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Live Report   

Lenny Kravitz : un chevalier noir et blanc pour une prestation haute en couleur


Mercredi 30 novembre dernier, deux jours après le concert de Lyon et au lendemain de sa prestation parisienne, Lenny Kravitz recevait les insignes de chevalier de l’Ordre National des Arts et des Lettres par le ministre de la culture Frédéric Mitterrand. Il faut dire que le chanteur métis a une relation particulière avec la France, pays où il réside une partie de l’année et, selon ses propres dires, qui a « cru en lui alors qu’il était mal compris dans son propre pays, les États-Unis ». Il n’a notamment pas oublié ses débuts aux Trans Musicales de Rennes en 1989. Alors, forcément, à chaque nouvelle tournée, Lenny Kravitz fait honneur à notre beau pays en y plaçant quelques dates où il est certain de retrouver un public fidèle.

Cette fois-ci, Lenny Kravitz revient avec, sous le coude, Black And White America, un album bien particulier dans sa discographie dans la mesure où il explore la facette funk de sa personnalité. Le projet était d’ailleurs en chantier depuis des années, prévu originellement à la place de Baptism sorti en 2004. Toujours est-il que Lenny Kravitz a réussi son pari avec ce qui représente une bouffée d’air frais.

La question étant maintenant de savoir comment la rock star a décidé d’aborder sa tournée et comment les nouveaux titres s’insèrent aux côtés des classiques.


Artistes : Lenny KravitzRaphael Saadiq
Date : 28 Novembre 2011
Lieu : Lyon
Salle : Halle Tony Garnier

Raphael Saadiq s’amuse comme un gosse.

Mais avant cela, laissons Raphael Saadiq préparer le terrain avec ses collègues. C’est d’ailleurs une véritable armada qui débarque sur scène, décidée à prêcher sa soul music électrique. Pour servir son public, un guitariste, un batteur, un bassiste, un organiste, deux choristes et Raphael Saadiq lui-même. Élégant, le Californien est clairement venu faire la fête. Le public ne résiste pas devant son entrain et sa jovialité. Derrière sa guitare et son micro il fait preuve d’une certaine expressivité, s’amuse avec ses collègue et va même jusqu’à s’asseoir au sol l’air hagard comme un gamin.

Celui-là a dû en manger de la guitare pour en arriver là…

Mais Raphael ne compte certainement pas faire le show tout seul. Il y a tout d’abord son guitariste, coiffé d’une casquette portant les initiales de New York, avec qui la complicité est palpable et qui offre de beaux moments de guitare blues. Puis ses choristes, toujours très élégants, qui de temps en temps prennent le large pour exécuter quelques pas de danse ou venir au devant la scène exhiber leurs talents en solo. Idem pour le claviériste à qui Raphael confiera le micro vers la fin de la prestation. Décidément, la fine équipe est douée. Ne passons surtout pas sous silence une section rythmique souriante et assurément groovy, sans qui le rhythm and blues du maître resterait sur le carreau sans son « rhythm ».

Le rythme dans rhythm and blues.

Une entrée en matière sympathique qui fait preuve de cohérence avec la tête d’affiche. A la fin d’une soirée ayant mêlée soul, funk, rock, jazz et r’n’b, l’assistance pourra se targuer d’avoir voyagé. C’était en tout cas le but avoué et, on le verra, réussi de Lenny Kravitz que de présenter, comme le nom de son album l’indique, les faces noires et blanches de la musique américaine.

Souris, le petit oiseau va sortir !

En musique, la marque des grands est de savoir se construire une identité musicale immédiatement reconnaissable. Lenny Kravitz fait partie de ceux-là. Inimitables, sa voix et son sens bien affirmé du tube rock sont la raison légitime de son succès et de la présence des près de huit milles personnes venues ce soir.

