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Interview   

Lemmy : l’interview


Lemmy s’exprime dans les colonnes de Radio Metal. Radio Metal peut désormais mourir. Nous savons que cette seconde phrase dessine immanquablement sur le visage de certains d’entre vous un rictus spasmodique de satisfaction. Tenez, prenez, c’est gratuit ! Donc, je disais, Radio Metal peut mourir tranquille (oui, ça va, on a compris !). Mais Radio Metal ne mourra pas (zut, c’est pas de chance) car il a maintenant reçu la parole de Dieu, alias Lemmy Kilmister. Mais Lemmy, lui, Dieu il s’en contrefout. Lemmy, lui, il aime le rock n’roll, les Beatles, le Jack Daniels, les uniformes de l’armée du Troisième Reich, faire des pubs qui lui rapporteront du pognon histoire de pouvoir faire plus de rock n’roll, acheter des disques des Beatles, du Jack Daniels, des uniformes de… Bref, vous avez compris. Des choses simples parce que Lemmy est quelqu’un de simple qui ne se prend pas le chou. Preuve en est cet entretien téléphonique caractérisé non pas par le bagou de notre interlocuteur mais clairement par son humour piquant et son esprit amical – du moment que l’on ne l’interrompt pas dans une partie de flipper, n’est-ce pas Doc ?

Voici donc, en toute simplicité, la petite discussion que nous avons eue avec l’une des plus grandes icônes, si ce n’est la plus grande, de notre musique préférée.

Rock n’roll.

« Pourquoi voudrais-je prendre ma retraite ? Que reste-t-il quand on part à la retraite ? Rien du tout. Tout s’arrête. »

Radio Metal : Vous allez bientôt sortir un nouvel album intitulé The World Is Yours. C’est un titre plein d’espoir. Est-ce ce que tu ressens après trente-cinq ans de carrière avec Motörhead ? As-tu l’impression que le monde t’appartient ?

Lemmy (basse/chant) : Non, le monde ne m’appartient pas. Il ne t’appartient pas non plus, d’ailleurs, mais c’est un bon titre ! (rires) Il faut rester optimiste ! Il n’y a pas de sens particulier derrière ce titre. Il ne faut pas chercher trop de profondeur chez Motörhead. Pour nous, c’est simplement un bon titre, très optimiste.

Faut-il comprendre que tu es plus optimiste aujourd’hui ?

Non, j’ai toujours été optimiste. Sinon, je n’aurais pas tenu si longtemps !

Très honnêtement, ce nouvel album paraît très inspiré. Quel était votre état d’esprit en composant ces chansons ? Y a-t-il eu des différences par rapport à Motorizer ou Kiss Of Death ?

Non, c’était exactement la même chose. La seule différence, c’est que Phil a dû participer à l’écriture de ses parties par Internet, parce qu’il était au Pays de Galles ; son père était très malade et il est décédé. Nous avons dû tout faire par e-mail et il nous a envoyé les enregistrements de ses parties de guitare comme ça. Mais ça s’est bien passé.

L’album comporte un titre intitulé « Rock’n Rock Music ». Il s’agit manifestement d’un hommage au rock n’roll ; on peut t’entendre chanter que le rock finira par nous sauver et par nous libérer. Penses-tu que la dépression ambiante soit liée au fait que les gens n’écoutent plus assez de rock n’roll ?

C’était bien plus joyeux quand ils en écoutaient, non ? Avant qu’ils ne se mettent à croire et confier leur argent aux banques, je veux dire ! (rires) Écouter du rock et danser est une bien meilleure chose à faire que rester assis à son putain d’ordinateur, à regarder disparaître son argent.

La chanson dit également que tu feras du rock jusqu’à ta mort. Cela veut-il dire que tu ne prendras jamais ta retraite ?

Bien sûr, pourquoi voudrais-je prendre ma retraite ? Que reste-t-il quand on part à la retraite ? Rien du tout. Tout s’arrête.

Les paroles affirment que le rock n’roll est une véritable religion. Dans ce cas, qui serait le Jésus-Christ du rock ? Toi ?

Non, ce ne serait pas moi. Peut-être… Laisse-moi réfléchir… Sans doute ce type de Korn. (rires) Ils ont ce gars qui a pété un câble et est devenu très religieux (ndlr : Lemmy fait allusion à Head). Tu as entendu parler de ça ?

Oui, j’en ai entendu parler.

C’est sans doute lui, le Jésus du rock. Tout du moins, c’est ce qu’il pense.

Tu penses qu’il pourrait être le Jésus du rock n’roll ?

Moi, non, mais lui, il le pense.

D’accord ! (rires) Cette année, vous avez joué au Hellfest, en France. Ce festival a été beaucoup attaqué par des organisations et des personnalités politiques catholiques – au point que le créateur du festival a trouvé un nouveau slogan pour la prochaine édition : « Our music, our religion ». L’affiche qui va avec montre une sorte de Jésus-Christ corrompu…

(Rires)

Cette histoire soulève à nouveau des débats très animés. Qu’en penses-tu ?

