honnêtes, il n’y a à vue d’œil que très peu de spectateurs dans l’audience qui ont pu voir le combo original à son actif, si l’on en croit l’âge moyen des festivaliers (même si évidemment on peut constater la présence de quelques metalheads vétérans). En avant donc pour ce show nostalgique avec Alexis Roy-Petit de Hürlement au poste de chanteur. Les musiciens débarquent sur les acclamations du public et sur un sample épique bienvenu pour interpréter la chanson « D’ailleurs ». Les premières inquiétudes arrivent avec les quelques problèmes de son et une guitare qui aura bien du mal à se faire entendre. Mais cela ne semble pas déranger l’audience qui est à bloc, et ce sont bien les plus jeunes spectateurs qui ont la hargne ! Pourtant sur scène on a parfois du mal à y croire, car le début à l’air légèrement mou du genou et, malheureusement, la légère pluie donne un aspect légèrement funeste à ce groupe éteint. Et ce même si le chanteur qui fera office de leader veut y croire : « On est là pour rendre hommage au meilleur groupe de tous les temps. » On prend du plaisir à chanter des titres comme « Métamorphose », bien que le chanteur présentera quelques failles sur ce morceau. Pour le reste, il faut avouer que son chant est assez fidèle à celui de Zouille en son temps, et de là à dire que les chanteurs de heavy sont interchangeables entre eux il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas.

Sortilège

Les titres s’enchaînent avec « Quand Un Aveugle Rêve » qui selon Alexis « pourrait être nommé au titre de la plus belle balade de tous les temps sans que cela soit ridicule », suivi de « Messager » avec en guest le guitariste Gil Di Bravo de Presence. Les mimiques scéniques sur « Gladiateur » seront un peu timides, et tandis que la pluie s’accentue, les Français vont jouer le célèbre morceau éponyme qui sera repris par la foule en chœur (avec une mention spéciale aux quatre spectatrices ultra motivées près de la cabine de son !). Alexis poursuit avec « Délire D’Un Fou » qu’il avouera comme étant son morceau préféré. Vient alors le morceau de conclusion avec (enfin) la réunion tant attendue de trois membres du line-up des débuts : Bob Snake, Didier ‘Lapin’ Lapp et Didier ‘Dem’ Demajean. Ils interpréteront alors « Marchand D’hommes », un choix quelque peu surprenant car ce titre n’est pas vraiment un tube du groupe, alors que l’on pouvait s’attendre à un final plus grandiose avec un titre comme « Majesté », par exemple, qui fut le grand absent de la setlist. Bilan : l’attente de ce show qui se voulait unique était-elle trop grande par rapport au résultat ? Certainement. Si les spectateurs pouvaient espérer un véritable retour dans les années folles du heavy, ils auront simplement passé un agréable moment devant une prestation élogieuse. Ce qui n’est pas si mal !

Merciless

Poursuivons le voyage temporel sur la Sanctuary Stage en allant dans les années 90 avec les Suédois de Merciless. En son temps le groupe faisait parler de lui dans la sphère extrême underground, et pour l’anecdote ils furent les premiers à signer chez Deathlike Silence Productions le label de feu Euronymous. Le Fall Of Summer offre une nouvelle exclusivité en faisant jouer sur ses terres le combo puisque le groupe est assez rare sur scène. Un défaut assez commun qui peut être souligné pour tous ces groupes faisant peu d’apparitions scénique est le minimalisme de la mise en scène. Pas de décoration sur scène, pas de maquillage, et un frontman habillé comme monsieur tout le monde. Seule la musique compte donc, et les Suédois délivrent un death/thrash primaire et incisif. Ça joue fort, ça joue vite, et on pourrait presque confondre la batterie avec une boite à rythme. Entre quelques gorgées de Jack Daniels, le chanteur Rogga crie sa rage et réussit à entraîner avec lui le public qui se laisse même aller à quelques slams. Le set s’achève évidemment sur l’incontournable « Pure Hate » du premier disque The Awakening, avec un public qui scandera des « hate ! » avec le groupe. Le temps d’une nouvelle prestation bestiale de qualité pour le Fall Of Summer.

