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Interview   

Le regard de Steve Hogarth


« Chanter est la chose la plus impudique qui soit, c’est pire que de se mettre à poil, c’est dévoiler son âme » nous dit André Manoukian. Inutile de dire encore une fois que nous n’aurions jamais imaginé citer ce genre de personnalité dans ces colonnes, plus personne ne nous croirait à force. Quoi qu’il en soit, cette déclaration très pertinente plairait à Steve Hogarth, chanteur de Marillion, dont vous pourrez lire l’entretien qu’il nous a accordé ci après. A l’occasion de la sortie de son album avec Richard Barbieri, album qu’il n’en pouvait d’ailleurs plus d’attendre d’enregistrer, Hogarth a découvert le plaisir de travailler seul sur ses parties vocales, ce qui lui a permis de s’exprimer pleinement. Une intimité artistiquement et émotionnellement libératrice dont il souhaite profiter à l’avenir lors de l’enregistrement des prochains disques de Marillion. A ce sujet, nous avons fait le point avec lui sur l’actualité du groupe.

Steve Hogarth a toujours eu une écriture très personnelle et ce projet avec Richard Barbieri, n’y fait pas exception. Chaque titre lui permet de confier son regard sur le monde, sur la nature et la psychologie humaine ou de raconter une anecdote. Nous vous conseillons d’ailleurs celle qui a inspiré le titre « Your Beautiful Face ».

Découvrez ci après ce qu’il a à nous dire.

« Ce ne sont pas les armes à feu qui tuent, mais les gens. »

Radio Metal : Apparemment, toi et Richard [Barbieri] souhaitiez travailler ensemble depuis un moment déjà. N’était-ce pas frustrant d’une certaine manière de ne pas être en mesure de le faire à cause de vos emplois du temps respectifs ?

Steve Hogarth (chant) : C’était très frustrant. Ça avait même tendance à me taper sur les nerfs en permanence, pour être honnête, parce que je craignais un peu qu’on n’arrive jamais à tout mettre en place pour pouvoir enfin le faire. Je suis tout à fait conscient que si à 22, 23 ans, à cette époque où j’écoutais Tin Drum, quelqu’un m’avait dit qu’un jour je pourrais travailler avec Richard, j’aurais été dingue. C’était donc frustrant de ne pas pouvoir s’y mettre vite. Mais, en même temps, d’une certaine manière, c’était une bonne chose parce que ça a donné à Richard le temps de m’envoyer beaucoup de musique. Il m’envoyait une partie instrumentale de temps en temps, et début 2011, il m’en a envoyé trois ou quatre d’un coup. Je les ai toutes écoutées et elles étaient toutes différentes les unes des autres, mais toutes géniales. C’était frustrant mais j’en ai fait un CD très bien pour pouvoir rouler dans ma voiture en écoutant ses idées, ce qui fait que j’ai eu beaucoup de temps pour vivre avec sa musique avant de vraiment me mettre à travailler dessus. Ça n’a pas été une mauvaise chose. Marillion a décidé de faire une pause d’un mois en août dernier, donc j’y suis allé, je me suis fait un petit studio dans mon grenier et j’ai enregistré toutes les voix tout seul. C’était génial. En plus, pendant que je conduisais, à chaque fois que j’avais eu des idées, que j’avais trouvé des notes, j’avais marmonné et chanté dans mon iPhone, donc j’ai réécouté tout ça pour voir ce que j’avais trouvé, et ensuite j’ai testé toutes les possibilités du son. Le temps a donc aidé, en fait.

N’y avait-il pas trop d’idées, justement, comme vous aviez ce projet en tête depuis longtemps ?

J’ai des idées en permanence, et maintenant, elles se retrouvent toutes dans mon ordinateur portable. Ce n’est plus comme à l’époque où on avait des carnets entiers pleins de ratures et d’idées… J’essaie de transférer tout ce que j’ai maintenant sur mon ordinateur, comme ça tout est au même endroit. Je dois avoir, je ne sais pas, une cinquantaine de paroles au moins qui se promènent. Quand je travaille avec Marillion, on va dans notre studio, le groupe joue, je cherche dans mes paroles et j’essaie de les faire fonctionner. Certaines de celles que j’ai utilisées pour cet album, je les avais essayées pour Marillion mais ça ne fonctionnait pas. Certains instrumentaux que Richard m’a envoyés avaient une vraie énergie, notamment celle qui est devenue la chanson « Crack ». Je travaillais sur ces paroles depuis des années mais je n’avais pas encore eu l’occasion de les utiliser et j’ai trouvé comment les utiliser ici. Ce n’est pas comme si j’avais beaucoup de choses écrites spécifiquement pour le cas où je travaillerais avec telle ou telle personne. Mes paroles viennent de ce que je ressens personnellement, ensuite, quand j’entame un projet avec quelqu’un, je vais tout simplement voir ce que j’ai en stock. Certaines des paroles de cet album ont aussi été directement inspirés par les morceaux envoyés par Richard eux-mêmes, par exemple, un jour je roulais en écoutant une de ces musiques, et elle est devenue « Red Kite ». Ces mots sont venus de l’écoute de cet instrumental et pas de ma réserve.

