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Interview   

Leo Leoni (Gotthard) en cure de jouvence


« …les garçons ont continué leur voyage. Tous heureux sauf un : Leo, le guitariste blond du groupe, peut-être nostalgique, désireux de jouer les chansons de l’ancien style. » Extrait du texte introductif présentant The Greatest Hits Part 1, premier album de CoreLeoni, nouveau projet du guitariste de Gotthard Leo Leoni. Car oui, malgré le fait que les Suisses aient réussi à se relever avec brio d’une de leurs plus terribles épreuves – le décès de son chanteur Steve Lee -, il en restait toujours un qui, vingt ans durant, a conservé une petite frustration, celle d’avoir abandonné le style mordant des débuts, tout en acceptant la direction voulue par la majorité.

Maintenant que Gotthard est bel et bien relancé, avec trois albums sous le coude depuis l’arrivée de Nic Maeder, il était temps pour Leo de concrétiser son désir le plus profond. Ainsi est né CoreLeoni, afin de dépoussiérer certains vieux diamants bruts présents sur les trois premiers albums de Gotthard, et pourquoi pas aller plus loin. Pour se faire il s’est entouré d’une fine équipe, avec non seulement son collègue batteur Hena Habegger qui l’a suivi dans cette aventure parallèle, mais surtout l’impressionnant Ronnie Romero (Lords Of Black, Ritchie Blackmore’s Rainbow) derrière le micro.

Dans l’entretien qui suit, Leo Leoni nous raconte la genèse de CoreLeoni et ce premier album, nous faisant part avec sincérité de ses sentiments en tant que musicien. L’occasion également en fin de discussion de nous parler du projet sur lequel Gotthard planche actuellement, à savoir donner un successeur à l’album acoustique D Frosted (1997), ainsi que de faire un petit retour sur les tous débuts du groupe.

« Il me fallait quelque chose en plus. Je ne pouvais pas laisser pendant des années entières mes Les Paul et mon Marshall à la maison, ça ne va pas [rires]. C’était ça mon problème. »

Radio Metal : le projet CoreLeoni a été créé à l’occasion du 25ème anniversaire du premier album de Gotthard. Le titre du dernier album de Gotthard Silver était déjà une référence à cet anniversaire. Ce n’était pas suffisant pour toi, tu avais besoin d’aller plus loin ?

[Rires] Il y a un peu de ça mais il y a aussi d’autres facteurs qui sont importants. Sur la tournée, nous n’avons pas fait beaucoup de vieux morceaux, donc c’était aussi le moment de sortir ces vieux morceaux et rendre hommage à cette époque. Mais ce n’est pas seulement ça non plus. C’était aussi l’envie de faire ce que je faisais dans le temps, ce que j’ai toujours aimé faire et n’ai pas pu faire au cours des vingt dernières années, plus ou moins. Tu sais, avec Gotthard, nous avons un peu changé de direction musicale. Nous avons fait l’album D Frosted, c’était en 1997 et après nous avons fait un album un petit peu plus mainstream, et puis encore plus mainstream, et puis c’est devenu un petit peu plus rock. Pour Gotthard c’était comme ça, mais pour Leo, ce n’était pas si… [Rires] Ce n’était pas exactement ce que je voulais faire. Depuis plusieurs années j’avais cette idée de faire ce projet et là c’était le moment de le faire, donc je l’ai fait.

Mais pourquoi ne pas avoir repris tous ces vieux titres avec Gotthard à l’occasion des vingt-cinq ans plutôt que de créer un projet de ton côté ? Car de prime abord, ça peut paraître étrange.

Si nous avions voulu le faire avec Gotthard, nous l’aurions fait [petits rires]. Seulement, comme je l’ai dit, Gotthard a changé un peu d’adresse. Nous avons essayé de faire ces morceaux chantés à l’origine avec Steve [Lee], mais ça ne sonnait plus pareil, il n’y avait plus l’esprit qu’il y avait à l’époque. Il fallait donc trouver une solution. Je voulais déjà faire ce projet en 2010 ou 2011, avant que Steve ne parte pour ses vacances, nous avions décidé que nous pourrions prendre deux années, et puis Steve n’est pas revenu, on sait la tragédie qui s’est produite. Nous avons donc dû réfléchir à ce que nous voulions faire. Nous avons dit qu’il fallait trouver le bon chanteur pour continuer à faire ce que nous voulions faire avec Gotthard, et avec Nic Maeder, c’était la solution parfaite pour ce que nous voulions faire à ce moment-là et ce que nous sommes en train de faire maintenant. Donc j’ai mis de côté mon projet CoreLeoni. Et comme maintenant nous sommes en train de faire D Frosted 2 avec Gotthard, vingt ans plus tard, c’était le bon moment pour reprendre mon projet solo. Comme je l’ai dit, avec Gotthard, nous avons changé de direction, donc c’est aussi pour le respect des fans qui nous ont soutenus jusqu’ici [petits rires]. Ce sont des choses séparées.

