ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Legend Of The Seagullmen – Legend Of The Seagullmen


Donner une dimension cinématographique à la musique relève assurément du défi ambitieux, si tant est que l’on veut faire un album divertissant et accrocheur pour la majorité du public. Réussir à calquer ces intensités différentes, qui caractérisent généralement les œuvres du cinéma, sur un format de titres aux longueurs accessibles, voilà qui a tout du projet hasardeux si les mécanismes de l’écriture ne sont pas parfaitement huilés. Mais quand vous ajoutez Danny Carey de Tool, Brent Hinds de Mastodon ou carrément un réalisateur, en la personne de Jimmy Hayward (réalisateur de Jonah Hex et animateur chez Pixar) à l’équation, vous vous donnez résolument plus de chances de voir l’entreprise, nommée ici Legend Of The Seagullmen, réussir.

Pourtant, à voir dans quel univers annoncé veut se loger ce difficile exercice de style, il y avait un peu à redouter l’objet musical compliqué à aborder, pour le simple quidam qui voulait se faire plaisir à écouter la réunion idyllique de Hinds et Carey. Le propos musical ? Du rock psychédélique teinté de prog aux dimensions épiques, ponctué de la présence d’un bassiste issu de Zappa Plays Zappa (Pete Griffin), qui n’annonçait pas forcément des hymnes fédérateurs et des titres accrocheurs. Et pourtant, Legend Of The Seagullmen réussit un grand écart assez impensable entre des résonances absolument psychédéliques, des structures définitivement prog et une accessibilité plutôt inattendue, dans des écrins à la longueur comprise entre quatre et cinq minutes pour la plupart.

Car voyez-vous, ces hommes-là ont la décence et la maestria technique de vouloir et de pouvoir rendre l’épique, à l’image du cinéma hollywoodien, disponible au plus grand nombre. La voix pleine de théâtralité de David « The Doctor » Dreyer se veut le vecteur idéal pour véhiculer cette dimension homérique dans les titres. L’homme est venu avec une vision : celle qu’il devait faire un western spaghetti nautique ; nous voilà donc partis voguer avec ces cowboys de la mer pendant quarante minutes et bien des rencontres musicales et sonores, dans un milieu très rock, ponctué de gros riffs, de shock rock et de progressif, intelligemment ficelé dans des titres intenses, aidés par une production folle.

Les bruits de l’océan et des mouettes, bien sûr, sont là pour larguer les amarres. Puis des synthés, issus de la collection de Danny Carey, un riff massif et un break inimaginable, sauf pour les adorateurs du batteur culte de Tool, puissant et déstructuré, au cœur d’un morceau à l’écriture dans la lignée d’un Mike Patton : remis du puissant hymne introducteur « We Are The Seagullmen », « The Fogger » frappe en pleine face et valide presqu’à lui seul la démarche musicale de cette bande de fous réunis. Des guitares acoustiques et des pianos, enfin, se chargeront de l’ambiance Western avant le final « héroïque » : l’idée de « western nautique » fait vite son chemin dans les esprits.

Des effluves de Rush, Primus et les Melvins, mais aussi Steppenwolf ou du space rock planent régulièrement dans les airs très 70’s et 80’s de ces compositions certes alambiquées, mais au son très organique et n’oubliant jamais le plaisir de l’auditeur. Les riffs se veulent extrêmement solides, lourds avec des contrepoints ambiants donnant une redoutable profondeur aux titres. Ces « Shipswreck » ou « The Orca » multicouches, fascinent par la richesse de leurs emprunts musicaux, par l’utilisation adroite de techniques de toutes les décennies du rock’n roll, y compris les recettes hypnotiques de Mastodon. Le très direct « Legend Of The Seagullmen » tabasse sévère par sa dynamique enlevée, « Rise Of The Giant Squid » évoque un Rob Zombie, dans sa facette sombre et lourde, qui nous raconte une histoire de calamars géants terrifiante, avant que le voyage ne s’achève dans une ballade à l’ambiance western où l’on retrouve le monde d’Ennio Morricone, chevauchée fantastique avec violons et chœurs incluse (« Ballad Of The Deep Sea Diver »).

Tout cela est infiniment divertissant et suffisamment rentre-dedans pour ne tomber dans aucun excès d’une démarche trop élitiste. On regrette même la longueur trop courte de l’effort, incroyablement dense au final, qui incite à replonger dans l’histoire aussi souvent que possible pour bien comprendre tous les rouages de l’intrigue musicale. Le concept cinématographique, grandiloquent, est vite intégré et digéré sans overdose, distillé dans des compos énergiques, parfois même fédératrices ou simplement efficaces (« We Are The Seagullmen », « Curse Of The Red Tide ») : ce premier volet de Legend Of The Seagullmen se déguste avec délectation et sans ennui, pour une traversée mémorable en compagnie de ces personnages à la personnalité musicale et créative détonante.

Chanson « Legend Of The Seagullmen » en écoute :

Chanson « The Fogger » en écoute :

Chanson « Shipswreck » en écoute :

Album Legend Of The Seagullmen, sortie le 9 février 2018 via Dine Alone Records. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Alice Cooper @ Paris
    Slider
  • 1/3