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Interview   

Les contes et légendes de Trans-Siberian Orchestra par Paul O’Neill


Paul O’Neill est un loquace. Jugez plutôt : la première réponse dans l’interview qui suit aura duré pas moins de vingt minutes ! Le tout avec des références culturelles à tout va et une passion évidente et débordante pour le grand art. Et quelque part cette démesure est celle que l’on retrouve totalement dans son œuvre avec Trans-Siberian Orchestra qui comporte « des musiciens du monde entier » et « 24 chanteurs lead », « compte pas moins de 328 personnes rien que dans l’équipe », avec lequel il élabore des opéra rock riches, dont une trilogie de Noël, et qui parle à un public très large. Ses références sont Tchaïkovski, Dickens, Hugo, etc. Et tout ceci, avec les spectacles « larger than life » – comme on dit outre atlantique – proposés, en a fait un des plus gros vendeurs de billets aux États-Unis.

Un succès incroyable qui n’a pas encore tout à fait atteint le Vieux Continent, puisque Trans-Siberian Orchestra, qui a commencé sa carrière en 1993, y a mis les pieds pour la première fois il y a seulement trois ans et n’y revient que cette année, avec une première date à Paris, à l’Olympia, le 14 janvier. Mais laissons Paul O’Neill nous expliquer tout ça de long en large, en travers et de digression en digression. C’était aussi l’occasion de revenir sur le sort de Savatage, groupe de grand talent dans lequel il officie en homme de l’ombre et dont les activités sont à l’arrêt depuis 2002.

« Entre les histoires que nous racontons et les différents types de musique, sur le papier, TSO est un peu dingue. Ça ne devrait pas marcher, et pourtant ! »

Radio Metal : Trans-Siberian Orchestra connaît un succès extraordinaire aux États-Unis ; le groupe compte même parmi les dix meilleurs vendeurs de billets. Comment expliques-tu ce succès en Amérique ?

Paul O’Neill (producteur, compositeur et parolier) : Wow, c’est une question compliquée ! Réponse facile : ça vient de toutes ces prières que ma mère a faites lorsque je lui ai dit que je n’irais pas à la faculté… Non, je plaisante. Je pense qu’il y a une bonne part de chance. Sur le papier, Trans-Siberian Orchestra n’a aucun sens. C’est en 1993 que l’un des types chez Atlantic Records m’a appelé pour me dire : « Paul, puisque tu produis déjà des groupes, pourquoi tu ne lances pas le tien ? » J’ai répondu : « OK, mais je pense que je vais faire quelque chose de complètement différent. » Lui : « C’est-à-dire ? » Moi : « Je veux m’appuyer sur tous les groupes que j’idolâtre ; je veux faire un groupe de rock progressif. Je vais avoir besoin des meilleurs musiciens : deux batteurs, comme The Doobie Brothers ou The Grateful Dead ; quatre claviéristes ; un orchestre symphonique en studio, comme Emerson, Lake And Palmer, mais pas forcément sur la route ; une production à la Pink Floyd, et 24 chanteurs lead. » Il m’a dit : « Mais pourquoi ?! » Et j’ai dit : « Parce qu’on va faire principalement des opéras rock : six opéras rock, une trilogie sur Noël et peut-être un ou deux albums normaux. » Et lui : « Pourquoi des opéras rock ? » J’ai répondu : « Parce que, en tant qu’auteur, on essaie toujours d’écrire une chanson dont les paroles sont si bonnes qu’il pourrait s’agir de poésie, et dont la musique est tellement communicative qu’elle n’a pas besoin des paroles et pourrait servir dans une boîte à musique. Quand on mélange les deux, on obtient un alliage (comme quand on ajoute du carbone et du fer pour obtenir de l’acier) où 1 + 1 = 10. » Plus on vieillit, plus on essaie de faire en sorte que les chansons aient un impact émotionnel. Pour moi, le premier groupe à avoir sublimé ça fut The Who ; ils ont écrit le premier opéra rock : Tommy. Quand j’étais môme à New York et que j’ai entendu « Pinball Wizard » pour la première fois, ça m’a scié. Et quand on a l’album entre les mains et qu’on réalise que le champion de flipper est sourd, muet et aveugle, la chanson n’en est que plus cool. Et puis j’ai entendu une chanson intitulée « Heaven On Their Minds » (note : de l’opéra rock Jesus Christ Superstar), avec de super riffs de guitare. Quand j’ai eu l’album dans les mains et que j’ai lu les paroles, j’ai découvert que c’était Judas Iscariote – et donc un tout autre sens. Nous avons donc décidé de nous diriger principalement dans cette voie. J’ai toujours aimé le rock progressif. Dans le monde de la musique, le rock est au sommet de la pyramide, avec le heavy metal, le hard rock… Et le prog rock a toujours été tout en haut, parce que les groupes de rock progressif ont toujours eu les jouets les plus marrants, comme Pink Floyd, ou Emerson, Lake And Palmer dans les années 70.