Tu as parlé aux autres membres de Gotthard de tes envies de retrouver ce son de l’époque ?

Oui ! C’est quelque chose qui est clair depuis des années. Il y a un film documentaire qui vient de sortir qui s’appelle One Life One Soul sur l’histoire de Gotthard et qui explique exactement toutes ces choses. Il y avait ce problème musical mais comme nous sommes un groupe suisse et qu’on a la démocratie en Suisse, il faut aller là où tout le monde veut aller. J’ai fait ce que tout le monde voulait, j’ai aidé à faire avancer l’histoire de Gotthard, à le faire devenir ce qu’il est devenu et ce qu’il est maintenant. Tout est clair comme la lumière du soleil ! [Petits rires]

Est-ce que ça a déjà remis en question ta participation à Gotthard ?

Non. C’est moi qui ai lancé Gotthard avec Steve donc je n’envisage pas de laisser Gotthard. C’est ma Rolls Royce, si tu veux, et CoreLeoni est mon cabriolet [rires]. Ce sont des choses vraiment différentes. Et comme musicien, c’est fantastique de pouvoir travailler sur deux choses complètement différentes. Il n’y a pas de souci, il n’y a pas de concurrence.

Tu as mentionné ce film documentaire : qu’est-ce qui vous a donné envie de lever le voile sur l’histoire de Gotthard et ces sujets-là ?

Ce n’est pas nous qui avons fait le film, c’est quelqu’un qui a fait le film pour nous, il nous a filmé pendant des années, il a fouillé dans les archives, etc. C’est important parce que ce sont vingt-cinq ans de carrière d’un groupe suisse qui a marqué l’histoire du rock en Suisse. Je pense que c’est un film pour tout le monde, surtout aujourd’hui avec tous ces jeunes qui n’arrivent pas à trouver d’objectif pour faire quelque chose dans la vie. Je trouve que c’est important parce que le film raconte la force de volonté et l’objectif qu’il faut avoir. Peu importe ce qui peut se passer dans ta carrière ou dans ta vie, il faut toujours avoir la force de continuer.

Plus précisément, qu’est-ce qui te manque ? Qu’est-ce que ces chansons possédaient que le Gotthard plus récent ne possède plus d’après toi ?

C’est plus direct, c’est plus rock n’ roll. C’est moins mainstream. Il y a beaucoup d’énergie qui passe ; c’est ce que j’appelle le rock n’ roll, donc ce sont des guitares, de super lignes mélodiques. Un côté peut-être simple mais avec de l’énergie, de la puissance. C’est ce qui rendait Gotthard spécial au début. Maintenant, oui, ça reste spécial, c’est un des bons groupes disponibles sur le marché, mais il a un côté peut-être plus consensuel, alors qu’avant c’était ou ça te plait ou ça te plait pas ; c’était un petit peu plus spécial. Dans le rock, tu dois être un petit peu spécial, un peu différent des autres pour sortir de la masse.

« [Gotthard aujourd’hui] est un des bons groupes disponibles sur le marché, mais il a un côté peut-être plus consensuel, alors qu’avant c’était ou ça te plait ou ça te plait pas. »

C’était plus brut…

Brut, je ne sais pas [petits rires]. C’était plus original, je ne sais pas. En fait, notre énergie était toujours positive. Ce n’était pas une énergie négative ou violente. Il n’y a pas de violence dans nos textes. C’est : on s’éclate et on passe un bon moment.

Mais ça, à la limite, ça n’a pas vraiment changé : la musique de Gotthard est toujours très positive.

Oui, ça c’est la même chose, seulement c’est un peu plus calme et mainstream. C’est devenu comme ça et ça continuera comme ça, je pense. Après, les racines sont là, notre discographie passée reste là, mais au fil du temps tout le monde change un peu d’envie, sauf moi qui étais toujours un peu plus le rocker de la bande, le rebelle rock n’ roll [rires].

Pourtant Firebirth, le premier album que vous avez fait avec Nic Maeder, retrouvait un peu ce côté plus brut des débuts, non ? Ça ne t’as pas donné l’espoir de poursuivre sur cette voie ?

