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Interview   

Le réveil spirituel de Phazm


Pierrick_Valence_PhazmHuit ans : c’est ce qu’il aura fallu à Phazm pour proposer son nouvel album Scornful Of Icons qui vient de voir le jour chez Osmose Productions. Il faut dire que si cet album n’est pas sorti plus tôt, c’est notamment parce que Pierrick Valence, la tête-pensante du combo, avait fait le choix de mettre son groupe en sommeil en 2009, un an après Cornerstone Of The Macabre.

Le chanteur/guitariste était notre invité à l’antenne le 29 mars dernier et est revenu avec nous sur les raisons de cet arrêt mais aussi du retour du groupe, ses circonstances et celles de la conception de son quatrième album. Un album qui s’éloigne du death n’ roll auquel le groupe nous avait habitué pour fouler les terres plus spirituelles du black metal, car marqué par le décès du père de Pierrick et tout un processus de réflexion menant au rejet de toute forme de monothéisme.

C’est ainsi que dans l’entretien qui suit, nous avons pris le temps de discuter de cette thématique, cherchant à comprendre la haine que Pierrick entretient envers les religions monothéistes, au profit des croyances païennes polythéistes valorisant le libre arbitre et la proximité avec la nature. Un échange riche et passionnant qui pousse forcément à la réflexion et démontre l’investissement, autant dans le fond que dans la forme, dont a bénéficié l’oeuvre.

Phazm

« Ils vont te traiter les animistes d’abrutis, de sous-religion, alors que là on est carrément dans un truc […] qui a plus de sens que de prêcher la parole d’un mec qui a vécu il y a cinq mille ans, dont le bouquin dit tout et son contraire, qui provoque guerres et mal-interprétations. »

Radio Metal : En 2009, Phazm avait en quelque sorte tiré sa révérence, ressens-tu une attente concernant ce nouvel album ?

Pierrick Valence (chant & guitare) : Je m’en rends compte encore plus maintenant que l’album est sorti. C’est vrai que nous ne savions pas trop à quoi s’attendre en reformant le groupe. Ça fait deux ans que nous avons remis le groupe en marche et que nous avons recommencé à faire des concerts, à composer et puis voilà où nous en sommes aujourd’hui, avec un nouveau disque et tout ça… Mais c’est vrai que là je suis assez content des retours que j’ai. Je me rends compte que le groupe n’était pas tombé dans l’oubli, que plein de gens étaient frustrés que nous ayons arrêté et étaient demandeurs de nouveaux trucs. Donc c’est plutôt encourageant, carrément.

Tu dis que c’est quelque chose que tu ressens maintenant, tu n’as donc pas ressenti de pression particulière pendant l’écriture de l’album ?

Non, carrément pas. Si tu veux, je ne suis pas forcément accro à tout ce qui peut se dire sur le net ou ailleurs. D’autant plus que quand nous avons recommencé à travailler avec Phazm, nous n’avions rien sorti. Nous avons remis la machine en route, donc il a fallu retravailler tout le répertoire et puis la cohésion de groupe. Nous étions vraiment dans une dynamique de refaire de la musique ensemble, faire des concerts et puis après composer. Donc nous ne nous sommes pas vraiment mis une pression car n’ayant rien fait pendant plusieurs années, nous n’allions pas se speeder du jour au lendemain en se mettant une pression et une deadline qui auraient pu être au détriment de la qualité du truc. Donc non, nous avons pris notre temps et nous avons fait comme nous avions envie de faire.

Peux-tu nous rappeler pourquoi vous aviez décidé de jeter l’éponge en 2009 ?

J’en ai eu ras le bol, la vérité ! [Rires] J’en ai eu ras le bol ! Ras le bol parce que j’ai commencé à rentrer dans le truc très tôt. C’est-à-dire qu’à dix-neuf ans je rentrais dans Scarve, j’avais enregistré Irradiant chez Daniel Bergstrand en Suède, j’enchainais avec les tournées… On a fait beaucoup de choses et du coup ça prenait tout mon temps, mon train de vie, mon quotidien était uniquement basé sur l’intermittence, la course au cachet, faire des tournées, enregistrer des disques, donner des cours pour s’en sortir, faire des plans en tant que roadie ici et là pour boucler le budget de fin de mois… Scarve, Phazm, Agressor, plein de trucs étaient entremêlés et au bout d’un moment tu en as marre parce que tu donnes beaucoup et quand tu n’as pas de boulot à côté, c’est vraiment compliqué de survivre comme ça tout le temps. Ça a duré de 2001 à 2009 et à un moment donné j’ai eu besoin de stopper ce train de vie-là, de me poser et de m’investir dans des choses plus terre à terre. J’ai racheté deux magasins de musique sur Nancy et je me suis mis à fond là-dedans. Ça m’a permis d’avoir un quotidien plus serein, même si ce n’est pas facile tous les jours parce que le business est compliqué quoi que tu fasses, mais en tout cas avec des horaires fixes, tu vois. Quand tu vis sur la route tout le temps, ton couple peut en pâtir, il y a plein de contreparties dans cette vie-là qui étaient très dures à soutenir tout le temps, donc j’en ai eu marre, j’ai dit stop, voilà. Quand j’ai commencé à jouer, notamment avec Scarve, on était encore sur le début de la fin du disque, donc on pouvait encore gagner un peu d’argent, faire des choses, partir en tournée assez facilement et les temps se sont durcis. Donc après, on avait plus trop de repère, c’était une phase de transition qui était compliquée à vivre. Donc j’en ai eu marre, nous avons stoppé. Et à un moment donné il faut que tu reviennes parce que quand tu as ça en toi, après ça te manque, tu sais. Là, les choses vont mieux, nous avons pris du recul, nous avons rechargé les batteries, nous avions besoin de faire un break, tout simplement.

Quel était l’élément déclencheur de ce retour ? Etait-ce ce concert de 2012 à Nancy ?

Oui. C’est Thomas, un pote de Nancy qui travaille avec Metal Ride, qui faisait jouer Entombed à L’Autre Canal, et toute sa clique a toujours été très supporter de Phazm et de ce qu’on pouvait faire. Ils trouvaient que c’était une belle façon de remettre le groupe en marche. C’est vrai que quand ils m’ont proposé ça, j’ai dit « oui, pourquoi pas. » C’est venu comme ça, au bon moment. Faire la première partie d’Entombed à l’Autre Canal à Nancy c’est cool. Après, ce n’est pas très joyeux mais c’est ça aussi qui a déclenché le truc et m’a redonné envie de composer : j’ai appris que mon père était atteint d’un cancer et qu’il n’allait certainement pas s’en sortir. Il était très fan du groupe. La dégringolade jusqu’à son décès a été très compliquée et deux jours avant qu’il s’en aille, il m’a demandé si on allait refaire un disque et je lui ai répondu que oui, c’était prévu. J’ai vu dans ses yeux qu’il était à la fois triste et heureux de le savoir. Heureux parce qu’il se disait « ah super ! », parce qu’il me baratinait tout le temps en disant « faudrait que tu refasses Phazm, c’est trop con que vous ayez arrêté, c’était vachement bien ». Et triste en même temps car il était conscient qu’il n’écouterait jamais le disque. La composition a commencé à partir de ce moment-là. Ça m’a aidé à vivre le deuil. C’était une façon comme une autre de vivre ces expériences-là, d’avoir une soupape comme ça. Et donc cet album est entièrement dédié à sa mémoire.

