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Interview   

Le Hellfest célèbre ses dix ans en tournant la page


hellfestlivreAujourd’hui quand on parle de référence du metal en Europe lorsque l’on évoque les festivals, un nom revient régulièrement dans la bouche des connaisseurs : Hellfest. Il aura fallu plus de dix ans au festival, si l’on compte tout le travail en amont abattu à l’époque notamment du FuryFest, pour se créer une image de marque qui aujourd’hui dépasse le cadre musical comme le confie son responsable communication Alexxx Rebecq au cours de l’entretien qui suit : « Je suis content, parce que les festivaliers viennent au Hellfest pour l’aventure et pas que pour la programmation ».

Pour sa première décennie d’existence, le festival a eu la bonne idée de célébrer cet anniversaire avec un beau livre qui conte son histoire. Rempli de photographies, l’ouvrage de 336 pages n’hésite pas également à revenir sur les prémices du festival. Un livre qui fera probablement office de beau cadeau pour les fans de metal de votre entourage ou pour vous-même alors que la période des fêtes de fin d’année commence doucement à pointer le bout de son nez. Alexxx vous présente le livre en détail dans l’entretien qui suit.

« Quand tu travailles au Hellfest, il faut savoir que tu te lèves Hellfest, tu manges Hellfest, tu parles Hellfest, tu bois Hellfest et même tu chies Hellfest (rires) »

Radio Metal : Dans quel but avez-vous sorti un livre sur le Hellfest ?

Alexxx Rebecq (Responsable Communication) : Il fallait marquer le coup pour nos dix ans, c’était une bonne occasion d’attendre une décennie pour pouvoir le sortir. Il s’agit d’un produit qualitatif et noble. Je pense que chaque fan est heureux d’avoir ce genre d’artefact dans sa bibliothèque. On voulait que ce soit un produit personnel avec notamment les photos et des recueils de témoignages. Nous voulions que cela vienne du festival, de la genèse jusqu’au succès qu’il rencontre aujourd’hui. On voulait que le livre soit suffisamment personnel afin de toucher les fans mais aussi qu’il soit assez ouvert afin qu’il touche le grand public. On a travaillé en partenariat avec la maison d’édition Hachette qui sort le bouquin dans beaucoup de points de vente. Du coup pour les gens qui ne connaissent pas le Hellfest, c’est un bon moyen de le découvrir à travers un livre.

Depuis combien de temps avez-vous cette idée de sortir un livre sur le Hellfest ?

On en parlait un peu, c’étaient des bruits de couloir. On ne fait pas d’édition donc que ce soit la distribution, le montage ou la rédaction, c’était un peu délicat. Du coup, on a été approché par Bénédicte Beaujouan (ndlr : Directrice artistique chez Le Livre de Poche – Hachette Livre) il y a deux ans, qui a voulu monter le projet. Au début, elle bossait avec une autre maison d’édition qui voulait écrire un recueil bien plus axé sur les groupes alors que pour nous c’était important de faire un focus évidement sur les artistes, car il y a une réalité artistique qu’il faut mettre en avant, mais on voulait aussi parler du festival en lui-même et je pense que les festivaliers sont heureux de cela. En soi, les focus tu peux les avoir un peu partout. Il y a un vrai côté catchy qui est amené par Lelo Jimmy Batista (ndlr : rédacteur en chef de Noisey). Après on voulait sortir le livre il y a un an mais il nous manquait des photos et on savait qu’il allait y avoir des innovations en termes d’infrastructures, avec le feu d’artifice etc. Cela aurait été vraiment dommage de ne pas les mettre dedans. On a missionné une équipe qui s’est occupée de tout ça, qui a pu prendre de nouvelles photos cette année et les mettre dans le bouquin.

Peux-tu nous en dire plus sur la rédaction du livre ?

