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Metalanalyse   

Le Queensrÿche de Geoff Tate trace sa route


Nous n’allons pas ici reprendre toute l’histoire pour expliquer comment ils en sont arrivés là, à la fois triste et insolite, situation actuelle. Cela a été détaillé ici, ici, ici, ici, ici ou encore . Toujours est-il qu’aujourd’hui, en l’absence de décision de justice tranchée (jusqu’à novembre, peut-être), deux Queensrÿche différents, conséquence de la rupture du chanteur Geoff Tate avec ses musiciens, sortent quasi simultanément leurs albums respectifs.

Après avoir tourné pour l’anniversaire des 25 ans du classique Operation: Mindcrime, parfois promu sous le nom de Geoff Tate’s Queensrÿche par les tourneurs, moins d’un an après la rupture, c’est bien s’appropriant le nom seul de Queensrÿche que le chanteur sort son album avec la participation d’une pléthore de musiciens et d’invités qui n’est pas sans rappeler l’impressionnante liste de contribution au Chinese Democracy de Guns N’ Roses. C’est ainsi qu’il devance de deux mois ses anciens collègues. On ne peut pas dire qu’il se soit reposé, produisant même dans l’intervalle un album solo et nous ayant confié il y a quelques jours avoir déjà commencé à plancher sur un successeur à Frenquency Unknown, là où l’autre Queensrÿche n’a fait « que » travailler sur un album déjà démarré sous le nom de Rising West avant la séparation. Si course à la présence médiatique, discographique et scénique il y a entre les deux entités, assurément Tate l’a aujourd’hui gagnée. Cela signifie-t-il pour autant que ce Frequency Unknown a été fait dans l’urgence ? C’est ce que pourrait indiquer un mixage repris à la dernière minute, alors que les premiers CDs avaient été pressés, car jugé trop hasardeux par les premières critiques ou quelques indices musicaux comme des fins parfois un peu sèches (l’enchaînement des titres « Slave » et « In The Hands Of God » jure un peu). Mais Geoff Tate est un professionnel qui a du métier et un certain savoir-faire, alors forcément le résultat se tient, même si le risque d’enchaîner ainsi les sorties et s’imposer de telles limites de temps est celui de tomber dans certains automatismes.

Musicalement, l’album s’inscrit davantage dans la lignée des derniers albums estampillés Queensrÿche que de l’âge d’or du combo, regretté par beaucoup. D’autant que, comme pour les trois derniers albums, Tate s’est à nouveau associé au bassiste-producteur Jason Slater pour co-écrire la majorité de la musique. Le résultat est donc une fois de plus porté sur un rock-metal plutôt actuel, voire un peu grungy. C’est à compter de 1997 et les albums Hear In The Now Frontier et Q2K que Queensrÿche s’est laissé imprégner par la scène de Seattle des années 90 et, à l’heure où le grunge semble refaire surface, ce sont bien des réminiscences de cette vague qui se retrouvent dans les riffs de « Cold », « Dare », « Life Without You » ou ceux sous-accordés de « Slave » et « Running Backwards ». En particulier avec ces deux derniers titres, Geoff Tate semble plus que jamais vouloir faire jouer la modernité. Il démontre une fois de plus son refus du retour arrière et semble surtout défendre la ligne de conduite – sa ligne de conduite – qui a caractérisé Queensrÿche ces dernières années. Preuve, s’il en fallait encore, de la mainmise du chanteur sur l’orientation du groupe et qu’il en tenait bel et bien les rênes. Avec sa voix, l’une des plus inimitables et respectées du metal, Geoff Tate, accompagné de musiciens plus que capables (parmi lesquels Rudy Sarzo, Simon Wright, Paul Bostaph et le multi-instrumentiste Martín Irigoyen qui a enregistré une grande partie de l’album), fait illusion et s’inscrit dans la continuité discographique du groupe.

Après la bataille juridique (qui n’est pas terminée) et les mots durs que Tate et ses ex-collègues se sont échangés, il n’aurait pas été étonnant de voir une certaine hargne ressurgir. C’est d’ailleurs ce qui frappe – presque autant au sens propre qu’au sens figuré – immédiatement à la vision de l’illustration de l’album : un poing comme envoyé en plein visage de celui qui la contemple, avec en son centre le célèbre logo de la franchise pour en revendiquer l’appartenance et les lettres F et U, initiales de Frequency Unknown mais dont beaucoup y voient l’abréviation du « Fuck You » anglo-saxon – même si Geoff Tate le niera lui-même. Alors voilà, les apparences donnent l’impression que le chanteur en a « gros sur la patate » mais tout cela est en partie trompeur. Geoff Tate est un optimiste, un mec cool qui salue l’audience d’un élégant revers de main et déguste son vin rouge de l’autre. Voilà pourquoi, même si les guitares se montrent souvent lourdes, ce Frequency Unknown reste un album posé, porté sur le mid-tempo, le travail sonore et les arrangements : un xylophone qui apparaît brièvement sur « Dare », des percussions sur l’amorce de « Give It To You », le caractère gothique de l’arpège sur « Running Backwards », les accords cristallins et claquants assez typiques de « Life Without You » (façon « Eyes Of A Stranger »), du piano sur le mi-heavy mi-ballade « Everything », sans compter la multitude de solos apportés par de prestigieux invités (K.K. Downing, Ty Tabor, Brad Gillis ou Chris Poland pour ne citer que les plus connus). Tate s’essaie même à retrouver les tonalités orientales (agrémentées de sitar) et la théâtralité vocale d’un Promised Land sur « In The Hands Of God ». Le tout se termine sur le triste et solennel « The Weight Of The World », un titre de plus de six minutes tout en ambiance, à la progression lente en crescendo.

Inutile de s’étendre sur la présence anecdotique de quatre hits issus du passé du groupe qui ont été réenregistrés pour l’occasion à la demande du label. Ce dernier a souhaité qu’ils soient reproduits au plus proche des originaux, minimisant grandement l’intérêt d’une démarche déjà elle-même limitée.

Malgré les reproches de ses anciens collègues et une partie nostalgique du public qui aurait voulu voir Queensrÿche faire machine arrière, avec Frequency Unknown, Geoff Tate ne semble pas s’être posé de question et poursuit sur sa lancée, sur ses envies, inflexible et cohérent. Si deux Queensrÿche coexistent aujourd’hui, au final, au moins par décision de justice, il ne devra en rester qu’un. Mais avant la prochaine séance au tribunal peut-être que le public aura lui-même fait son choix. Réponse dans quelques semaines avec la sortie de l’album éponyme de l' »autre » Queensrÿche.

Album Frequency Unknown, sorti le 23 avril 2013 chez Cleopatra Records



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