Magma

Expérimentale. Voilà comment on pourrait définir le plus fidèlement possible la musique des Français de Magma. De nombreux festivaliers sont réunis pour accueillir le premier véritable OVNI de cette édition 2017. Les musiciens démarrent leur set avec un lightshow très chaud oscillant entre le jaune et l’orange. Ceux qui ont déjà vu le groupe savent que la prestation est particulière : le public ne comprend pas tout ce qui s’y passe et la musique semble découler d’elle-même avec une pluralité de vocalises entre celui du chanteur et celles des musiciennes… Et si l’immersion dans l’univers du groupe n’est pas forcément naturelle, et demande un certain effort, la pluie qui se transforme en déluge ne facilite pas la tâche. Pourtant, une bonne partie d’adeptes résistent et seront remerciés par une des chanteuses. Le show continue et le jeu de lumière accompagne l’évolution des morceaux. Tandis que dans la fosse un spectateur se donne le défi de slammer sur une musique totalement inappropriée… Pas sûr que ça amuse tout le monde, mais il faut reconnaître que la scène est assez surréaliste.

Restons dans le domaine des chimistes de la musique avec les Norvégiens de Shining qui ont su se faire un véritable nom en quelques années avec leur blackjazz, les propulsant directement à la place de Saint Vitus ayant annulé peu avant le festival. Comme à leur habitude, les Norvégiens délivrent un show énergique avec un jeu de lumière extrêmement intense propice aux crises d’épilepsie. Le groupe joue maintenant fréquemment dans l’hexagone, et ce qui marquera la performance de ce soir (en dehors du fait qu’ils fêtent les 35 ans du bassiste Ole Vistnes comme l’a souligné le frontman Jorgen Munkeby) est justement la pluie qui – malgré son côté désagréable – amène véritablement quelque chose au lightshow évoqué. Il est en effet difficile de nier l’esthétique qui se dessine sur la Sanctuary Stage avec les gouttes reflétant le jaune très flashy des musiciens.

Shining

Ces derniers profitent de leur présence pour nous présenter des nouveaux morceaux annonçant la couleur de leur prochain disque. Après l’interprétation de « Everything Dies », ils interpréteront le titre « All In The Sky » bien moins barré que ce qu’ils ont produit jusqu’à maintenant, bien plus sentimental et semblant reposer sur un chant clair plus émotif, quasiment pop. Suivra ensuite « Animal » qui sera dans la lignée d’International Blackjazz Society mais avec bien plus de chant clair. Ces titres posent véritablement une question sur la nouvelle direction que prendra ce nouvel album, et le choix de les interpréter en live est loin d’être anodin. Ils semblent annoncer un disque plus calme, plus émotionnel. Affaire à suivre, donc. Mais avant d’aller vers le futur, retour vers le passé avec l’interprétation de « Fisheye » qui enflamme le public du Fall Of Summer et « The Madness And The Damage Done » pour conclure cette prestation hystérique. Et même s’ils s’excusent pour la météo, on peut d’une certaine manière affirmer que celle-ci leur a été favorable.

Voici une nouvelle icône du black metal à venir sur les terres de Torcy. Et alors qu’on peut imaginer que la situation est difficilement soutenable pour de nombreux festivaliers, la pluie nocturne ne représente-t-elle pas les conditions scéniques idéales pour un homme comme Gaahl ? Avant sa tournée européenne avec son groupe Gaahl’s Wyrd, le Norvégien vient avec cette fraîche formation pour la deuxième fois en France. L’occasion pour lui de regarder le temps qui passe, avec un set raisonnant comme un hommage à sa propre carrière. De Gorgoroth à God Seed, en passant par Trelldom, Gaahl explore son répertoire. Comme souligné, difficile de faire plus trve black metal comme ambiance… Jusqu’au son d’ailleurs, et c’est là que viendra le souci premier de la prestation. Le chant n’est pas très précis, et on sent même de la part du frontman quelques difficultés à aller dans certains aigus. Pourtant le public semble apprécier la prestation face à un homme qui a une prestance scénique unique. On peut regretter l’absence d’un titre comme « Steg », pourtant joué au Ragnard Rock l’année passée, et qui aurait eu son effet ici.