Chez Atlantic Records, ils ont levé les yeux au ciel, mais ils ont tout de même signé un chèque en blanc. Le premier album devait sortir en 1994 et s’intituler Romanov: When Kings Must Whisper – à l’époque Le Mur de Berlin et l’Union soviétique venaient de tomber. Mais ensuite William Morris (NDLR : il s’agit d’une agence pour représenter des artistes) a déclaré que l’album était trop bon pour être un disque de rock et qu’il devait aller à Broadway. Ils ont vendu les droits pour Broadway à quelqu’un qui a accepté de mettre 30 millions sur la table, mais ils m’ont aussi obtenu le contrôle artistique. Malheureusement je n’ai pas été à Broadway, Philippe. Broadway n’a pas l’infrastructure nécessaire pour faire des effets spéciaux rock’n’roll. Ils ont simplement l’électricité, etc. Le premier album est donc sorti en 1996, et très franchement, Philippe, il ne s’est pas bien vendu. Mais Atlantic nous a dit : « Vous tenez un truc, continuez. » Nous avons donc terminé Beethoven’s Last Night en 1999, puis nous sommes partis en tournée, et c’est là que le groupe a explosé. Au cours de la décennie passée, nous avons vendu plus de 10 millions de billets.

Mais je pense que le premier coup de chance de TSO a été… Nous avons été le dernier groupe à avoir ce qu’on appelle le développement artistique. Quand j’ai débuté, au milieu des années 70, j’ai travaillé avec Aerosmith, AC/DC, Def Leppard, Scorpions, Ted Nugent – la liste n’en finit pas. C’était l’université du rock ; on apprenait comment marchait l’industrie, comment on faisait marcher un groupe en Amérique, en Europe ou en Asie. Je voulais que notre groupe soit capable de repousser les limites de ce qu’un groupe peut faire, aussi bien sur CD que sur scène. Nous avons dépassé les attentes les plus folles et nous avons également fait appel à des musiciens du monde entier. Nous avions des membres en Europe, des Asiatiques, des gens venus d’Amérique du Nord et du Sud, des gens issus du classique, du rock, du gospel, du R’n’B, du monde du théâtre… Des adolescents, des gens de 20, 30, 40 ans… Moi-même j’approche de la soixantaine. Il fallait seulement que ce soit génial, parce que nous avions l’intention d’oublier toutes les règles. Nous avons simplement eu la chance d’être signés par Jason Flom et Ahmet Ertegun. Je ne sais pas si tu connais Ahmet Ertegun. C’est lui qui a lancé Atlantic Records, c’est le type qui a signé Ray Charles, Aretha Franklin, les Rolling Stones, Led Zeppelin, Genesis, Crosby, Still and Nash, Kid Rock, Matchbox 20… Quand il a signé tous ces groupes, c’étaient des inconnus qu’il a aidés à se développer. Beaucoup de tes auditeurs pensent sans doute que des gens comme Pink Floyd, Queen ou Aerosmith ont connu le succès instantanément. Ce n’est pas le cas : certains d’entre eux n’ont pas marché avant leur cinquième ou sixième album. Ils ont été choyés par les labels. Dans les années 70 et 80, et jusqu’au milieu des années 90, il y avait plus de 45 grandes maisons de disques rien qu’en Amérique, valant chacune des dizaines ou des centaines de milliards de dollars. L’industrie pesait plus d’un trillion. Et puis Internet est arrivé – and wow ! En 2009, il n’y avait plus que quatre maisons de disques. La moitié de Virgin EMI a fait faillite, donc il n’en reste plus que trois. Là où 30 000 contrats étaient signés tous les ans, aujourd’hui, il ne doit pas y en avoir 3 000. Ça signifie que, chaque année, 27 000 groupes aux États-Unis ne trouvent pas de contrat, alors qu’ils en auraient eu un au début des années 90. Mais nous avons eu la chance de connaître le succès et de nous bâtir une énorme fan-base avant que l’industrie se casse la figure.

« J’ai toujours été fasciné par cette journée [de Noël]. Pas seulement pour la façon dont les êtres humains agissent les uns envers les autres à un niveau personnel […], mais aussi pour la façon dont les nations et les États se comportent. »

Notre second coup de chance, je pense, c’est le fait que, en 2004, nous comptions parmi les dix premiers groupes du monde en matière de tournées. Tôt un matin, j’ai reçu un coup de fil d’un promoteur du Midwest, un vrai obsédé de la démographie. Ces gens-là aiment savoir exactement qui achète les billets : âge, situation économique, etc. Il m’appelle au milieu de la nuit et il me dit : « Paul, j’ai reçu les données démographiques. Je te laisse dix essais, mais tu ne devineras jamais. » Je lui réponds : « Il est super tard, dis-moi. » Et il me dit : « 51 % de femmes, 49 d’hommes, c’est-à-dire exactement le rapport de l’Amérique du Nord. Il y a toutes les catégories économiques, des très pauvres aux très riches. Et le plus bizarre, c’est que la moyenne d’âge est de 21 ans. » J’ai dit : « C’est impossible ! » Et lui : « Non, vous êtes comme un film du Seigneur des Anneaux. » Ça m’a travaillé pendant longtemps, parce que ça n’avait aucun sens. Ma théorie à moi, c’est que le second coup de chance de Trans-Siberian vient de là. Le premier, c’était de recevoir des millions de dollars pour nous développer avant de connaître le succès, et le second a été de nous trouver au bon endroit au bon moment. Lorsque Les Paul et Leo Fender ont inventé la guitare électrique en 1949, la musique a connu un grand schisme. Soit vous aviez grandi avec des gens comme Frank Sinatra, avant la guitare électrique, soit avec Elvis Presley et Chuck Berry, après la guitare électrique. Quand TSO a commencé à tourner, cette invention avait déjà un demi-siècle. À moins d’avoir 80 ou 90 ans, toutes les générations avaient en commun le rock. Dans les années 60, il y avait Woodstock, ce genre de choses. Ça nous a aidés à faire tomber la barrière des générations. Et quand on surmonte les barrières idiotes que les gens dressent entre eux, qu’il s’agisse de la nationalité ou de la catégorie sociale, c’est un sentiment génial. Quand on dépasse les histoires de générations, c’est vraiment extraordinaire.