Oui. C’est vrai, car c’est ce que nous voulions faire. Et puis il y avait cette histoire d’album solo que je voulais faire. Ça veut dire qu’il y avait beaucoup d’influence de ma part dans Firebirth, qui était de retrouver notre style, nos racines. Il fallait donner un signe fort de la part du groupe pour que les fans comprennent que Gotthard et son esprit étaient encore là. C’était important. Donc oui, l’album Firebirth était plus proche des débuts. Et après, nous avons continué et écrit d’autres morceaux, puis l’album Bang! est sorti. Je trouve que c’est un super album, tout comme Silver. Mais comme je l’ai dit, c’est une démocratie, donc tu écris ce qu’il faut écrire pour faire ta route et de façon à ce que tout le monde s’y retrouve. En fait, ce n’est pas que je regrette ce que nous avons fait. Je trouve que ce que nous avons fait avec Gotthard, c’est fantastique. Après vingt-cinq ans, après tout ce qu’il s’est passé, nous sommes encore là, nous sommes encore sur les routes, en tournée autour du monde, nous faisons de la musique, c’est merveilleux. Mais il me fallait quelque chose en plus. Je ne pouvais pas laisser pendant des années entières mes Les Paul et mon Marshall à la maison, ça ne va pas [rires]. C’était ça mon problème.

Pourquoi ce nom CoreLeoni ? Enfin Leoni, évidemment c’est ton nom mais…

Le « core », c’est le centre de la terre, le cœur, donc c’est l’esprit de ce qu’était Gotthard. Et il y avait ce double sens : CoreLeoni ça fait penser à la mafia, au Parrain avec les Corleone – ça s’écrit différemment mais tu le lis de la même façon en anglais. C’est d’ailleurs pour ça que l’album ouvre avec « Il Padrino », le thème du Parrain.

Dans CoreLeoni, on retrouve notamment Hena, ton batteur dans Gotthard, ainsi que Ronnie Romero au chant. Comment as-tu constitué ce line-up ?

Il y a plusieurs choses à considérer. Quand je voulais faire ce projet en 2010, je voulais le faire avec plusieurs chanteurs. Ensuite, quand nous avons fait la tournée de Bang!, nous avons joué en Espagne et le groupe de première partie était Lords Of Black avec Ronnie Romero. J’ai connu Ronnie pendant les balances quand il a chanté « Neon Knight » de [Black Sabbath avec] Ronnie James Dio. Et là, je suis tombé à la renverse ! J’ai trouvé ce chanteur incroyable. Il m’a donné la même impression que j’ai eue quand nous avons commencé avec Gotthard. Il avait la même puissance, le même ton, le même caractère, c’était nos racines. Et puis nous avons commencé à parler et nous avons notamment discuté de ça. Nous sommes restés un peu en contact et puis l’année dernière, en avril, je l’ai appelé, je lui ai dit : « Ecoute, tu te souviens de ce que je t’avais dit ? Tu veux le faire ? T’es de la partie ? » Il m’a dit oui, et donc nous l’avons fait. J’ai eu la chance de le rencontrer et je suis vraiment heureux. Je pense qu’il y a quelqu’un qui m’a envoyé ce mec pour faire ce projet, c’est fantastique. C’est un chanteur et un talent incroyable. Et même s’il ressemble un petit peu à Steve par certains aspects, c’est différent et il a son propre caractère. Voilà pour le chanteur, qui était l’aspect le plus important.

Igor, l’autre guitariste, a joué avec Gotthard sur la tournée Dial Hard, en 94. Et c’est mon « voisin », il vit dans la même région que moi. Donc nous avions déjà parlé plusieurs fois de faire à nouveau quelque chose ensemble. Je l’ai appelé un jour, quand je faisais les premières maquettes démo avec Ronnie, je lui ai dit : « Ecoute, je vais te montrer quelque chose. » Car c’était vraiment secret jusque-là. Je lui ai fait écouter le résultat, je lui ai demandé ce qu’il en pensait, et il m’a dit : « Ouais, j’en suis ! » Le bassiste, c’est un mec que je ne connaissais pas mais j’ai demandé à Igor s’il connaissait quelqu’un dans notre région, c’est-à-dire autour de Lugano, la Suisse italienne. Il m’a dit : « Oui, je connais un mec, mais qu’est-ce que tu cherches ? » Je lui ai dit : « Je cherche quelqu’un qui soit entre Nikki Sixx et Lemmy. » [Rires] C’est ça que je voulais ! Quelqu’un d’un peu punk mais aussi rock, un peu sale. Il m’a dit : « Ouais, je connais ce mec-là qui pourrait convenir. On va essayer. » Nous avons essayé, nous avons fait une audition, ça a pris cinq minutes et nous avons dit « bon, c’est lui ! »

« J’ai connu Ronnie pendant les balances quand il a chanté ‘Neon Knight’ de [Black Sabbath avec] Ronnie James Dio. Et là, je suis tombé à la renverse ! J’ai trouvé ce chanteur incroyable. Il m’a donné la même impression que j’ai eue quand nous avons commencé avec Gotthard. »