C’est donc le point de départ de toute la thématique de l’album ?

C’est le point de départ oui, après la thématique je l’ai forcément extrapolée, je suis allé un peu plus loin que le deuil en lui-même. Mais oui c’est le point de départ, carrément, c’est la clef de voûte du truc.

Pour revenir au groupe, du line-up précédent seul Pierre alias Gorgor t’a suivi, les autres n’étaient pas intéressés ?

En fait nous n’étions que trois pour enregistrer et composer Cornerstone Of The Macabre. Le deuxième guitariste sur scène était Joss Dréau qui a également enregistré le dernier disque. Donc il n’y a que Max, qui était à la basse, qui a arrêté. Il faisait partie de la reformation, simplement après c’était compliqué parce qu’il a déménagé, il n’est plus dans le même trip, tu vois, il joue plus du blues, il habite un peu loin pour être là tout le temps et participer à l’effort. Nous avons donc décidé d’un commun accord que c’était mieux qu’il arrête, plutôt que de se forcer et de faire le truc à moitié. Donc sans embrouille aucune, c’est juste qu’à un moment donné chacun trace sa route. C’est Fabien, le chanteur-guitariste de Wheelfall, qui nous a rejoints à la basse.

Phazm

« Se désintéresser de toute forme de spiritualité, qu’elle soit religieuse, théologique ou philosophique, ce n’est pas très bon non plus parce que ça nous déconnecte un peu, on a l’impression qu’on oublie qu’on est éphémère. »

As-tu eu peur que cela change l’identité de Phazm ou penses-tu que tu es quand même le gardien des clefs du son du groupe ?

Ouais quand même. Après, c’est moi qui écrit la musique, les textes, qui amène le concept, c’est vraiment mon groupe, tu vois, et les autres membres du groupe sont totalement en phase avec ça. Ils ne subissent pas, ils sont dans une logique de travail, ils savent très bien que dans Phazm il y a un univers et une patte qui correspondent à ce que j’ai en tête. Ils me suivent là-dedans, donc je n’ai pas eu peur de ça, car même dans les albums précédents c’était moi qui composais la majeure partie des trucs.

C’est important pour toi de fonctionner de cette manière ?

Non. Je t’avouerais que j’aimerais bien avoir un peu plus de répondant. Maintenant, je n’y accorde pas tellement d’importance. Tu sais, je pars dans mon truc, je bosse, je réfléchis, je crée et si quelqu’un amène des idées je suis ouvert. Peu importe. Il y a plein de chanteurs qui vont te dire « moi au début je n’avais pas envie d’être chanteur » et c’est par la force des choses qu’ils le sont devenus parce qu’il fallait bien que quelqu’un chante. Après, moi c’est un peu pareil par rapport au processus de composition, il faut bien qu’on écrive des chansons et comme c’est moi qui apparemment suis le plus rapide ou le plus créatif, eh bien, c’est comme ça. Après, je n’ai aucun désir de dire « c’est moi qui fait des choses et puis vous fermez vos gueules », ce n’est pas du tout le propos [petits rires].

Qu’est-ce qui empêchera aujourd’hui qu’un split comme celui de 2009 ne se reproduise ?

Tout simplement je ne mets pas les œufs dans le même panier. Si tu veux, à un moment donné j’ai senti que continuer comme ça, ça n’allait pas être bon pour ma santé physique et morale. A un moment donné, je sentais que j’arrivais au bout d’un truc. Là déjà le fait de ne pas être dépendant de ça pour payer mes factures, ça va m’aider. Maintenant, peu importe ce qu’il adviendra, je suis ici pour jouer, pour créer, pour faire de la musique, mais pas pour essayer de remplir un nombre de cachets pour pouvoir aller déclarer ça… Ce n’est pas la même démarche. Je ne mélange pas le financier avec l’artistique, donc ça va m’aider à ne pas stresser et ne pas tout mélanger.

C’est un espace de liberté aussi…

Oui c’est ça. Quand tu mélanges passion et travail, ça peut devenir dangereux. Si quand tu pars en tournée tu te dis « fais chier je serais bien resté chez moi » c’est qu’il commence à se passer un truc qui va pas bien. Au départ, la musique c’est censé être un plaisir absolu, un truc où tu t’exprimes et tu t’épanouies et c’est vrai qu’au bout d’un moment, la réalité, le quotidien te fait changer. C’est pour ça que j’ai préféré arrêter plutôt que de forcer le truc. T’imagines un groupe qui existe depuis déjà vingt ans, qui a établi un style particulier, dont les gens sont fans et achètent des places de concert, des disques, tout ça… Artistiquement tu dois te sentir prisonnier d’une formule. Des groupes comme AC/DC ou Amon Amarth, tu sais très bien à quoi t’attendre avec un nouvel album mais en même temps, est-ce qu’ils peuvent vraiment se permettre de faire quelque chose de différent ? Ce serait dangereux, tu vois. Je n’avais pas envie de tomber là-dedans, de dire « bon bah maintenant il faut faire comme-ci, comme-ça, un album, une tournée, un album, une tournée… » Tu es dépendant de trop de choses. S’il y a un mec dans ton groupe qui en a marre et qui veut se barrer, il faut le remplacer, « attend, comment on va faire ? »… Je n’ai plus envie d’être dépendant de tout un tas de paramètres comme ça, j’ai envie d’être libre. Un espace de liberté totale où on est vraiment réuni pour faire des choses nouvelles, pour donner libre cours à nos envies et ne pas rentrer dans une formule dictée malgré tout par tout le business qui enrobe tout ça.

Surtout si tu n’en vis pas, en effet. Peut-être que si tu en vivais ces questions se seraient moins posées ?

Je ne sais pas. Je me pose la question. Imaginons que ça ait cartonné au point que financièrement tout roule pour le groupe, je ne me verrais pas… Tu sais, j’ai des potes qui cartonnent, les anciens camarades de Scarve qui sont dans Soilwork, quand ils me parlent de leur quotidien, je me pose des questions, je me dis « est-ce que cela m’aurait vraiment plu ? », de tomber dans ce rythme, cette pression que te mettent les labels, ensuite tu es quand même dépendant de ça, tu vois. Quand on te dit que de telle heure à telle heure tu dois bosser, faire ci et ça, et que c’est matériel, tu dis que tu sais à quoi t’en tenir, mais quand ça devient artistique, créatif, qu’il faut que tu te forces à écrire des trucs qui collent à une formule qu’on sait rentable, je ne sais pas si j’aurais été bon et épanoui là-dedans… C’est des questions qu’on se pose comme ça, parce que les bons côtés des choses on les connait mais les mauvais, ce n’est pas ce qui est mis en avant. Personne ne va te dire « putain cet album-là on en a chié, on n’avait pas d’idées… » Non, quand tu défends un album tu vas forcément dire « c’est le meilleur truc qu’on ait jamais fait » et tout, alors que très sincèrement, je connais des gens qui n’y croient pas et disent « fallait faire un disque, on l’a fait et puis voilà quoi. » Je trouve ça dommage, quoi… En même temps c’est tellement dur qu’à un moment donné, il faut y aller.