Gaahls Wyrd

C’est à ce moment précis que les deux membres de la rédaction présents sur place atteignent leurs limites. Plus de vêtements secs dès le premier soir, et un appareil photo qui commence à faire un peu trop trempette. Alors si des groupes comme Annihilator et Primordial sont loin d’être rarissimes en France, et qu’on a à plusieurs reprises pu couvrir leurs shows, il en est tout autre chose pour les Canadiens de Blasphemy. En effet, eux n’étaient pas venus dans l’hexagone depuis 1993, et c’était évidemment une des exclusivités du Fall Of Summer. C’est donc avec beaucoup de regrets que nous n’avons pu couvrir l’événement, ne voulant pas courir le risque de tomber salement malade le lendemain (sachant que la pluie a continué à s’abattre sur la région parisienne jusqu’à trois heures du matin). Ah, les trve metalheads, ce n’est décidément plus ce que c’était…

Les affaires reprennent pour les festivaliers qui ont les chaussures pleines de boue sur le sol inondé de la Sanctuary Stage. Et pour ne surtout pas commencer en douceur, c’est la formation rennaise Ende qui ouvre la journée du samedi en démarrant leur set à 11H15. Ende est un groupe de black metal assez traditionnel qui fera penser à ce qu’ont pu faire Les Légions Noires en leur temps, mais avec une touche de modernité supplémentaire. Le son s’avère capricieux avec un surplus de basse et une grosse caisse trop forte, et le début de set donne une impression de saccade surtout si on est positionné à l’avant de la scène. Quant au décor, il se veut relativement discret avec un petit backdrop et deux bannières sur les côtés. Les musiciens n’ont pas de corpse-paint, et le frontman assure son rôle sans aller dans la surenchère, lui qui est simplement équipé d’un haut en cuir et d’une ceinture à balle. Mais cette simplicité marche, et la musique se suffit à elle-même pour dégager un aspect profondément noir de la performance, le son s’améliorant progressivement. Le guitariste fera une croix renversée avec son avant-bras et sa guitare – traditionnel, on a dit – et le public sera réceptif en levant les cornes et en réagissant aux furieux « hey » du chanteur. Les trois-quarts d’heure de set seront assez convaincants et suffiront par conséquent à rappeler que la scène hexagonale reste attachée au black old-school.

Crescent

Les premiers concerts de la journée en festival sont souvent l’occasion de tomber sur des groupes méconnus, permettant à l’organisation de mettre en lumière des trouvailles. Et on peut aisément classer Crescent de la sorte. Pour son premier concert en France, les Egyptiens jouent sur la Blackwaters Stage avec un ciel dégagé et un soleil rayonnant. Avec un sample d’entrée façon péplum et quelques sonorités orientalisantes, le groupe met l’ambiance avant de s’exécuter dans un blackened death redoutable. Évidemment, le nom de Nile vient instantanément à l’esprit devant le show des musiciens, sauf que quelque chose de plus profond semble se dégager. Moins focalisé sur la technique, et plus sur l’ambiance, Crescent nous raconte véritablement l’histoire égyptienne. Même si une guitare faisait défaut en début de set, le son sera bon et tout semble réuni pour appuyer leur récit. Et ce jusqu’à cette fameuse scène sur le sable et devant le lac qui offre une vue magnifique aux nombreux festivaliers posés sur la colline permettant de voyager dans le temps avec le combo. Équipés de leurs manchettes en or, les Egyptiens enchaînent les solos death irrésistibles. Le tout avec un excellent jeu de batterie ne présentant aucun couac, ni aucune impression de redondance, comme on peut parfois le craindre avec ce style. Et le groupe aura même ses fans, dont « leur plus vieux fan Mustapha » tenant un drapeau égyptien que le groupe remerciera personnellement en fin de set. Face à un public qui s’est bien amplifié au fil du set, nul doute que cette première fois dans ce pays ami de l’Egypte sera marquante aussi bien pour le groupe que pour le festival lui-même.

Toxik

Retour sur la Sanctuary Stage où les amateurs de thrash à l’ancienne se retrouvent pour le show de Toxik. Devant un public nombreux, les musiciens qui se produisent pour la première fois en France débarquent sur scène : « Fall Of Summer, we are Toxik from New-York ! ». Les Américains nous propulsent directement à la fin des années 80 avec un son qui ne vieillit pas, notamment soutenu par une basse bien pêchue comme on les aime. Le set est équilibré entre les trois sorties du groupe, à savoir les albums World Circus et Think This sortis respectivement en 1987 et 1989, et le tout dernier EP Breaking Class sorti en août dernier dont ils joueront les trois morceaux. Si seul le guitariste Josh Christian est membre permanent du groupe, la prestation repose essentiellement sur les interactions du chanteur Charles Sabin avec le public, un frontman bien causant et qui se laissera aller à quelques vannes. Les connaisseurs prennent la prestation de cette formation ayant été inactive pendant près de deux décennies, sans compter quelques réunions ponctuelles. Evidemment, le charme réside avant tout sur la nostalgie des heures glorieuses du style (rappelant le show offert par Hirax lors de l’édition du Hellfest de cette année par exemple). Le groupe va même inviter sur le titre « False Prophets » une fan afin de jouer de la guitare sur scène. Pour une première fois, c’est assez inoubliable !