Pour le batteur, c’était clair, je voulais faire ça avec lui. Hena connait l’histoire de Gotthard, il connait l’histoire que j’ai vécue, il connait mon cœur, il savait que je voulais faire quelque chose comme ça, et le faire vraiment bien, pas seulement le faire pour le faire. Et pour faire passer cette énergie comme elle passait à l’époque, il fallait vraiment quelqu’un qui représente le « beat », qui est également un des aspects les plus importants. Hena, c’est le « beat » de Gotthard. Donc je lui ai dit de venir. Il a écouté ce que j’étais en train de faire et a dit « oui, oui, je vais enregistrer la batterie et puis on verra plus tard. » Nous avons enregistré la batterie sur les morceaux, mais il n’y avait pas encore la voix. Il a joué en studio sans savoir quel serait le résultat. Et quand il a entendu le résultat final, il était presque choqué ! Il a dit : « C’est génial ! Ca me ramène en arrière de vingt ans ! » C’était exactement ce que je voulais, ça donnait la chair de poule, il y avait l’énergie, il y avait la magie qu’il y avait dans le temps, mais avec des sonorités modernes et plus de puissance. C’est presque le même film, en fait, mais aujourd’hui. C’est comme si tu regardais le remake de Batman : c’est nouveau mais ça reste Batman. Ou si tu regardes David Gilmour qui fait Dark Side Of The moon ou Roger Waters qui fait The Wall, la magie est là, même s’il n’y a pas tous les Pink Floyd sur scène. Et c’est ça que je cherchais. Et puis aussi, il y avait beaucoup de fans qui demandaient : « Quand est-ce que vous faites ça ? » Et puis je voyais qu’il y avait plusieurs groupes de reprises qui jouaient des morceaux de Gotthard. Je me suis dit : « Mais si eux le font, je peux le faire aussi ! » Donc j’ai commencé et j’ai dit : « Hena, t’es avec moi ? » « Oui ! »

Ronnie fait vraiment honneur à Steve Lee avec son interprétation des chansons. Est-ce que tu penses qu’il a naturellement la même fibre vocale que Steve Lee ?

Ronnie est lui-même. Il ne cherche pas à imiter Steve. Et en fait, quand nous étions en studio et que j’étais en train d’enregistrer et produire l’album, j’ai dit : « Ecoute, Ronnie, je veux que tu sois toi-même quand tu chantes, je ne veux pas une copie de Steve. » Car ils viennent de la même école, en fait. Ronnie a grandi en ayant les mêmes chanteurs que Steve comme référence. Ils ont la même tessiture. C’est un autre stradivarius, pour faire une analogie avec les violons. Il y a une similitude, mais c’est une similitude par hasard. C’est ce qui m’a touché au cœur ; j’ai retrouvé une partie de moi qui était partie il y a huit ans. C’est donc vraiment Ronnie Romero qui chante Steve Lee, ou Gotthard. C’est pour ça que c’est encore plus authentique que d’essayer de faire une copie de quelqu’un. C’est ce que je voulais. Je n’aurais jamais permis que quelqu’un pastiche notre histoire d’il y a vingt-cinq ans. C’est aussi pour ça que j’ai écrit un petit texte dans le livret, avec tout le respect de l’histoire et envers ceux qui ne sont plus là.

Comment as-tu fait la sélection des chansons de l’album ?

Déjà, je voulais commencer par « Firedance ». Quand j’écoutais Ronnie chanter « Firedance », qui est un de mes morceaux préférés de Gotthard, je me suis dit « ok, ça marche ». Comme tu sais Gotthard a fait beaucoup d’albums mais j’ai choisi des morceaux de chacun des trois premiers albums qui, sur le moment, me semblaient bien de jouer sur scène, ainsi que des morceaux que nous jouons un peu avec Gotthard aujourd’hui mais pas beaucoup. J’ai dit aussi que je ne toucherai pas à des morceaux que nous jouons souvent, comme « One Life, One Soul » qui n’est pas dans la tracklist par exemple, mais il y a « All I Care For » qui est un morceau que nous n’avons plus joué depuis que « One Life, One Soul » est sorti. Car quand « One Life, One Soul » est sorti, il a pris sa place de « All I Care For » dans nos setlists, donc ça fait partie des morceaux que je voulais proposer à nouveau. Il y a aussi « Let It Be » parmi les morceaux que nous n’avions pas joué depuis des années avec Gotthard, et j’avais besoin de ce morceau dans ma vie [rires], de le refaire. Il y a « Higher » qui était un choix de Ronnie car il voulait chanter ce morceau. Je lui ai dit : « Ecoute, je ne sais pas si tu t’en rends compte, mais ce morceau est vraiment haut au chant. » Il me dit : « Ouais, ouais, je veux essayer ! » Et ce que l’on entend sur le disque, c’est la seconde prise ! C’est vraiment incroyable [rires]. Et puis, pour d’autres morceaux, j’avais juste envie de les jouer [petits rires]. Mais tu vois, ça s’appelle The Greatest Hits Part 1, donc peut-être qu’il y en aura un deuxième. Mais là il fallait déterminer une setlist pour les dates.

