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Ce qu'ils en pensent    Interview   

Les Fatals Picards et la démocratisation du metal


Le metal est-il vraiment un style si subversif et underground que cela à l’heure actuelle ? C’est la question centrale abordée au cours de cette entrevue avec les Fatals Picards, groupe de rock parodique, réalisé pour notre rubrique Ce Qu’Ils En Pensent à l’occasion de leur venue à Lyon le 4 mai dernier.

Il faut bien l’avouer, il n’y avait pas grand risque de naviguer dans l’inconnu avec ces musiciens quant à leur appréciation du metal. Sans surprise, leur regard sur notre registre musical est plus que bienveillant et leur analyse, de leur point de vue décalé, sur la manière dont il survit, certes en marge mais peut-être mieux que les autres styles, est pertinente.

« Le metal reste notre principale inspiration. »

Radio Metal : Si je vous parle de metal, qu’est-ce que cela vous évoque ?

Paul Léger (chant) : C’est tellement varié comme style de musique. Personnellement, quand on me parle de metal, je pense à Guns N’ Roses !

Yves Giraud (guitare/basse) : Moi, je pense à Machine Head !

Est-ce que vous aimez le metal de manière général ?

Paul : Oui, bien sûr ! Avec Vivou [ndlr : surnom de Yves], quand nous étions plus jeunes, on était des metalleux à l’ancienne, avec vestes à patch, bottes, chaînes, du genre Iron Maiden, Metallica, Anthrax, Megadeth, Slayer. Ensuite avec l’augmentation du nombre de groupes de metal, on a un peu décroché. En plus, le metal « s’électronisait » de plus en plus et c’est devenu extrême dans la manière de jouer. Pour moi, qui suis guitariste, il y a certains morceaux que je ne comprends pas.

Yves : Moi, j’étais bien branché metal, puis, à force, je me suis mis à avoir des goûts un peu plus éclectiques, tout en continuant à écouter encore des groupes comme System Of A Down, par exemple.  

Est-ce que ça n’était pas juste une passion de jeunesse et qui serait passée en vieillissant ?

Paul : Pas du tout, on est toujours dans la mouvance, même si je me suis ensuite tourné plus vers des influences punk/rock comme les Ramones que j’aime écouter, mais le metal reste notre principale inspiration.

Yves : En tant que guitariste, le metal reste un passage obligé.

Vous en avez fait ?

Paul : Oui, bien sur !

Il n’y a jamais eu de projet vraiment sérieux par rapport à ça ?

Paul : Non, pas vraiment.

Yves :  Mais moi j’ai fait partie d’un groupe qui s’appelait Backstabb à l’époque de Pleymo et Watcha. C’était un peu du néo métal français, mais on est arrivé un peu à la fin, quand tout avait déjà été fait, donc il n’y a pas eu de gros buzz là-dessus.

Paul : Et moi, en répétition, il s’est avéré que j’étais plus marrant que metalleux, du coup je suis resté sur ce registre.

Cela voudrait dire que les metalleux ne sont pas marrants ?

Paul : Si, bien sur, mais notre style de musique vient du fait qu’on jouait dans la rue, et puis on a toujours fait plus du rock que du metal au final.

« Ils ont su intéresser un public beaucoup plus jeune qu’à l’époque où on était ado quand on écoutait ça. Maintenant je vois des enfants qui écoutent ça. »

Que pensez vous de la façon dont le metal est perçu en France ?

Paul : Il y a eu la grande époque, comme quand on parle avec nostalgie de l’époque des Guns N’ Roses, Metallica, où quand tu allais chez n’importe quel disquaire, tu pouvais trouver un rayon metal très bien fourni. Alors qu’aujourd’hui tu retournes dans le même et tu constates que le rayon a été divisé par dix, s’il existe encore. Cela dit le metal reste encore bien présent dans l’est de la France et un peu sur Paris. Mais si tu vas dans le Sud, le metal n’est pas très populaire.