Count Raven

Après l’énergie du thrash, place à la lourdeur du doom avec les Suédois de Count Raven sur la Blackwaters Stage. Beaucoup de festivaliers ont décidé de profiter du show depuis les collines, histoire de se poser un peu avant la vague de violence qui arrivera plus tard dans la journée. Les conditions sont réunies pour profiter pleinement du show puisque les musiciens bénéficieront d’un son quasi-parfait (et sans doute un des meilleurs du week-end). Leurs mélodies sont planantes et ont le mérite d’être assez variées pour un style qui pourrait aspirer à une certaine monotonie. Ce n’est pas le cas avec Count Raven, qui s’il est considéré comme pionnier de la scène doom européenne n’a pas une grande notoriété chez nous, le groupe arrivant peut-être un peu tard après les mythiques Saint Vitus dont l’inspiration est incontestable. Difficile de ne pas penser à Black Sabbath, surtout sur le chant de Fodde extrêmement ressemblant à celui du prince des ténèbres… Un spectateur un peu taquin scandera d’ailleurs un « Ozzy ! Ozzy ! » entre les morceaux (vilain !). C’est une basse massive qui va véritablement singulariser leurs mélodies et entraîner les spectateurs. D’ailleurs le public semble conquis et on commence à apercevoir de la « fumée verte » dans la fosse… Le set s’achève en beauté sur « High On Infinity » et signe une excellente performance pour leur première date en France.

Azarath

Place à la brutalité et au blasphème avec Azarath sur la Sanctuary Stage. Et les festivaliers reconnaissent le visage de l’homme derrière les fûts puisqu’il s’agit de l’emblématique Inferno (Behemoth) qui vient délivrer avec son second projet un death blackisant. D’ailleurs, les adeptes de Behemoth vont se retrouver dans le groupe puisque en plus des grandes similitudes musicales, Azarath parle de blasphème et de Satan. Logique, on ne change pas une équipe qui gagne. Et la recette est vraiment gagnante car, musicalement, tout est très carré et redoutable. Le jeu d’Inferno fait véritablement office de rouleau compresseur, de quoi provoquer les quelques agités en début de fosse. Le tout nouveau chanteur/guitariste Marcin a un growl caverneux qui ressortira particulièrement bien en live pour propager la voix du mal. Peut-être doit-on voir l’averse qui s’abat alors sur les festivaliers comme une réponse d’une divinité supérieure pour les punir ? Le bassiste répond à son tour en faisant un doigt d’honneur en direction du ciel (et toc !) et les festivaliers qui sortent les k-ways s’inquiètent de revivre le même scénario qu’hier. Ça ne démotivera pas un spectateur qui slammera torse-nu (thug life), ni le public qui reste compact jusqu’à la fin.

Bulldozer

Début de set assez difficile pour Bulldozer qui démarre devant un parterre peu rempli, toujours à cause d’une météo capricieuse. Mais pas de quoi démotiver les Italiens dont le nom donne pas mal d’indices sur le propos musical. Le look old-school des musiciens aussi par ailleurs, où bandana et cheveux longs sont de rigueur. La mise en scène attirera de nombreux curieux, avec un pupitre et un chanteur portant une espèce de cape, ne se prenant visiblement pas au sérieux. Bulldozer parle de bière, de whisky, parfois de foot, sur un fond speed/thrash (voir même black de la première vague) avec des petits solos bien heavy qui donnent une prestation revival assez séduisante, preuve en est cette foule qui s’est bien décuplée au fur et à mesure. Et même s’il n’y a pas grand-chose d’inconnu dans les mélodies, la sauce prend si bien que le public headbanguera même dans les hauteurs de la Blackwaters Stage. Les morceaux « Whisky Time » et « Fallen Angels » agiteront les premiers rangs, et la performance s’avérera être une réussite bénéficiant d’un son assez bon pour un groupe qui, même s’il n’est pas tout jeune (formé en 1980 avec seul le guitariste Andy Panigada en membre fondateur), fait sa première fois en France. Si on repère quelques fans au premier rang, les musiciens ont sans doute gagné de nouveaux adeptes si on en croit la réception faite en fin de set.