Je m’en fous. La religion est de toute façon un truc stupide. Sans blague, une vierge tombe enceinte d’un fantôme ! (rires) Ça ne marcherait jamais face à une cour en cas de divorce ! (rires)

« La religion est de toute façon un truc stupide. Sans blague, une vierge tombe enceinte d’un fantôme ! (rires) Ça ne marcherait jamais face à une cour en cas de divorce ! (rires) »

Certains titres de The World Is Yours rappellent l’album Inferno de par leur modernité et leur côté heavy. Considères-tu Inferno comme un album important dans la discographie de Motörhead ?

Oui, ils sont tous importants, à mes yeux. Quand on fait un album, on ne l’écoute pas beaucoup soi-même, tu vois ? L’album sort et on passe à autre chose. En fait, nous avons fait appel au même producteur. C’est sans doute pour ça que le son est similaire : c’était le même producteur et le même groupe.

Tu as chanté sur l’album solo de Slash. Je sais qu’il était déjà apparu sur certains titres de Motörhead. Avez-vous pensé à lui demander de participer à une nouvelle chanson ?

Oui, c’est prévu. Mais il faut que j’écrive la chanson, d’abord. Il n’y a pas d’invité sur ce nouvel album.

Cela fait maintenant quinze ans qu’on a droit à un nouvel album de Motörhead tous les deux ans avec une tournée au milieu…

Quelque chose comme ça, oui.

Dans ces conditions, comment parvenez-vous à ne pas tomber dans la routine ?

Comme on part en tournée entre deux albums, on découvre de nouveaux endroits tous les jours. C’est varié, les environnements changent et c’est une bonne chose. Après, on retourne en studio et on utilise toute l’inspiration accumulée pendant l’année écoulée. Le délai est parfois de trois ans mais on n’a pas fait ça depuis longtemps. C’est plus tous les deux ans, tu as raison. J’ai aussi enregistré un nouvel album avec Head Cat. Il y a Slim Jim de The Stray Cats, Danny B. Harvey de 13 Cats et moi. On vient aussi de finir une petite tournée en Amérique.

Vous avez enregistré une version bluesy de « Ace Of Spades » pour une publicité pour une bière…

Kronenbourg, ouais.

C’est assez surprenant, que vous ayez fait de la pub pour une marque de bière et jamais pour Jack Daniels…

Jack Daniels ne nous l’a pas demandé ! (rires) Kronenbourg nous l’a demandé et on s’est dit : « Ouais, pourquoi pas ? ». J’ai trouvé qu’elle était pas mal du tout d’ailleurs. J’avais déjà fait quelques pubs avant : une pour AXA Assurances et une autre pour les chips Walkers. Tu sais, les publicitaires paient très bien.

Qu’est-ce que ça fait d’interpréter ce titre légendaire trente ans après son premier enregistrement ?

On le joue tous les soirs sur scène donc ce n’était pas vraiment une nouveauté pour moi ! (rires) Ça n’a rien de difficile, tu sais. On joue de nos instruments avec les deux mains, c’est facile.

Les réalisateurs de la publicité ont-ils essayé d’influencer cette ré-interprétation ?

Oui, ils nous disaient « jouez moins vite, jouez moins vite ! ». C’est ce qu’on a fait et je trouve que c’est un peu trop lent. Mais j’imagine que ça passe. Je peux faire avec. Et de toute façon, ce n’est qu’une pub, hein ? Ce n’est pas comme si c’était pour un de nos albums.

Cette chanson figurera-t-elle en tant que bonus sur le nouvel album ?

Non. La vieille chanson doit rester à sa place.

La chanson fait un peu écho à « Whorehouse Blues »…

Effectivement.

Vous n’êtes pas intéressés par l’idée de faire davantage de titres dans ce style acoustique ? Cela colle très bien au groupe… Peut-être pour un album acoustique/blues spécial ?

Peut-être, oui. En fait, on y a déjà pensé. Il faudra que j’en parle aux autres. On a également pensé à faire un album de reprises.

« Tu sais, si tu deviens célèbre, c’est dû à la chance. Ce n’est pas parce que tu es spécial ; personne n’est aussi spécial. »

Comment le projet « Lemmy : The Movie » a-t-il vu le jour ?

Les producteurs, ou plutôt les réalisateurs, sont venus nous voir à notre bureau et nous ont demandé : « Est-ce qu’on peut faire un film ? ». On leur a répondu : « Allez-y, faites-nous un pilote d’environ une demi-heure ». C’est ce qu’ils ont fait. Puis ils sont revenus nous voir avec le résultat et c’était vraiment bien. On leur a donc dit : « OK, allez-y ».

Va-t-on tout découvrir de Lemmy ou restera-t-il des secrets que le film ne dévoilera pas ?

Il y a beaucoup de secrets que vous ne verrez pas ! (rires)

Peux-tu nous dévoiler l’un de ces secrets ?