Il s’est déroulé tout de même quatre ans depuis le concert de Nancy, qu’est-ce qui explique ce délai ? Est-ce le décès de ton père ?

Oui. Ce n’est pas quand tu vis les trucs que tu peux les exorciser et les coucher sur papier. Il faut du temps pour canaliser tout ce que tu peux ressentir comme émotions, tu passes par différentes phases. Ca a rallongé le processus mais en même temps c’est ce qui a permis d’aller creuser assez loin dans le fond, pas juste faire un album de metal avec un bon son et des riffs qui pètent. Il fallait mettre du sens derrière tout ça, et ça a vraiment pris du temps. Il y a eu plusieurs versions des chansons. Nous revenions sur les choses, nous retravaillions des riffs, des structures, comment j’allais m’exprimer avec le chant… Il n’y a aucun titre qui a été fait en deux heures de temps.

Le fait de ne pas avoir de deadline doit aussi aider…

C’est ça. Nous avons attendu d’être totalement satisfaits pour le sortir. Après, c’est un album assez spécial, nous n’allons pas continuer dans ce truc-là. J’ai vraiment envie de refaire un album et de ne pas attendre dix mille ans avant qu’il ne sorte. Je suis assez pressé de continuer. Là, nous sommes sur quelque chose de nouveau par rapport à ce que nous faisions il y a dix ans, donc il y a de nouvelles pistes qui se profilent. Je pense que nous allons être créatifs dans les années qui arrivent.

Phazm by Guillaume Bideau

« Quand tu vis un deuil, franchement, ce n’est pas chez les Chrétiens que tu vas arriver à apaiser les choses ou alors il faut vraiment faire preuve d’une grosse abnégation… »

A l’instar de l’artwork de l’album, la thématique qui se dégage est très forte. Peut-on parler de concept album à ce stade ?

Je ne sais pas… Non je ne pense pas parce que « concept », ça voudrait dire que tous les morceaux sont reliés à la même histoire. Là, le concept, c’est juste le contexte dans lequel a été fait l’album, mais il n’y a pas vraiment une trame qu’on retrouve dans chaque morceau. De la même manière que je suis passé par plein d’états différents, de colère, de tristesse, de détresse totale. Donc il n’y a pas vraiment un sentiment égal à chaque composition. Le concept est le rejet de toute forme de monothéisme et je vais expliquer un peu pourquoi car là on a l’impression que ça n’est pas très lié au fait de vivre un deuil, mais ça l’est. Moi je suis intimement convaincu que si personne ne mourrait sur cette planète, il n’y aurait pas de religion. Ce qui fait que la religion existe, c’est qu’on a conscience de notre mortalité, qu’on a un problème avec ça et qu’on veut bien s’en arranger de notre état de vivant. Et donc pour se mettre un peu de pommade à l’esprit, on se crée des religions et ça nous permet de mieux appréhender la mort. Quand tu es élevé dans un contexte athée et que tu vis le deuil de quelqu’un de très proche comme ton père, tu es forcément amené à te confronter à ces choses-là, la mort, le rapport à l’existence, la religion, et à essayer de trouver des pistes de survie mentale pour ne pas perdre la tête. Alors que quand tu perds quelqu’un et que tout le monde est dans un contexte religieux, il y a des prêtres pour t’accompagner et ritualiser tous les trucs. Mais aujourd’hui, c’est vrai que de plus en plus de gens sont athées et ont complètement déconnecté leur esprit de spiritualité, quelque part. L’athéisme n’est pas quelque chose que je prône parce que, déjà, j’ai l’impression que personne n’est véritablement athée. Ceux qui se disent athées, quand tu discutes avec eux tu peux te rendre compte très facilement et rapidement qu’il y a des superstitions, des doutes qui s’installent et qui font qu’ils ne sont pas complètement athées. En fait les gens sont souvent agnostiques, mais le fait de l’être et de se désintéresser de toute forme de spiritualité, qu’elle soit religieuse, théologique ou philosophique, ce n’est pas très bon non plus parce que ça nous déconnecte un peu, on a l’impression qu’on oublie qu’on est éphémère. Il y a un décalage qui se créé et après, tu te prends une grande claque, un grand vertige quand tu perds quelqu’un de proche parce que tu as l’impression que ça ne t’arrivera pas. On n’est pas prêt, on ne pense pas à ça, on ne se lève pas le matin en se disant que son père, sa mère ou sa femme va mourir, alors que ça peut arriver tout le temps. J’ai toujours eu le goût pour le paganisme, les anciennes croyances, les choses plus terre à terre qu’on pouvait avoir avant le monothéisme. Le deuil m’a replongé dans tous ces trucs-là et c’est ce qui m’a aidé à penser, à me projeter, à me placer dans tout ce putain de bordel de cosmos, à ne pas être perdu, à ne pas être sans lien. Et certainement pas en ayant recours à une quelconque forme de monothéisme, pour plein de raisons. C’est vrai que ce disque, s’il avait un concept, et c’est bateau parce que beaucoup de groupes de metal le font, serait une haine profonde du monothéisme, qu’il soit juif, musulman, chrétien, peu importe. C’est la même chose, c’est juste pas la même esthétique.

Il y a un pas entre ne pas adhérer et haïr, qu’est-ce que tu reproches à ce point aux religions monothéistes ?

C’est qu’elles sont figées dans leur mode de fonctionnement. C’est-à-dire que ce qui a été écrit à un moment donné n’est pas rectifié ou n’est pas barré. Je pourrais en parler pendant des heures mais regarde ce que le monothéisme a créé aujourd’hui. Ta question est… Comment ne pas se poser cette question-là aujourd’hui ? Comment ne pas avoir une haine envers ça ? Il n’y a rien qui est amené à développer des choses nouvelles. C’est comme la musique vivante et la musique écrite, quand tu vas dans un concert de musique classique, la plupart du temps, on va avoir envie d’entendre quelque chose de bien précis, avec des mouvements comme il a dit lui, comme il fallait faire comme ça, tatati tatata… La musique vivante, c’est de la musique folklorique, par exemple. Ce qui intéresse les gens qui aiment cette musique-là, c’est de redécouvrir des thèmes dans d’autres orchestrations, d’autres harmonisations. Le paganisme, le polythéisme, pour moi c’est ça. Le chrétien va vivre toute sa vie en fonction de comment il sera jugé quand il sera mort pour aller au paradis ou en enfer, c’est vraiment linéaire. Le paganiste lui va penser circulaire, il va avoir une notion de recommencement, de cycle, ce n’est pas quelque chose qui commence et qui finit, on se met là dans une case et on en parle plus. Ce qui me dérange dans le monothéisme, c’est cette soumission à un Dieu, le fait de dire que c’est Dieu qui décide et qui juge alors qu’il est soi-disant miséricordieux. Que ce soit dans le coran ou dans la bible, tu as tout et son contraire, tu ne sais pas comment interpréter les trucs. A un moment on te dit que Dieu est miséricordieux mais c’est quand même Dieu qui choisit de laisser vivre les mauvais et de tuer les bons. D’où il est miséricordieux ? S’il était miséricordieux, pourquoi est-ce qu’on risquerait de brûler en enfer ? Ça n’a aucun sens.