D’ailleurs, y aura-t-il un deuxième album ?

J’espère. Je n’en commencerai pas un autre tout de suite cela dit, ce serait bien de laisser un peu de temps s’écouler d’abord. Qui sait ce que le futur nous réserve ? Si Richard a le temps à nouveau dans deux ou trois ans de me renvoyer de la musique, je trouverai à coup sûr le temps de travailler dessus parce que je suis tout à fait conscient du succès qu’a été cet album d’un point de vue artistique. Pour moi, ça a vraiment été un jaillissement de créativité et je me suis tellement éclaté à l’enregistrer que, si je peux le faire, j’en enregistrerai avec plaisir un autre.

« Je pense que la plupart des conflits viennent d’une incapacité à comprendre l’autre et que les conflits entre pays viennent quasiment toujours d’une incapacité à comprendre la culture de l’autre. »

Cet album est intitulé “Not The Weapon But The Hand”. Quelle idée veux-tu faire passer avec un tel titre ? Y a-t-il là un message pacifiste ?

Disons que c’est un peu basé sur ce vieux cliché selon lequel ce ne sont pas les armes à feu qui tuent, mais les gens. Quelque arme qui soit n’est jamais plus dangereuse que les mains qui la tiennent. Mais c’est un extrait des paroles d’une des chansons de l’album intitulée « Your Beautiful Face ». En fait, le dernier morceau du disque est une reprise de la chanson qui contient cette phrase. Je pensais plus particulièrement à une femme que j’ai rencontrée il y a à peu près 20 ou 25 ans. Elle était incroyablement belle et le savait. Elle était aussi très ambitieuse, très froide et très manipulatrice. Elle savait comment utiliser sa beauté pour arriver à ses fins. Le printemps dernier, je suis tombée sur sa fille qui a à peu près la même tête qu’elle à son âge, parce qu’elle a maintenant l’âge qu’avait la femme que j’ai rencontrée il y a 25 ans ! Mais c’est une personne tout à fait différente, elle a un caractère bien plus doux et plus tendre. Elle a la même arme mais elle a choisi de s’en servir différemment. C’est de là que vient ce titre.

Est-ce que tu penses que trop de conflits sont résolus par les armes alors qu’ils auraient pu l’être par une discussion et une poignée de main ?

Je pense qu’on fait tous ça, n’est-ce pas ? On se met dans des états de colère pas possibles à cause de quelque chose ou de quelqu’un alors que si on prenait juste la peine d’y aller et d’en parler on s’épargnerait, à eux et à nous, beaucoup de conflits. Je pense que la plupart des conflits viennent d’une incapacité à comprendre l’autre et que les conflits entre pays viennent quasiment toujours d’une incapacité à comprendre la culture de l’autre. Donc, bêtement, tu pars en guerre contre un autre être humain alors que tout le monde sait qu’on est tous pareils, on a tous la même chair et on a tous les mêmes besoins. Tu sais, j’ai écrit un paquet de fois sur ce genre de question.

« Tout ce qu’on dit, tout ce qu’on est n’apparaît jamais que derrière un voile, un filtre de peur, d’autodéfense, de complexes. […] Il y a seulement deux émotions véritables : l’amour et la peur, tout le reste n’est que le résultat de l’un ou de l’autre. »

On dirait aussi que c’est un album très personnel, avec des titres visiblement très intimistes comme « Naked »… Je me trompe ?

Oui, d’une certaine manière tu as raison… « Naked » parle du fait que tout ce qu’on dit, tout ce qu’on est n’apparaît jamais que derrière un voile, un filtre de peur, d’autodéfense, de complexes. En fait, peut-être que le thème sous-jacent de cet album, c’est, comme je le dis, que seul l’amour peut nous rendre libre. Il y a seulement deux émotions véritables : l’amour et la peur, tout le reste n’est que le résultat de l’un ou de l’autre. Tout ce qu’on fait, on le fait soit par amour, soit par peur. Je pense que c’est ça, le thème qui sous-tend l’album. Tous mes travaux ont toujours été très personnels, ça fait vingt-cinq ans que je le fais… Je n’écris pas vraiment de fiction. J’écris sur mes sentiments les plus intimes, des choses qui me sont arrivées, mes propres amours et mes propres peurs, je suppose.

« S’il y a ne serait-ce qu’une seule autre personne dans la pièce, on est conscient du fait qu’elle entend et qu’elle juge, qu’elle écoute quelque chose qui n’est peut-être pas encore au point, ou pas fini, alors que quand tu es seul, tu ne montres rien à personne avant d’être sûr d’avoir atteint ce que tu voulais. »

Est-ce que tu penses que tu as plus de liberté pour écrire des paroles très personnelles sur ce projet qu’avec Marillion, puisque c’est une sorte de projet solo ?

