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Live Report   

Le Persistence Tour fait sa fête au hardcore


C’est une tradition chaque année, un peu comme la fête de la bière à Munich ou les férias de Bayonne, le Persistence Tour est devenu depuis une dizaine d’années un rendez-vous immanquable pour les fans de hardcore. C’est souvent le premier très gros concert de l’année, celui qui fait bien digérer après les excès des fêtes. Cette année c’est au Gibus, salle mythique du onzième arrondissement de Paris que le festival accueille en tête d’affiche les vieux briscards d’Ignite qui étaient déjà présents l’année dernière, tous comme les fous furieux de Terror sur place il y a deux ans. Ces deux monstres de la scène seront accompagnés par les expérimentes H2O mais également par Iron Reagan, Twitching Tongues, Wisdom In Chains et enfin Risk It!. Cette dernière étant la seule formation a ne pas être américaine. D’emblée il est donc très clair que ce Persistence Tour va s’annoncer sportif.

Qui dit « festival sur une journée » dit forcément « arrivée tôt dans la salle ». C’est la fin de journée, il n’est pas tout à fait 18H et le Gibus est déjà pris d’assaut par bon nombre de fans.

Artistes : IgniteTerrorH20Iron ReaganTwitching TonguesWisdom In ChainsRisk It!
Date : 18 janvier 2016
Salle : Le Gibus
Ville : Paris [75]

C’est donc avec le groupe allemand Risk It! que nous allons démarrer cette folle soirée. Formé en 2009, Risk It! est en pleine promotion de son deuxième album, Cross To Bear, sorti en tout début d’année. Les Allemands nous balancent en pleine poire leur hardcore très puissant, plein de vitalité et de maîtrise. La salle est malgré tout assez calme en ce début de concert et de nombreux spectateurs savourent leur pinte tranquillement tout en headbanguant. Les morceaux sont courts (2,30 minutes au maximum), efficaces et simples. Une bonne mise en bouche pour ce groupe novice de la scène hardcore. On connaissait évidemment la scène new-yorkaise mais moins la scène allemande donc merci à Risk It! pour l’agréable découverte.

Dans un registre un peu similaire au groupe précédent et emmené par le charismatique leader Mad Joe Black, Wisdom In Chains est de retour en France. Les cinq gaillards n’ont malheureusement que très peu de temps pour convaincre. Dans la même veine que certains groupes des années 90, la musique de Wisdom In Chains est très entraînante comme on peut le voir dès le premier titre « We’re Not Helping ». Particularité intéressante chez eux : les solos, souvent très rares dans le hardcore, sont très présents dans la musique de Wisdom et les deux guitaristes Evan « Boy » One et Richie « Ghost » Krutch (membre-fondateur avec Joe) s’en donnent à cœur joie. Le public commence à se motiver un peu et on aperçoit les premiers mouvements de foule. Dans un registre plus hardcore (chanson courte et simple), « Peace To My Family » de The Missing Links sorti en 2012 est un modèle de perfection. Le groupe connait son sujet et ne lâche pas le public une seule seconde. Le morceau « When We Were Young » est plus lent mais tout aussi accrocheur. Les chœurs sont très bien placés et le groupe sur scène envoie en mode machine de guerre. La chanson « My Friends » est sans doute la plus connue des Américains. Le rassemblement est prôné et le solo de guitare est une merveille d’exécution. La messe est dite pour Wisdom In Chains qui Fort de ses quinze ans d’expérience aura bien assuré.

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Twitching Tongues (Hellfest 2015)

Twitching Tongues va continuer de détruire le Gibus en tant que troisième groupe. Belle promotion pour ce combo, qui a tout juste six ans d’existence, de jouer au Persistence Tour aux côtés de bêtes de scène comme Ignite. Une seule guitare est de sortie avec ce groupe qui propose un hardcore plus lourd et lent que les deux groupes précédents. Les influences de Pantera et de Slipknot se font beaucoup ressentir en ce qui concerne le groove proposé. La voix de Colin Young, le leader du groupe, se rapprochant très clairement de Phil Anselmo ou Corey Taylor. Difficile à étiqueter, la musique du groupe se veut plus épique que les compos de hardcore basiques. Si un morceau comme « Eyes Adjust » ressemble comme deux gouttes d’eau à Pantera, groovy et punchy, il se révèle par exemple être très différent de « Preacher Man », un titre très lent et calme qui fait presque un peu tâche dans le paysage. « World War V », dernier morceau du set, met lui en scène de nombreux breaks, un refrain assez épique et un solo bien ficelé. Pas sûr quand même que les Californiens aient fait plus l’unanimité que Wisdom ou même que Risk It! malgré une performance intéressante de par son originalité. Mais peut-être que ce set était moins adapté à l’affiche que les autres groupes de la soirée. Avec un univers large et des influences très éclectiques, Twitching Tongues deviendra peut-être un acteur clé de la scène dans les années à venir, c’est en tout cas tout ce qu’on lui souhaite.