Autre élément avec lequel nous avons eu de la chance, surtout ces deux dernières années, quand nous tournions avec Beethoven’s Last Night : de jeunes couples, petite trentaine, venaient nous voir avec leurs enfants et nous disaient qu’ils nous avaient vus pour la première fois quand ils étaient au lycée. Et les revoilà, 15 ans plus tard, avec leurs gamins. Mon manager m’a fait remarquer que nous tournions non-stop depuis quinze ans – ça fera seize quand nous viendrons en Europe. Mais très franchement, ça ne me donne pas cette impression ! Pour moi, c’est comme si c’était hier ! Pourtant, les preuves sont là : les ados qui participaient au groupe en 1999 ont aujourd’hui la trentaine, et les ados qui nous accompagnent aujourd’hui n’étaient même pas nés en 1993, quand nous avons lancé le groupe. Ce groupe a été conçu pour être entraîné par la musique, un peu comme Pink Floyd, et pas par une quelconque célébrité. Nous dépensons sans compter temps et argent pour proposer les meilleurs albums et les meilleurs concerts, tout en demandant le prix le plus bas possible pour les billets. Nous n’avons jamais proposé de places VIP. Les prix ont toujours été compris entre 20 et 60, même si aujourd’hui, c’est plus entre 25 et 70. Quel intérêt de donner un super concert si la plupart des gens ne peuvent pas se l’offrir ?

Une autre chose que j’ai faite… Quand on grandit à New York, évidemment, on est très influencé par le rock et par tout ce qui se passe autour. Mais j’ai également été beaucoup influencé par la musique classique. Pour moi, Mozart était une rock star : il a vécu comme tel, et il est mort jeune et sans un sou, comme une rock star. Et Beethoven était carrément heavy metal. Par conséquent, l’une des choses que nous aimons faire, c’est y mélanger de la musique classique, et les influences s’entendent. Quand nous avons fait Night Castle, j’ai eu la possibilité d’en caser une plus évidente. Désolé si j’écorche le nom de ce compositeur français : Delibes a écrit un air dans son opéra Lakmé, qu’on appelle le « Duo des fleurs ». [il chantonne l’air] J’ai toujours adoré cet air, écrit par un compositeur français du XIXe siècle. J’adore cet opéra, mais c’est très triste, tout le monde meurt ! J’ai donc réécrit les paroles et utilisé la mélodie. Si des gamins qui n’ont jamais écouté Delibes, Beethoven ou Mozart tombent sur Trans-Siberian Orchestra, peut-être qu’ils se tourneront vers Lakmé, ou vers Beethoven ou Mozart. Nous avons la possibilité de faire découvrir ces mélodies qui ont passé l’épreuve ultime, la seule où on ne peut pas tricher – celle du temps –, à des gens qui n’ont jamais entendu les classiques. Et pour ceux qui les connaissent déjà, c’est l’occasion de les découvrir avec de nouveaux arrangements. La plupart des orchestres jouent les classiques comme s’il s’agissait de pièces de musée. Mais je pense que les compositeurs comme Beethoven ou Mozart, s’ils étaient avec nous aujourd’hui, se tourneraient vers la guitare électrique et le clavier. Nous faisons en sorte de moderniser et de rajeunir tout ça.