Historiquement la religion a servi de loi pour éviter le chaos, non ?

Oui, mais les lois existaient avant même la création du monothéisme. Le premier parlement jamais créé, c’était en Islande : l’Althing, et c’était des polythéistes. Les lois existaient, il y avait vraiment un parlement avec des gens qui votaient, un juge, des avocats… On a tendance à donner le monopole de la bienséance et de la bonne morale aux chrétiens.

La religion n’était-elle pas un moyen de véhiculer la loi plus facilement, notamment en dehors des grandes villes, à une époque où il n’y avait pas les facilités pour véhiculer la loi à travers toutes les contrées d’un pays ?

Mais la loi devrait être complètement détachée de la religion. Remets-toi bien dans l’ambiance du truc : Dieu a créé l’homme à son image, l’homme est arrivé sur terre, il a rencontré la femme, la femme a parlé au serpent qui lui a dit de manger la pomme et parce qu’elle a mangé la pomme, alors c’est devenu une salope… Tu lis la bible, c’est un truc de fou et il y a encore des gens qui croient ça aujourd’hui ! C’est l’obscurantisme total. Est-ce que tu as une seule église qui te parle de l’écologie ? Est-ce que tu as un seul prêtre qui rabâche que les océans sont en train de mourir ? Tout le monde s’en fout. Ça ne les intéresse pas. C’est ça qui devrait être le plus important mais personne ne parle de ça. On est plutôt là en train de se dire : « Oui, il a peut-être sodomisé un enfant mais ce n’est pas si grave que ça ! » On ne fait que de parler de ces conneries-là, on ne fait que parler de Daesh, on ne fait que parler de… Mais qu’est-ce qui fait la différence entre un musulman et un non-musulman ? Est-ce que ça veut dire qu’un est meilleur que l’autre ? Qu’est-ce qui fait que d’un seul coup on est là à se poser des questions qui n’ont aucun sens, alors qu’on est censé être happé par la parole de Dieu, soi-disant, et par quelque chose de bénéfique pour l’humanité ? Personne ne parle de ça ! Personne ne parle de ça ! Le travail que fait Sea Shepherd, c’est le travail que devrait faire les prêtres par exemple, quels qu’ils soient. Et après ils vont te traiter les animistes d’abrutis, de sous-religion, alors que là on est carrément dans un truc, certes rural, certes terre à terre, mais qui a plus de sens selon moi que de prêcher la parole d’un mec qui a vécu il y a cinq mille ans, dont le bouquin dit tout et son contraire, qui provoque guerres et mal-interprétations. Tout ça pour aboutir à quoi ? A pas grand-chose, tu vois. Combien de crimes tu connais qui ont été commis au nom de Satan ? Très peu finalement. Si tu cherches comme ça un petit peu sur Google, tu ne vas même pas en trouver une quinzaine. Combien de crimes tu peux nommer qui ont été commis au nom de Dieu ? Mais des centaines de milliers !

Après, est-ce que le problème est foncièrement les religions monothéistes ou plus l’interprétation qu’en font les hommes ? Ce n’est qu’un outil, un prétexte quelque part. Des crimes massifs ont été commis au nom de bien d’autres idéologies que des religions, le nazisme était athée, par exemple…

Ça, je suis d’accord avec toi. Mais le chrétien, le musulman, le juif, il va tout le temps vivre dans la culpabilité de son instinct. C’est-à-dire, ce qui nous fait êtres humains est totalement bridé par la religion. Tout est péché. Tu ne peux pas vivre dans la culpabilité tout le temps, dans la peur du jugement. Ca conditionne une peur qui n’est pas saine du tout. Cette peur-là est instrumentalisée, c’est toujours pareil, parce qu’on te dit que quand tu vas mourir, tu vas être puni, donc ta vie se passe dans la soumission complète d’un dogme créé par des hommes. Alors que ce n’est pas ça au départ le truc. La religion au départ c’est de trouver une sorte de pommade psychologique, spirituelle, qui fait qu’on peut un peu gérer nos états de mortels. Quand tu vis un deuil, franchement, ce n’est pas chez les chrétiens que tu vas arriver à apaiser les choses ou alors il faut vraiment faire preuve d’une grosse abnégation…

Phazm - Scornful Of Icons

« Le côté laïc des choses m’embête un peu, paradoxalement, parce que je pense que c’est un peu un danger aussi. A force de se détacher de ces questions-là, on laisse la place à tout et n’importe quoi. »

Comment expliques-tu que ces religions monothéistes aient autant séduit, notamment en occident ?

Parce qu’il est très facile de les instrumentaliser à des fins de pouvoir. Les gens n’ont aussi pas forcément le recul nécessaire. Comment j’explique qu’elles sont aussi puissantes ? Attends, mais tu imagines ? Ce que fait Daesh en Syrie et partout où ils peuvent poser les pieds, c’est ce que les chrétiens ont fait : ils ont massacré tout le monde et bâti des églises en ayant détruit les temples païens, c’est exactement la même chose ! Après on s’y est habitué, c’est comme ça, et puis point barre, fini. Et au moment donné où les gens se posaient encore des questions, ils en ont remis une couche, ils ont créé l’Inquisition, ils ont dit « attends, attends, attends, vous n’avez pas bien compris » et puis voilà, ça s’est fait comme ça. Et puis maintenant, tout le monde s’en fout, les églises sont vides, ce n’est plus trop le propos. Les gens sont chrétiens par tradition, pas par conviction religieuse. C’est très rare de trouver encore des gens qui vont te dire « oui, l’Arche de Noé, oui, Adam qui a vécu… » Les gens font la part des choses. Maintenant, ils voient plus ça comme un folklore. C’est un peu énervant parce que ça crée des athées, des gens qui se désintéressent de la théologie et ça laisse la place aux fous de Dieu, tout simplement. C’est pour ça que le côté laïc des choses m’embête un peu, paradoxalement, tu vois, parce que je pense que c’est un peu un danger aussi. A force de se détacher de ces questions-là, on laisse la place à tout et n’importe quoi. Je ne suis pas contre la religion, on a vraiment besoin de ça, mais là on est complètement paumé quoi. On est peut-être arrivé au terme d’un cycle monothéiste. Ce n’est pas pour rien que des tas de cercles païens se reforment, avec un recul sur les choses. Ce qui est important c’est l’art religieux. La musique c’est quelque chose qui pour moi est magique et est une preuve-même de l’existence du divin. Tu prends n’importe quel enfant sur terre, qui ne sait pas encore lire, pas encore parler, tu lui fais écouter une musique triste, il pleure, tu lui fais écouter une musique gaie, il va rigoler. Et personne ne lui a dit « si tu écoutes ça tu dois rire, si tu écoutes ça tu dois pleurer », c’est inné, c’est en soi. Il y a quelque chose comme ça qui nous relie et qui nous connecte à une aura un peu divine. L’art religieux doit être considéré comme quelque chose d’artistique. C’est une interprétation des questions métaphysiques que l’on peut se poser. Les mythologies, les récits animistes, paganistes, païens : je pense qu’aujourd’hui on peut s’inspirer de tout cet art religieux pour faire quelque chose de constructif, pas de prendre les choses de façon terre à terre ; il n’y a pas quelqu’un qui balance un marteau pour faire un éclair, on est d’accord. Simplement, dans la spiritualité et dans un côté plus philosophie, on peut s’inspirer de ça. Je trouve ça beaucoup plus sain que de se prosterner devant une croix et de s’auto flageller parce qu’on a bouffé un gâteau ou embrassé une femme qui n’était pas la sienne. A un moment donné, on n’a de compte à rendre à personne, et certainement pas à Dieu.