Melechesh

Les concerts de Melechesh ont pour réputation d’avoir un côté « quitte ou double » au niveau du son… En effet les musiciens d’origine israélienne n’ont pas toujours délivré des performances au son optimal, ce qui est dommage pour un style aussi riche que le black oriental. Le set démarrant sur « The Pendulum Speaks » du dernier album en date semble démontrer que le groupe est dans un bon jour malgré une batterie un peu plus prépondérante que le reste… Et cela se confirmera par la suite, le son est bon ! Ne reste plus qu’à voir ce qui se passe sur scène, mais en fait le leader Ashmedi a peut-être déjà tout à lui seul. En effet, impossible de nier un certain charisme naturel et une prestance remarquable, en ajoutant à cela des riffs de guitares hyper accrocheurs. Même si cela ne suffira pas à lancer le premier circle pit, il réussira à atteindre progressivement le public en lui faisant par exemple faire des triangles avec les doigts (en mode pyramide-style) et un petit wall of death sur un sol débordant de flaques. Ashmedi sera même un poil taquin avec une petite remarque sur la météo (« et le soleil est là ! » en pleine averse), et n’oubliera pas de remercier le public largement conquis avec un « je t’aime mes amis ». Enfin quoi de mieux pour boucler une prestation réussie qu’un titre phare ? « Rebirth Of The Nemesis » conclut donc le set pour bousculer une dernière fois l’audience en donnant l’occasion à certains festivaliers de se lancer au slam.

Demolition Hammer

Il va falloir avoir la colonne vertébrale bien fixée pour ce concert. Demolition Hammer offre l’un des concerts les plus intenses du festival (si ce n’est le plus intense). Les mouvements de foules sont très impressionnants dès les premiers riffs, et entre le public qui retourne le sable, le guitariste qui fait ses grimaces, le chanteur qui explose sa voix et les slams qui s’enchaînent, on ne sait plus où donner de la tête. Et pendant que d’autres construisent des châteaux de sable à côté de la foule, l’anarchie ne s’arrête pas. Pour beaucoup il s’agit ici de la première fois que leurs yeux se posent sur les Américains. C’est aussi la spécialité, un coup de nostalgie pour les vieux de la vieille, mais un grand cours de rattrapage pour les autres. Et en ce qui concernent Démolition Hammer, cela fait 27 ans qu’ils n’étaient pas passés par notre hexagone. Et même en ne donnant pas de leur nouvelle très souvent, l’accueil est à la hauteur de leur aura.

Dans la foulée de Demolition Hammer les thrasheux de Morbid Saint démarrent leur set à 18H sur la Sanctuary Stage sur le morceau « Destruction System » qui pourrait prétendre avoir un des riff les plus simple et efficace du monde. Le Fall Of Summer s’offre à nouveau une résurrection avec les Américains puisque le groupe a splitté en 1994, après son premier album Spectrum Of Death (qui sera joué intégralement en cette fin d’après-midi) avant de se reformer en 2010 pour sortir son deuxième album, intitulé Destruction System, cinq ans plus tard. Et c’est une bonne nouvelle car leur thrash millimétré ne laisse aucun répit sur scène, rappelant par ailleurs davantage la scène thrash allemande que la scène américaine.

Morbid Saint

Les musiciens ne se contentent pas d’envoyer la purée et de rester statiques : ils sont très mobiles, en particulier le nouveau chanteur Cliff Wagner qui vire littéralement au rouge et surprend par sa performance vocale et surtout sa rapidité. Le concert vire au véritable matraquage et on peut apercevoir des headbangs qui auraient le mérite d’être déconseillés par le ministère de la santé. Le groupe invitera même le public à acheter du merch et des CD car ils ont besoin d’argent pour rentrer chez eux. Mais avant de partir ils interpréteront la redoutable « Thrashaholic » qui fera reprendre des « fuck you » en chœur. Avec Demolition Hammer dont le bassiste porte un t-shirt, pas de doute que le thrash américain des années 90 a été amplement mis à l’honneur lors de ce Fall Of Summer 2017.