D’ailleurs, Lenny Kravitz n’a pas lésiné sur les moyens pour recevoir ses fidèles avec une belle production scénique. En fond de scène, un énorme écran en dents de scie, scintillant parfois d’éclats comme s’il s’agissait de cristaux géants, est détouré par une multitude de lumières éblouissantes dessinant la forme d’un imposant triangle. Sur scène, deux grosses pyramides s’érigent de part et d’autre du batteur. Enfin, devant la scène, de chaque coté, deux écrans également triangulaires diffusent les images du concert filmé en direct. Autant dire que le public en aura pris plein la vue durant tout le concert.

Un rocker, ça ressemble à ça.

Le rideau noir obstruant le décor tombe, les musiciens foulent les planches et ce n’est qu’une fois ces derniers installés que la star de la soirée entre en scène sous les acclamations. Lenny Kravitz déboule, des lunettes miroir sur le nez, une liasse de colliers autour du cou, un foulard sur les épaules, et portant avec lui une classe sans précédent. Kravitz illumine la Halle de sa simple personne. Il incarne une rock attitude dans ses poses et dans sa gestuelle énergique remémorant l’âge d’or du rock. Par bien des égards, on retrouve dans son charisme ce qui faisait tout ou partie de l’aura des grands chanteurs de rock des années 70, Robert Plant en tête. Il est clair, en voyant la rock star s’exécuter avec sa bande, qu’il a énormément appris de cette décennie. Une décennie à laquelle il rend, par ses prestations, un vibrant et sincère hommage.

Les deux complices : Craig Ross et Lenny Kravitz.

Il suffit de voir sa complicité avec son acolyte guitariste Craig Ross. Les deux musiciens s’échangent sans arrêt des regards complices et viennent régulièrement au contact l’un de l’autre, dos à dos ou se tenant par la taille. Un duo qui n’est pas sans rappeler le tandem éblouissant de feu Led Zeppelin. Une sensation renforcée par les faux airs de jeune Jimmy Page évoqués par l’allure et le look de Craig Ross. Cette complicité n’a d’ailleurs rien d’étonnant car Ross est un maillon essentiel du succès de Lenny Kravitz. Ce dernier lui doit son plus grand hymne, « Are You Gonna Go My Way », co-écrit par Ross et sur lequel il joue toutes les guitares. Une collaboration qui n’a cessé depuis lors, illuminant les disques et concerts d’un talent hors pair.

Les rockers, ça fait la tronche. Question de principe.

Craig Ross est véritablement la seconde star de la performance. Le public ne s’y trompe pas : le maître de cérémonie n’a même pas besoin d’énoncer son nom lors des présentations, il est déjà sur toutes les lèvres. Et pour cause, non seulement son flegme élégant captive mais, en plus, il gratifie à longueur de chansons l’audience de solos suintant le feeling. Un vrai plaisir auditif. Pas étonnant qu’un espace aussi important lui soit accordé sur les parties instrumentales. Une ballade comme « Believe » s’en retrouve sublimée par sa seconde partie avec un thème-solo orgasmique, qui plus est davantage mis en valeur que sur son pendant studio. Chair de poule garantie.

Gail Ann Dorsey, l’ancienne bassiste de David Bowie sait faire groover !

Aux côtés du duo de choc, les autres musiciens se font forcément plus discrets. Pourtant nul ne peut ignorer le groove de la paire Gail Ann Dorsey / Franklin Vanderbilt Jr, respectivement à la basse et à la batterie, tout comme ce trio de cuivres qui confère un certain peps aux chansons. Ces derniers viendront d’ailleurs s’exécuter un moment sur le devant de la scène, ce qui sera l’occasion de pleinement profiter des qualités de ces instruments rarement mis en avant dans les concerts de rock. Dommage que le tromboniste surdoué Trombone Shorty ne soit en revanche pas de la partie comme sur le dernier album, mais peut-être que cela aurait justement représenté un ego de trop sur les planches. Car, qu’on se le dise, cela reste un concert de Lenny Kravitz.

Franklin Vanderbilt Jr tient le rythme, impassible.