Et tu ne penses pas que les croyances païennes pourraient également être instrumentalisées ?

Il y aura toujours un connard pour essayer de se faire du fric sur la crédulité des gens, c’est sûr. Mais c’est quand même beaucoup plus compliqué quand le propos est de valoriser le libre arbitre et l’individu en tant que tel. Pour moi, le polythéisme, c’est un million de vérité pour l’individu et le monothéisme c’est une vérité pour la masse. C’est déjà un petit peu plus compliqué d’instrumentaliser ça, chacun doit faire son propre truc, il n’y a pas une vérité. En plus, on peut avoir autant de vérités et autant de pistes en soi. Le doute est permis ! Les dieux doutent d’eux-mêmes dans les religions polythéistes. Les dieux font des erreurs, les dieux sont mortels même ! On n’est pas soumis à une toute puissance qui, quoi qu’elle dise, a toujours raison. Il y a cette notion de doute qui rentre en jeu et qui permet quand même de moins tomber dans un truc sectaire.

C’est peut-être pour ça aussi que ça ne séduit pas parce que les gens, ce qu’ils veulent, c’est un Dieu parfait, supérieur à eux, vers lequel ils peuvent se projeter ?

Ah bah, les gens ils préfèrent regarder Cyril Hanouna à la télé que Arte, tu vois. Ils préfèrent qu’on leur serve des trucs tout prêts, tout propres, faciles à engloutir plutôt qu’on leur donne des pistes pour qu’ils puissent raisonner et essayer de se frayer un chemin. Ça c’est sûr !

Ce que je veux dire c’est que les gens préfèrent peut-être vénérer un Dieu qui s’apparente à une entité toute puissante, une sorte de super héros, plutôt que des Dieux qui ressemblent à leurs voisins…

Ouais je ne sais pas. Après, on a tous des fonctionnements différents. Je n’ai pas envie de prêcher quelque chose en particulier, même si j’ai l’impression de faire un peu ça ce soir… [Petits rires] Chacun doit trouver ses réponses et son plaisir à rêvasser sur des choses comme ça. Après, on ne peut que se poser des questions et essayer avec une réflexion d’avancer mais il n’y a pas de mode d’emploi. On ne s’est pas dit « tiens je vais vivre », on vient, d’où on ne sait pas… Par contre, on peut choisir de mourir, ça c’est encore autre chose. Donc il y a un libre arbitre quand même, à chacun de faire ses propre choix. C’est vrai que les gens aiment bien être soumis à une toute puissance. Moi ce n’est pas tellement mon cas parce que je n’ai pas vraiment l’impression que cette toute puissance soit véritablement… La plus belle cathédrale c’est une forêt, ce n’est pas ce que les hommes fabriquent. Je vais plutôt m’en référer à la nature et à des choses plus palpables qu’à un super héros hypothétique.

Du coup, pour en revenir à l’album, dans cet album Scornful Of Icons, est-il juste question d’une critique voire la destruction d’un schéma monothéiste ou bien proposes-tu une ouverture sur des cultes polythéistes ?

Ça, ça viendra peut-être plus tard. Mais dans Scornful Of Icons, c’est plus une expression d’un rejet, d’un dégoût, d’une souffrance et d’une lutte plutôt qu’un exposé sur comment prier les dieux nordiques… Ce n’est pas du tout ça. Je préfère exprimer des sentiments vécus plutôt que de dire aux gens « faites-ci faites-ça », en fait.

Pourquoi t’es-tu tourné vers les cultures païennes plutôt que vers l’hindouisme, par exemple, qui est également polythéiste et possède un rapport fort à la nature ?

Tout simplement, c’est une question de goût. On parlait de l’art religieux tout à l’heure, c’est vraiment une question de goût. Pour moi, c’est un peu la même chose. Pour moi, les mythologies sont nées avec le langage. Quand tu nommes quelque chose, tu lui donnes une âme, quand tu es le premier homme à développer une forme de langage et à commencer à nommer les éléments principaux, le vent, l’eau, la foudre, le feu, tu donnes des noms comme tu donnerais des noms à des enfants, tu donnes une âme. Après, la mythologie se fait toute seule. Dire que la Déesse du vent et le Dieu de la foudre ont fait un enfant, le Dieu du feu, tu crées une histoire, ça se développe comme ça. Dans toutes les parties du monde, que ça soit les indiens d’Amérique, les Hindous, les Gaulois, peu importe, les tous premiers à créer des langages, à faire des réflexions sur le monde qui les entourait, ils ont créé un peu les mêmes trucs, tu vois. On a tous le même soleil, le même vent, l’eau, les éléments. A partir de tout ça, c’est des interprétations et un art religieux qui se créé. Alors pourquoi pas, oui, c’est intéressant. Après, d’un point de vue personnel, ce sont mes goûts qui me portent à plus m’intéresser au côté nordique de la chose. Mais ça ne veut pas dire que c’est ça qu’il faut prendre en compte et pas le reste, que c’est mieux ou moins bien. C’est comme pourquoi on écoute du metal et pas de la techno ? C’est une question de goût, pourtant c’est de la musique. C’est juste ça, en fait, il ne faut pas chercher plus loin que ça.

Phazm

« Quand j’étais petit, je suffoquais pour la planète. Je voyais du bitume partout et je voyais les gens en poser, ça m’avait marqué, je me disais : ‘Ils sont en train de recouvrir la terre mais comment on va faire pour respirer ?' »

Finalement ce que tu dis c’est que la spiritualité devrait être individuelle, est-ce que ce n’est pas ça que tu reproches aux religions monothéistes ? Le fait qu’elles soient très communautaires ?

Exactement. C’est ça, tu as tout compris. Après, j’aime bien parler avec des gens qui ont développé tout un tas de trucs et qui seraient du coup étonnants. On peut s’imprégner de choses comme ça. Imaginons, pour en revenir au langage, premier homme, première forme de langage : quelqu’un qui rencontre quelqu’un d’étranger qui lui dirait : « Moi j’ai tant de dieux ». Et l’autre se dirait : « Ah, merde, il a deux dieux de plus que moi ! » Et ce sont peut-être deux concepts, deux mots, deux choses. On peut tous s’enrichir les uns des autres. Si je vois quelqu’un qui a un autre cheminement de pensée, je serais curieux de voir et si ça se trouve, ça va m’influencer et m’ouvrir sur d’autres perspectives. Je pense que c’est ça qui est intéressant, communier des sentiments différents, des réflexions différentes, en perpétuel mouvement, pas figées.

