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Nouvelles Du Front   

Le metal comme catéchisme


Le monde politique français a Patrick Roy. L’univers religieux anglais a désormais la révérende Rachel Mann. Dans un article du site du quotidien anglais The Telegraph daté du 31 août, nous avons pu faire la connaissance de ce membre du clergé anglican qui, bien que n’appartenant pas précisément à la même chapelle que Christine Boutin ou Philippe De Villiers (qui sont catholiques ; était-il vraiment nécessaire de le rappeler ?), aurait quand même quelques bons sermons à offrir à ces beaux spécimens de l’ouverture d’esprit Vieille France.

La révérende ne brandit pas son numéro de Rock Hard chaque dimanche matin entre l’hostie et le vin mais a quand même une opinion du feu de dieu à renverser Benoît sur son saint siège. Car depuis que Black Sabbath a réveillé les tritons (technique musicale remontant au Moyen-Age aussi appelée « cordes du Diable ») le metal est considéré comme simplement satanique et d’une stupidité crasse et n’a cessé d’être écarté du débat théologique. Mais pour la révérende, à une époque où l’Église (qu’elle soit catholique ou protestante) baigne en eaux troubles, entre scandales des prêtres pédophiles et aspect réactionnaire institutionnalisé, le metal aurait une bonne leçon de gospel à donner aux penseurs religieux.

L’idée principale de Miss Mann, c’est que le metal, en tant que « forme de musique hautement maligne », est la démonstration d’une « théologie des ténèbres libératrice ». Pour affuter cette idée, elle oppose tout simplement le chrétien, et plus particulièrement le type « grenouille de bénitier », au metalleux.

Sans parler pour le moment des discours satanistes ou anti-chrétiens qu’on peut trouver dans les textes et l’iconographie de toute une frange du metal, elle reconnaît au genre de ne pas craindre de se frotter à des thèmes souvent fort déplaisants voire extrêmes comme la mort, la violence ou la destruction (du corps, de la société, du monde lui-même…) mais qui permettent aux amateurs du genre d’accepter l’Autre (l’homme autre comme le concept autre) comme ne le ferait pas un chrétien. Le metalleux est donc capable d’une tolérance toute particulière grâce à des moyens qui feraient honte à un chrétien qui, prenant sa foi tellement au sérieux, en perd même le sens de la joie. Le metal rend ses amateurs plus détendus et plus jovials car ils reconnaissent déjà ce qu’il y a de pire dans l’être humain.


Inévitablement, il fallait parler du caractère satanique de certaines branches ou certains groupes de metal. Là encore, la révérende fait preuve d’un recul rarement vu sur ce sujet chez un membre du clergé. Même si certaines personnes adhèrent au discours de groupes qui forment l’essentiel de la scène black metal (pour ne citer que ceux-ci), du point de vue de Miss Mann, le satanisme dans le metal est généralement un objet de mise en scène, tout comme d’autres thèmes extrêmes précédemment cités. Le metalleux n’est pas qu’un brûleur d’églises, c’est aussi, par-delà ses tatouages et ses piercings un individu courtois.

Maintenant, on sait pourquoi ce n’est pas contradictoire qu’un Tom Araya, tout catholique qu’il est , pousse une gueulante comme « God Hates Us All ». C’est parce qu’il s’agit du meilleur message qu’un chrétien puisse offrir aujourd’hui à l’Église. Alors, metalleux de quelque confession ou hérésie, maintenant j’espère que tu sais ce qu’il te reste à faire. Sors de chez toi, rends-toi à l’église, au presbytère ou à l’abbaye la plus proche, un album de Slayer ou de Black Sabbath en poche, parle leur de cet article et, si tu n’as pas été trop mal reçu, va jeter un coup d’œil dimanche matin, le curé aura peut-être remplacé l’Ave Maria par Evil Woman.



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  • TRUE METALHEAD dit :

    « Le metalleux est donc capable d’une tolérance toute particulière grâce à des moyens qui feraient honte à un chrétien qui, prenant sa foi tellement au sérieux, en perd même le sens de la joie. Le metal rend ses amateurs plus détendus et plus jovials car ils reconnaissent déjà ce qu’il y a de pire dans l’être humain » ? Ca c’est vraiment la pure vérité jamais contredite !! C’est la chose la plus géniale que je n’ai jamais lue !!!