Orange Goblin

Et Orange Goblin dans tout cela ? Car le stoner est une denrée rare et avec la disparition de Saint-Vitus, il fait du bien de savoir que l’on pourra tout de même compter sur ce groupe pour avoir de la guitare bien grasse. Plus rock’n’roll, rapide et nerveux : Orange Goblin propose un esprit de fête et de violence. Car même si l’on a juste envie de dévisser notre cou sur leurs riffs, il semble que cela ne soit pas assez pour ce géant de deux mètres qui nous sert de chanteur. Ben Ward offre un sourire constant tout au long du set. Il demande un pogo en jetant de l’eau sur le public ? Il va l’avoir et de manière violente. Un public encore tout frais de Démolition Hammer et Morbid Saint et qui n’hésitera pas à faire connaitre son expertise en la matière. Alors, pour ceux qui veulent juste profiter de la musique des Anglais, rendez-vous un peu plus loin où le son sera tout aussi agréable. Une bonne ambiance qui se retrouvera aux afters du festival avec les sets DJ qui seront animés par Ben Ward lui-même, jouant le jeu de maître des tubes de la scène metal.

Dire que Immolation est venu enflammer la Sanctuary Stage serait céder à un jeu de mots un peu trop facile et qui a sûrement été déjà écrit un bon millier de fois. Le public semble par ailleurs bien calme en début de set et le son plus bas par rapport aux précédents concerts, avec notamment une grosse caisse qui se fera peu entendre. Les musiciens ne manquent pourtant pas d’énergie, en particulier le guitariste Robert Vigna qui remue son instrument avec virulence et semble complètement possédé par ses riffs ne manquant certainement pas de prestance. Son acolyte Alex Bouks (qui a rejoint le groupe en 2016) se montrera bien plus timide, même s’il se laissera aller à quelques mouvements. Si la foule est assez compacte, elle ne sera pas extrêmement active au fur et à mesure du set à part pour les adeptes du premier rang et les quelques slammeurs… Dans le public se trouve d’ailleurs les musiciens de Morbid Saint qui assistent au show de leurs successeurs. Immolation saluera les amis de Demolition Hammer et de Marduk qu’ils qualifient de meilleur groupe de black metal (rien que ça) et qui fouleront les planches de la scène juste après eux. Si le son est assez plat pour du death metal, la nuit qui tombe amène une nouvelle dynamique au concerts des New-Yorkais avec le jeu de lumière qui sortira de manière plus intense. Les musiciens concluront par « Into Everlasting Fire », une pièce incontournable de leur discographie !

Immolation

C’est sans doute LA bonne prise de l’édition 2017 pour la Fall Of Summer. Le groupe légendaire de rock psychédélique Coven va se produire pour la première fois en France. Quelle que soit la qualité de la prestation délivrée ce soir, les festivaliers savent qu’ils vont passer un moment unique. La présence du groupe prend davantage sens sur son statut de groupe culte que sur le registre musical qui peut raisonner, tout comme Magma la veille, comme un véritable OVNI. Les festivaliers visualisent les détails scéniques qui annoncent à quel genre de show s’attendre, avec un écran en guise de fond et un cercueil sur scène. Alors que le public acclame le groupe, il est 20H50 quand un sample de clocher et un rire féminin diabolique raisonnent sur la Blackwaters Stage et que les musiciens capuchonnés arrivent sur un fond de messe satanique. Ils enlèvent la couverture du cercueil et les festivaliers y découvrent une croix renversée. Et là, surprise ! Jinx Dawson sort du cercueil avec un masque assez particulier, et l’occulte cérémonie menée par la chanteuse peut commencer. Si son chant est d’abord en retrait en début de set, cela se corrigera petit à petit.