Au final il devrait y avoir autant de spiritualités qu’il y a d’hommes sur Terre, non ?

C’est un peu ça. Regarde, il n’y a pas un courant religieux où il n’y a pas cinquante mille versions et interprétations. Les franciscains, les dominicains, les chiites, les sunnites… Pourtant c’est un bouquin, tout le monde a le même ! Mais non, personne n’est d’accord. Les évangélistes, les baptistes, les machins, personne n’est d’accord ! Et pourquoi untel aurait plus raison qu’un autre ? C’est à partir du moment où tu dis « pensez comme moi » que ça commence à devenir le bordel. Mais certainement pas, au contraire, sinon on est tous des playmobils et c’est du communisme religieux, c’est horrible !

Il faut être créatif concernant sa religion…

C’est ça. Une liberté de penser et d’imaginer. D’être serein par rapport à sa propre existence. On doit tous trouver notre place dans tout ce bordel et on ne devrait pas avoir besoin de quelqu’un pour la trouver, c’est à nous-mêmes de se placer là-dedans. Mais on ne parle pas trop de metal là les mecs ! C’est Radio Metal ou bien ?! [Rires] Désolé les gars qui nous écoutent ! Si ça se trouve ils vont dire « putain, il nous casse les couilles lui avec son truc, nous on veut du thrash, on veut que ça pète, de la bière, allez fume un pète et détend-toi ! » [Rires]

On se boit une petite mousse quand même pendant qu’on discute avec toi mais c’est vrai qu’on n’a pas encore trop parlé blast beats et gros riffs. Mais on va en parler tout à l’heure ! [Rires] Mais avant ça, ton rapport à la nature se ressent beaucoup dans l’album, notamment avec les bruitages et ambiances, peux-tu nous en parler ?

Quand je rencontre des gens qui ne sont pas dans le trip metal et compagnie et qui voient mes tatouages, souvent ils me demandent « qu’est-ce qui t’as pris de recouvrir ton corps d’encre comme ça ? », comme si c’était un truc qui étouffait, et je comprends ce qu’ils veulent dire. Mes tatouages sont assez floraux, ils représentent des arbres, des trucs de la nature, et c’est un peu une revanche que j’offre à la nature. Quand j’étais petit, je suffoquais pour la planète. Je voyais du bitume partout et je voyais les gens en poser, ça m’avait marqué, je me disais : « Ils sont en train de recouvrir la terre mais comment on va faire pour respirer ? » On fout du bitume partout et ça ne nous choque pas. On a une urbanisation terrible. Quand tu voyages et que tu vas dans certains pays comme en Chine, tu prends peur, et nous c’est pareil, tu prends la Chine ou n’importe qui. On se détache totalement de la nature, on essaye de la dominer, de l’oublier, on se dit que de tout façon, le jour où il n’y aura plus d’abeilles, qui sont essentielles à notre survie, on inventera des choses pour palier à ça. Mais pour palier à quoi, les gars ? Dans leur raisonnement c’est vraiment pour se prendre pour Dieu à la place de Dieu. Créer des intelligences artificielles, nous faire croire que bientôt on sera immortels mais c’est du flan tout ça, c’est la fin du monde. On se désolidarise totalement de la simplicité. On veut tout contrôler, contrôler la vie, c’est hallucinant. Mon rapport à la nature, il est catastrophé. Il n’y a aucune piste qui va vers le bon. Tout mène à croire qu’on est foutu. Là ils sont en train de s’extasier devant les Google Watch, les robots qui parlent et qui ont une intelligence qui va pouvoir se développer de façon autonome, c’est complètement fou. Plutôt que de s’intéresser au nouveau continent qui flotte et à tout ce qu’il se passe… On va extraire des minéraux pour fabriquer des écrans tactiles qui vont casser au bout de deux mois et pour ça on va utiliser des enfants qui vont crever dans des mines, ça tout le monde s’en fout. On pollue tous les jours et tout le monde s’en fout. Donc le rapport, il est en souffrance encore une fois.

Personnellement, quelles initiatives prends-tu à ce niveau-là ?

Je ne vais pas non plus me faire passer pour un ultra écolo exemplaire. J’essaie de me faufiler à travers les gouttes, si tu veux. Après, oui, je suis concerné par ça, je m’intéresse à tout un tas de trucs. Je sais que dans la scène c’est quelque chose qui est soit adoré, soit carrément détesté. Il y a des gens qui sont à fond Sea Shepherd, j’en fais partie, mais je ne mets pas ça en avant, je n’en fais pas un trademark, quoi. Je mange très peu de viande, c’est des trucs comme ça. Après, chacun fait ce qu’il veut, je suis plus là pour donner un regard et exprimer une souffrance que pour dire « bande de cons, vous feriez mieux d’arrêter de bouffer de la viande » ou « vous feriez mieux d’acheter des sweats Sea Shepherd » ou « vous feriez bien de cultiver vos patates ». Je ne suis pas militant à travers Phazm. Ce n’est pas un truc que j’ai envie de mettre en avant avec le groupe. Après, ce que je mets en avant, c’est un regard totalement désappointé et tragique sur le monde qui nous entoure, et ce n’est pas près de s’améliorer. Il y avait un groupe qui s’appelait Revenant et qui avait écrit dans les années 90 un album de death metal excellent, Prophecies Of A Dying World, ça m’avait beaucoup marqué, les textes étaient très forts. Il sortirait aujourd’hui il serait encore plus d’actualité.

Et justement, par rapport à ce côté désespéré, on sent que votre album est beaucoup plus orienté black que death ‘n’ roll.

Oui. Ça va avec, non ? On n’avait peut-être pas envie de faire du twist, tu vois ! [Petits rires] L’état d’esprit d’il y a neuf ans, ce n’est plus même qu’aujourd’hui. A l’époque nous étions des chiens fous, nous faisions la fête tout le temps, nous étions dans un autre trip, nous avions un humour noir, si tu veux. Là, nous avons peut-être moins envie de rigoler. On est en pleine guerre de religion, il n’y a rien qui va, écologiquement parlant c’est une catastrophe, économiquement parlant, n’en parlons pas… Après, moi, mon expérience personnelle c’est que j’ai vécu un décès et un deuil très lourds, donc forcément l’album est sombre. J’avais plus envie de m’exprimer avec du black metal qu’avec des riffs en shuffle à la Entombed. C’est venu naturellement, je ne me suis pas forcé, en fait. Ce qui fait que l’album diffère un peu des anciens, c’est lié à tout ça. En plus, ça aurait été un peu lourd de revenir après neuf ans d’abstinence avec un produit identique. Je n’aurais pas trouvé ça intéressant. Sinon tu n’as qu’à réécouter les anciens albums si cela te plait. Moi, j’avais envie d’amener quelque chose de nouveau et qui soit au plus juste de ce qui se passe dans la vie du groupe.

Phazm

« Il faut avoir un message, il faut être connecté, plaider la cause de quelque chose ou partir en guerre, je n’en sais rien. Une substance, quoi ! Parce que la musique pour la musique, ça n’a aucun intérêt. »

Est-ce que tu penses que, de manière générale, le black metal se prête mieux à exprimer des idées spirituelles ?

