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Live Report   

Les Melvins, sont-ils fous ou géniaux ?


Les Melvins se font rares en France. Pourtant, forts d’un beau succès au Hellfest 2011, ils sont revenus pour quelques dates dans l’Hexagone, dont à Lyon ou plus précisément cette sublime salle qu’est l’Epicerie Moderne de Feyzin. Une salle qui affiche d’ailleurs complet en ce dimanche soir. Une belle surprise compte tenu non seulement de l’accès difficile du lieu par les transports en commun mais également du statut du groupe. En effet, Melvins est un nom que beaucoup connaissent car tous ont rencontré une fois dans leur vie un illuminé l’évoquer avec admiration. C’est aussi un nom que beaucoup connaissent pour avoir énormément influencé, sans bien savoir quoi en particulier. En fait, pour beaucoup, cela ne reste qu’un nom.

Sauf que la rareté des passages de la bande à King Buzzo et la passion de ses admirateurs ont fait de cette soirée un rendez-vous immanquable pour ces derniers. Sans compter qu’un point d’interrogation règne toujours au-dessus des prestations du combo avant que celui-ci ne monte sur les planches. Une discographie s’étalant sur trois décennies aussi riches laissent forcément le public songeur quant à la sauce à laquelle il sera mangé, surtout lorsque l’on connaît les divagations dont ce quatuor est capable dans le contexte live.

Et de divagation on pourra parler ce soir pour ce choix de première partie pour le moins singulier – même s’il n’est pas certain qu’il émane du groupe à proprement parler. En tout cas, il s’agit bien là d’un « spectacle » en phase avec certaines expérimentations dont les Melvins ont parfois fait preuve par le passé.


Artistes : The Melvins – DJ Blackwoods
Date : 2 octobre 2011
Lieu : Feyzin
Salle : L’Epicerie Moderne

La machine infernale.

Sur le bord de scène trône, au milieu, une étrange machine : un vieil enregistreur à bande, avec ses deux bobines proéminentes fixant le public d’un regard vide. Une personne se fraye un chemin à travers la foule, appuie sur le poussiéreux bouton « play » et repart comme il est venu. Les lumières s’éteignent, seul le projecteur éclairant le dispositif d’en dessous persiste, conférant à la machine un air dramatique. Le son s’échappant des enceintes gronde, grésille, martèle tour à tour et parfois tout cela à la fois. La texture sonore est celle des musiques drones. C’est donc dans des ambiances sulfureuses et torturées, vomies par cette machine qui deviendra très vite infernale, que commence la soirée. Les lumières rouges orangées évoluent au fur et à mesure et oscillent en intensité, créant un fond de scène magmatique allant de paire avec la terrifiante ambiance déversée dans l’enceinte. Sur les dix premières minutes, l’expérience ne s’avère pas déplaisante. Certains se laissent prendre volontiers dans l’atmosphère. Mais, au bout d’un certain temps, l’ennui, inévitable, s’installe. Des membres du public s’accoudent à la scène, les mains sur les oreilles, en attendant que la machine finisse son sale travail. A nouveau, une personne revient arrêter la bande pour clôturer cette première partie qui aura au moins eu le mérite d’être tout à fait singulière. Le tout aura bien duré une trentaine de minute. Autant dire que c’était beaucoup trop long.

Des riffs aussi épais que la tignasse.

Les Melvins représentent sans doute ce que le rock a de plus indomptable. Aux Melvins, on ne leur reprochera jamais d’être trop expérimental ou d’être trop indus ou d’être trop grunge ou d’être trop pop ou d’être trop metal. Les Melvins sont à prendre ou à laisser. Les Melvins sont ce qu’ils sont et osent tout, à l’instar de ces accoutrements, que le public découvre lorsque les quatre musiciens foulent les planches, qui font immédiatement sourire. King Buzzo apparaît en soutane molletonnée, Jarred Warren et sa coiffe ridicule faisant miroir à celle, légendaire, de son guitariste précité se présente quand à lui dans une robe médiévale et les deux batteurs, Coady Willis et Dale Crover, plus sobres, se contentent, respectivement, d’un t-shirt et une sorte de gilet napoléonien au goût des plus exquis.

Chez les Melvins, les batteurs ne se ménagent pas.