C’est vrai qu’on pouvait se poser la question de l’absence de gros classiques comme « Mountain Mama »…

« Mountain Mama », nous le jouons encore live avec Gotthard. Peut-être que dans Part 2 nous la mettrons, mais ce n’était pas une nécessité de la faire, car les fans ont déjà l’occasion de l’entendre. Il fallait donc plutôt reprendre des morceaux que nous ne faisions plus depuis longtemps.

D’un autre côté, on peut aussi se poser la question de la présence de « Anytime Anywhere », parce que toutes les autres chansons proviennent des trois premiers albums de Gotthard, sauf une d’Open mais ça reste les débuts du groupe. Or « Anytime Anywhere » représente peut-être plus la seconde période de Gotthard avec Steve Lee, et en plus vous la jouez toujours avec Gotthard.

Ouais. Nous avions fait une version en espagnol avec Steve et c’était cette version qui est entrée dans les charts espagnols. Or la langue maternelle de Ronnie est l’espagnol et je me suis dit que maintenant que nous avions la possibilité de le faire avec quelqu’un dont la langue maternelle est l’espagnol, il fallait essayer. Voilà pourquoi je l’ai inclus. Donc, en fait, je pensais plus à « El Traidor » [sa version espagnole] que « Anytime Anywhere », mais au final nous avons fait les deux. Et puis c’est un morceau que j’ai écrit dans l’histoire de Gotthard et ce n’est pas si éloigné des débuts. Je voulais l’amener sur la scène avec CoreLeoni. Et avec Gotthard, des fois nous la faisons et des fois nous ne la faisons pas [petits rires].

« Les vieux albums, ce sont des émotions figées dans le temps, donc ça reste dans ton cœur, mais si tu les sortais à quelqu’un qui ne les connaît pas mais qui a découvert l’album de CoreLeoni, il va te dire ‘ouh, c’est quoi ces vieux ?!’ Donc c’était important pour moi de faire quelque chose d’un petit peu plus moderne. »

Comment as-tu abordé ces nouvelles versions des chansons ? Quelle a été ton approche ? Car il y a quand même des changements…

Je voulais donner une touche différente. Je ne voulais pas faire une copie des albums. Il fallait les jouer comme vingt ans plus tard ! Il y a des choses qui ont changé avec le temps, la façon de jouer, de faire de la musique, de chanter… Il fallait donner le poids qu’il fallait à ces anciens morceaux en 2018. Si je pense à un morceau comme « All I Care For », Ronnie est encore plus puissant que Steve quand il le chante, sa voix est plus tranchante, donc il fallait faire quelque chose de plus énergique à la fin, un cri de douleur. Pour les musiciens qui parcourent le monde, la chose la plus importante ce sont les gens qui restent à la maison et qu’ils aiment, leur famille, etc., donc c’est vraiment un message puissant. Quand j’écoute sur le premier album de Gotthard, il me manque quelque chose ; il y a la voix puissante de Steve mais avec cette guitare acoustique, il y a quelque chose qui ne colle pas. C’était bien à l’époque mais il manquait toujours quelque chose pour moi, donc nous avons ajouté l’arrangement avec tout le groupe, ça devient un petit peu à la Metallica, si tu vois ce que je veux dire. Donc le message est encore plus fort et la voix de Ronnie ressort incroyablement. J’ai donc pris les morceaux et j’ai regardé comment nous pouvions apporter un peu de modernité. Les vieux albums, ce sont des émotions figées dans le temps, donc ça reste dans ton cœur, mais si tu les sortais à quelqu’un qui ne les connait pas mais qui a découvert l’album de CoreLeoni, il va te dire « ouh, c’est quoi ces vieux ?! » Donc c’était important pour moi de faire quelque chose d’un petit peu plus moderne. Comme sur « Tell No Lies » de l’album Open : le morceau tel qu’il est sur l’album n’est pas comme je voulais qu’il soit, donc je l’ai remis en place [rires]. Et pour les autres chansons, nous les avons joués live en studio, et c’est sorti comme ça. Je voulais l’énergie de l’époque mais joué aujourd’hui. Il n’y a pas de trigger, pas de technologie, juste un enregistreur et puis le mixage, et c’est fini ; c’est la meilleure prestation que nous gardions, en partant de la batterie.

Vous avez donc joué et enregistré live ensemble ?

Oui, enfin, pas tous ensemble mais nous avons gardé le plus possible des prises live. Ce qui veut dire qu’à chaque fois que nous enregistrions, il y avait l’énergie du début à la fin du morceau. C’est comme nous faisions dans le temps, et non bout par bout comme normalement on travaille aujourd’hui en studio. Je voulais vraiment retrouver l’énergie de l’époque et ça, c’était une des choses que nous faisions.

On entend un enfant au début de « Firedance ». Qui est-ce ?