Entre les histoires que nous racontons et les différents types de musique, sur le papier, TSO est un peu dingue. Ça ne devrait pas marcher, et pourtant ! Pour l’instant, tout va très bien. Notre seul regret est de ne pas avoir commencé à tourner en Europe avant 2011. Nous aurions dû commencer dès 1999, surtout dans la mesure où le groupe a tellement d’influences européennes : Pink Floyd, The Who, Bach, Beethoven… Et parce que chaque album raconte une histoire, mes trois auteurs préférés sont Oscar Wilde, Victor Hugo et Charles Dickens. J’adore Victor Hugo, et l’un de mes plus grands regrets est de ne pas être doué pour les langues. Ton anglais est incroyablement bon, bien meilleur que mon français ne le serait en un siècle, même si je vivais sur place. Quand j’étais plus jeune, j’ai lu « Les Misérables » et je n’ai pas vraiment apprécié. Un ami m’a dit : « Paul, tu ne lis pas la bonne traduction », et il m’en a prêté une autre. Ça m’a renversé. Je me suis dit : « Oh mon dieu, c’est ce que j’ai lu de mieux dans ma vie. » J’ai donc appris très tôt que la traduction, c’est la clé. J’ai toujours été très admiratif d’auteurs comme Dickens ou Hugo, car leur art est très puissant, mais il pouvait être utilisé pour le bien comme pour le mal. Avant Charles Dickens, tous les pays du monde pratiquaient le travail des enfants. Les politiciens s’élevaient contre, de même que le clergé, mais les gens qui pouvaient changer les choses, leurs enfants n’avaient pas à travailler, et les gens dont les enfants devaient travailler, eux, ne pouvaient rien changer. Et puis Dickens a écrit David Copperfield, Oliver Twist et Un Chant De Noël, et tout d’un coup, ce gamin dans la fabrique de textile n’est plus un étranger, c’est Oliver. Avant Victor Hugo, au XVIIIe siècle et avant, les règles ou les lois n’existaient pour ainsi dire pas. Si vous étiez riche, vous pouviez faire tout ce que vous vouliez, et si vous étiez pauvre, vous pouviez vous faire tuer sans aucune raison. Et le voilà qui écrit « Les Misérables », qui, en apparence, est l’histoire d’un voleur poursuivi par la police, mais pour les filles, c’est l’histoire d’amour de Cosette, pour les garçons c’est la police… Mais le thème sous-jacent est l’injustice. « Notre-Dame de Paris », pour un jeune homme c’est une sorte d’histoire d’horreur avec Quasimodo qui balance des bouts de bois sur la foule, et pour les filles, c’est une histoire d’amour avec Esmeralda. Là encore, le thème sous-jacent est l’injustice. Et dans les quinze années qui ont suivi l’écriture de ces romans, le système de justice a changé dans la totalité du monde occidental. Mais l’art peut également être utilisé pour les mauvaises raisons. Je ne sais pas si tu connais Leni Riefenstahl ; dans les années 1930, c’était le meilleur réalisateur au monde, elle avait 50 ans d’avance sur son temps. George Lucas a reconnu lui avoir beaucoup emprunté pour Star Wars. Mais elle n’a fait que deux films : un sur les Jeux Olympiques de 1936, qui faisait passer le nazisme pour quelque chose d’acceptable dans le monde, et « Le Triomphe de la volonté », où le nazisme apparaît acceptable pour l’Allemagne. Elle a utilisé l’art pour maquiller le mal et faire croire que c’était acceptable. L’art a donc un pouvoir incroyable. Son objectif premier est de divertir, mais on peut aussi transmettre certaines idées concernant l’humanité, et c’est ce que nous nous efforçons de faire. Encore une fois, c’est ce qu’ont fait mes trois auteurs préférés, Oscar Wilde, Victor Hugo et Charles Dickens, et tous trois étaient Européens.

Le fait que nous n’avions encore jamais mis les pieds à Paris, l’une des capitales artistiques de la planète depuis toujours, était tout bonnement ridicule. Le groupe est très excité à l’idée de jouer à Paris. J’espère seulement qu’ils penseront à dormir ! Quand nous arriverons, je sais qu’ils vont passer la nuit dehors ! (rires) Veuillez arriver au concert réveillés, merci ! On n’a pas joué en Europe tant qu’on n’a pas joué à Paris, c’est indispensable. Le groupe est vraiment à bloc, surtout dans la mesure où de nombreux auteurs français ont influencé l’écriture de nos histoires et de notre musique. Je pense que l’histoire du monde occidental commence avec Athènes. Puis est arrivé l’Empire romain, qui a tout pris aux Grecs. Mais après la chute de l’Empire romain, la renaissance de la civilisation occidentale s’est faite grâce à Charlemagne. Ça n’a été possible que grâce à Charles Martel, qui a empêché l’invasion de l’Europe. Tout le monde oublie que l’Islam n’autorisait pas la peinture ou la musique, sauf en cas de guerre. Il n’y aurait pas de Mozart, pas de Beethoven, pas de Michel-Ange. Sans Charles Martel et Charlemagne, je ne sais pas si nous aurions cette conversation ! Victor Hugo a influencé nos histoires, mais au final, c’est Charlemagne qui a essayé de recoller les morceaux après la chute de l’Empire romain. Et quand l’Europe était menacée, c’est Charles Martel qui a repoussé l’invasion. L’influence des musiciens et auteurs français dans TSO est évidente, ce qui, encore une fois, nous fait sentir un peu coupables d’avoir mis si longtemps à venir en France.

« Le fait que nous n’avions encore jamais mis les pieds à Paris, l’une des capitales artistiques de la planète depuis toujours, était tout bonnement ridicule. […] On n’a pas joué en Europe tant qu’on n’a pas joué à Paris »

Voilà une très longue réponse ! Mais c’est toujours intéressant. Sur un autre sujet, Trans-Siberian Orchestra est connu pour sa trilogie de Noël. Ce n’est pas courant pour un groupe de rock d’être associé à un thème comme celui-ci. Comment est venue l’histoire ? As-tu un lien particulier avec Noël ? Penses-tu que ce thème ait aidé le groupe à gagner en popularité, avec les familles qui venaient voir vos concerts ?