Setlist :

Feed Your Disease
Disharmony
Eyes Adjust
Preacher Man
Cannibal
World War V

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Iron Reagan (Hellfest 2015)

Attention les yeux, les oreilles et surtout les lombaires : Iron Reagan débarque sur les planches du Gibus avec son crossover thrash, mélange de thrash metal et de punk hardcore. Proposant des morceaux ultras rapides allant de quinze secondes à deux minutes, Iron Reagan partage des riffs d’une violence rare et un chant rageur et ravageur, comme si un tank vous rentrait en plein dans la tronche ! Avec Iron Reagan, on a la définition parfaite de ce qu’est la boucherie en live. Un vrai champ de bataille se crée au moment où le groupe démarre les premières notes de « I Won’t Go ». Emmené par le leader et le guitariste de Municipal Waste, Tony Foresta et Phil « Landphil » Hall, le groupe apparaît sur scène plein d’expérience. « Insanity Plea(se) ? », « Tounge Tied », « The Living Skull » ou « Bet On Black » sont quatre morceaux qui résument parfaitement bien ce que donne en live Iron Reagan. Trente secondes de morceaux en moyenne, un riff et une structure plus que restreinte qui laisse juste le temps à l’audience de démarrer un circle pit… et c’est fini. Avec « Spoiled Identity », Iron Reagan dévoile une facette intéressante avec l’utilisation très fréquente et régulière des breaks, seuls moments de répits d’un morceau de crossover. Comme dans le hardcore, les chœurs sont très présents et la basse vous retourne l’estomac. Comme tout grand frontman qui se respecte, Tony Foresta prendra le temps de parler au public et de prôner le rassemblement. Bref pas grand-chose de plus à dire sur ce groupe parfaitement en place, qui rendra un hommage au « vieux » groupe des années 80 SS Decontrol avec la reprise du morceau « Glue ». Techniquement, Iron Reagan n’a rien à envier à personne et son mot d’ordre est de tout démolir. Un bon moment très bordélique mais sacrément convivial.

Setlist :

I Won’t Go
Insanity Plea(se)?
Close To Toast
Cycles Of Violence
Obsolete Man
Tounge Tied
The Living Skull
Bet On Black
Spoiled Identity
In Greed We Trust
Miserable Failure
Paycheck
Your Kid’s An Asshole
I Ripped That Testament A New Asshole
Glue
U Lock The Bike Cop
Eyeball Gore

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H2O (Hellfest 2013)

Après le rouleau compresseur Iron Reagan et au bout de quatre heures de concert déjà, H2O arrive sur la scène. Les punks new-yorkais ont un sacré passif, vingt ans d’existence, cinq albums studios et une notoriété au plus haut. Habitués à jouer les seconds rôles, c’est la troisième fois que le groupe va jouer au Persistence Tour. C’est donc en fanfare que le combo espère faire l’unanimité avec son style surpuissant. « Nothing To Prove » morceau de l’album éponyme ouvre bien comme il faut cette cinquième prestation de la soirée. Le public s’en donne à cœur joie sur « Family Tree » et stage diving à l’instar de clap de mains accompagnent H2O en ce début de prestation. Comme à chaque fois Toby Morse et ses sbires ne ratent pas leur rendez-vous. Les chansons sont bien exécutées et c’est un public avec la banane jusqu’aux oreilles qui danse sur les fameuses « One Life, One Chance » et « Sunday ». Bien sûr, H2O ne peut pas passer à côté de son année de naissance et le morceau « 1995 » met tout le monde d’accord. Une superbe démonstration de musique avec des chœurs bien en place et un rythme rapide. Use Your Voice, dernier album sorti en 2015 est représenté par « Black Sheep », dernier single du groupe, très apprécié par un public qui reprend les paroles en chœur avant de se faire rejoindre sur scène par Mad Joe pour « What Happened ? ». Magnifique prestation des moutons noirs qui aura donné une pêche d’enfer. Se pousser dans la bonne humeur en écoutant de la vraie musique, c’est ça H2O et on en demandait pas plus !

Setlist :

Nothing To Prove
Family Tree
One Life, One Chance
Use Your Voice
Sunday
Skate!
1995
Guilty By Association
5 Year Plan
Black Sheep
What Happened (avec Mad Joe de Wisdom In Chains)

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Terror (Hellfest 2015)

Un jour, un journaliste a dit au guitariste de Terror qu’il trouvait que leurs concerts étaient d’une rare violence, il a ainsi répondu « Le public sait à quoi s’attendre en venant nous voir, il connaît les risques » ce qui résume assez bien l’ambiance du set que nous avons vécu à Paris. Crée en 2000, Terror fait partie des ténors du hardcore qui ne déçoivent jamais et c’est sur la mélodie de « High Hopes » des Pink Floyd que les Californiens font leur entrée, une bonne mise en bouche. « One With The Underdogs » lance les débats de grande manière, pas de demi-mesure pour Scott Vogel (qui revient d’ailleurs d’une convalescence suite à un problème de dos, c’était David Wood le bassiste qui avait assuré le chant au Hellfest 2015) et ses compères. C’est déjà une boucherie au bout de trois minutes de concert et ça ne fait que commencer. Les Américains enchaînent de suite sur « Stick Tight » de l’album Keepers Of The Faith qu’on ne présente plus et qui est un modèle d’exécution. On est rassuré de voir Scott dans une forme olympique ce soir.