Oui, ça c’est le futur Romero, c’est Romero Junior [rires]. C’est cool parce que nous étions en train d’enregistrer les morceaux en studio, et puis il y a la femme de Ronnie qui a envoyé un message vidéo avec le fils de Ronnie chantant « Firedance ». Je lui ai dit que c’était cool, et puis il met cette expression « hum hum » à la fin de la ligne de chant, et je lui ai dit « je veux ça dans l’album ! » C’est fantastique. On est prêt pour la prochaine génération ! [Rires]

En parlant d’intro, il y a aussi celle de « In The Name » que vous avez modifiée, pour donner un côté plus humoristique.

Dans l’original, il y avait le discours d’Al Pacino du film Scarface : « We’re gonna eat that sosa for breakfast. » Et là, comme c’était quelque chose que nous faisions pour rigoler, pour s’amuser, il fallait enlever un peu tout ce qui mettait du « poids ». Donc là, c’est Ronnie qui imite Mickey Mouse [petits rires]. Nous étions en train de rigoler et nous avons fait ça, et c’était cool ! Il fallait changer quelque chose pour que ce soit un peu plus « sympathique ». Ce n’est peut-être pas heavy metal ou rock mais il faut s’amuser un peu ! C’est un peu plus agréable à l’oreille [rires].

C’est vrai que d’un autre côté, cette chanson, « In The Name », est plutôt grave quand on écoute les paroles…

A l’époque il y avait le Koweït, toutes les guerres… Toutes ces choses nous touchaient. Nous ne voulions pas faire de politique mais il fallait raconter ce qu’il se passait dans le monde – même si tout le monde savait ce qu’il se passait dans le monde [petits rires]. Car c’est notre droit et c’est notre devoir de sensibiliser les fans et le monde. Ca a toujours été important pour Gotthard. Nous avons toujours écrit des morceaux avec des thèmes importants, comme « Janie’s Not Alone » ou « Human Zoo ». C’était grave à l’époque, dans les années 90. Et puis si tu regardes « Walk On Water », c’est même un petit peu plus politique et grave que peut-être « In The Name ».

Es-tu surpris que vingt ans après, le thème d’une chanson comme « In The Name » soit toujours d’actualité ?

Si je regarde ce qu’il se passe dans le monde et que je lis l’histoire, je pense que ça fait depuis l’année zéro qu’il y a des problèmes avec les différentes religions, des guerres entre différents côtés. On espère toujours que ces problèmes font finir mais je crois que ça ne va faire qu’empirer. Les gens tolèrent moins les autres, il y a plus de racisme, il y a plus de… n’importe quoi. Ça me réjouirait de savoir que dans vingt ans ce ne sera plus comme ça mais, je suis désolé, je crois que le problème durera éternellement.

« Si tu n’as pas de mélodie, tu es mort, je pense. ‘Non, rien de rien, je ne regrette rien’, c’est déjà quelque chose, non ? [Petits rires] »

Tu as mentionné « Walk On Water », qui est une nouvelle chanson, et qui d’après toi est encore plus politique. De quoi parle-t-elle justement ?

Ça parle aussi un peu des guerres mais aussi des mensonges du système, que la télévision nous raconte. On ne sait jamais qui est dans le juste et qui ne l’est pas. Il y a toujours quelque chose qu’on ne sait pas. C’est comme le pétrole, c’est le pouvoir, et ça cause beaucoup de problèmes, et là on ne sait jamais exactement ce qu’il se passe avec ça. Je ne pense pas être le seul à le penser. Nous voulions donc mettre le doigt un petit peu sur ce sujet. Il faut doucement regarder qui est coupable et qui ne l’est pas. Qui attaque et qui se défend. Où est la vérité ? Ça a commencé il y a déjà quelques années. Je ne sais pas si tu as vu le clip vidéo, je ne voulais pas vraiment faire un vidéo clip à proprement dit mais un slideshow qui raconte un peu l’histoire et montre tous les mensonges racontés à la télé, dans les médias, etc. Il y a des choses qui ne vont pas dans ce monde aujourd’hui… C’était déjà comme ça avant mais ça ne fait qu’empirer. Et maintenant, tout d’un coup, on voit la voiture électrique apparaître sur le marché, et tu peux imaginer que la première auto sortie était en bois et marchait à la vapeur. Donc si on voulait trouver une solution, on l’aurait trouvée, mais le pétrole à fait en sorte qu’on ne la trouve pas. Voilà un peu de quoi ça parle.

Cette chanson a été composée spécialement pour cet album ?

Non, c’est une chanson que j’avais composée, je crois, pour Lipservice ou Domino Effect, mais c’était déjà un peu trop heavy pour ce que Gotthard faisait à ce moment-là. Donc elle est restée dans un tiroir et quand j’ai montré ce morceau à Ronnie il a adoré. J’ai trouvé quelqu’un qui croyait en ce morceau comme moi. Donc nous l’avons complété, et nous avons fini d’écrire le texte avec des copains à moi.