Non, sinon ce ne sera plus un secret, n’est-ce pas ?! C’est tout le concept des secrets : il ne faut rien dire à personne. (Rires)

(Rires) Bonne réponse ! Dans le film, on peut voir Dave Grohl…

C’est un type bien, tu sais.

… t’opposer à des musiciens comme Keith Richards devenus des rock stars avec des goûts de luxe qui ne descendent plus que dans des palaces et se tapent uniquement des mannequins…

A vrai dire, il joue plus avec elles que je ne le fais ! (rires)

… alors que toi, tu as réussi à rester simple. Partages-tu l’avis de Dave ? Penses-tu qu’une rock star doit rester humble ?

Je ne sais pas. Tout dépend de ta définition du mot « humble ». Je ne pense pas qu’on doive se comporter comme des putains de trous du cul tout le temps, si c’est ce que tu veux dire. Tu sais, si tu deviens célèbre, c’est dû à la chance. Ce n’est pas parce que tu es spécial ; personne n’est aussi spécial.

Tu as toujours eu une réputation sulfureuse avec les femmes. As-tu autant de succès auprès d’elles aujourd’hui qu’il y a trente cinq ans ?

J’en ai plus car davantage de femmes savent que j’existe ! (rires) C’est mieux. Et après tout, pourquoi pas ? J’aime les nanas, elles sont bien plus amusantes que les mecs. Les mecs n’ont pas de nichons, tu sais ! (rires)

Avec la vie que tu as eue, il est surprenant de te voir toujours en si bonne santé. As-tu l’impression de vieillir comme une bonne bouteille de whisky ?

Non, sans doute plus comme un morceau de fromage ! (rires)

Ozzy Osbourne a exprimé le souhait de faire don de son corps à la science à sa mort car il se demande comment, avec tout l’alcool et toutes les drogues qu’il a absorbés dans sa vie, il peut être encore vivant aujourd’hui. T’es-tu déjà posé ce genre de questions ?

Je vais faire don de mon corps à la science-fiction médicale ! (rires) Non, ça aussi, c’est uniquement de la chance. Beaucoup de gens qui ont fait la même chose que moi sont morts, d’autres ne le sont pas. On appartient simplement à la deuxième catégorie. C’est seulement de la chance. Je ne suis pas surpris qu’Ozzy soit toujours en vie. Ce sont les autres qui sont surpris. Personnellement j’ai toujours été convaincu que je serai encore en vie aujourd’hui.

Tu as conseillé aux gens de ne jamais essayer de copier ton style de vie. D’un autre côté, ton statut d’icône fait que les gens rêvent de vivre la même chose que toi. Plus généralement, la société actuelle tend à glorifier les excès et les bad boys. Dans ces conditions, penses-tu que ton message soit vraiment entendu ?

Je ne sais pas. Il faudrait demander à ceux qui y font attention. Je veux dire, on fait ce qu’on peut, on dit ce qu’on veut, on peut dire la vérité et on laisse les gens y penser. Certains ne s’en préoccupent pas. Avec les années, on s’est aperçus que certaines personnes s’en moquent, ou alors ils ne comprennent pas. Quand on dit quelque chose à quelqu’un, ça peut avoir beaucoup de sens pour lui. Pour quelqu’un d’autre, ça aura un sens complètement différent car les gens interprètent les choses selon leur façon d’écouter. De toute façon, on ne peut pas vraiment donner de conseils, ça ne marche pas. Les gens n’aiment pas les conseils, tu sais. (rires) Les gens veulent faire ce qui leur plaît.

Cette année, vous avez joué au Sonisphère où on a eu l’occasion de voir les Big Four. Megadeth, Metallica, Slayer et Anthrax ne sont pas connus pour être les meilleurs amis du monde. Pourtant, au Sonisphère, on a vu ces groupes s’étreindre comme de vieux copains. C’était plutôt surprenant…

Tu sais, la plupart du temps, ce sont les médias qui montent les gens les uns contre les autres. Généralement, ces gens-là ne peuvent pas être des ennemis, ils ne se voient pas assez souvent pour ça. Tu vois ce que je veux dire ? On voit rarement les membres d’autres groupes parce qu’on passe son temps à travailler. On se retrouve ensemble dans la même ville à peu près une fois tous les deux ans. On n’a donc pas le temps d’être ennemis et on n’a pas non plus le temps d’être amis. Le temps, on le réserve à son travail. S’ils se sont fait des câlins, c’est une très bonne chose. Quoi qu’il arrive, tout le monde devrait être amis, alors pourquoi pas ?

OK, je comprends ton point de vue. Merci beaucoup pour cette entrevue, je pense qu’on te reverra en tournée à la fin de l’année…

Ouais, je crois qu’on passe par la France.

Effectivement !

À Paris, c’est ça ?

Paris et Lyon en décembre…

Venez nous voir !

Pas de problème, on sera là.

Je vous paierai une bière !

Oh, cool ! Ça c’est une bonne nouvelle ! (rires)

Interview réalisée par Spaceman et Metal’O Phil en novembre 2010 par phoner
Myspace Motörhead : http://www.myspace.com/motorhead

Traduction : Saff’ et Isère



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