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Nouvelles Du Front   

Le rock féminin se fait tailler un costard au Cachemire


Au même titre que les sciences, l’art est longtemps resté une chasse gardée masculine, fermée à vous, mesdames. Évidemment aujourd’hui tout un chacun est libre d’accéder à ses disciplines (ou non, d’ailleurs). Libre de se pencher sur la musique, la peinture, la littérature. Toutefois les mentalités sont souvent tenaces. C’est un fait ! Ainsi une femme verra encore ses qualités artistiques amoindries face à celles des hommes. Ainsi Camille Claudel reste donc une sous-Rodin. Autre exemple, en musique ce coup-ci. Et tant qu’à faire prenons un style qui parlera parfaitement à notre lectorat : le metal symphonique, qui plus est « à chanteuse ». Avouons le, celui-ci serait-il aussi souvent décrié et mal perçu par une partie des metalheads eux-mêmes si les chanteuses avaient plus de testostérone dans les veines, les faisant passer du stade de potentiel objet de fantasme avec un joli filet de voix à ténor du rock viril ? Non, en rien. Le souci, pour certains, réside indéniablement dans le fait que des femmes dans le metal, c’est pour les gonzesses ou les « faux metalleux ». Le genre de réflexion sexiste entendu partout : du web (réseaux sociaux, forums, etc) aux concerts. Pourtant il est inutile de préciser que les filles aussi en ont sous le coude. Mais faudrait-il qu’elles aient autre chose dans le slip pour prouver qu’elles peuvent tenir la dragée haute même à des cadors du type Dickinson ou Halford ? Sans parler d’autres instrumentistes qui ont droit à du « c’est pas mal pour une nana »…

Alors les qualités d’une femme, dans le cruel monde du rock (puisque c’est celui-ci que nous avons pris en exemple), voguent le plus souvent sur une échelle allant de « Elle est mignonne » à « Shwing ! » (pour rester poli). Mais rassurez-vous mes frères et mes sœurs, car au milieu de tous ces charmants garçons au langage courtois, dans le monde existe bien pire.

Point géographie. Le Cachemire est une région montagneuse aujourd’hui subdivisée en trois parties suite à la première guerre indo-pakistanaise en 1947 (ça, c’est pour votre culture personnelle). Actuellement le pays est partagé entre l’Inde, le Pakistan et la Chine. Les faits prennent ici place au Jammu-et-Cachemire, État du nord de l’Inde. Ce petit État de quelques centaines de milliers de kilomètres a connu, entre le 22 décembre 2012 et le mois de février de cette année, son premier groupe de rock cent pour cent féminin. Mais s’il faut employé le passé, c’est parce que depuis février dernier Noma (16 ans), Khalid (15 ans) et Deeba (15 ans) ont jeté l’éponge et ont raccroché les instrus suite à un combat dépassant très certainement la logique. Ce jeune trio, bien que ne faisant pas de la grande musique, en faisait tout de même. Et, faut-il croire, dans une région où la religion (majoritairement musulmane) est forte, le rock, féminin de surcroît, n’a pas sa place. Tout a donc commencé un 22 décembre 2012. Le groupe de rock Pragaash (signifiant « De l’obscurité à la lumière ») se produisait dans un festival de la ville de Srinagar, capitale de ce Jammu-et-Cachemire. Deux jours après, les trois filles ont commencé à subir des insultes sur les réseaux sociaux et des menaces, comme le rapporte The Kashmir Walla.

