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Interview   

L’émancipation artistique de Sahg


Sahg est un équilibriste. Évoluant aujourd’hui en un point central où s’entrecroisent un monde spirituel – à l’image de son chanteur Olav Iversen – et un autre, plus terre-à-terre, où l’assiduité et le travail payent. Delusions Of Grandeur, le nouvel et quatrième album des Norvégiens en est un symbole. Animé par une perception philosophique riche, cet opus est également l’aboutissement d’une quête personnelle conduisant Sahg à une synthèse de ce qu’il est. Olav Iversen, leader du combo, nous explique d’ailleurs que cela n’est que la résultante d’une évolution naturelle. Mais c’est également le travail assidu qui fait de cette nouvelle galette ce qu’elle est. Un album enregistré en live, en seulement trois jours, qui aura demandé une préparation en amont conséquente. En un sens, Sahg présente désormais ce qui peut être jugé comme étant un nouveau point de départ même si le concept de l’album participe à cette nouvelle prise de position artistique.

Dans l’entretien qui suit, Olav Iversen revient ainsi sur la conception de cet opus. Aussi bien sur son fond que sur sa forme qui tous deux gravitent autour du concept de « folie des grandeurs ». Il nous explique aussi son goûts pour certaines œuvres cinématographiques majeures de la science-fiction et sur sa perception de la spiritualité et sur le principe de liberté de culte.

« Nous n’étions tout simplement pas prêts à aller aussi loin sur les trois premiers albums. »

Radio Metal : Sur le texte promotionnel de l’album, on peut lire : « Présente-toi comme un hommage au son intemporel de Black Sabbath et de Led Zeppelin et on t’accusera de ne pas être original. Éloigne-toi trop de leur ombre, et tu es naze. » Est-ce que vous avez essayé, tout au long de votre carrière, de trouver l’équilibre entre rendre hommage à ces classiques et trouver votre propre son ?

Olav Iversen (chant) : Oui, je suppose qu’on peut dire ça. C’est aussi une histoire de développement du groupe : sur nos premiers albums, notre objectif était de rester fidèle à nos influences, et de jouer une musique qui leur soit similaire. Mais avec ce nouvel album, nous avons avancé dans une direction où nous essayons de créer notre propre son, toujours fondé sur les mêmes choses mais moins directement influencé par les artistes que tu as mentionnés. Ça a été une évolution naturelle du groupe je suppose, partant d’une volonté à rester fidèle à nos influence pour aller vers la volonté de nous créer un son unique.

Est-ce que tu penses que vous êtes parvenus à trouver cet équilibre parfait ?

Je pense que nous nous en approchons avec cet album, parce que nous avons vraiment l’impression d’avoir décrypté une sorte de code que nous n’avions pas utilisé sur les trois précédents. Nous avons trouvé une nouvelle combinaison d’éléments que nous avons ajoutés à notre son, ce qui en fait une expression assez unique, je trouve. Pour Sahg en tout cas, c’est assez nouveau et plutôt rafraîchissant. Nous en sommes très heureux et nous sommes très contents de la manière dont les choses vont en ce moment. Encore une fois, c’est seulement le résultat de l’évolution naturelle du groupe. Je suppose que nous n’étions tout simplement pas prêts à aller aussi loin sur les trois premiers albums, mais maintenant, c’est le bon moment, nous sommes prêts.

Tu as aussi déclaré : « Black Sabbath et Led Zeppelin ont créé certaines des atmosphères les plus sombres jamais créées par des musiciens. » Est-ce que tu penses que personne, pas même les groupe de metal extrême, n’ont réussi à créer des atmosphères plus sombres ? Comment cela se fait-il ? Comment définirais-tu cet aspect sombre de la musique ?

