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Interview   

Les Metalleux : le rire comme prise de recul


Le premier tome de la BD Les Metalleux est sorti en septembre de l’année dernière. Son but ? Jouer avec les clichés sur les metalleux, auxquels, si vous lisez ces lignes, vous avez dû être confronté de temps à autre au cours de votre vie. Face au succès rencontré par cette première édition, les éditions Kennes ont décidé de remettre le couvert en proposant, en juin dernier, un second volet qui s’inscrit dans la continuité du précédent avec beaucoup de gags qui ont été dessinés au même moment que la préparation du tome 1.

La parole est au dessinateur Richard Di Martino pour qu’il nous en dise plus sur cette BD au style cartoonesque et humoristique.

« Le principe de ce genre de BD à gag est de rire de toutes les situations, sans méchanceté, en prenant du recul sur soi et sur son vécu. Dans cette BD, il n’y a rien de dénonciateur. Parfois, nous avons tous eu ces discussions similaires avec des metalleux sectaires. A l’époque de mes 20 ans j’ai moi-même pu dire des conneries car nul n’est à l’abri ! Perso, je n’ai pas fait cette BD avec Chloé pour donner des leçons ou expliquer des choses mais pour rigoler. Après il y a forcément des messages. La page 5 fait état de l’hyper valorisation du metal par certains fans, qui tiennent à prouver que c’est une musique très fédératrice au public investi et fidèle, tandis que la page précédente décrit ce réflexe de complicité presque immédiat entre deux metalleux qui ne se connaissent pas. J’ai remarqué que le metal a toujours ce côté Underground tout en étant très écouté. Il y a d’une part les metalleux au look metal comme je l’ai toujours été et d’autre part, de vrais fans de cette musique qui n’en ont pas l’air parce que, souvent, leur boulot ne leur permet pas d’avoir ce look.

Le metal passionne à fond et, par conséquent, fédère. C’est paradoxal : on ne peut pas dire que ce soit une musique populaire, vu que presque tous les gros médias ne passent pas de metal – comme si c’était une musique honteuse –, mais d’un autre côté, il y a le côté hyper merchandising et commercial de ce monde musical… il n’y a qu’à voir tous les produits dérivés des groupes que l’on peut trouver ! Quand j’ai commencé à traîner dans ce milieu, nous avions à peu près tous le même âge… Les plus vieux avaient une petite dizaine d’années de plus que nous mais aujourd’hui, il y a des metalleux de plus de 60 ans et des jeunots de 10-12 ans. C’est hyper large, beaucoup ont un pouvoir d’achat. C’est comparable aux collectionneurs du monde de la BD : les gens se déplacent pour rencontrer leurs artistes préférés dans des conventions et ils n’hésitent pas à dépenser une partie de leur argent chaque mois dans des nouveautés.

J’ai remarqué que, quand on se croise entre metalleux, la simple reconnaissance d’un T-shirt ou d’un patch nous fait faire un signe de tête ou le signe des cornes, c’est un truc de ouf ! Ça se perd peut-être un peu aujourd’hui mais c’est encore là. Je me souviens d’un moment sur une terrasse de café à Kyoto, j’ai vu un gars avec un T-shirt Metallica. C’était un Occidental comme moi, on s’est fait un signe de tête et nous avons commencé à parler de Metallica et de nos origines respectives (il était australien) pour finalement passer un bout de l’aprèm ensemble. Idem pour l’histoire du contrôle de flics : l’un d’eux dit « Moi aussi j’écoute ça ! C’est bon, vous pouvez circuler… » on m’a raconté plein d’anecdotes similaires.