J’aimerais pouvoir dire que c’était un plan très élaboré, mais ce n’est pas le cas ! (rires) Ce n’est rien d’autre qu’un accident. Le premier album devait être Romanov: When Kings Must Whisper, mais William Morris a dit : « Non, vous devez mettre ça de côté et aller à Broadway avec, ou en faire un film. » L’objectif était de faire six opéras rock et une trilogie sur Noël. Quand Atlantic a demandé : « Pourquoi trois histoires sur Noël ? », j’ai répondu : « Parce que j’adore Dickens. » Dickens a écrit sur des sujets extrêmement importants, comme la révolution industrielle dans « Oliver Twist » ou la Révolution française dans « Le Conte de deux cités ». Il a aussi écrit cinq livres sur Noël, et quand les journalistes lui demandaient pourquoi, Dickens répondait : « Noël est un sujet trop important pour être abordé dans un seul livre. » J’ai donc dit : « Si c’est trop important pour que Dickens le fasse en un livre, alors c’est trop important pour que moi je puisse le faire en un album, alors on le fera en trois. » Dans l’industrie de la musique, Noël n’est pas un sujet qu’on aborde quand on n’a pas une longue liste de gros albums derrière soi. C’est le secteur du divertissement le plus difficile à infiltrer. Quand on fait un livre, une peinture, un film ou un album sur n’importe quel autre sujet, on est uniquement confronté au meilleur de sa génération, ou des deux dernières générations. Avec Noël, on est face au meilleur des 2 000 dernières années ! Et encore une fois, la musique doit passer l’épreuve ultime, la seule qui ne mente pas, celle du temps. Parce que chaque siècle ne lèguera au siècle suivant que ce qui est retenu comme étant le meilleur. Si tu réalises un tableau, tu n’es pas en compétition avec Andy Warhol, mais avec Michel-Ange, Botticelli, Norman Rockwell. Si tu écris un livre, tu n’es pas en compétition avec Tom Clancy, mais avec Dickens. Frank Capra si c’est un film. En musique, on se pose face à Tchaïkovski, Bach, Haendel, Mendelssohn. C’était donc un peu intimidant.

Mais j’ai toujours été fasciné par Noël, et ce pour plusieurs raisons. J’ai grandi à New York, Philippe, et l’un de mes plus vieux souvenirs date de mes six ans. C’était la veille de Noël, je rentrais chez moi et mes amis et moi avons entendu un crissement de pneus. Il neigeait, et nous nous sommes retournés juste à temps pour voir un taxi entrer assez violemment en collision avec le pare-chocs arrière d’un autre. J’étais gamin, j’ai eu peur que ça ne se transforme en bagarre. Les deux chauffeurs sont sortis de voiture ; l’un avait l’air de débarquer d’un bateau en provenance d’un pays lointain, et au lieu de se battre, le premier chauffeur a dit : « C’est de ma faute. J’ai l’argent sur moi, je finis tout juste ma journée, je vous laisse appeler l’assurance. » L’autre chauffeur a regardé son pare-chocs et répondu : « Ça aurait pu arriver sur n’importe quel parking, gardez votre argent. » Et le premier : « Non, il faut que je paie pour ça ! » Et l’autre : « Je refuse de prendre votre argent ! » Et là-dessus, les voilà qui discutent, qui rient ensemble, qui se montrent des photos de leurs enfants… Fais-moi confiance, Philippe : n’importe quel autre jour, à New York, ça se serait fini dans le sang. Et quand on vieillit et qu’on va à l’école, on apprend que pendant la Première et la Deuxième Guerre mondiale, tout le monde a arrêté de se battre la veille de Noël. La Première Guerre mondiale, je suis certain que tu le sais, a été particulièrement violente, et marquée par les no man’s land. Les combats ne se sont pas seulement arrêtés ; les soldats allemands et autrichiens d’un côté et les soldats français et anglais de l’autre ont traversé le no man’s land, se sont retrouvés au milieu, ont échangé des cadeaux et joué au foot. Les généraux leur ont alors dit : « Si vous refaites ça l’an prochain, vous vous ferez fusillé. » Et l’année suivante, ils ont remis ça. J’ai toujours été fasciné par cette journée. Pas seulement pour la façon dont les êtres humains agissent les uns envers les autres à un niveau personnel – les amis, la famille, les voisins –, mais aussi pour la façon dont les nations et les États se comportent.