En fait, c’est Lelo qui bosse chez Noisey/Vice qui a lui-même effectué le tour de nos bureaux, discuté avec le staff et rencontré les artistes. Notamment Phil Anselmo qui fait la préface du livre. C’est vraiment lui qui a été chargé de tout cela puisque de notre côté nous n’avons pas du tout pris la plume. C’est par ailleurs Ronan Thenadey qui est le photographe attitré sur cet ouvrage. Pour des questions de cohérence nous avons souhaité bosser uniquement avec lui alors qu’au début on avait pour projet de travailler avec des rédacteurs supplémentaires.

Qui a eu l’idée du livre ? Est-ce Ben Barbaud lui-même ?

Tout le monde te dit de faire un bouquin, un roman, des photos… Mais comme je te disais avant, c’est vraiment Bénédicte qui a dit : « Là, je prends en main le projet et je contacte la maison d’édition et le réseau de distribution ». C’est donc elle qui a concrétisé l’idée. Après, on pense tous à ce genre de choses, l’idée vient un peu de tout le monde. On a toujours travaillé cette image de marque et on voulait vraiment quelque chose de soigné et bien fait comme on essaye de le faire chaque année en ce qui concerne les finitions du fest. L’intérêt n’était vraiment pas de faire un petit livre de poche.

« On voulait vraiment quelque chose de soigné et bien fait comme on essaye de le faire chaque année en ce qui concerne les finitions du fest. »

Combien de temps avez-vous mis pour sortir le livre ?

Je pense qu’il nous a fallu un an et demi ou même un peu plus parce qu’il y a eu une renégociation et après on a laissé un peu la conception se faire toute seule. Mais tout cela a pris du retard. On s’est rendu compte de tout ceci et on a mis le gros doigt dedans pour que ce soit un peu plus personnel. C’est d’ailleurs pour cela qu’il y a eu une nouvelle réorganisation devant et derrière la scène. Mais après il a fallu récupérer les photos et les mettre en HD, faire de l’infographie, recueillir les témoignages, faire la rédaction etc. Donc oui on peut dire que cela a pris du temps.

Du coup, qui a fixé le prix du livre à 35 euros ? Car d’après certains fans ce montant peut sembler un peu cher.

Je pense que c’est Hachette qui a déterminé le prix du livre car ce sont eux les producteurs de l’ouvrage. Tu sais, personnellement je n’y connais rien à l’édition mais je sais que dans ma jeunesse j’ai acheté des bouquins sur Metallica ou AC/DC qui pouvaient coûter 80, 100 ou 150 euros. Donc c’est vrai que quand je vois la gueule du bouquin, je trouve le produit pas cher même si c’est une somme. Dans le milieu de l’édition je ne trouve pas que ce soit excessif pour un livre comme ça. Je trouve que cela reste plutôt raisonnable.

Qu’est-ce qui a été le plus compliqué à faire dans le cadre de ce livre ?

Je pense qu’il a fallu faire confiance à Lelo sur la rédaction. Il a aussi fallu trouver l’axe d’approche, c’est tellement vaste. Il ne s’agit pas de mettre des photos comme ça, il faut véhiculer un message ou un sentiment quel qu’il soit. Après, il y a une grosse recherche d’archives et un tri important de photos.

Dans le livre, vous commencez par parler du Furyfest. C’était important pour vous de commencer l’histoire du Hellfest par celle du Furyfest ?

Bien sûr. On n’oublie pas d’où l’on vient et le Hellfest est né des cendres du Fury. Je trouve d’ailleurs que c’est une des parties les plus intéressantes de cette genèse où tu vois les mandales qu’a pris Ben dans la tête car il était jeune. Ça va en impressionner plus d’un à mon avis. Ben est un petit bonhomme mais c’est quelqu’un de très fort et son histoire est vraiment renversante. Tu peux pas comprendre le Hellfest si tu sais pas d’où ça vient. C’est pour cela qu’on a détaillé la période Furyfest.

Plus globalement aujourd’hui combien de personnes travaillent au Hellfest à l’année en tant que salariés ?

