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Interview   

Les intrigues d’Uncle Acid


Kevin Ryan Starrs - Uncle AcidUncle Acid est un groupe à l’ancienne, et pas seulement dans sa musique, ses influences ou sa production. Le chanteur et guitariste Kevin Ryan Starrs regrette le temps où le rock était mystérieux et inspirait une forme de peur, que ce soit par des textes cryptiques à l’enrobage violent ou par la vie personnelle des rockstars que l’on connaissait plus à travers de folles rumeurs que, comme cela peut être le cas aujourd’hui, de selfies et de tweets détaillant ce qu’ils ont mangé à midi.

Dans notre entretien avec Starrs, réalisé à l’occasion de la sortie du nouvel album The Night Creeper, il répond certes avec précision à nos questions sans pour autant trop s’étendre et tout expliquer, afin, pourrait-on supposer, de laisser une part au doute, voire à l’inconnu. Mais il en dit suffisamment pour mieux cerner sa personnalité et sa musique, et entretenir une sorte de fascination pour cette forme musicale, héritée à la fois du heavy et de la pop des années 60 et 70.

Uncle Acid - The Night Creeper

« Je me fous un peu du rythme de la chanson. Si la chanson a de bonnes mélodies, alors c’est ce qui importe le plus. »

Radio Metal : Vous avez ouvert pour Black Sabbath sur leur dernière tournée. Est-ce que ça vous a inspirés ?

Kevin Ryan Starrs (chant & guitare) : Ça n’a pas eu d’impact sur la composition [du nouvel album] mais ça a clairement été inspirant de les voir tous les soirs, les regarder faire le soundcheck, le fait qu’ils se soucient toujours du son sur scène et comment le son est renvoyé aux fans. Ils passent beaucoup de temps pour que tout soit parfait. C’était donc très inspirant de voir ça.

Tu as déclaré au sujet de Mind Control que vous avez consciemment essayé de créer des chansons qui fonctionneraient en live. Est-ce que c’était concluant du coup lorsque vous les avez jouées sur scène ?

Ouais, je le crois. Je trouve qu’elles étaient plus faciles à jouer. Il n’y avait pas autant de clavier et de choses qu’on ne peut utiliser sur scène parce qu’on n’a pas de claviériste. C’était donc une approche un peu plus épurée et je trouve que ça a très bien fonctionné sur scène.

Est-ce que tu as reproduit cette façon de composer pour le nouvel album ?

Je n’y ai pas vraiment réfléchi cette fois-ci. C’était juste une manière naturelle de composer, simplement à attendre que les chansons viennent. Je n’ai pas vraiment réfléchi à la façon dont nous jouerions les chansons en concert. Ouais, je suppose que c’est une approche différente mais ça sonne toujours comme nous, tu sais, ça sonne comme Uncle Acid.

Mais étais-tu dans un état d’esprit particulier en composant cet album ?

Pas vraiment. Je pense que cet album aurait pu devenir un tout autre album. Après que nous soyons revenus des Etats-Unis en octobre, j’avais peut-être sept ou huit chansons déjà composées, et pour une raison ou une autre, je suis revenu en arrière, j’ai tout laissé tomber et j’ai décidé de recommencer. Et il se trouve que j’étais davantage inspiré parce que je savais que nous n’avions aucun concert de prévu, nous n’avions pas de tournée. J’avais le champ libre dans ma tête pour ne faire que créer. Je pouvais me concentrer sur la composition et ça m’a vraiment aidé. J’ai donc écrit tout un album très rapidement.

Tu as aussi dit que tu trouvais difficile de composer avec d’autres gens et que tu préférais composer seul. Est-ce que ça a évolué cette fois-ci ?