Il t’en reste beaucoup des chansons comme ça dans tes tiroirs ?

Je n’ose pas réponse sans mon avocat [rires]. Non mais oui, il reste encore des idées.

Quel est l’avenir de ce projet CoreLeoni ? Est-ce que ça restera un groupe où vous allez reprendre des anciennes chansons de Gotthard ou bien prévoyez-vous de faire des albums totalement originaux ?

Je dirais que nous allons procéder étape par étape. Nous venons de lancer de projet, nous avons commencé sur cette route et nous continuons sur cette route, et puis nous verrons ce que ça va donner avec le temps. En ce moment, ça marche bien, nous sommes très contents. Tout le monde nous demande si nous allons faire un album avec des morceaux inédits et je dis « on va voir ! » [Petits rires] Le groupe est maintenant formé, nous travaillons bien ensemble, nous sommes contents quand nous allons jouer, il y a un super feeling dans le groupe et tu peux le voir sur scène, tu le sens. Donc étape par étape. C’est bien possible que ça arrive mais ce n’est pas sur la liste des priorités pour le moment.

Est-ce que le fait de replonger dans ces morceaux pourrait d’une manière ou d’une autre impacter le prochain album de Gotthard ?

Le prochain album de Gotthard sera D Frosted 2, donc ce sera acoustique. Nous sommes en train de l’enregistrer en ce moment en live sur scène. Donc ça c’est le prochain, et ce qu’il y aura après, on verra. Nous verrons à ce moment-là ce que Gotthard voudra faire, mais pour l’instant c’est un peu tôt.

Et d’ailleurs, qu’est-ce qui vous a donné envie de faire D Frosted 2 ?

Ça, c’est quelque chose qui était déjà en discussion avant que Steve ne parte. Nous voulions faire ça en 2010. Quand nous avons fait D Frosted, nous avions trois disques à notre actif, et nous pensions que nous allions faire deux mois de tournées mais en fait nous avons fait deux années ! Plusieurs albums plus tard, nous avons pensé que ce serait une bonne idée de réarranger des morceaux en acoustique comme nous l’avions fait sur D Frosted mais avec les autres morceaux que nous avions désormais à disposition. Donc là, nous avons « Heaven », « Anytime Anywhere », « Lift You Up », il y a aussi « One Life, One Song » qui était déjà sur D Frosted, et puis bien sûr des morceaux des derniers albums avec Nic: « Remember It’s Me », « Miss Me »… Il y a ce que nous jouons dans la setlist et puis ensuite nous allons décider une fois que nous aurons tout enregistré ce qu’il y aura dans l’album. Mais là c’était le bon moment pour le faire. Au lieu de faire un best of ou autre, nous préférons faire quelque chose en live et revisiter les morceaux, les réarranger. C’est cool. Je suis content parce que c’est intéressant. Ce n’est pas toujours la même chose que tu es en train de répéter. Et en même temps, ça permet de faire une halte et regarder derrière nous, car tu fais encore un nouveau morceau, puis encore un nouveau morceau, puis encore un nouveau morceau, et puis tu te retrouves avec des disques complets dans le tiroir que tu ne joues plus. Donc c’est bien de ressortir des morceaux et changer leur habillage.

« Il y a tout le système qui débarque et te dit ce que tu dois faire et là, tu perds un petit peu ton identité. […] Tu as la pression, tout le monde te dit que tu dois faire telle et telle chose. Il y en a qui écoutent et d’autres qui sont contre. Moi, j’étais contre [petits rires]. Mais j’ai fait avec parce que c’est une démocratie. »

Est-ce que c’est compliqué ces réarrangements, notamment pour les morceaux plus hard ? Je pense par exemple à « Mountain Mama » qui était sur D Frosted et qui est à nouveau présent dans les setlists de cette tournée acoustique…

Ce n’est pas que c’est compliqué. Il faut trouver une recette qui marche pour le morceau. Il faut travailler un peu dessus et chercher un moyen de ne pas perdre l’essence du morceau tout en changeant sa couleur. C’est difficile de trouver la bonne recette, mais c’est en essayant que tu trouves la solution. Il y a quelques années ils avaient sorti des albums d’anthologie des Beatles où il avait aussi des versions complètements différentes de morceaux connus, comme « Eleanor Rigby » ou « My Guitar Gently Weeps », des choses comme ça, et c’est vraiment intéressant. Si tu regardes dans ces anthologies, tu peux trouver beaucoup de réponses. Tu peux te demander aussi si Ray Charles jouait « Lift You Up », qu’est-ce qu’il ferait ? Tu dois essayer d’imaginer des choses comme ça. Même si au final ça ne ressort pas comme ça, au moins ça t’as donné un coup de main.