Prenons l’exemple de « No quarter » de Led Zeppelin : je n’ai toujours pas entendu, jusqu’à présent, une chanson qui me fasse plus flipper que ça. C’est la même chose avec certaines chansons de Black Sabbath : il y a des ambiances très sombres ici aussi. Et le truc, c’est que c’est toujours plus efficace quand on fait quelque chose pour la première fois. Je pense que c’est ça qui leur donne autant d’impact : quand quelqu’un fait quelque chose pour la première fois, ça choque vraiment les gens, ça laisse vraiment une impression forte. Ensuite, quand quelqu’un essaie de refaire la même chose par la suite, c’est toujours du déjà-vu, donc je suppose que c’est pour ça que Black Sabbath et Led Zeppelin ont crée les atmosphères les plus sombres jamais créées dans la musique.

« ‘No quarter’ de Led Zeppelin : je n’ai toujours pas entendu, jusqu’à présent, une chanson qui me fasse plus flipper que ça. »

L’enregistrement n’a pris que trois jours. Est-ce que c’était pour garder un aspect frais et spontané ?

Oui, complètement. Enregistrer en live, ça suppose de rester sur sa lancée, garder son énergie et continuer. Si tu fais de longues pauses de plusieurs jours sans rien faire entre, tu auras vite fait de perdre ton élan, donc nous avons voulu continuer et en faire le plus possible, le plus rapidement possible. Nous avons réussi. Quand tu travailles de cette manière, tu prends le rythme, tout le groupe s’améliore de jour en jour et jouer en live est une manière assez naturelle d’y parvenir, je trouve.

Est-ce que tu peux nous en dire plus à ce sujet ? Est-ce ça a été compliqué, techniquement, d’enregistrer les chansons tous ensemble en une seule prise ?

Le défi, c’est la préparation, vraiment, parce qu’il faut se préparer encore mieux que d’habitude. Quand tu enregistres en live, tu dois répéter énormément les chansons parce que tu n’as pas droit à l’erreur, le groupe doit être fluide et groover naturellement. Il y a très peu de marge de manœuvre pour rectifier les erreurs une fois que l’enregistrement est fait, donc il faut vraiment se préparer du mieux possible. C’était ça le défi, vraiment. Nous avons simplement eu besoin de passer plus de temps en répèt’ avant d’entrer en studio. Le plus gros du travail, ça a été les répétitions et la pré-production.

Est-ce que certaines chansons de l’album ont été enregistrées du premier coup ?

Oui, complètement ! À vrai dire, la première chanson que nous avons enregistrée, « Walls of Delusion », est la première prise : c’est la première que nous avons enregistrée, et celle que tu peux entendre sur l’album est notre premier essai. Nous étions super contents ! Mais ensuite, il nous a fallu plusieurs essais pour les autres chansons. Nous sommes vite redescendus sur Terre, je crois ! Mais il y a quelques chansons qui ont été réussies du premier coup, oui, ce qui est toujours cool, c’est bon pour la confiance en soi de réussir quelque chose du premier coup !

« Il y a quelques chansons qui ont été réussies du premier coup […], c’est bon pour la confiance en soi de réussir quelque chose du premier coup ! »

C’est la première fois qu’un album de Sahg n’a pas un chiffre pour titre. Est-ce à cause du concept de l’album, ou est-ce que c’est une manière de montrer que vous prenez un nouveau départ ?

Les deux à la fois. C’est plus naturel d’avoir ce genre de titre quand tu as fondé tout l’album sur un seul concept. Ça vient plus spontanément que quand, comme dans le cas de nos albums précédents, chaque chanson a un sujet et un thème différent. C’est toujours compliqué dans ce cas de trouver un titre qui résume tout l’album d’un coup. C’est l’une des raisons, et l’autre, c’est tout simplement que nous voulions montrer ce changement que nous avons l’impression d’avoir accompli. C’est un peu le début d’une nouvelle ère pour nous, et nous avons voulu le montrer à travers le choix de ce titre.

Cet album parle d’une « personne dont la folie des grandeurs a pris des proportions telles qu’elle l’a consumé complètement. » Comment avez-vous trouvé ce thème ?