Ah, oui. Après, je ne dis pas que le death metal ce n’est pas quelque chose de spirituel. Il y a des groupes qui arrivent à lui donner une aura comme ça. D’ailleurs, c’est ce que je préfère. Ce sont des groupes comme Morbid Angel ou Incantation qui me parlent que des groupes comme Cannibal Corpse où là, pour moi, c’est vraiment brutal et très primaire. Après, tant mieux mais c’est moins ça qui me parle. Alors que dans le black metal, je trouve qu’il y a une spiritualité, il y a une recherche métaphysique et spirituelle qui est mise en avant. C’est ce qui fait que c’est du black metal, d’ailleurs, cette connexion à l’au-delà, aux sciences occultes, à tout un univers qu’on n’a pas forcément dans le death. En faisant une analogie avec le cinéma, de façon basique, le black metal ce serait plus proche de l’Exorciste et le death metal plus proche de Massacre A La Tronçonneuse.

Dans cet album tu joues de la nyckelharpa, qui est un instrument assez particulier, qu’est-ce que tu souhaitais apporter avec ?

Ça c’est un point commun que nous avons toujours eu dans notre musique, c’est que nous ne nous sommes jamais trop empêché de faire des choses. Nous avions aussi mis de l’harmonica sur les deux derniers albums. Là, si tu veux, il fallait donner une touche un peu scandinave. Le nyckelharpa c’est une vielle à archer et à clavier qui est l’instrument national suédois, plus précisément de la région d’Uppsala, avec des cordes sympathiques. Ca a un son assez mystique, une réverbération naturelle du fait des cordes sympathiques. C’est-à-dire que quand tu frottes les cordes mélodiques, les cordes sympathiques qui sont en dessous viennent résonner, par sympathie justement, et c’est ça qui lui donne une sonorité avec de la reverb un peu mystique. A part ça, ça s’est fait car j’ai rencontré Jean-Claude Condi, qui est un luthier à Mirecourt, donc pas loin de chez moi, qui est spécialisé dans la confection de ces instruments-là. Je l’ai rencontré par hasard sur un marché médiéval et il m’a proposé de construire l’instrument chez lui. Donc j’ai appris à le construire, j’en ai construit un et j’ai appris à en jouer. Il se trouve que j’avais composé ces thèmes qui devaient être joués par d’autres instruments et après je me suis dit que c’était encore mieux que de les jouer au nyckelharpa. Il y a d’autres trucs avec du violon et du violoncelle sur l’album, il y a des nappes, il y a pas mal de choses. Quand nous composons, si nous entendons quelque chose nous allons le mettre, sans se dire : « Oui mais là, attend, cet instrument ne rentre pas dans la catégorie metal ». Il n’y pas que nous qui faisons ça, il y a un milliard de groupes qui aiment bien mettre des couleurs exotiques dans leur son et c’est ça qui est cool. Avec le metal, on a la chance que ça se marie avec plein de trucs. Tu peux mettre n’importe quel style de musique folklorique dans le metal, il y aura toujours une façon de faire pour que ça sonne bien. Sans tomber dans le pagan metal à flûtiau et à biniou, où là ce n’est pas mon truc. Toujours rester dans cette dimension occulte avec des instruments rajoutés, c’est intéressant, en tout cas moi ça me plait.

Sur le morceau éponyme on retrouve d’ailleurs Manu Eveno de Tryo au violon et Alexandra Prat au chant. C’est le morceau qui appelait ça ?

Carrément, voilà. Tu es dans ta phase de travail, tu développes, tu enregistres et après une fois tu as posé tes instruments, ton chant, les quatre mecs du groupe ont posé leurs truc, et tu te dis : « Là il faudrait ci, là il faudrait ça, il faudrait rajouter du chant là, des cordes ici… » Après tu appelles tes potes, les gens que tu connais qui gèrent des trucs comme ça et ça se fait simplement. En plus ce sont des gens qui ne sont pas du tout dans la scène et qui par contre écoutent tous du metal. Donc pour eux, c’était un plaisir absolu de se retrouver dans un contexte différent de ce qu’ils ont l’habitude de faire. Du coup on a pu échanger des choses et amener des choses intéressantes. Franchement quand tu fais un album, tu fais ta batterie, tu fais ta basse, tu fais tes guitares, et quand tu commences à mettre du chant, à rajouter des lignes de guitare en plus, à harmoniser des choses, à rajouter des petites touches ici et là, c’est là où moi je prends vraiment mon pied. Dans la confection d’un disque, je trouve que c’est là le moment le plus trippant. C’est quand on met un peu d’assaisonnements ici et là, là ça devient vraiment cool. Donc nous ne nous sommes pas privés là !

Donc vous avez pris un mois pour faire ça ou cela s’est fait au fur et à mesure ?

Nous avons pris un mois, après nous sommes revenus et nous avons repris deux semaines pour refaire les trucs qui ne nous plaisaient pas ou pour rajouter des trucs. Nous avons pris un peu de recul et ça nous a permis de ne pas sortir l’album en se disant : « Ah putain, si on avait su, on aurait fait ça, ça aurait été bien. » Ça peut arriver des fois. On parlait de deadlines tout à l’heure, ça peut arriver des fois que tu sortes un truc trop rapidement et après tu te dis : « Eh merde ! On aurait dû faire ça, ça aurait été mieux ! » Du coup, là nous avions pris un mois pour faire un maximum de trucs, nous avons pris du recul, nous avons repris deux semaines et nous avons terminé le truc.

Est-ce que le fait d’avoir Gorgor à la production vous a apporté plus de liberté ?

Oui parce que nous n’avons pas eu trop de contraintes financières et de temps, et en plus nous étions chez nous. Nous avons enregistré dans son studio, le studio de la Forge, c’est là que nous répétons aussi, donc nous connaissons bien l’endroit, c’est vraiment comme à la maison, détendu. Le premier album nous l’avons fait au Danemark chez Jacob Hansen, donc nous n’étions pas chez nous, nous ne rentrions pas chez nous le soir, nous suivions ses horaires de travail à lui et nous avions tant de temps puis il fallait que ça soit fini, point barre, après plié, vendu. Pareil pour les autres. Même chez Francis Caste, c’était cool d’enregistrer à Paris mais c’est vrai que vivre à Paris, dans un petit hôtel pas cher, c’est des contraintes. Tu n’es pas forcément au mieux pour être détendu. Là c’était vraiment le panard.

Est-ce que justement cela aide à avoir un son plus personnel, du fait que c’est un membre du groupe lui-même qui s’en occupe ?

Oui parce que quand tu fais partie du processus du début jusqu’à la fin, forcément… Alors, ça peut être bien aussi d’avoir une personne extérieure qui t’amène sur d’autres trucs et qui interprète aussi ta musique. C’est ce que j’ai toujours fait, que ça soit avec Scarve ou Phazm, nous avons toujours eu un producteur pour un peu nous driver. Là j’avais envie que ça soit vraiment notre truc à nous, avec notre son, et voilà.