Coven

Et premier constat : oui, Jinx n’a plus 19 ans. Même si la tête pensante de Coven a toujours eu un chant mature, celle qui a désormais l’âge honorable de 67 ans a une voix plus rauque. Alors ceux qui s’attendaient à avoir le même chant en live que sur l’album Witchcraft Destroys Minds & Reaps Souls paru en 1969 seront sûrement déçus, mais ces derniers n’ont peut-être pas les pieds sur terre. Coven va d’ailleurs faire honneur à cet album en en jouant pas moins de sept titres dont la cultissime « Black Sabbath » interprété en deuxième. Le lightshow chaleureux permet au public de s’immerger dans l’ambiance voulue par le groupe, et l’audience massive sera véritablement attentive à la prestation des Américains, tout en faisant des cornes comme pour rendre hommage au groupe. Dawson saluera ses disciples par des timides « merci » et « thank you very much ». Elle répondra même à un fan qui criera un « I love you » passionné, en lui disant qu’elle l’aime aussi… d’un amour sombre. Le culte de Satan est bien sûr au centre de la prestation (et comme la chanteuse le dit : « nous irons tous en putain d’enfer, yeah ! »), avec l’imagerie aussi kitsch que délicieuse. La chanteuse nous présentera ainsi son crâne Oscar qui voyage pour la première fois. La magie marche pour les festivaliers qui se prêtent au jeu, et même si les bugs de souris qui montrent le lecteur VLC de l’écran prêtent à sourire, ils ne gâcheront pas le voyage. Le son gagne en précision, et difficile de ne pas planer complètement avec les notes de clavier qui replongent les spectateurs à la fin des années 60, l’âge d’or du psychédélique. Même les morceaux plus pop de leur discographie fonctionnent et sont en adéquation avec l’esprit de messe noire (et un groupe aussi moderne que Ghost le sait bien). Accompagnée de ses musiciens, la Grande Dame impressionne et transporte au fond des ténèbres… L’évasion s’achèvera avec « Blood On The Snow », et elle remerciera ses nombreux adeptes en jetant des patchs à l’effigie du groupe. Presque 50 ans après sa formation, Coven qui n’a sans doute pas la notoriété qu’il mériterait confirme son statut de groupe mythique avec un show saisissant…

Marduk

Avec la programmation de cette année, il ne fallait pas avoir peur de changer radicalement d’ambiance d’un concert à l’autre… C’est en effet au tour de Marduk de se produire au Fall Of Summer. Cette fois-ci on ne peut pas vraiment parler de rareté, ni d’un show complètement novateur. Marduk fait du Marduk, c’est-à-dire délivre un black martial froid et sans compromis. Toujours avec ses nuances de lumière oscillant entre le bleu, le violet et le rouge, les Suédois jouent devant une fosse bien compacte rendant la circulation assez difficile démontrant que le groupe rassemble toujours autant. Le son est bon et permet d’appuyer leur musique frontale et corrosive, même si les musiciens ne se contentent pas uniquement de faire du « rentre-dedans », à l’instar de « Wartheland » du dernier album en date Frontschwein sur un lightshow cette fois-ci jaune orangé plus chaleureux qui passe très bien l’épreuve du live avec ses riffs plus mélodiques. Mortuus contemple son audience qui lève le bras pendant que lui croise les siens. Le set en lui-même sera assez varié et ira piocher dans neuf des treize albums du groupe, permettant de faire approximativement le tour de sa discographie. Mais évidemment quand il annonce qu’il reste un seul morceau, la foule sait à quoi s’attendre. Le leader crie et répète « encore une ! » pour faire monter la pression pour évidemment lancer « Panzer Division Marduk » qui procure instantanément des envies de violence ! Si ces dernières années Marduk est assez inégal en termes de prestation live, les musiciens ont délivré ce samedi soir un excellent show.

Venom

On pourrait dire que pour un groupe comme Venom, les jeux sont déjà faits. Que le légendaire groupe de thrash n’a plus rien à prouver. Sauf qu’il y a maintenant une nouvelle carte sur la table avec le projet Venom Inc… Beaucoup de festivaliers ont pu voir ce que ce « nouveau projet » donnait sur scène, et le groupe est largement à la hauteur des attentes. De quoi mettre la pression à Venom qui va clôturer la Blackwaters Stage et se produire pour la deuxième fois à Torcy. Le set démarre à 23H, et lorsque l’on voit la décoration scénique avec les amplis qui se superposent, on se dit que ce n’est pas la sobriété qui est de mise. Assez rapidement les festivaliers seront confrontés au problème réputé des Anglais : le son brouillon. On peine véritablement à entendre la basse en début de set. Il se trouve que Cronos a un problème avec son instrument, et il en changera d’ailleurs pendant le concert, puis s’excusera pour les multiples problèmes techniques rencontrés. En plus de cela, il parait assez essoufflé mais il faut dire que ce dernier n’est plus tout jeune non plus. Le show se voudra alors très démonstratif avec des effets pyrotechniques histoire d’en mettre plein les yeux. Néanmoins cela ne suffira pas à convaincre une partie du public assez déçue de la performance. Pourtant les musiciens se donnent sur scène, en particulier Danté derrière ses fûts qui est en pleine forme. Le leader communique bien en disant au public qu’il est encore plus rock que le Hellfest (et on imagine que ce commentaire est tout à fait sincère, évidemment). C’est particulièrement en fin de set que les festivaliers seront réceptifs avec leurs titres phares, et Cronos le sait pertinemment puisqu’il demande au Fall Of Summer s’ils préfèrent « la nouvelle merde ou la vieille merde » mais en précisant quand même qu’un nouvel album est à paraître tout en gardant le secret de son nom. Les morceaux « Countess Bathory » et « Rise » seront accompagnés de mini « feu d’artifice » histoire de marquer le coup, et c’est bien évidemment « Black Metal » qui sera joué en rappel repris en chœur par toute l’audience. Mais le public sort malgré tout du concert très mitigé, et il est encore une fois difficile de ne pas penser à Venom Inc. qui un mois auparavant se produisait au Sylak et avait laissé une forte impression quasiment à l’unanimité, et sans aucune surenchère pyrotechnique…