Pour le côté ouverture d’esprit, c’est vrai qu’il y a une guéguerre avec d’autres genres musicaux comme le reggae, le rap… ou les punks quand j’étais ado, on en venait même aux mains ! Il y avait bien sûr les skins qui ne nous aimaient pas, aujourd’hui les rappeurs… mais ça s’est adouci et mélangé avec l’arrivée du nu metal dans les années 2000. Des groupes ont su mélanger toutes ces cultures pour faire une sorte de « World Metal Music ». Après, tout le monde n’aime pas et beaucoup préfèrent rester agrippés dans leur sous-genre mais c’est aussi ce qui fait la richesse de ce mouvement musical, qui s’est hyper diversifié. Moi j’avais commencé à mes 12-13 ans par du rock avec The Police, Téléphone ou The Stray Cats et ensuite par des cassettes de Back In Black d’AC/DC et de 1984 de Van Halen. Et aujourd’hui, je passe sans problème de Scorpions à Napalm Death en lisant un Gaston Lagaffe.

Dans beaucoup de planches de la BD, il est question des metalleux mais aussi des autres, des non-initiés. Et la discussion entre ces deux catégories de personnes débouche souvent sur un dialogue de sourds. A titre personnel, j’aime ce que j’aime et je ne cherche pas à convaincre… Mais quand beaucoup de gens fermés disent que ce n’est que du bruit, qu’on ne comprend rien, que les musiciens sont des bourrins, ça m’agace tellement que je me sens obligé, dans le feu de l’action, de défendre ma passion. Aujourd’hui, j’ai bientôt 50 ans et je suis moins enclin à la polémique. Mais plus jeune, je montais vite au créneau quand j’entendais ce genre de discours… ceci dit, j’ai fait découvrir cette musique à un paquet de gens qui la sous-estimaient.

Tu me demandes si je considère cette BD comme d’actualité ou au contraire intemporelle. Je pense que c’est plutôt intemporel. C’est vrai qu’elle aurait peut-être moins eu sa place il y a vingt ou trente ans : les metalleux étaient moins représentés, donc moins pris au sérieux. C’est sûr que le phénomène Hellfest a apporté un éclairage médiatique en France sur le hard rock et le metal et dans le même temps, il y avait bien la BD Riff d’Acier qui a été prépubliée dans Hard Rock Magazine vers la fin des années 80. Et il y a finalement eu deux ou trois albums. Ce qui est fou, c’est qu’il y ait eu plein de BD sur le sujet ces dernières années : Belzebubs en petits strips humoristiques sur un groupe de black metal ; Perkeros, une BD fantastique finlandaise, le comics Murder Falcon de l’excellent Daniel Warren Johnson et, plus récemment, Nous aurons toujours 20 ans, qui raconte la jeunesse madrilène de l’auteur sur fond de hard rock. Sur le plan personnel, concernant mon coup de crayon, ça a commencé tout petit avec Goldorak et des BD comme le Journal de Spirou, Pif, Astérix et plus tard, à l’adolescence, Fluide Glacial. Ce sont mes classiques de la BD humour « gros nez », comme on dit vulgairement ; Franquin, Uderzo, Peyo, Gotlib en sont les maîtres !

En tout cas, concernant Les Metalleux, j’espère que tout cela vous plaira. La crise sanitaire nous avait empêchés de faire des dédicaces, ce qui est toujours un bon moyen de mesurer les retours. Néanmoins, ça fait plaisir d’avoir autant de retours positifs et bienveillants. Le fait que le premier tirage du tome 1 ait été épuisé montre de toute façon que le public a apprécié le premier tome. Le tome 3 lui sera différent des deux précédents car il sera vraiment axé sur les trois personnages principaux avec une chronologie et une histoire. Il sortira en février 2022. »

Interview réalisée par e-mail par Natacha Grim & Amaury Blanc.
Pour commander la BD, ça passe ici.



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  • Une BD sur les personnes égoïstes et immatures en perpétuelle crise d’adolescence. C’est intéressant ça… ou pas !

    [Reply]

    X-Dusk

    Tu t’es trompé de site et/où de communauté alors, le club des aigris qui se plaignent des contre-cultures et des musiques extrême c’est de l’autre côté. Et ça s’appelle Civitas.

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