Ouais, je veux dire que j’ai fait une chanson avec notre ancien bassiste, Dean Millar, qui n’est plus dans le groupe maintenant. Lui et moi avons collaboré sur la chanson « The Night Creeper ». Il a amené l’idée et a écrit le riff, la mélodie de base et il a m’a simplement dit : « Fais ce que tu veux avec ça. » Et c’est ce que j’ai fait. J’ai légèrement changé la mélodie, j’ai rajouté quelques riffs ici et là, j’ai trouvé des paroles. C’était une collaboration mais, en gros, on m’a donné carte blanche pour travailler sur la chanson comme je l’entendais.

Peux-tu nous en dire plus sur le thème des paroles de l’album ?

En gros, ça raconte l’histoire d’un tueur, quelqu’un qui est dans cette affreuse et très étrange dépression, et il sort pour aller tuer des gens. Mais la raison du pourquoi il le fait n’a pas vraiment besoin d’explication, tu sais, le fait qu’il tue des gens suffit. C’est à l’auditeur de dire qui est en fait le Night Creeper. Il y a des indices dans tout l’album. Il se peut que les gens le découvrent mais c’est aux auditeurs de déterminer ce qu’il se passe. Mais c’est bien une histoire du début à la fin.

La violence et le meurtre sont des thèmes récurrents dans votre musique. Peux-tu nous dire pourquoi et en quoi ça t’inspire ?

C’est juste le reflet de ce que l’on voit. Lorsque je regarde la TV, lorsque je lis les journaux, on ne fait que me bombarder de violence, de mort, de célébrité et toutes ces merdes. Il y en a vraiment trop. Alors il faut juste refléter ça et c’est un peu ce que nous faisons, mais nous le dissimulons dans d’autres petites histoires. Mais ouais, je suppose que c’est grosso modo un reflet de ce qui se passe partout dans les reportages qu’on voit dans les médias.

Penses-tu que ces thèmes seront toujours attachés à la musique du groupe ?

C’est dans la musique mais chaque chanson ne parle pas de mort et de violence. Tu vois, il y a de la diversité là-dedans mais je suppose que le contexte général tourne autour des choses horrifiques. Mais ouais, il se peut que ça change. Peut-être que nous reviendrons plus enjoués dans le futur.

Il y a une chanson à la fin de l’album qui s’intitule « Slow Death » et qui possède une atmosphère qui colle parfaitement au titre. Est-ce que le thème de la mort lente était le point de départ de cette chanson ?

C’est marrant parce que nous n’avions pas de titre pour cette chanson. Après l’avoir écoutée, je me suis dit que, eh bien, ça sonne comme une mort lente ! Ça donne l’impression de lentement mourir et ça prend une éternité, et ensuite ça se développe et ça devient quelque chose d’assez horrifique, vraiment. C’est la fin parfaite pour l’album parce que quelqu’un se venge du Night Creeper et s’occupe de son cas.

Uncle Acid And The Deadbeats by Ester Segarra

« J’en ai marre de voir les rock stars sur twitter, qui postent des selfies, qui lâchent toutes ces informations que je n’ai pas envie de connaître. Je veux que ma rock star soit distante. »

Tu as déclaré lors d’une interview que lorsque vous écriviez une chanson, vous essayez de la penser comme une chanson pop. C’est vrai ? Est-ce que tu essaies de t’inspirer de cette capacité qu’ont les chansons pop à fédérer les gens ?

Ouais, je pense que même les groupes classiques de metal ont ce type de mentalité. Judas Priest, Iron Maiden, ils ont tous des chansons mélodiques accrocheuses. Ça s’est perdu dans le rock et le metal. C’est devenu vraiment extrême, avec des gens qui crient et hurlent, et la mélodie se perd. C’est donc juste que nous nous rappelons de nos influences et nous réincorporons la mélodie dans la musique.

Comment parviens-tu à mélanger les thèmes effrayants avec les accroches de la musique pop ?

Ouais, je veux dire que c’est le concept que j’avais à l’origine, quelque chose de très doux, mélodique, qui sonne presque joli et pop et mélanger ça avec la mort, les riffs lourds et l’obscurité. Une combinaison clair-obscur. Ce n’est pas une chose ou l’autre, c’est les deux à la fois.

