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Interview   

Les guardians du temple


On vous en a parlé il y a seulement quelques jours : Blind Guardian est l’un des derniers garants du bon goût dans le monde du heavy metal. Par conséquent, chaque sortie mérite toute notre attention, d’autant plus qu’elle se font rares. Après plusieurs mois à faire languir les fans à coups de vidéos et photos en studio, le groupe délivre enfin sa nouvelle copie. At The Edge Of Time est son titre et comme à l’accoutumée la qualité est au rendez-vous.

Blind Guardian se permet même le luxe de proposer un album moins accrocheur mais à la richesse et la densité accrue. At The Edge Of Time est le genre d’album qui non seulement requiert de nombreuses écoutes pour en assimiler toutes les subtilités mais qui, également, s’écoute et se réécoute sans lassitude.

André Olbrich est l’une des têtes pensantes de Blind Guardian, doublé d’un guitariste de talent. Son grain sonore est à cet égard reconnaissable entre mille. Il n’est ni plus ni moins que l’un des garants de la personnalité du combo. C’est pour toutes ces raisons qu’André a été convoqué par les hautes instances de Radio Metal, à qui il a été prié de livrer tous ses secrets.


« Il y a plusieurs années de cela, nous avions contacté la secrétaire de Peter Jackson car nous pensions pouvoir offrir notre musique au film. Malheureusement Hansi n’en avait pas le temps et les délais étaient vraiment trop brefs. Nous devions envoyer nos démos en moins d’une semaine et cela était impossible. De plus les négociations pour la bande originale étaient déjà closes. Nous ne sommes donc pas allés plus loin. Au final c’est une bonne chose. Nous avions besoin de temps pour composer de la meilleure façon qu’il soit. »

Radio Metal : Suite à la sortie de A Twist In The Myth, vous avez plus ou moins disparu de la scène médiatique. Par la suite, afin de préparer vos fans à la sortie de At The Edge Of Time, vous communiquiez beaucoup par le biais de votre MySpace et du site officiel en publiant de nombreuses vidéos et photos du processus d’enregistrement. Aviez-vous peur d’être oubliés par vos fans ?

André Olbrich (guitare)
: Non, après la sortie de A Twist In The Myth nous sommes partis dans une grande tournée qui a duré dix-huit mois. Nous ne craignions pas de perdre nos fans. Aujourd’hui, Internet a pris une place majeure et nous avons bien conscience que nos jeunes fans n’utilisent que cet outil pour s’informer. Nous pensions que c’était le moment idéal de s’en servir et ainsi permettre à tout le monde d’obtenir facilement des informations.

“Sacred Worlds” et “Wheel Of Time”, respectivement les chansons d’ouverture et de clôture de At The Edge Of Time, sont vraiment impressionnantes et de toutes celles de Blind Guardian, sont certainement les chansons qui contiennent l’orchestration la plus grandiose. A quel point était-ce important pour vous d’inclure sur l’album ces parties orchestrales ?

Cela était essentiel. Par le passé, nous avions coutume de recourir à un orchestre sur logiciel. Nous avions vraiment à l’esprit ce rêve de travailler avec un véritable orchestre mais cela coûtait trop cher à mettre en place. Cette fois-ci nous avons eu la chance de pouvoir le faire et ainsi réaliser notre rêve. C’est aussi un moyen de voir comment nous pourrions produire notre prochain album en ayant seulement recours à un orchestre et à la voix d’Hansi. Maintenant que nous connaissons tous les détails d’un tel enregistrement, cela sera plus facile pour nous de produire l’Orchestral Project.

Justement, cela fait plusieurs années que l’on entend parler de ce projet orchestral. Est-ce qu’il sera entièrement enregistré avec un orchestre ?

Oui, mais sans groupe de metal, il ne s’agira pas d’un album habituel de Blind Guardian. En réalité cela sera un projet fait en parallèle. Cela fait environ dix ans qu’Hansi et moi travaillons dessus et nous pouvons enfin le produire. Nous avons déjà commencé à enregistrer l’album donc si tout se passe bien il sortira d’ici deux ou trois ans.

Il a été dit par le passé que ce projet serait basé sur la trilogie du Seigneur des Anneaux. Où en sont les démarches pour utiliser cette licence ?

Rien n’est encore sûr, ce serait vraiment l’idéal mais nous ne savons pas jusqu’où nous serions autorisés à aller. Nous pourrions également écrire différentes histoires à partir des Hobbits mais, même si nous sommes des fans de J.R.R. Tolkien, les droits d’auteurs limitent notre champs d’action.

Penses-tu que Tolkien aurait aimé vos albums ?