Est-ce que tu penses que l’acoustique est le test qui prouve la qualité d’une chanson ?

« The song remains the same », comme Led Zeppelin le disais. Une bonne chanson reste une bonne chanson. Si la mélodie est forte, elle reste forte. Si le texte est fort, il reste fort. C’est valable pour tous les styles de musique. « La Vie En Rose » reste « La Vie En Rose ». Sans Edith Piaf, on n’aurait pas pu écouter « La Vie En Rose » mais ça reste un grand morceau. Ou « Smoke On The Water », ça reste un grand morceau. Ce sont les mélodies qui sont importantes, que ce soit une mélodie de guitare, de voix ou n’importe quel instrument. C’est à la base de tout. Si tu n’as pas de mélodie, tu es mort, je pense. « Non, rien de rien, je ne regrette rien », c’est déjà quelque chose, non ? [Petits rires] Donc c’est ça, il faut trouver l’accroche, la mettre sur un support sonore, et si tu as de la chance, ça marche.

Pour finir, je voulais faire un petit retour historique : le premier album de Gotthard est sorti en 92 mais on peut retracer les débuts du groupe jusqu’en 88 quand tu as commencé avec Steve Lee. Quels sont tes souvenirs des tous débuts du groupe, de cette période entre 88 et 92 à la sortie du premier album ?

Nous étions jeunes, nous avions une vingtaine d’années, nous avions un autre état d’esprit, tu recherches ton propre rock n’ roll, tu veux faire de la musique, tu veux faire ce que tu veux, ce qui te semble juste et pas ce que le reste des gens pensent que tu dois faire. C’était de supers moments. Nous avions cette force, cette jeunesse dans la tête [petits rires]. Et puis nous avons continué, le deuxième album, le troisième album, et puis il faut changer des choses, il y a tout le système qui débarque et te dit ce que tu dois faire et là, tu perds un petit peu ton identité, je trouve.

Tu penses que c’est le système qui vous a changé ?

Oui. Absolument. Tu as la pression, tout le monde – maison de disque, le manageur, le producteur – te dit que tu dois faire telle et telle chose. Il y en a qui écoutent et d’autres qui sont contre. Moi, j’étais contre [petits rires]. Mais j’ai fait avec parce que, comme je l’ai dit, c’est une démocratie. Il fallait que je sois là.

Vous êtes partis en Amérique pour faire le premier album. Comment c’était pour vous ce voyage américain ? C’était important de le faire en Amérique, sur les terres du rock n’ roll ?

Nous sommes partis en Amérique parce que notre ancien producteur, Chris Von Rohr de Krokus, nous a dit que pour ce genre de son, il faut aller en Amérique, parce que là-bas c’était sûr que nous allions trouver le son qu’il faut. Enregistrer du rock n’ roll, ce n’était pas rare là-bas, pas comme en Suisse où ils enregistraient des matches de foot ou n’importe quoi, mais ils n’avaient pas beaucoup d’expérience pour enregistrer ce genre de musique. Donc nous sommes partis pour l’Amérique. Nous avons cherché un studio et avons trouvé le Fortress Recorders, avec Pat Regan qui était l’ingénieur du son. Nous avons commencé par là. Donc le fait que nous étions à Los Angeles où il y avait encore une scène rock n’ roll, c’était important pour nous. Quand nous sommes arrivés à Los Angeles, un rêve était en train de se réaliser. Et ça nous a aidé à faire ce que nous avons fait : tu cherchais un ampli Marshall qui sonne, tu le trouvais ; tu cherchais une bonne guitare, tu la trouvais. Plus important encore, c’était d’avoir un ingénieur du son qui comprenait ce que tu disais, quand tu cherchais ton son, ta « carte de visite », si tu veux, avec ta guitare ou ta batterie. La batterie, c’était une batterie rock et pas jazz. Toutes les pièces du puzzle se mettaient ne place.

Et la conception en elle-même de ce premier album s’est passée comment ?

Tu sais, tu as toujours beaucoup de temps pour façonner le premier album. Ce qui était intéressant est que nous avions beaucoup travaillé live. Toutes les semaines, pendant les répètes nous changions des morceaux, leurs arrangements, puis le weekend, nous faisions des dates et la semaine d’après nous changions encore ce qui ne marchait pas. Ensuite nous sommes partis en Amérique et à ce moment-là, c’était déjà plus ou moins tout fait. Nous avons vraiment testé en live tous les morceaux. Nous avons fait presque six mois de travail en jouant les morceaux en live et les changeant, puis rechangeant encore, puis on les remettait dans la version originale, jusqu’à être certains que les morceaux fonctionnaient comme il faut.

Interview réalisée par téléphone le 19 mars 2018 par Nicolas Gricourt.
Traduction : Nicolas Gricourt.

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