Il a été inspiré par beaucoup de choses, par beaucoup de films, de livres que nous avons lus au fil des années, mais aussi par la vie de tous les jours et ce que nous voyons aux infos. La folie des grandeurs se manifeste souvent par la guerre, et surtout chez des gens comme les dictateurs qui essaient de manipuler, contrôler et de prendre du pouvoir sur les gens, pour, en gros, s’approprier ce qui ne leur revient pas. Si tu regardes l’histoire, tous les grands dictateurs comme Hitler, Staline, etc., avaient des problèmes de folie des grandeurs. C’était d’ailleurs la raison de ce qu’ils faisaient, parce qu’ils se croyaient supérieurs à ce qu’ils étaient vraiment. Regarde la chute d’Hitler : il est évident que sa folie des grandeurs était complètement hors de contrôle, et c’est ça qui, en fin de compte, l’a mené à sa perte. Mais aussi dans la vie de tous les jours, quand tu regardes autour de toi, tu vois des gens qui essaient de contrôler les autres, qui essaient de les manipuler à leur avantage… Donc c’est un thème qui nous touche tous, dont tout le monde devrait avoir conscience. C’est pour cela que nous avons fondé l’album dessus.

Sur la pochette de l’album, il y a un astronaute. Le thème de l’espace est aussi convoqué dans le clip de « Slip off The Edge Of The Universe. » Est-ce que c’est une métaphore, ou est-ce que c’est vraiment une critique de la conquête spatiale ? Est-ce que tu penses que c’est vain et délirant ?

Ce n’est pas une critique directe des programmes spatiaux, c’est plutôt une métaphore, comme tu dis. Mais tu peux considérer ça comme évoquant l’exploration et l’invasion spatiale aussi, si tu veux. Ça peut être considéré comme de la folie des grandeurs aussi, tu sais. Avant que ça ne se produise, je pense que beaucoup de gens pensaient que ça relevait de la folie des grandeurs : « Non, ça n’arrivera jamais, on ne marchera jamais sur la Lune » etc., mais c’est arrivé ! Cette esthétique spatiale est plutôt une métaphore de l’univers dans lequel la personne dont nous racontons l’histoire se retrouve à force de perdre contact avec la réalité, et de s’isoler dans son propre univers mental où elle peut devenir la créature la plus puissante.

« Je crois que tout le monde devrait avoir le droit d’interpréter le monde spirituel de la manière qui lui est propre. »

Cet album a été inspiré par l’imagerie de films comme 2001, l’Odyssée De l’Espace de Stanley Kubrick ou Metropolis de Fritz Lang. Est-ce que ce sont tes films préférés, ou du moins ceux qui t’inspirent le plus ?

Ils font clairement partie de mes films préférés, notamment pour leur dimension visuelle. Ils sont tellement puissants, tellement graphiques. Tu n’as presque pas besoin de faire attention à l’histoire, qui est pourtant très bien aussi, c’est comme s’ils étaient complètement indépendants et que tu pouvais les regarder comme des œuvres d’art, tout bonnement visuellement. Ce sont de très beaux films à regarder, mais leur scénario colle aussi parfaitement au thème que nous avons choisi, donc ces deux films ont vraiment eu une grande influence sur cet album.

Tu as dit dans une interview que tu n’étais pas une personne religieuse, mais que tu trouves important d’être épanoui spirituellement. En quoi est-ce que tu crois, alors ?

Être religieux, c’est une histoire de définition, je pense. Je crois à ma propre religion. Je crois en le fait que chaque personne devrait croire en ce qu’elle veut croire, et je ne crois pas qu’il soit possible de faire des commentaires là-dessus, ou de faire que plein de monde croie en Dieu de la même manière. Je crois que tout le monde devrait avoir le droit d’interpréter le monde spirituel de la manière qui lui est propre. Voilà en quoi je crois. Je crois en la liberté de culte, si tu veux. Je crois qu’il y a quelque chose, je crois qu’il y a des forces ou des pouvoir qui contrôlent ma vie et celle des autres, mais est-ce que c’est la même pour tout le monde ? Je ne suis pas sûr. Je suppose que c’est ça, le grand mystère de la vie !

Interview réalisée par téléphone le 30 octobre 2013 par Metal’O Phil.
Retranscription et traduction : Chloé.
Introduction : Alastor.

Site internet officiel de Sahg : www.sahg.no

Album Delusions Of Grandeur, sorti le 25 octobre 2013 chez Indie Recordings.



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