Je crois qu’il en aurait été très content. Si vous entendiez ce que nous avons déjà composé pour l’Orchestral Project vous seriez immédiatement projetés en Terre du Milieu. Chaque note renvoie à la meilleure musique qui n’ait jamais émergé de cet endroit !

As-tu déjà été en contact avec Peter Jackson ou des acteurs du Seigneur des Anneaux ?

Il y a plusieurs années de cela, nous avions contacté la secrétaire de Peter Jackson car nous pensions pouvoir offrir notre musique au film. Malheureusement Hansi n’en avait pas le temps et les délais étaient vraiment trop brefs. Nous devions envoyer nos démos en moins d’une semaine et cela était impossible. De plus les négociations pour la bande originale étaient déjà closes. Nous ne sommes donc pas allés plus loin. Au final c’est une bonne chose. Nous avions besoin de temps pour composer de la meilleure façon qu’il soit. Ces dix années étaient essentielles pour nous permettre d’écrire quelque chose qui sorte de l’ordinaire. Je suis sûr que dès que l’album sortira, tout le monde comprendra pourquoi il nous a fallu autant de temps.

Certains acteurs du film ont des liens avec le monde du metal. Elijah Wood a joué dans le dernier clip de Danko Jones. Viggo Mortensen a collaboré avec Buckethead. Peut-être que tu pourrais les contacter…

En effet cela pourrait être intéressant!

Est-ce que le prochain album de Blind Guardian sera également enregistré avec un orchestre ?

Je ne sais pas, nous n’avons pas encore écrit la moindre chanson. Toutes les possibilités sont envisageables.


« La plupart des groupes choisissent la voie la plus facile. Ils composent des titres de metal et demandent à un orchestre de les interpréter. A mon avis, même si cela peut fonctionner, ça n’est pas très créatif. »
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Quel était le but d’ouvrir et de clore l’album avec ces longues pièces orchestrales ? Existe-t-il un lien entre ces deux morceaux ?

Pas vraiment, cela s’est fait naturellement. Nous voulions juste rendre « Sacred Worlds » encore plus épique. Tout le monde s’accorde à dire que cette chanson est très importante. De plus, elle fonctionnait vraiment bien en première position, c’est pour cette raison qu’elle tient cette place sur l’album. « Sacred Worlds » sera également le titre d’ouverture de nos prochains concerts.

Nombreux sont les groupes de metal symphonique qui se contentent d’utiliser des intros d’une minute sur leur albums. Ressens-tu le besoin de composer pour vos albums une véritable chanson et non pas seulement un sample au clavier ?

Oui, je n’aime pas me contenter d’interpréter la musique de quelqu’un d’autre. Nous voulions créer nos propres parties orchestrales et que l’orchestre joue notre musique. Ils n’avaient pas l’habitude de jouer ce type de mélodies très « Blind Guardiennes ». Cela leur a demandé beaucoup de travail. Cependant, nous avions vraiment écrit de la musique pour eux et c’est pour cette raison que cela a si bien fonctionné. Je crois que c’est la différence majeure avec d’autres productions.

L’aspect explosif de “Sacred Worlds” et “Wheel Of Time” fait écho à l’incroyable richesse et complexité du titre “And Then There Was Silence” de l’album A Night At The Opera. Pensiez vous qu’il vous restait un travail à terminer ?

Non, « And Then There Was Silence » fonctionnait parfaitement, nous ne pouvions atteindre un niveau supérieur. Cependant, puisque nous avions eu la chance de travailler avec un véritable orchestre, nous pensions que nous pouvions composer une chanson encore plus épique. C’est ce que nous souhaitions obtenir avec « Wheel of Time ». Nous avons eu la possibilité d’aller dans une direction opposée. Ce qui se passe au milieu lorsqu’il y a une coupure et que les percussions jaillissent était une véritable nouveauté. La structure de la chanson en elle-même est différente de tout ce que nous avions fait jusqu’à maintenant. Je crois que grâce à l’orchestre et au silence à la fin, cette chanson est devenue encore plus explosive que « Silence ».

A l’époque de A Night At The Opera, je me souviens vous avoir entendu dire qu’avec « And Then There Was Silence » vous aviez atteint une limite et que cela serait certainement votre dernière tentative d’écriture d’une chanson aussi puissante. Qu’en pensez-vous aujourd’hui ?

Lorsque nous avons produit « Silence » nous étions incapables d’aller plus loin. Nous n’avons même pas essayé de faire quelque chose de similaire sur A Twist In The Myth. Malgré tout, je savais qu’avec un véritable orchestre, cela sonnerait mieux et différemment qu’avec un orchestre sur logiciel. C’était une raison suffisante pour recommencer. Travailler avec un orchestre de quatre-vingt dix personnes m’a véritablement scotché ! Je suis impatient de recommencer cette expérience.