On est douze à l’année. Après on a des gens qui travaillent avec nous comme Roger (Wessier) et Olivier (Garnier) qui sont des attachés de presse parisiens (ndlr : Roger Wessier et Olivier Garnier travaillent pour la structure de promotion Replica Promotion) et qui travaillent pour nous. Mais sinon on est douze dans les locaux. D’ailleurs quand tu travailles au Hellfest, il faut savoir que tu te lèves Hellfest, tu manges Hellfest, tu parles Hellfest, tu bois Hellfest et même tu chies Hellfest (rires). Les copains ce sont les collègues, les collègues ce sont les copains. Bien sûr qu’on s’entend tous très bien et c’est un projet qui est tellement vaste et qui englobe tellement d’anecdotes, c’est comme YouTube, qu’on aura toujours une histoire en plus à raconter. C’est difficile de faire le tour et il faut bien être ancré dans ce projet pour pouvoir le digérer convenablement.

Au début du projet l’équipe pensait-elle connaître un tel succès au bout de dix ans d’activité ? Etait-il possible d’imaginer que le Hellfest allait avoir autant d’influence sur la scène metal européenne et internationale ?

Je ne pense pas que quand Ben avait l’image du fest dans sa chambre il pensait à une telle réussite, il était à une centaine de lieues d’imaginer ça. Au fur et à mesure que les années sont passées il a su prendre les risques qu’il fallait au bon moment et même s’il a pris quelques bananes il savait comment se positionner par rapport à une concurrence faible mais il ne pensait pas qu’il y aurait un tel succès. C’est depuis 2012 et le changement de site que les scènes se sont agrandies et que le projet a été mieux mis en place. On a le plaisir de notre boulot, de ne jamais faire la même chose, car sinon on se ferait chier et c’est aussi grâce à cela que le festival évolue si bien. Le festival augmente, s’améliore, gagne en notoriété et c’est pour cela qu’il est dans le top 3 des festivals français.

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(A propos du vandalisme du festival) « Il y a eu un grand soutien de la part de la ville de Clisson et des habitants qui nous soutiennent car attaquer le festival c’est comme toucher la ville et des habitants. »

Qu’est-ce que cela vous fait d’avoir un public plus varié depuis deux ou trois ans ?

On est conscient que le festival est à la mode. Tu parles d’un public plus varié et c’est vrai. Aujourd’hui beaucoup de gens viennent au Hellfest alors qu’ils n’écoutent pas de rock. Mais pourquoi pas ? Tout le monde a sa place, moi je suis content de ça. Il y a des vieux, des jeunes, des familles et c’est depuis 2012 que c’est comme ça. Ces apports de groupes plus vieux comme Status Quo, ZZ Top ou Billy Idol parlent aux gens. Ce sont des groupes que les gens entendent à la radio. Alors après tu peux avoir un peu de « bashing » avec des gens qui se demandent ce que ce « nouveau » public fait là mais quand on est tous sur le site, ils sont bien accueillis et tout le monde a la banane. Certains peuvent trouver de nouvelles personnes et rallumer la flamme et c’est super. Quand j’entends des gens dire qu’il faudrait faire un quizz au public du Hellfest pour savoir s’il est digne d’aller au festival, ça me rend fou et j’ai envie de te dire que tu prendras le mec le plus calé sur le metal, ça sera toujours un bouffon pour quelqu’un d’autre ! On est un mouvement qui prône la rébellion et la tolérance donc je ne vois pas pourquoi on n’accepterait pas tout le monde. Je trouve ça cool de voir des jeunes qui rockent et des vieux qui rockent. C’est un vrai plaisir.

Tu parles de rébellion, j’aimerais en venir aux groupes extrémistes qui ont vandalisé le site l’année dernière. Qu’en penses-tu ?