J’ai donc décidé de faire une trilogie : le premier épisode parle de la manière dont les gens se comporte entre eux [à la veille de Noël] dans le monde entier, le second, du fait que c’est comme ça depuis des siècles, et le troisième, du fait que cela nous permet de défaire les erreurs qui ont été commises. Il y a quelque chose de spécial avec Noël. Tout le monde connaît quelqu’un qui n’a pas vu ou pas parlé à un ami depuis des décennies, et qui, à Noël, prend son téléphone pour appeler cette personne. Très franchement, Philippe, ce devait être un projet parallèle pour TSO. Nous n’avons jamais pensé que ça marcherait aussi bien. Mon agent, William Morris, m’a dit : « Paul, tu t’es frotté à Tchaïkovski ou Dickens. » J’ai compris ce qu’il voulait dire. Pour Tchaïkovski, Casse-Noisette n’était jamais qu’un autre ballet, comme La Belle Au Bois Dormant ou Le Lac Des Cygnes. Il ne s’est jamais dit qu’il pouvait être associé aux fêtes. Même chose pour Dickens : il a écrit énormément de livres, mais on se souvient surtout de lui pour Un Chant De Noël. Nous espérions que ça marcherait, mais nous ne pensions pas que ça prendrait aussi bien. Nous avons eu beaucoup, beaucoup de chance. Le principal, maintenant, c’est de ne pas tout gâcher. Et lorsque nous débarquerons en Europe pour le réveillon, ce sera également la première fois – et là aussi, c’est un accident – que TSO… Jusqu’à présent, chaque concert de TSO se divisait en deux : le nouvel opéra rock pendant la première moitié, et des titres des anciens albums pendant la deuxième moitié. Ce n’est pas très original, c’est ce que faisaient The Who et Pink Floyd. TSO n’avait encore jamais fait un concert rock classique. En 2014, nous avons décidé de donner notre premier concert de rock classique. Le groupe est très excité à l’idée de revenir en Europe, mais aussi à l’idée que c’est la première fois que nous ne ferons pas d’opéra rock. Nous verrons comment ça se passe. Pour notre prochaine interview, après cette tournée, je te ferai savoir comment les choses se sont passées ! (rires)

« Je quitte de plus en plus souvent la scène pour retourner derrière la table de mixage […] Il y a toujours des petits jeunes qui rejoignent le groupe, et je me dis qu’il est temps pour eux d’avoir leur moment, parce que j’ai déjà eu le mien. » (photo : Bob Carey)

Tu as été pendant des années l’un des principaux auteurs et compositeurs de Savatage, mais le groupe est en pause depuis longtemps maintenant. Penses-tu qu’il y ait une chance d’assister à un revival de Savatage dans le futur ?

Très franchement, Jon Oliva et moi-même adorerions. Trans-Siberian Orchestra a été fondé en 1993, tout de suite après qu’Oliva a quitté Savatage. Pendant un temps, nous avons voulu continuer les deux groupes, particulièrement lorsque Criss Oliva était en vie – c’était lui qui s’occupait de Savatage. Mais après la mort de Criss, il n’y avait plus de membre fondateur dans Savatage ; Jon et moi nous sommes donc concentrés à nouveau là-dessus. Nous avons fait Handful Of Rain avec Savatage, puis Dead Winter Dead, puis un album de TSO, un album de Savatage, un album de TSO… Les albums de Savatage sont très compliqués et très chers à réaliser, et il en va de même pour les albums de TSO. Les deux groupes dépensent des millions de dollars par album, parce qu’il ne s’agit pas d’une configuration avec deux guitares, une basse et une batterie. Le problème est devenu le temps. Nous aimions les deux groupes, mais… Les promoteurs européens se plaignaient que nous ne tournions pas en Europe, les promoteurs asiatiques regrettaient de ne pas nous voir en Asie, les maisons de disques nous demandaient : « Où est l’album de Savatage ? Où est l’album de TSO ? » Jon et moi travaillions 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Notre plus gros problème, Philippe, était tout simplement le temps. Nous adorons Savatage, nous voulions que ce soit le premier groupe de metal progressif – ce qui, à mon sens, est le cas. Eddie Trunk, un spécialiste du rock très connu en Amérique, a identifié Black Sabbath comme le premier groupe de heavy metal, Ronnie James Dio comme l’inventeur de la signalétique metal et Savatage comme le premier groupe de prog. Mais nous avons atteint les limites de ce que nous pouvions faire avec un groupe. Avec TSO et ses 24 chanteurs principaux, il est vraiment possible d’aller très loin et d’essayer de nouvelles choses. Tu sais, j’ai presque 60 ans, et Jon me suit de près – et nous avons tellement de choses à faire !

Nous aimerions vraiment faire un nouvel album de Savatage et une tournée d’adieux, par exemple. Mais encore une fois, nous ne voulons pas faire ça pour l’argent, et nous ne voulons pas faire les choses à moitié. Nous voulons les faire correctement. Le groupe doit répéter pendant deux mois et mettre en place une excellente production. Mais notre plus gros problème, c’est que chacun de nos albums est en retard. Night Castle était censé sortir en 2005 et a vu le jour en 2009. Le nouvel album de TSO devait sortir en 2012, et nous ne l’avons toujours pas remis à la maison de disques. Nous sommes très mauvais pour tenir les délais. À ce propos, c’est curieux que tu parles de ça, car cette année, Philippe, notre tournée européenne s’intitule « Past, Present and Future Tour ». La plupart des chansons seront tirées des albums actuels de TSO ; nous jouerons quelques chansons pas encore sorties (elles sont terminées mais n’ont jamais passé l’étape du studio) ; et nous ferons quatre ou cinq chansons de Savatage, parce que de nombreux membres de Savatage font partie de Trans-Siberian Orchestra. Tu peux toujours écouter ces chansons sur CD, mais elles réclament d’être jouées en live. Quel est l’intérêt d’écrire un livre génial si c’est pour le laisser traîner sur une étagère ? Le live a un côté magique qu’on ne peut capturer sur disque. Parce que nous avons tellement de musiciens de Savatage dans TSO, quand nous étions en phase de répétition, quelqu’un a dit : « Puisqu’on y est, pourquoi on ne jouerait pas des titres de Savatage ? » J’ai trouvé que c’était une excellente idée. Et les membres de TSO qui n’ont jamais fait partie de Savatage adorent le groupe, donc ils sont eux aussi très enthousiastes. Jusqu’à ce qu’on trouve le moyen de refonder Savatage pour une tournée classique, c’est un juste milieu ! Ça te semble clair ?!