Donc après « And Then There Was Silence » vous étiez simplement fatigués. Est-ce pour cette raison que vous avez sorti un album comme A Twist In The Myth qui est plus accrocheur ? Vous aviez besoin de repos ?

Non, nous n’aimons simplement pas nous copier. Lorsque l’on atteint une limite avec un album pourquoi devrions-nous refaire la même chose ? Nous cherchions à apporter de nouveaux éléments, par exemple, avec A Twist in the Myth nous avons principalement utilisé des éléments rythmiques et des chansons avec une orientation plus élémentaire, nous avons plus varié nos approches pour At The Edge Of Time. On ne peut pas comparer ces deux albums. Nous avions fait tout notre possible avec A Twist In The Myth, il n’y avait donc aucune raison de recommencer. En réalité nous essayons de combiner ce que nous avons appris de nos anciens albums, nous avons même ressorti les marques de fabrique plus classiques de Blind Guardian. Ce nouvel album est un équilibre entre ces différents éléments. C’est la définition même de Blind Guardian !

“Sacred Worlds” et “Wheel Of Time” sont les seules chansons de l’album avec une telle orchestration. Est-ce parce que vous ne vouliez pas tomber dans cette exagération orchestrale présente chez de nombreux groupes de metal aujourd’hui ?

La plupart des groupes choisissent la voie la plus facile. Ils composent des titres de metal et demandent à un orchestre de les interpréter. A mon avis, même si cela peut fonctionner, ça n’est pas très créatif. Puisque nous avions la possibilité de composer pour un orchestre notre but était d’essayer de nombreuses choses. Je crois que l’on peut entendre la différence dans nos compositions, cela sonne mieux. Nous laissons une place à l’orchestre ce qui permet de véritablement prêter attention à leurs approches rythmiques et dynamiques.

Vous prévoyez de jouer ces morceaux sur scène accompagnés par un orchestre au grand complet ?

Ce serait merveilleux mais c’est tellement cher ! Nous sommes en train de réfléchir à une solution comme organiser un festival dans lequel nous pourrions faire venir un orchestre et peut-être interpréter ces titres ainsi que ceux de l’Orchestral Project une fois l’album sorti. Un autre soir nous pourrions jouer les chansons épiques de Blind Guardian. Cela serait vraiment un super événement !

Qui seraient vos invités pour un tel festival ?

Nous avons beaucoup d’amis et de groupes que nous apprécions mais il faut trouver ceux qui seraient disponibles ou non.

A Twist In The Myth était clairement un album entraînant. La plupart des chansons étaient composées de riffs, de mélodies et d’une structure très simple à mémoriser. En parallèle, At The Edge Of Time est beaucoup plus complexe et difficile à appréhender. Ces deux albums ont l’air complètement opposés. Avec le recul, as-tu l’impression que A Twist In the Myth manquait d’ambition en comparaison avec vos albums précédents et notamment A Night At The Opera ?

Je ne crois pas. A Twist In The Myth était même beaucoup plus compliqué et progressif que le nouveau. Je pense que c’est une question de goût et de la manière dont on ressent la musique. En fait, je fais toujours ce que j’aime sur le moment, je travaille avec les idées qui émergent sans trop me poser de questions. Nous écrivons quelques extraits et voyons ensuite le type de chanson qui pourrait en découler.

Dans une interview donnée à Bloodstock en 2009, tu révélais que le nouvel album serait de la même trempe que Nightfall In Middle Earth. En écoutant cet album aujourd’hui, il est difficile de trouver une ressemblance. Trouves-tu toujours cette comparaison pertinente ?

Oui, je crois qu’il y a quelque chose de Somewhere Far Beyond, mais aussi d’Imaginations From The Other Side ou même de Nightfall In Middle Earth. Néanmoins l’opus dans son ensemble ressemble plus à un film. Il ne cesse de susciter l’intérêt de l’auditeur grâce à des temps forts et d’autres un peu plus légers. Il possède une véritable intensité. J’ai fait cette comparaison car je ressens une émotion similaire à l’écoute de cet album que celle perçue avec Nightfall, c’est vraiment très fort! Les chansons d’un album comme A Night At The Opera ont une identité qui leur est propre tandis que sur At The Edge Of Time les titres sont comme les différents chapitres d’une histoire.