Généralement, la musique pop est rejetée par certains fans de rock et metal qui pensent que c’est de la musique commerciale vide. Penses-tu que la pop est plus qu’une simple chanson de trois minutes ?

Je le pense oui. Je veux dire que les Beatles étaient un groupe de pop, Fleetwood Mac était un groupe de pop, etc. Et j’adore ces groupes. Pour moi, tout est une question de mélodie. Je me fous un peu du rythme de la chanson. Si la chanson a de bonnes mélodies, alors c’est ce qui importe le plus. Plein de chansons pop ont de bonnes mélodies. Si tu écoutes The Ronettes et tous ces groupes de pop, ils ont tous des mélodies classiques. Les Beatles sont une grande influence. The Ronettes, The Shangri-Las, ce sont tous des influences. Fleetwood Mac, des albums comme Rumours ou Tusk, ce ne sont que des chansons pop mais ça va plus loin que ça. La pop peut être artistique et ça peut être stimulant pour les gens aussi. Ce n’est pas forcément Justin Bieber et ce genre de merdes. La vieille pop classique, c’est ça le vrai truc.

Tu as une tessiture vocale assez intéressante. Tu as toi-même déclaré que certains journalistes pensaient qu’il y avait une chanteuse dans le groupe. Comment parviens-tu à ça avec ta voix ?

Je n’en suis pas sûr. Ça vient juste naturellement, d’une certaine façon. Et encore une fois, peut-être que ça vient de mes influences. Tu sais, Neil Young, sa voix est assez aigüe… Je ne sais pas, pour moi c’est juste une façon naturelle de chanter. Je n’ai jamais pris de cours. Pour être honnête, je ne voulais même pas être chanteur ! Je voulais écrire des chansons, jouer de la guitare, faire des solos et tout mais je ne voulais pas du tout être chanteur. Mais nous ne trouvions personne à Cambridge. Nous ne trouvions pas de musiciens, alors ne parlons pas des chanteurs, donc je me suis dit : « Bon, il va falloir que je chante ! »

Tu as dit au cours d’une interview qu’une « bonne part de la musique aujourd’hui manque de mystère, et c’est dommage. » Penses-tu qu’il soit encore possible de créer du mystère autour de la musique de nos jours, étant donné la vitesse à laquelle l’information se propage sur internet ?

Ouais, je le pense. Je pense que nous y sommes parvenus, vraiment. Je veux dire qu’il y a toujours un peu de mystère qui nous entoure. Je pense que c’est faisable si les musiciens laissent tomber les conneries d’ego et se concentrent effectivement sur la musique. Tu sais, j’en ai marre de voir les rock stars sur twitter, qui postent des selfies, qui lâchent toutes ces informations que je n’ai pas envie de connaître. Je veux que ma rock star soit distante. Je veux pouvoir me dire : « Oh, qu’est-ce qu’ils font aujourd’hui ? Ils vivent dans un château ! » Genre : « Ozzy vit dans un château et il mange des têtes de chauve-souris » et des choses de ce genre. C’est le genre d’image que je recherche de la part de mes rock stars.

J’ai lu que tu as choisi le nom du groupe parce que vous ne trouviez rien d’autre et que tu ne l’aimais pas tellement. Du coup, si tu devais changer le nom du groupe aujourd’hui, ce serait quoi ?

Oh, bonne question ! Je ne sais pas ! Je ne suis toujours pas sûr pour le nom du groupe. C’est toujours un cas un peu étrange. Il rebute toujours pas mal de gens alors que d’autres l’aiment beaucoup. Je suppose qu’il est trop tard pour changer maintenant. Mais, je ne suis pas sûr, je n’ai jamais eu de bons noms de groupe, vraiment ! C’est une question difficile, je trouve.

Interview réalisée par téléphone le 15 juillet 2015 par Philippe Sliwa.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel d’Uncle Acid : acidcoven.com.



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