Yves : Je trouve au contraire que ça s’est beaucoup élargi, qu’ils ont su intéresser un public beaucoup plus jeune qu’à l’époque où on était ado quand on écoutait ça. Maintenant, je vois des enfants qui écoutent ça. On voit même des enfants à nos concerts qui portent des t-shirts Slipknot par exemple. Même si, bien sûr, il reste encore des ados et des adultes, je trouve que le public s’est pas mal élargi à ce niveau-là.

« La démocratisation des tatouages, des piercings et du look un peu métal a permis de s’affranchir de la connotation négative un peu ‘voyou’ de la chose. »

Le rayon metal a diminué dans les magasins, mais le public reste présent en gros.

Yves : C’est une impression que j’ai, après on ne va pas dans les concerts de metal donc je ne peux pas vraiment dire.

Paul : C’est vrai qu’en France, c’est moins flagrant, mais quand tu lis la presse spécialisée, tu te rends compte qu’en Europe c’est très développé avec énormément de festivals et de choses comme ça.

Yves : En plus, la démocratisation des tatouages, des piercings et du look un peu metal a permis de s’affranchir de la connotation négative un peu « voyou » de la chose, et du coup les jeunes se sont « lâchés » et n’ont plus hésité à affirmer cette identité. Et je trouve qu’on en voit de plus en plus, dans les collèges ou les lycées, par exemple.

Paul : Par contre je trouve qu’au niveau du look, c’est moins bien travaillé qu’à notre époque. A l’époque, ceux qui écoutaient du métal étaient moins nombreux et tu les repérais facilement, ils en étaient fiers et portaient leurs patchs avec fierté. Maintenant, il y a tellement de mouvements différents avec les punks, les émos et les choses comme ça, que c’est difficilement identifiable. De nos jours, voir un ancien, fan de Maiden de la tête au pied, c’est de plus en plus rare. Et du coup je pense que la France est moins à même de fournir un public metal, à l’inverse de l’Allemagne par exemple, même s’il y a de très bons groupes sur la scène française.

Yves : Je pense que le public est là mais que le problème vient du fait qu’il n’y a pas les réseaux de tourneurs pour mettre en avant les groupes de metal français.

Paul : Il n’y a malheureusement pas non plus de metal sur la radio nationale.

« Nous n’avons rien à voir avec le metal mais nous sommes victimes du même problème. Nous ne sommes pas diffusés à la radio et, du coup, à l’instar des groupes de metal qui fonctionnent, tout marche avec le bouche à oreille, les fanzines locaux et les radios locales. »

Il y a un public, mais ça n’est pas du tout médiatisé, du coup ça reste sur un réseau parallèle.

Yves : Tu en trouveras, mais très tard la nuit, comme à notre époque.

Paul : Nous n’avons rien à voir avec le metal mais nous sommes victimes du même problème. Nous ne sommes pas diffusés à la radio et, du coup, à l’instar des groupes de metal qui fonctionnent, tout marche avec le bouche à oreille, les fanzines locaux et les radios locales. C’est là notre point commun avec notre « passif » metal.

Justement, il y a quelque temps nous avions parlé à Corbier et il nous disait que même si le metal n’était pas du tout son style de musique favori et qu’il n’était pas du tout représenté dans les médias, paradoxalement, c’était peut être l’un des genres musicaux qui vendait le plus de disques. Vous êtes d’accord avec ça ?

Yves : J’ai l’impression que le hardos ou le passionné de metal ira plus acheter le disque. C’est tellement rare pour lui de voir le groupe qu’il aime bien représenté médiatiquement, que rien que le fait d’avoir le disque chez lui, ça le rassure.

Votre public est-il comme ça aussi ?

Yves : Oui, tout à fait, comme on se retrouve dans cette catégorie de musique non médiatisée mais malgré tout suivie par un phénomène de fans, ils achètent les disques.

Paul : Les salles dans lesquelles on joue, si tu regarde les affiches, tu te rends compte que quelques semaines avant nous ou après nous, ce sont des groupes de metal qui passent, donc nous sommes de facto associés à ce genre grosses scènes comme le Transbordeur de Lyon, le Bikini de Toulouse… On partage avec les groupes metal les mêmes scènes au final.

Et si un organisateur d’un festival de metal vous contacte demain pour vous demander d’être sur l’affiche, que dîtes-vous ?