Ce qui renvoie le plus à vos anciens albums, ce sont les riffs qui semblent représenter l’essence même de Blind Guardian et que les fans connaissent grâce à des albums comme Imagination From The Other Side ou Nightfall In Middle Earth. As-tu l’impression d’avoir renié votre identité sur A Twist In The Myth ?

Pas du tout, nous sommes un groupe expérimental et nous avons toujours souhaité garder cette liberté. Nous avons envie d’apporter autant de couleurs que possible à notre musique. Composer un nouvel album avec des thèmes variés après sept ou huit disques déjà réalisés est un véritable défi. Cependant, si nous avions écrit des albums trop similaires nous n’existerions plus, nous nous serions ennuyés à mourir ! Bien sûr, il y a toujours le risque que certains fans n’aiment pas mais on s’en moque. Ce n’est pas notre but de répondre aux attentes des fans ! Nous avons pour objectif de créer des choses nouvelles qui seraient en accord avec nous-mêmes et avec notre conception du parfait album.

Est-il possible de dire qu’At The Edge Of Time constitue le mélange parfait entre l’ancien et le nouveau Blind Guardian ?

Oui, c’est exactement ce que je ressens, nous avons mixé des éléments traditionnels avec les nouveaux, on perçoit une légère influence de nos dix dernières années d’activités. Cela fonctionne très bien, nous sommes fiers du résultat.


« Si nous avions écrit des albums trop similaires nous n’existerions plus, nous nous serions ennuyés à mourir ! Bien sûr, il y a toujours le risque que certains fans n’aiment pas mais on s’en moque. Ce n’est pas notre but de répondre aux attentes des fans ! »
Sur At The Edge Of Time il y a une ballade intitulée « Curse My Name » qui sonne typiquement comme Blind Guardian. Suite au succès de « The Bard’s Song », vous sentez-vous obligés d’inclure à chaque nouvel album ce type d’airs ?

Non, nous aimons travailler avec des guitares acoustiques. Nous essayons à chaque fois d’écrire quelque chose de nouveau, nous ne voulons pas composer la « Bard’s Song » numéro 2. Nous voulons voir jusqu’où nous sommes capables d’aller. Lorsque l’on a commencé à écrire cette chanson, elle était complètement différente, elle a évolué au cours de la production. On peut maintenant y trouver un son plus folklorique presque irlandais. On ne retrouve cette ambiance dans aucune autre de nos compositions acoustiques. « Curse My Name » possède une identité qui lui est propre.

La chanson « War Of The Thrones » est présente au piano sur l’album tandis que la version normale est sur le single A Voice In The Dark. Pourquoi avoir choisi d’inclure cette version alternative sur l’album ?

C’est une histoire assez étrange. J’ai commencé par écrire cette chanson au piano puis à la guitare car je la préférais ainsi. Puis Charlie a suggéré que nous pourrions l’interpréter au piano. Il ne savait pas que c’était mon idée de départ. Alors, puisque celle à la guitare était déjà enregistrée, nous nous sommes retrouvés avec deux versions. Chacune exprime quelque chose de différent, cela aurait donc été dommage de devoir se séparer de l’une d’entre elles. Nous avons donc cherché une idée qui nous permettrait d’offrir aux fans la version guitare. Le single était la meilleure solution. Je crois qu’il est intéressant pour les fans de découvrir comment « War Of The Thrones » a évolué.

Le son de guitare de Blind Guardian est facilement reconnaissable et c’est une partie intégrante de la personnalité du groupe. A quel point était-ce difficile de travailler sur ce son ?

Pour cet album, je cherchais un nouveau son. Cela faisait longtemps que nous n’avions pas eu une telle guitare rythmique sur un de nos albums. Le fait est que je passe mon temps à me battre avec Marcus à ce sujet car quand les guitares sont trop présentes ce sont les parties vocales qui perdent à cause de fréquences trop proches. Nous avons finalement réussi à trouver un bon équilibre. Certes, cela nous a demandé plusieurs jours de tests afin de trouver la combinaison idéale, cela n’aura pas été facile mais le résultat obtenu est très satisfaisant.

Interview réalisée par phoner en juin par Spaceman et Metal’o Phil




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  • Hello !
    Y aura-t-il une chronique sur leur passage à l’Elysée Montmartre mardi dernier ?

    [Reply]

    Margoth/RM

    Je ne sais pas trop en fait… Par contre, si tu veux, il y a une galerie photo sur ce concert dans la section photo (au cas où tu n’étais pas au courant). En plus, lorsque je les ai mises en ligne, j’ai trouvé qu’il y en avait des très belles.

    Louve

    En effet, je n’avais pas encore repéré cet onglet…
    Merci Margoth !

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