Mais si seulement cela s’était arrêté aux insultes… Selon The Kashmir Walla toujours, un internaute aurait posté sur une page Facebook – depuis disparue – une photo du groupe en disant : « Je trouve que ce sont des gamines gâtées sans vergogne. Qu’en pensez-vous ? » Effet boule de neige : une pléiade de commentaires chatoyants allant tous dans le même sens s’en suivit. Certains précisant que cette musique rock allait à l’encontre de l’Islam (il faut croire que le rock n’est pas la tasse de thé de quelque religion que ce soit). D’autres lâchant en toute simplicité et sans retenue qu’ « elles méritent d’être violées. On devrait leur réserver le même sort qu’à cette fille de Delhi [ndlr : l’étudiante de 23 ans violée et tuée par six hommes le 16 décembre 2012] ». Dépassées par cette constante pression et ces nombreuses menaces, les trois filles ont supprimé leur page Facebook afin d’en rouvrir une neuve pour y annoncer leur dissolution en ces termes : « C’est pour que chacun sache que nous n’avons pas été forcée à nous séparer, mais nous nous séparons parce que nous respectons l’avis du peuple cachemiri et maintenant nous savons que la musique est un haram [ndlr : interdit par le Coran] dans notre religion […] Merci pour votre soutien tout le monde ! » Depuis lors ce sont encore croisés dans les commentaires encouragements venus de toutes parts et propos d’intégristes moralisateurs.

Si les insultes couvraient amplement les réseaux sociaux et page Facebook en soutien au trois filles, une autre partie de la population (voire, au-delà, Internet n’ayant pas de frontières) n’a pas hésité à les soutenir. A juste titre ! Même s’il est probable que ce genre d’individus au discours plus que machiste n’est pas forcément réprimandé, à l’accoutumée, pour ce genre de propos, la population indienne semble désormais plus que jamais concernée par la situation des femmes. Notamment après l’abominable sort qui a été réservé à cette étudiante en décembre 2012, ayant conduit la population dans la rue en quête de pugilat (depuis les lois contre les délinquants sexuels ont été durcies et les coupables du viol et du meurtre de cette jeune femme de 23 ans risquent, au minimum, la perpétuité, sinon la peine de mort). Si le gros de la défense pour les filles de Pragaash fut avant tout un mouvement populaire, les pouvoirs politiques locaux (relativement indépendants du pouvoir central indien), après avoir eu vent de cette triste situation, y sont aussi allé de leur déclaration pour rappeler leur soutien à la culture et à sa libre expression. The Kasmir Walla rapporte les propos d’un des membres de l’assemblée législative : « Les Cachemiris jouent de la musique et chantent durant des mariages et ce depuis toujours. Le Premier Ministre lui-même encourage les jeunes à de telles activités. Si un quelconque individu ou groupe s’oppose à des menaces faites par autrui, il devrait venir déposer plainte et le gouvernement lui apportera protection. »

A l’époque, les filles expliquaient : « Grâce aux notes de guitare et aux battements de batterie, nous voulons exprimer à tout le monde les souffrances du peuple du Cachemire, et en particulier celles des femmes. Au cours des six dernières décennies, les femmes sont celles qui ont le plus souffert. Nous voulons que notre musique soit la voix de leurs préoccupations. » Mais la pression patriarcale et religieuse a sans équivoque eu raison de cette rébellion pacifiste, innocente et naïve. Car que vaut le cri de trois adolescentes se dressant du haut de leur jeune âge face aux malaises de leur société quand le monde regarde ça en se disant « que ça ne le concerne pas » ?



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  • Tiens, mon commentaire a disparu ?

    Encore un article intéressant, en tout cas.

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  • Article très intéressant !
    Et pour soutenir le fait que la féminité dans le rock/metal ne se limite pas au metal sympho’ :
    https://www.youtube.com/watch?v=aUu7dvSfnTo
    https://www.youtube.com/watch?v=52coVm24e7k
    https://www.youtube.com/watch?v=KJ8qww8EDk0

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  • Espérons que ces femmes gardent la foi en la musique et continuent à se battre pour leurs droits, d’ailleurs 15/16 ans pour recevoir ces critiques, ça doit faire très mal..