Non, c’est exactement la même chose, au sein de Marillion : j’ai une liberté absolue, je peux écrire tout ce que je veux et ça a été comme ça depuis mon arrivée dans le groupe en 1989. Ils me laissent faire tout ce que je veux. Ensuite on décide tous les cinq ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. C’est donc plus… Il y a un contrôle de la qualité pour nous dans Marillion qui est très important et, parfois, c’est un peu frustrant. Avec Richard, le processus était complètement différent. Il m’envoyait un morceau instrumental par e-mail, je vivais un peu avec pendant un moment et, ensuite, en août dernier, je me suis enfermé tout seul dans une pièce avec mon micro pour expérimenter avec différents mots, différentes approches. Des fois, je me contentais de parler, de chuchoter, de crier ou de chanter, parfois tout ça à la fois pour une seule chanson ! C’était vraiment chouette d’être complètement seul. Je suppose que c’est une liberté qu’on n’a que quand on est seul ; s’il y a ne serait-ce qu’une seule autre personne dans la pièce, on est conscient du fait qu’elle entend et qu’elle juge, qu’elle écoute quelque chose qui n’est peut-être pas encore au point, ou pas fini, alors que quand tu es seul, tu ne montres rien à personne avant d’être sûr d’avoir atteint ce que tu voulais. Donc, c’était vraiment libérateur, et j’aimerais vraiment pouvoir travailler comme ça à nouveau, peut-être même qu’à l’avenir je travaillerai comme ça avec Marillion. Pourquoi je devrais rester dans un studio avec un producteur pour chanter mes paroles ? Pourquoi je ne pourrais pas tout amener chez moi et faire ça dans mon coin ? Je pense que je ferai vraiment comme ça.

D’ailleurs, peux-tu nous renseigner sur le futur de Marillion ? Le dernier album du groupe, Less Is More, était un album acoustique et est sorti il y a trois ans. Le dernier véritable album studio est quant à lui sorti il y a quatre ans… Pourquoi si longtemps ?

Il y a sans doute deux raisons à ça. Tout d’abord, la manière dont les choses se sont mises en place ces deux ou trois dernières années… On est partis en tournée alors que, à une époque, on ne l’aurait peut-être pas fait. On nous a proposé la tournée en Allemagne avec Deep Purple en novembre 2010 et on a décidé de faire une pause dans le processus d’écriture pour la faire. Ensuite, on avait une convention, on a fait une pause à nouveau pour faire cette convention en Hollande… On était à chaque fois ramenés sur la route alors que, peut-être, par le passé on aurait juste dit : « Non, on ne peut pas venir, on ne fait rien en ce moment, on est en train de bosser sur un CD. » Donc, ça a pas mal ralenti les choses. En plus, en 2009 je crois, quand on a commencé à chercher des idées pour le prochain album studio, on n’était pas vraiment prêts mais on a travaillé entre les tournées. On a joué, bossé, commencé les arrangements et, en décembre, on a organisé une réunion pour écouter tout ce qu’on avait fait jusqu’alors. On a des choses très fortes, je suis vraiment impatient de voir ce qu’il va se passer maintenant. On va bientôt se mettre à travailler pour de bon en studio, chez Gabriel, le 30 janvier, histoire de vivre et de travailler ensemble pendant un moment et de mettre un peu d’ordre dans ces chansons. Ensuite, on retournera dans notre propre studio et je suis à peu près sûr que, d’ici cet été, on aura un album enregistré et prêt à sortir pour l’automne. Donc, tout se passe bien, et ça promet d’être génial.

Entretien réalisé vendredi 20 janvier 2012 par téléphone
Retranscription et traduction : Chloé

Site Internet de Steve Hogarth : http://stevehogarth.com/
Site Internet de Marillion : www.marillion.com



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  • salut, je vous ecrit du canada, quebec. jattend avec impatience le concert de marillion a quebec le 18 juin 2012. ca va faire la 1 fois que je vais voir marillion avec steve hoggard. je suis marillion depuis leurs debut annee 1980, avec big fish, cest d aillieur leur 1 album, the scrips for jeasters tears, que jai vue en show a montreal, fish deguisser a la peter gabriel. quel album. donc au plaisir de vous voir a quebec pour la grand messe avec steve hoggard. et mon meillieur album de marillion avec steve, est mabbles. paix

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  • Un groupe et un homme fantastiques. Hogarth, h pour les « intimes », a un côté très touchant et j’ai eu l’occasion de le rencontrer après les concerts et j’ai eu le plaisir de pouvoir discuter avec lui. J’attends cet album avec impatience…
    Merci RM pour cet interview !! 🙂

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  • Porcupine Tree et Marillion font partie de mes chouchous, la collaboration de Barbierie et Hogarth ne pourra être que superbe !

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  • ça fait plaisir à entendre (pour le prochain album de Marillion) 🙂

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