Paul : Je dirais oui pour le principe mais, en réalité, je pense que ça n’est pas notre intérêt. Malgré le fait qu’on puisse faire un spectacle de qualité qui pourrait plaire aux festivaliers, on ne se sentirait pas à notre place. Ou bien alors il faudrait faire un choix de chansons qui envoient, mais qui ne sont pas la majorité de nos chansons. Toujours est-il que si l’on se retrouve entre Slayer et Exodus, on fera un peu trop décalé. Nous sommes dans un registre humoristique, donc nous sommes perçus différemment par le public. Même si on a la capacité de s’adapter pour coller à l’ambiance du festival, en fin de compte, nous serions tout de même trop décalés et nous ne serions pas à notre place.

« Certaines personnes peuvent être des fous de metal sans qu’on le soupçonne alors qu’à une époque les gens qui aimaient bien le métal, ils avaient envie de se montrer. »

Tout à l’heure, tu disais que l’on pouvait remarquer le metalleux, alors que maintenant beaucoup moins. Est-ce que, selon vous, c’est moins rebelle d’être « metal » aujourd’hui ?

Paul : Je pense, oui, tout à fait. Quand le metal est apparu, c’était un courant très marginal, c’est justement ça qui fait le côté rebelle, c’est le côté marginal. D’autre part, pour que ce soit rebelle, il faut que ça choque. Après trente ans de mecs qui portent des patchs, ça choque forcément moins. Évidemment, vingt ans en arrière, avoir le nez percé, des bottes, des chaînes qui pendent et une veste à patch sans manche sur un cuir, c’est vrai que tu passais pas inaperçu quand t’allais à l’école. Maintenant le phénomène n’est pas moins rebelle mais, mis à part les émos qui ont vraiment des codes vestimentaires à eux, disons que ça s’est plus démocratisé. Certaines personnes peuvent être des fous de metal sans qu’on le soupçonne alors qu’à une époque les gens qui aimaient bien le metal, ils avaient envie de se montrer. De plus, c’était la période du heavy, ce qui n’a rien à voir avec le metal de maintenant.

« Un rebelle aujourd’hui, c’est celui qui va dire : ‘J’ouvre plus mon téléphone portable’, ‘J’ai plus d’Internet’, ‘J’ai plus la télé parce que il n’y a rien d’intéressant’. »

Du coup, qu’est-ce qu’il faut faire pour être rebelle aujourd’hui ?

Paul : Tout dépend en fait. Rebelle pour qui ? Par rapport à quoi ?

Yves : Un rebelle aujourd’hui, c’est celui qui va dire « J’ouvre plus mon téléphone portable », « J’ai plus d’Internet », « J’ai plus la télé parce que il n’y a rien d’intéressant », à mon avis, aujourd’hui, ça peut être ça un rebelle, en avoir tellement marre de tout.

Paul : Être rebelle aujourd’hui, c’est la même chose qu’avant sauf qu’il faut l’adapter à la vie sociale de maintenant. Certes, la vie est différente d’il y a vingt ans mais les marges, les limites restent les mêmes, donc il faut juste être à la marge de la vie actuelle. Le metal était marginal, c’est devenu à la mode à un moment donné, et là ça redevient marginal, c’est cyclique en fait.

Pour le mot de la fin, qu’est-ce que vous, les Fatals Picards, auriez à dire aux metalleux ?

Yves : Continuer à aimer et à faire cette musique.

Paul : Le metal est une musique comme une autre, il y a du bon partout. On ne va pas aller dénigrer quelqu’un parce qu’il ne fait pas de metal, ça ne nous ressemble pas. L’essentiel pour nous, c’est la musique en général pour parler vrai. Nous avons plus d’affinités avec le rock et le metal évidemment, mais, après, il suffit de vouloir s’intéresser à la musique, découvrir des groupes différents. En gros, écouter de la musique à fond dans les oreilles (pas trop longtemps, sinon ça les abîme).

Interview réalisée le 4 mai 2012 au Transbordeur de Villeurbanne

Retranscription : Grégory

Site Internet des Fatals Picards : http://www.fatalspicards.com



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