« J’ai compris il y a longtemps […] qu’écrire une bonne chanson ne suffit pas. Il faut le chanteur adéquat pour lui donner vie. »

Tout à fait ! Tu es producteur, compositeur et parolier, mais quel est ton rôle lorsque Trans-Siberian Orchestra est en tournée et donne des concerts ?

C’est une bonne question. En fait, je reçois des chèques pour rester là et me taire… Non, je plaisante ! Honnêtement, Philippe, mon endroit préféré reste la scène. C’est un endroit génial. Mais TSO a évolué et s’est développé, et les concerts par la même occasion, particulièrement lorsque nous sortons la production destinée aux stades. Le spectacle actuel compte pas moins de 328 personnes rien que dans l’équipe. Nous avons arrêté de compter les camions et les remorques quand nous avons atteint 40 ! Le problème, quand je suis sur scène – et je m’en suis rendu compte très tôt –, c’est que je n’arrive pas à savoir si le groupe joue trop vite ou si les lumières sont décalées par rapport à la musique. Une fois, alors que j’étais sur scène, un énorme effet pyrotechnique s’est déclenché sur une moitié de la scène seulement. Après le concert, un type d’une radio m’a dit : « Paul, pourquoi n’y avait-il des flammes que sur la moitié de la scène ? » Je ne savais même pas que l’autre moitié n’avait pas fonctionné. Quand on est sur scène, on ne peut tout simplement pas évaluer le tempo ou déterminer si tout est bien synchronisé. Et quand je suis là-bas, je me demande toujours : « Est-ce que le son remplit bien la salle ? Est-ce que les guitares sont assez fortes ? Est-ce qu’on entend bien le chant ? » Du coup, je quitte de plus en plus souvent la scène pour retourner derrière la table de mixage avec Dave Whitman et m’assurer que tout se passe bien. L’autre raison, c’est que j’ai eu mon heure de gloire sur scène. Il y a toujours des petits jeunes qui rejoignent le groupe, et je me dis qu’il est temps pour eux d’avoir leur moment, parce que j’ai déjà eu le mien. Jon et moi restons en studio, à essayer de rattraper le temps perdu sur nos albums.

Avez-vous pensé à sortir un album live ?

Oh, wow… Trans-Siberian Orchestra et Savatage ont enregistré tellement de concerts, et nous avons sorti deux albums live de Savatage : un avec Criss Oliva, et un second sans lui. Franchement, Philippe, les albums live sont très tentants : ils ne coûtent pas cher et sont rapides à produire. Mais nous avons écrit tellement de chansons qui n’ont jamais vu le jour… Nous voulons rattraper notre retard, boucler et sortir Romanov ou Letters From The Labyrinth, avant de nous lancer dans un album live. Nous avons une liste de choses à faire au bureau, et elle est devenue interminable ! Avec de la chance, nos enfants la finiront pour nous ! C’est intéressant, parce que sur les quinze dernières années, j’ai vu certains membres plus âgés partir et des membres plus jeunes nous rejoindre. C’est intéressant d’assister au passage du relais. Mais sur Dreams Of Fireflies, l’EP de cinq titres que nous avons sorti l’an dernier pour faire plaisir aux fans, le bassiste sur deux ou trois chansons est Jimmy Pitrelli, le fils d’Al Pitrelli. Jimmy n’est pas là parce que c’est le fils d’Al. Il est dans la vingtaine aujourd’hui, mais pour moi, c’est toujours un gamin de trois ans ! Il participe à cet album parce qu’il est bon, tout simplement. Al a trois fils, mais Jimmy est celui qui a hérité de son talent pour la musique. Il ne se contente pas de jouer comme Al, il bouge comme lui sur scène. Ce môme est formidable. C’est cool de voir une génération inspirer la suivante, mais ça l’est encore plus quand le père inspire le fils.

Quels sont tes projets actuels avec Trans-Siberian Orchestra ? Un nouvel album, peut-être ?