Phazm

« J’aime le monde dans lequel on vit, j’aime la vie, j’aime faire la fête, j’aime profiter, j’aime me vautrer dans les plaisirs simples et c’est ça qui provoque une souffrance, se dire que ces plaisirs-là auront une fin. »

On retrouve dans ce dernier album des chants très graves. C’est quelque chose qu’on avait déjà entendu dans Phazm mais là, ça prend une allure quasi-chamanique. Cherchais-tu une ambiance presque de rituel ?

Oui. Ce chant de gorge polyphonique, je l’ai développé. Je l’utilisais déjà avant mais à force ça s’améliore. Ce n’est pas vraiment trop réfléchi, en fait. C’est un peu comme pour les instruments folkloriques, c’est quelque chose que tu rajoutes et tu te dis : « Là ça va trop bien le faire. » Le texte appelle ça aussi. Il y a un désir aussi d’incantation.

C’est quelque chose que tu as vraiment appris ou trouvé par toi-même ?

La première fois que j’ai essayé, c’est avec Jon Vesano, l’ancien chanteur de Nile avec qui nous avions fait une tournée à l’époque avec Scarve. Lui utilisait ça aussi. Je n’avais pas trop capté sur scène, ça ne s’entedait pas forcément super bien et puis, tu sais, il y a plein de samples dans Nile, donc tu ne sais pas trop d’où viennent les trucs. Mais, une fois dans les loges, je l’entends faire ça et je lui dis : « Ce n’est pas possible, c’est toi qui fait ça ? » Il me dit : « Ouais, ça m’aide à me chauffer ! » Donc je lui ai dit : « Il faut que tu m’apprennes ! » Il m’a donné deux-trois tuyaux et après, quand tu trouves la vibration, tu la développes et tu travailles ton truc. Mais c’est lui qui m’a débloqué, qui m’a appris ça au départ.

Ce genre de voix peut rappeler ce qu’on peut retrouver chez des groupes qui ont aussi une thématique spirituelle très forte comme Triptykon, Rotting Christ…

Chez Attila de Mayhem aussi.

C’est vrai. Est-ce que justement tu te sens proche de la conception un peu spirituelle de ces groupes-là ?

Oui, carrément. Tous ces groupes, Celtic Frost, Triptykon… Rotting Christ un peu moins. L’état d’esprit est là, je me sens en phase avec ça, mais musicalement, il y a un peu un côté indus auquel j’accroche un peu moins, même si c’est un excellent groupe. Mais oui, Mayhem aussi, Emperor… Il y a beaucoup de groupes de metal qui sont un peu déconnectés du fond, tout est dans la forme. Il faut que ça soit habillé comme ça, coiffé comme ça, avec la pochette comme ça… C’est beaucoup de la représentation, avec un son comme ça, le riff qui va bien, tout est vraiment calibré, en fait. Ça ne m’intéresse moins voire pas du tout. Je suis plus intéressé par des groupes qui vont être plus concernés par le fond que la forme. Des fois j’écoute des groupes qui ne sont pas tellement bons musicalement mais qui sont tellement artistiquement connectés à autre chose que la musique pour la musique, que du coup j’arrive à les apprécier. Et je trouve que c’est dommage d’oublier ce qui nous motive à faire de la musique. Est-ce que c’est juste la musique pour la musique ? Mais alors là, c’est le serpent qui se mord la queue, ça ne sert à rien. Des fois tu discutes avec des musiciens, ils ne savent même pas te dire pourquoi ils montent sur scène ! Parce que c’est cool ? Parce que tu veux être regardé ? Applaudi ? Ouais, d’accord mais enfin bon, il faut autre chose. Il faut avoir un message, il faut être connecté, plaider la cause de quelque chose ou partir en guerre, je n’en sais rien. Une substance, quoi ! Parce que la musique pour la musique, ça n’a aucun intérêt. Sinon tu finis dans les salons de la musique à faire de la démonstration de sweeping et de tapping mais c’est creux, c’est vide, il n’y a rien. C’est du cirque, ce n’est pas intéressant.

Chez un artiste comme Tom G. Warrior (Hellhammer, Celtic Frost, Triptykon), la notion de la mort n’est pas forcément uniquement négative mais peut même être libératrice, positive. Est-ce une vision que tu partages ?

Il y a ce titre sur le dernier album qui s’appelle « The Godless Pope » qui parle un peu de ça. En fait, quand Selim Lemouchi de The Devil’s Blood s’est suicidé, il y a plein de gens qui n’ont rien compris à son suicide. Idem pour Jon Nödtveidt de Dissection, ils n’ont pas tous compris le message qu’il y avait derrière, si tant est qu’il y avait un message, mais la symbolique du truc quoi. Mais oui, la mort peut être une délivrance, un passage, tout un tas de trucs. Ça peut être une façon de prendre en main son destin, de s’affirmer en tant qu’individu à part entière, déconnecté de tout lien cosmique avec un demiurge potentiel, ça peut être quelque chose qui te libère totalement d’une soumission. Le propos anti-cosmique a tout son sens à travers le suicide. Ce n’est pas mon envie de prôner le suicide, pas du tout, mais en tout cas c’est une façon d’appréhender la mort et d’en faire quelque chose de maîtrisé, et peut-être que c’est l’acte de liberté ultime. Alors, oui je me sens connecté. Après, Tom G. Warrior, il ne respire pas non plus la gaieté. Il a réussi à apprivoiser un peu ce sentiment d’être mortel et de concevoir la mort comme quelque chose de non définitif. Ce n’est pas la fin, c’est peut-être le début, c’est peut-être un passage… Oui, ça me parle tout ça. Les gens morbides ne sont pas pour autant dépressifs. Après, quand on aime la vie, c’est pour ça qu’on souffre, si on n’en avait rien à foutre, on ne souffrirait pas. J’aime le monde dans lequel on vit, j’aime la vie, j’aime faire la fête, j’aime profiter, j’aime me vautrer dans les plaisirs simples et c’est ça qui provoque une souffrance, se dire que ces plaisirs-là auront une fin. Est-ce que ce qu’il va y avoir derrière va être aussi bien ? Des fois on est confortablement installé, on n’a peut-être pas envie de changer les choses. C’est toujours cette notion de doute. Et le fait de perdre quelqu’un, c’est toujours quelque chose de douloureux. Même si tu as l’intime conviction qu’il y a une vie après la mort et que l’autre n’est pas vraiment mort mais qu’il continue d’exister sous une autre forme, c’est quand même triste que la forme que tu as connue n’existe plus. Il y a quand même un rapport de de souffrance et de tristesse, un sentiment de perte.

Est-ce que le fait d’accepter la mort n’est pas une façon de mieux vivre et vivre plus intensément ?

C’est tout un art d’accepter ça. Est-ce qu’il faut l’occulter ? Est-ce qu’il faut y penser ? Est-ce qu’il faut ne pas y penser ? De toute façon, accepter la mort, on est obligé. Tu n’as pas le choix. Si tu ne l’acceptes pas… Bah, tu l’accepteras quand même ! [Petits rires] On ne te donne pas forcément le choix.

Interview réalisée par téléphone le 29 mars 2016 par Nicolas Gricourt et Claude Guillet.
Retranscription : Alexandre Covalciuc.
Photos : Cha Violett & Guillaume Bideau (4).

Page Facebook officielle de Phazm : www.facebook.com/thetruephazm



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