    Article très intéressant, et il faut le dire, magnifique titre ;)))

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  • « un internaute aurait posté sur une page Facebook – depuis disparue – une photo du groupe en disant : « Je trouve que ce sont des gamines gâtées sans vergogne. Qu’en pensez-vous ? »  »

    C’est étonnant,j’avais une fois entendu un imam qui condamnait l’usage des réseaux sociaux car ceux-ci finiraient, d’après lui, par diminuer les vrais échanges sociaux, or l’islam étant aussi de culture orale, cela serait inverse aux coutumes religieuses.
    Du coup, et je ne généralise pas cela à tous les hommes du cachemire, internet, Facebook et you porn, c’est mieux vu qu’un groupe de filles sympa?
    C’est un peu comme si pour diffuser un discours anti-armes chimiques j’allais faire la guerre à un autre pays… hey mais c’est des méthodes occidentales ça!c’est un haram!

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  • y a certains commentaires ici là, qui devraient un peu relativiser
    il ne faut pas confondre religion musulmane et islamisme intégriste
    il y a aussi des courants tres extremistes dans le christianisme, à ne pas oublier,et qui combattent aussi notre musique autant qu’ils le peuvent, alors faudrait peut être un peu se renseigner sur le sujet, avant d’écrire des bêtises
    suffit de regarder aux états unis, pays des sois disant libertés, combien de villes interdisent notre musique, ou le passage de certains groupes dans leurs coins
    ndlr

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    SLAYER2211

    Je ne dis pas de betises, j’ai précisé les extremistes,je connais d’ailleurs un thrasheur musulman tout a fait respectable,alors je sais ce que je dis.

  • y a certains commentataires ici là, qui devraient un peu relativiser
    il ne faut pas confondre religion musulmane et islamisme intégriste
    il y a aussi des courants tres extremistes dans le christianisme, à ne pas oublier,et qui combattent aussi notre musique autant qu’ils le peuvent, alors faudrait peut être un peu se renseigner sur le sujet, avant d’écrire des bêtises
    suffit de regarder aux états unis, pays des sois disant libertés, combien de villes interdisent notre musique, ou le passage de certains groupes dans leurs coins
    ndlr

    [Reply]

    Biniou

    Bonjour,

    1- personne ne fait de confusion comme celle que tu dénonces.
    2-je suis curieux de cet argument: peux-tu nous citer les villes américaines qui interdisent notre musique? J’avais pas du rtout cette impression, vu le nombre de groupes, de concerts, de festivals,…
    3-les seules personnes incluantes qui pourraient brider le metal aux stages sont des politiciens locaux en général ayant en charge une population bien particulière qui de toute façon ne voudraient pas de metal. Les communautés mormone ou évangéliste n’ont que faire de notre musique qu’elles considèrent comme diabolique. Ça s’appelle de l’extrémisme religieux, sauf que là ou tu prends clairement parti c’est que le cachemire est une zone gouvernée par des musulmans extrémistes ( islamiste ça veux rien dire) et que les USA a leur échelle nationale n’ont rien en commun avec ces espères de crevures pseudo-talibans.
    4- pardonnes-moi, je suis choqué que tes premiers propos soient pour défendre des fois d’Allah mysogines et assassins. Moi avant tout, j’aurais aimé lire des mots de soutien pour ces supers nanas qui sont muselées et martyr de cette vie si sombre qui leur est promis. De là à en conclure que tu t’en fous, que c’est trop loin pour t’intéresser, que limités c’était mieux quand on faisait pareil, ou tout simplement que tu cherches a publier tes discours ethno-masochistes…

    biniou

    3-les seules personnes incluantes qui pourraient brider le metal aux stages ->influentes (…) aux states.

    4-des fous d’Allah

    Préselection automatique made in Apple…

  • et oui , encore ces putains de tarés moyennageux….

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  • Je suis Musulman j’adore le metal c’est ma vie, mais quand je vois ce genre de chose ça me désole… Encore des putains d’extrémistes qui pense comme au moyen age .

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  • C’est ce qui nous attend si on laisse monter l’islamisme en france,car les musulmans extremistes (et seulement extremistes) ne voient pas non plus le metal d’un bon oeil en france.

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  • Magnifique article…

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  • ça fait plaisir de lire ce genre d’articles (pour le thème qu’il aborde, pas pour ce qu’a vécu le groupe dont il parle :/)

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