Oui. Nous sommes actuellement en studio, nous enregistrons trois albums à la fois. J’ai appris la leçon de façon brutale avec Night Castle. L’album devait sortir en 2005. L’histoire est celle d’une fillette de sept ans qui croise un inconnu sur la plage. Celui-ci lui raconte une histoire qui l’emmène autour du monde et qui lui permet de rencontrer Érasme, etc. Les protagonistes de l’histoire sont Tran-Do, un général du sud-est asiatique qui a vraiment existé, et le Lieutenant Cozier. J’ai écrit le rôle de Tran-Do pour Rob Evan, Erasmus pour Jay Pierce, Mrs. Cozier pour Jennifer Cella… Comme j’avais onze autres chanteurs masculins, j’étais certain que je tenais un Lieutenant Cozier. L’un d’eux était forcément capable de s’en charger – faux ! Nous avons auditionné cinq autres chanteurs, et Rob Evan les écrasait comme un tank. Dans Beethoven’s Last Night, les protagonistes sont Beethoven et Méphistophélès. Beethoven est interprété par Jody Ashworth, un formidable chanteur, avec une plage vocale de quatre octaves. Le Diable est chanté par Jon Oliva. Son travail était extraordinaire, parce que la plupart des chanteurs auraient abordé Satan en mode : « Aaaargh ! », tu vois ? Jon est charmant, séducteur, et on ne voit le côté diabolique qu’à la fin, quand il chante « Misery ». Ce qu’il a fait était génial. Rob Evan, de son côté, écrasait tous les autres chanteurs, et nous n’avons pas rendu l’album en 2005, ni en 2006, ni en 2007, ni en 2008. Le label commençait à s’inquiéter, et c’est Al Pitrelli qui a sauvé l’affaire en disant : « Paul, pourquoi tu n’auditionnerais pas Jeff Scott Soto, qui faisait partie de Yngwie Malmsteem et a remplacé Steve Perry dans Journey ? » Mais Journey est un groupe à ténor, et le Lieutenant Cozier est censé être baryton ! Al m’a alors dit : « Paul, Jeff est baryton. » Et moi : « Ah oui ?! » Jeff a été assez aimable pour venir au studio, et dès que j’ai entendu sa voix, je lui ai demandé s’il voulait faire partie du groupe. Il a accepté et il a été phénoménal. Quand ses chansons ont été bouclées, nous avons rendu l’album. Au lieu de se faire achever par un tank, on a deux vaisseaux de combat au milieu de l’Océan Atlantique qui s’envoient obus après obus. Mais on ne sait pas qui va gagner avant la dernière seconde. Avant de trouver Jeff Scott Soto, c’était comme si Mike Tyson affrontait sa grand-mère ! Ce n’était même pas un combat ! Jeff a sauvé l’affaire. J’ai compris il y a longtemps, Philippe, qu’écrire une bonne chanson ne suffit pas. Il faut le chanteur adéquat pour lui donner vie. Prends l’exemple de Scorpions – j’adore Scorpions. Klaus Meine est un très bon chanteur, « Rock You Like A Hurricane » est une très bonne chanson ; si on les additionne, on a un chef-d’œuvre. Pareil pour « Still Loving You ». « Dream On » est une très bonne chanson et Steven Tyler d’Aerosmith est un très bon chanteur ; si on les additionne, on a un chef-d’œuvre. Mais si on échange les deux chanteurs, ça peut ne pas marcher. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons autant de chanteurs : ainsi, nous pouvons assurer les gros chœurs, et si j’ai besoin d’une voix rauque à la Joe Cocker, je l’ai. Si j’ai besoin d’une soprano très aiguë, je l’ai. Le seul autre chanteur que je connaisse avec une plage de quatre octaves, c’est Jon Oliva. C’est un chanteur intermédiaire très rare.

Interview réalisée par téléphone le 20 octobre 2013 par Metal’O Phil.
Introductions et questions : Spaceman.
Retranscription et traduction : Saff’.

Site internet officiel de Trans-Siberian Orchestra : www.trans-siberian.com



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  • J’ai pas tout lu, quelle tchatche! Bon, c’est toujours mieux que d’être méprisant. Pour l’histoire, il faut pas lui en vouloir, il est américain, ça veut tout dire, même si avec un nom pareil, il doit quand même avoir des origines irlandaises.
    TSO est sympa, ça doit rapporter gros. Mais sérieusement, allez, faites-nous un dernier Savatage !!!

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  • Très volubile ce garçon, je savais pas qu’il avait bossé avec Aerosmith, AC/DC, Def Leppard, Scorpions, Ted Nugent… j’imaginais pas Savatage aussi énorme aux states..
    Une interview passionnante.

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  • Avant Victor Hugo, au XVIIIe siècle et avant, les règles ou les lois n’existaient pour ainsi dire pas. Si vous étiez riche, vous pouviez faire tout ce que vous vouliez, et si vous étiez pauvre, vous pouviez vous faire tuer sans aucune raison.  »

    Mon dieu, qui a donné des cours d’histoire à ce monsieur ?

    Et le pire du pire, qui pourrait très bien figuré au No Comment :

    « Tout le monde oublie que l’Islam n’autorisait pas la peinture ou la musique, sauf en cas de guerre. »

    Faudrait lui expliquer que sans l’influence des pays arabes il n’y aurait pas eu de Renaissance.

    Bref ce mec aime s’entendre parler et balance tellement de choses sans fondement que ça en devient agaçant. Et quel ego démesuré.
    Rien que ne me donne envie d’aller écouter son groupe.

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