Les festivaliers étaient prévenus que le concert de Septicflesh qui termine l’édition 2017 du Fall Of Summer aurait un caractère exceptionnel. Mais il y avait confusion sur la marchandise puisque les Grecs effectuent là leur dernier concert de l’ère Titan, et non pas le premier de celle de Codex Omega comme annoncé par l’organisation. Cette petite déception n’empêchera pas les nombreux fans de prendre leur pied devant la prestation de l’avant-dernier album donc. En revanche, la mauvaise qualité du son à elle bien plus d’importance… Le chant est extrêmement saturé au point qu’il en est désagréable sur « War In Heaven » qui démarre le set. Seth Siro Anton prend la parole pour dire « Je sais que vous êtes fatigués, mais êtes-vous prêts pour Communion ?! » avant de lancer le morceau. Les Grecs vont jouer un set équilibré sur leurs quatre dernières offrandes et donc bien entendu nous gratifier de nouveaux morceaux comme « Martyr », une chanson qui passe très bien en concert au vu de la réaction du public. « Portrait Of A Headless Man » est aussi chaleureusement accueillie malgré son excès de basse qui camoufle un peu trop les samples orchestraux (et on en revient ici à un problème régulier des concerts de metal extrême symphonique). « Anubis » sera reprise et chantonnée par les fans, même si le chant clair de Sotiris samplé peut donner un sentiment étrange. C’est au titre « Prometheus » que revient la lourde charge de conclure le show pour permettre aux derniers slammeurs de s’exécuter dans un dernier vol avant que le groupe ne quitte la scène devant un public encore nombreux. Jouir d’un meilleur son n’aurait pas été de trop même si le groupe a fait son boulot et reste impressionnant à voir sur scène… Espérons pour les musiciens de la tournée dans les salles pour promouvoir Codex Omega se fasse sans encombre à ce niveau-là.

Septicflesh

C’est lorsque les festivaliers plient leurs tentes qu’ils réalisent que les deux jours sont passés excessivement vite. Deux jours pendant lesquels le Fall Of Summer a fait voyager les festivaliers dans différentes époques du metal et c’est en cela que le festival est atypique et cohérent en termes de programmation. Du rock psyché des années 60/70, au heavy français des années 80, puis au thrash américain des années 90 jusqu’à la scène black de demain… Avec sa quatrième édition, le Fall Of Summer démontre qu’il a su véritablement prendre ses marques et que son organisation quasiment sans failles relève d’une rigueur professionnelle importante pour un festival de cette taille. Le bémol de cette édition est évidemment la météo calamiteuse que l’on ne peut évidemment reprocher à personne (car jusqu’à preuve du contraire l’organisation n’a visiblement pas les mêmes moyens que la Chine pendant leurs jeux olympiques pour avoir un impact quelconque sur cette dernière), même si une meilleure gestion du site et en particulier sur la circulation en cas de boue importante pourrait être pensée. Mais comme le dit l’adage c’est avec l’expérience que l’on apprend. A l’heure où les petits festivals sont menacés, il serait bien dommage de voir un événement de passionnés comme celui-ci en péril alors qu’il est une chance en France. Nous espérons évidemment qu’une cinquième édition verra le jour car nous recommanderions aux metalleux qui vivent profondément leur musique pour ce qu’elle est, et qui ont soif de découvrir des groupes et des styles au-delà de leurs acquis, de se pencher sur ce festival qui a définitivement une véritable identité.

Texte : Jean-Florian Garel et Matthis Van der meulen
Photos : Matthis Van der meulen



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