Un Lenny Kravitz qui a notamment offert de beaux moments d’échanges avec la foule. Ce fut le cas lorsque, acclamé plus que de raison par la foule, il s’agenouille ému devant elle. Le temps d’un instant, les rôles sont renversés, le fan se retrouve sur scène devant un parterre d’idoles. Moment amusant ensuite lorsque le public apprend de Kravitz que le trompettiste Ludovic Louis est français. Chauvinisme oblige, il reçoit tous les honneurs de ses compatriotes. Puis le chanteur taquin précise : « Mais il est n’est pas de Lyon ! », changeant les acclamations en huées. « C’est ça que j’aime chez vous ! Vous êtes sérieux à propos de votre ville ! Je pense que je vais revendre ma maison de Paris pour venir m’installer ici… Non, franchement croyez-moi, vous ne voudriez pas de moi chez vous ! » rigole alors le chanteur.

Le moment magique par excellence survient sur le dernier titre des rappels, « Let Love Rule ». Le frontman entreprend de traverser la salle, de la scène jusqu’aux gradins du fond, pendant que les musiciens sur scène font durer le plaisir. L’exercice s’avère long mais on ne peut qu’applaudir une telle proximité avec le public.

Craig Ross : la deuxième star de la soirée.

Au niveau musique, les tubes sont là, de la reprise de The Guess Who « American Woman » à « Let Love Rule » issu du premier album, en passant par « It Ain’t Over ‘Till It’s Over » et les incontournables « Fly Away » et « Are You Gonna Go My Way ». La setlist est cohérente et efficace. A cet égard même un « Stand By My Woman » assez niais de prime abord est rehaussé par sa progression quasi gospel, chanté à tue-tête par le public et ponctué par de superbes interventions de saxophone. Citons également la petite séquence acoustique en ouverture des rappels, formée de « Push » et « I Belong To You », avec Lenny Kravitz et Craig Ross assis en bord de scène pour un effet intimiste garantis avec les premiers rangs. Cette séquence était particulièrement bien vue afin d’apaiser l’ambiance après un enchaînement « Fly Away » / « Are You Gonna Go My Way » ayant laissé les spectateurs dans le rouge, en mode surchauffe.

La C.L.A.S.S.E.

Les titres du dernier album Black And White America ne sont pas en reste et font eux aussi mouche. En tête, l’hymne « Rock Star City Light » ou « Come And Get It » qui ouvrait de la plus énergique des manières le concert. Deux titres qui démontrent que Lenny Kravitz n’a pas perdu la main en matière de tubes. Les morceaux orientés soul-funk de l’opus, surtout le titre éponyme avec son groove et ses cuivres à profusion, apportent, quant à eux, une diversité indéniablement rafraîchissante en introduisant un univers que l’on côtoie plus habituellement chez un artiste comme Jamiroquai.

Un show, donc, des plus complets qui passe sans que l’ennui ne s’installe une seconde et avec une belle communion avec le public. Lenny Kravitz n’a, en tout cas, pas failli à sa réputation et reste une valeur sûre à voir et à revoir.

Setlist :

Come On Get It
Always on the Run
American Woman (reprise de The Guess Who)
It Ain’t Over ‘Til It’s Over
Mr. Cab Driver
Black And White America
Fields Of Joy
Stand By My Woman
Believe
Stand
Rock And Roll Is Dead
Rock Star City Life
Where Are We Runnin’
Fly Away
Are You Gonna Go My Way

Rappels :

Push (acoustique)
I Belong to You (acoustique)
Let Love Rule

Photos : Nicolas « Spaceman » Gricourt



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  • WhoDoYouThinkIAm dit :

    Jamiroquai, Lenny Kravitz, c’est plus radiometal mais RTL2 ici !!!

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  • Ok, la set-list manque de titre de « 5 » et « Lenny » mais la qualité de la soirée ne s’en est pas ressentie. C’était magique!

    Quel showman ce Lenny, et les chansons en live sont surpuissantes, avec des zicos de ouf !!!

    A quand plus de noir et blanc dans le métal?

    [Reply]

  • Question de goût, mais la setlist est très faible.

    Comme « les pointures », il se repose sur ses acquis. Avec une telle disco’, il a de quoi faire une setlist intéressante et variée musicalement.

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