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Le zombie contemporain est-il dépravé ?


Ce n’est pas tant que quelque chose me dérange dans le clip de Deranged (notez déjà comme je me suis creusé la tête pour cette phrase) pour le titre « Depraved And Zombified », issu de leur dernier album, mais c’est surtout qu’il comporte un élément auquel j’ai encore du mal à m’accoutumer.

Pendant des années, des décennies même, le mort-vivant, ou zombie, a été une créature – bien que dangereuse – lente, molle, se traînant, le système nerveux aussi en décomposition que le reste. Anthropomorphisation de nos profondes peurs de la contamination et de l’aliénation à soi même, doublée de terreurs apocalyptiques, le zombie puisait avant tout sa force du nombre et de la facilité qu’il a à se reproduire (un p’tit coup de quenotte et, hop !, en quelques heures, en v’là un autre).

Le zombie contemporain, ou contaminé comme on l’appelle aussi souvent en notre jeune XXIe siècle, comme si ces forces méritaient une petite révolution dans ses compétences, a eu droit à une mise à jour de son système nerveux central.

Et ça ne me choque pas, mais je me questionne sur ce que cela dit sur nous, sur notre société, nos modes de vie, etc.

Autrefois, en tant que métaphore d’une critique sociale (dont le « Zombie » de George A. Romero est certainement l’archétype), il dénonçait, à travers sa mollesse qui n’avait d’égale que sa voracité, la décérébralisation ( le cri « Brain », pour « cerveau », devenant un cri d’appel à rejoindre la masse des nécrosés du bulbe cannibales) d’une société productrice de moutons affamés de consommation, au point de mettre en danger l’humanité entière.

Ceci était pour le thème développé dans les œuvres mettant en scène des zombies entre les années 70 et 80, voire jusque tard dans les années 90. Mais avec l’avènement des années 2000, les préoccupations deviennent tout autres : terreur sécuritaire, crainte de l’attaque bactériologique (anthrax), problèmes d’immigration… Le XXIe siècle a d’autres soucis, beaucoup ayant jailli avec le 11 septembre.

Mais le zombie n’est pas un terroriste (tout au plus le résultat d’une attaque), ne va pas s’attacher une ceinture d’explosifs autour du bide et ne revendique rien (ce serait trop lui en demander). La caractéristique la plus frappante du « nouveau zombie », c’est sa vitesse. Il n’est plus un mouton, il est un loup, un prédateur. Il est autant voire plus dangereux chassant seul que sorti de la masse. L’individualisme a gagné. Avec la peur de son prochain, on a moins peur de ce que la société entière peut nous faire subir que ce que le type à côté de nous peut à lui seul nous faire subir.

Mais ce qui fait peur désormais chez le zombie, c’est sa célérité. Mais de quelle vitesse avons-nous vraiment peur au fond ? Ce qui est de plus en plus rapide aujourd’hui, ce sont les développements technologiques et l’information. Les avancées technologiques et scientifiques ont toujours effrayé – il n’est pas besoin d’avoir lu Mary Shelley pour le savoir – et avec celles-ci leur potentiel destructeur.

La peur de la contamination est maintenant informatique ; le virus n’est plus un micro-organisme qui se balade à la morte saison et contre lequel votre corps va lutter mais un programme qui pourrait vous tomber dessus à n’importe quel moment, à une vitesse incroyable et détruire votre ordinateur et toutes les informations qu’il contient. La contamination, c’est aussi le buzz : une information que tout le monde partage, qui se transmet à une vitesse stupéfiante jusqu’à devenir un phénomène mondial, et qu’on ne contrôle pas forcément.

Le zombie contemporain ne saurait donc être lent car, comme dans les années 70 il suivait un vieil ethos hérité de son vivant ancré dans ses restes de cervelle (comme aller au centre commercial quand il n’a rien de mieux à faire), au XXIe siècle, tout doit aller vite. L’homme a dû s’adapter à cette société à l’évolution galopante et donc, zombifié, avec son cerveau rongé jusqu’à sa souche reptilienne, le zombie galope aussi.

Maintenant, vous pouvez regarder le clip.

Animalement vôtre.



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  • Tiens, il est bien cet article.

    Pour la peine, un p’tit speach d’un jeune geek cinéphile infecté de l’utérus. Ça parle d’Umberto Lenzi, réputé être le premier a avoir mis en scène la célérité zombiesque. C’était dans le film City of The Walking Dead (1980), avec comme acteur, un certain… Hugo Stiglitz.
    Avis aux amateurs, et aux bâtards, cliquez sur mon nom !

    [Reply]

  • perso j’ai plus peur de la tête du chanteur que de ces gars bizare avec du maquillage et qui veulent bouffer de l’humain… ah c’était des zombis?…

    [Reply]

  • Dépravé ? Si on écoute du Zombie Girl, peut-être.

    Magnifique article sur le Zombie Romerien (trve genuine zombie) et le Zombie Boylien (infecté).

    En tout cas les infectés du clip savent ouvrir des portes.

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    Mass Hysteria @ Transbordeur
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