Oui, deux batteurs, tel a été le choix des Melvins, depuis 2006, de ne plus se contenter de Dale Crover comme seul frappeur. Et dès le premier titre, un « Hung Bunny » crasseux, les Melvins font une démonstration de la toute puissance du duo. Le groupe oscille entre grondements drone et accès de pure furie où les deux batteurs martyrisent leurs kits comme des forcenés, tête baissée, presque autistes dans l’attitude. D’ailleurs, chanceux est celui dans l’assistance qui a pu réellement entrapercevoir les visages des deux brutes, littéralement cachés derrière les fûts. Dommage car la tête de fou à lier de Dale Crover est un spectacle à elle seule, contrastant d’ailleurs avec l’allure plus proprette de Coady Willis. Un écart dans les apparences mais une vraie osmose dans l’attitude furieuse et le jeu entre puissance et subtilité. Une complémentarité, voire une complicité, qui contribuera en très grande partie à l’aspect captivant du spectacle. Une performance pour deux batteurs que l’on aperçoit à peine ! Mais il faut dire que les musiciens sont étonnamment avancés sur la scène, très proche du public, y compris les batteries qui se trouvent à à peine un mètre et demi du premier rang. Ces deux batteries siamoises et symétriques – Crover étant droitier alors que Willis est gaucher – certaines cymbales étant même mises en commun des deux batteurs. Mention spéciale également à certains éléments de percussion originaux comme certaines cloches ou cymbales aux sons inhabituels qui contribuent à l’émerveillement de l’audiophile et au spectacle sonore.

La grande classe.

Non, les Melvins ce n’est pas uniquement un duo de batteurs original mais ils méritent bien une telle attention par la performance remarquable produite. Et le public, d’ailleurs, ne s’y est pas trompé en les acclamant à tour de rôle lors de leurs saluts alternés effectués au cours de leurs solos individuels. Non, les Melvins c’est aussi deux autres personnages uniques de part et d’autres de la scène. Passé l’effet hilarant du look, Warren se fait finalement assez discret dans son attitude. Il sera surtout retenu pour son jeu de basse très présent et distordu. Mais le maître de cérémonie est bel et bien un King Buzzo transcendé par sa musique. Même s’il reste cantonné à son côté de scène – il faut dire que les batteries ne laissent que peu de place pour la circulation – il le parcourt de long en large, va à la rencontre des batteurs et, surtout, offre un beau panel de contorsions et de grimaces.

King Buzzo l’ouvre bien grand.

Les Melvins c’est aussi, bien souvent, une certaine lourdeur latente. Prenons pour preuve le monstrueux « AMAZON » écrasant avec ses impacts, comme si le groupe cherchait à assommer l’audience à coup de barres à mines, le très doom « At The Stake », le boueux et génial « A History Of Bad Men » ou même ces effrayants coups de toms sur « Spread Eagle Beagle » qui font littéralement trembler toute la salle. Pourtant le quatuor n’en oublie pas pour autant son répertoire plus rock, stoner et grungy comme « The Kicking Machine », « Billy Fish », les poussiéreux « Queen » et « The Bit », un « The Talking Horse » marqué par la folie ou, plus timbré encore, « Water Glass » et ses chœurs a cappella et donnant presque l’impression d’être chantés par une bande d’ivrognes.

Les connaisseurs remarqueront une chose avec les divers titres mentionnés : comme évoqué plus haut, les Melvins ont une riche discographie et, contrairement à de nombreux groupes, n’hésitent pas à en tirer avantage en piochant un peu partout. Mais, avec environ vingt ans de carrière représentés en moins de deux heures, il est étonnant de constater à quel point la musique des Melvins reste cohérente malgré son caractère disparate.

Dale Crover vous salue.

Peut-être que les occasionnels ou les curieux se sont parfois sentis perdus dans une certaine forme d’incompréhension, difficilement capable de se trouver un point d’attache. Mais, à n’en pas douter, ils n’étaient pas la cible des Melvins qui, ce soir, ont, avant tout, fait diablement plaisir aux fans.

Setlist :

Hung Bunny
Roman Bird Dog
The Water Glass
Evil New War God
Amazon
The Talking Horse
It’s Shoved
Lizzy
The Kicking Machine
Billy Fish
Up The Dumper
Electric Flower
Queen
At The Stake
Cop-Ache

Rappels :

Spread Eagle
A History Of Bad Men
Ligature
The Bit
Shevil

Photos : Nicolas « Spaceman » Gricourt



Laisser un commentaire

  • Oulà ! L’était fatigué Spaceman ce jour-là 😉

    Oui, deux batteurs, TEL a été le choix

    presque autisteS dans l’attitude

    la tête de fou à liER

    les musiciens sont étonnAMMENT

    en les acclamant à tours de rôle (pas de s à « tour »)

    Mais, avec environs vingt ans de carrière (idem pour « environ »)

    (sous la dernière photo) vous saluE

    En tout cas, très bonne chronique, j’ai bien retrouvé l’ambiance du concert à Belfort y’a quelques années. Depuis, j’ai toujours des bouchons d’oreille, au cas où^^

    [Reply]

    Merci. Les corrections ont été faites.

  • Franchement, ça ne vaudra JAMAIS ALICE IN CHAINS, Mad SEASON, ou encore Mother Love Bone!

    mais c’est sympa, sale et bien!

    [Reply]

  • excellente cette première photo !
    et merci pour la chro de cette soirée… indéfinissable

    [Reply]

  • Pourquoi pas fous ET géniaux ?

    [Reply]

    Iadrov

    Je plussoie.

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