On a une marque de sabotage qui s’est faite cette année avec des messages de menaces et d’ailleurs je remercie tous les fans qui n’ont pas répondu par l’agression. On les remercie. Maintenant ces groupuscules catholiques ont jeté la première pierre donc dorénavant dès qu’ils vont bouger ils vont se faire attraper. Après on ne peut pas parler de saccage de site. Ils ont brûlé « la touche à l’art », ça nous fait un peu chier parce que c’est quelque chose qui nous est cher. Mais après le sabotage a été réparé et il faut dire que ça nous a fait un coup de pub important donc ce n’est pas si mal. Il y a eu un grand soutien de la part de la ville de Clisson et des habitants qui nous soutiennent car attaquer le festival c’est comme toucher la ville et des habitants. Tu sais les gens ne sont pas forcément fans de Deicide ou Dimmu Borgir mais ils sont fiers d’avoir le festival dans leur ville : c’est quand même la Clisson Rock City ! Surtout qu’on a un public en 10 ans qui n’a jamais causé aucun problème à l’issue du festival. Ce sont des crèmes qui sont toujours très avenants avec les riverains. S’il y avait eu des problèmes là je ne dis pas mais il n’y a jamais eu aucun souci. On va redoubler de vigilance au cas où les groupuscules voudraient revenir.

Par rapport au livre est-ce qu’il y a déjà un nouveau projet écrit voire un film sur le festival à venir ?

Non, pour l’instant rien, mais ça serait bien de faire un recueil d’anecdotes ou quelque chose comme ça car il se passe tellement de choses. Cela serait très intéressant mais il faudrait s’accrocher car tout le monde aurait quelque chose à raconter. Après un film, il prendrait vraiment place au sein de l’exploitation, le problème c’est qu’on est tous pris. Alors après si le Hellfest faisait confiance à une boîte de production et de captation, il faudrait que le fest soit quand même à l’intérieur du projet et pour l’instant on n’a pas le temps pour ça. il faudrait libérer quelqu’un de confiance pour qu’il puisse bosser avec une boîte de production. Nous, on se contente de faire des after films qui sont gérés par des gens qui bossent pour nous. Mais un long métrage ça serait compliqué. Tu vois Metallica, son film a fait un bide pourtant c’est Metallica et ils ont les moyens. Alors que ‘Le metal expliqué à ma mère’, l’émission de 2011, c’était simple et ça a cartonné. Faut voir après si on veut faire du cinéma ou de la télé mais nous on est un festival alors dès qu’on approche des nouveaux supports on est obligé de faire confiance à des gens qui ne sont pas ancrés dans le fest. Ils connaissent leur métier mais pas forcément le festival et c’est un peu ça le problème pour ce genre de projet.

Comment vois-tu le festival dans 10 ans ? (rires)

Ecoute, Wacken a 26 ou 27 ans donc j’espère qu’on gardera toujours cette ligne éditoriale et artistique en mélangeant les grands et les petits. Mais au fond je n’en sais rien. C’est vrai que le côte fédérateur va un peu disparaître car des groupes comme Maiden, il n’y en a plus maintenant. D’ailleurs je suis content, parce que les festivaliers viennent au Hellfest pour l’aventure et pas que pour la programmation. Je crois beaucoup aux activations de marques, aux systèmes d’interconnections. Un festival plus interactif avec les festivaliers et les artistes comme fait un peu Toomorrow Land au niveau du line-up. Après on ne peut pas savoir, on verra bien.

Interview réalisée en face à face le 7 octobre 2015 de Paris par Philippe Dory.
Retranscription : Philippe Dory.

Site Officiel du Hellfest : Hellfest.fr.
Commander le livre des 10 ans : HellfestShop.com.



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  • WhoDoYouThinkIAm dit :

    Très bon bouquin ! Seule la partie « groupe » est décevante, certains manquent à l’appel et les textes sont…bref, chacun se fera son idée mais pour avoir des bios sur les groupes, pas besoin du hellfest.
    Le livre est soigné, c’est un beau livre et le fait d’avoir un historique depuis le furyfest est une très bonne idée.

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