    [Reply]

  • Je suis une ex-catholique. Car dans le catholicisme est une religion. Qu’est ce qu’une religion : des dogmes bâtis sur des superstitions ou des divagations des hauts dignitaires. Chez les cathos, on adore les saints, le pape, mais on ne recherche pas Dieu en personne.
    Ainsi ça devient une culture fascisante, faut voir d’après leurs actes.

    Je suis devenu protestante, mais surtout croyante (non religieuse).

    Faut lire la bible, vers qui Jésus allait-il prêcher ? Vers les crasseux, les sans-espoir, les résidus de la société.
    Pourquoi les religieux l’ont-ils alors crucifié ? Parce que les actes du Christ ne les glorifiaient pas.

    https://www.youtube.com/watch?v=JG7ir74-ekY
    ça peut faire bien, avec un bon morceau rock, vous ne trouvez pas ?
    C’est un peu trop doux à mon gout.

    Si Jésus revenait, il serait avec les rockers, les metalleux, les soi-disant satanistes actuels, ça j’en suis sûre.

    [Reply]

    « Qu’est ce qu’une religion : des dogmes bâtis sur des superstitions ou des divagations des hauts dignitaires. »

    lol

  • Voilà déjà deux beaux commentaires qui rajoutent beaucoup aux propos de la révérende Rachel Mann.

    [Reply]

    Animal/RM

    Juste au cas où certains croiraient, parce que je n’avais pas rajouté la mention /RM dès le départ, qu’il y a un copycat de l’Animal, c’était bien un commentaire de l’original.

  • Bonjour,
    Catholique et métalleux, j’ai jusqu’ici surtout été présent sur des sites cathos dans le cadre de cette polémique (notamment Pensées d’outre politique et La Cité catholique).
    Je salue la démarche de conciliation exprimée dans votre article, qui m’encourage dans mes propres efforts.
    Je ne connaissais pas jusqu’ici la pasteure anglicane à laquelle l’article fait référence.
    Je réagis juste au passage suivant:

    « mais qui permettent aux amateurs du genre d’accepter l’Autre (l’homme autre comme le concept autre) comme ne le ferait pas un chrétien. Le metalleux est donc capable d’une tolérance toute particulière grâce à des moyens qui feraient honte à un chrétien qui, prenant sa foi tellement au sérieux, en perd même le sens de la joie. Le metal rend ses amateurs plus détendus et plus jovials car ils reconnaissent déjà ce qu’il y a de pire dans l’être humain »

    Par rapport à ma propre expérience: je suis d’acord pour dire que l’écoute du metal, et notamment du metal (du black et du unblack surtout dans mon cas) m’aide à tenir présents devant moi les aspects les plus sombres ou les plus réalistes, les moins idéalisés de notre condition et de la façon dont nous vivons ensemble au jour le jour. Il m’a également appris, au contact des metalleux que j’ai fréquentés, l’amitié et la tolérance. Inversement, mon engagement dans l’Eglise catholique (qui personnellement ne me parait pas plus encline à l’intolérance que d’autres), m’a permis de joindre l’espérance à la réalité, et m’a aidé à accepter cette réalité, là où mon tempérament de métalleux m’avait amené à la considérer avec cynisme et à me replier sur moi-même.
    D’accord donc pour réconcilier, en n’oubliant pas que chacun a à apprendre de l’autre. Personnellement, depuis le début de cette polémique, j’apprends des deux bords, et c’est au moins un point positif à porter au crédit des deux camps.
    PS: merci à Flo pour ses interventions extrèmement enrichissantes sur La Cité catholique!

    [Reply]

  • Salut l’Animal !

    Ton article et ce que dit la révérande Mann m’ont fait pensé à un passage de la lettre aux artistes de Jean-Paul II, un passage qui m’a toujours beaucoup touché en tant que métalleuse :

    « Vous savez toutefois que l’Église n’a jamais cessé de nourrir une grande estime pour l’art en tant que tel. En effet, même au-delà de ses expressions les plus typiquement religieuses, l’art, quand il est authentique, a une profonde affinité avec le monde de la foi, à tel point que, même lorsque la culture s’éloigne considérablement de l’Église, il continue à constituer une sorte de pont jeté vers l’expérience religieuse. Parce qu’il est recherche de la beauté, fruit d’une imagination qui va au-delà du quotidien, l’art est, par nature, une sorte d’appel au Mystère. Même lorsqu’il scrute les plus obscures profondeurs de l’âme ou les plus bouleversants aspects du mal, l’artiste se fait en quelque sorte la voix de l’attente universelle d’une rédemption. »

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