Néanmoins, il ne faut quand même pas oublier que Terror est venu défendre son nouvel opus The 25th Hour, disque très efficace et qui a été très bien reçu par la critique et les fans. « The Solution » est le premier extrait de ce nouveau bébé, chanson basique d’hardcore simple, rapide et lourd. L’enchaînement « Live By The Code », « Return To Strength » et « Overcome », trois hits du groupe qui lancent totalement le concert, montre qu’il n’y a plus d’échappatoires pour personne. Le morceau « Always The Hard Way », extrait de l’album éponyme sorti en 2006, est le seul morceau de l’album interprété ce soir. Un peu dommage mais cela permet quand même au public de reprendre le « always the hard way » en chœur et de très belle manière. Le morceau ultra rapide « The 25th Hour » et une entrée sur scène des membres des groupes précédents sur « Mind At War » concluent presque le concert. Presque car on ne peut pas finir un concert de Terror sans « Keepers Of The Faith » – ce serait en effet un crime de haute trahison ! – car depuis 2010 ce bijou de morceau permet aux derniers assaillants du pit d’engager leurs dernières forces dans la bataille. Ce genre de concert est un chef d’œuvre et Terror aura dominé son sujet de A à Z.

Setlist :

One With The Underdogs
Stick Tight
The Solution
Live By The Code
Return To Strength
Overcome
Bad Signs
Trust No Face
Always The Hard Way
Keep Your Distance
You’re Caught
The 25th Hour
No Time For Fools
Spit My Rage (feat Taylor Young de Twitching Tongues)
Mind At War
Keepers Of The Faith

Après une telle prestation, et déjà cinq heures de concerts dans les pattes, difficile pour certains d’envisager sereinement le concert d’Ignite. Comme l’an passé lors du Persistance Tour, une partie du public se met donc en retrait ou s’en va tout simplement. Ignite est un peu moins populaire en France qu’un groupe comme Terror, ce qui est bien dommage, mais le dernier concert de la soirée s’annonce quand même explosif. Un peu de retard au moment de préparer la scène fait que le groupe arrive déterminer comme jamais vers 11H. Un début de concert tonitruant, c’est la première impression qu’on a, avec ce « This Is a War » extrait de leur nouvel opus, A War Against You sorti tout récemment dans les bacs, qui met déjà le feu à la salle. Il sera suivi par le très heavy « Fear Is Our Tradition » et « Let It Burn », extraits tous les deux de Our Darkest Days. Super entrée en matière qui va se poursuivre sur les mêmes bases avec le morceau « Veteran », marque de fabrique du groupe des années 2000.

Zoli Téglás est toujours aussi juste à la voix malgré la complexité de ses parties de chant comme on le voit bien sur le titre « Oh No Not Again ». Une grande place est laissée à la basse de Brett Rasmussen et son jeu au médiator ultra rapide. Un grand plaisir de voir un groupe avec le sourire qui donne tout ce qu’il a ce soir. Mais les esprits commencent à s’échauffer au Gibus, il fait chaud et dans le public deux personnes finissent même par s’attraper violemment. Il n’en fallait pas plus pour que Brett descende de la scène pour aller parler aux deux concernés afin de rétablir la paix. Une fois l’affaire réglée, ce dernier prendra même sa basse et jouera la totalité de « Live For Better Days » ballade magnifique qui donne presque la larme à l’œil. Rien de mieux que ce genre de moment pour clôturer un concert pareil. Il reste deux minutes au groupe, derniers mouvements de foule et derniers headbangings possible de la soirée pour les plus véloces. C’est sur « Bleeding », le titre le plus efficace du combo (un régal de punk), que le Persistence Tour se clôture. Rien à dire pour les vétérans de la soirée qui auront montré de la simplicité, de professionnalisme et de l’humilité. Chapeau les gars !

Setlist :

This Is a War
Fear Is Our Tradition
Let It Burn
Begin Again
Poverty for All
Veteran
Know Your History
My Judgement Day
Oh No Not Again
A Place Called Home
Embrace
Screaming For Change
Fill In The Blanks
Live For Better Days
Bleeding

On peut dire que ce Persistence Tour aura encore tenu toutes ses promesses avec des groupes et un public déchaîné. Le gibus aura donc clairement été retourné par cette vague hardcore. C’était une guerre mais on aura vraiment pu sentir une communion totale entre les groupes et leurs publics. Ici se situe d’ailleurs tout le paradoxe de cette musique ! This my way, this is my life.

Live report : Philippe Dory.



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