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Le Blog Du Doc   

Les systèmes se calquent, les logiques sont implacables


On vous l’a répété plus d’une fois dans les colonnes de Radio Metal, l’industrie de la musique est en train de muter. Les usages se transforment avec le temps et le rapport à la musique est maintenant très différent d’il y a 30 ans. D’où un décalage – générationnel et relationnel – entre les nouvelles structures et les plus anciennes. Mais ce décalage n’est pas l’angle de ce blog qui va aujourd’hui traiter d’un sujet que l’on peut mettre en perspective avec la mutation du secteur musical évoquée ci-dessus, je fais ici allusion au secteur de l’édition.

En effet la chute incroyable qu’a connu l’industrie de la musique, avec comme principal symbole la baisse considérable des ventes de disques (quasiment 950 millions d’albums vendus en 2000 et seulement 326 millions en 2010 !), va s’appliquer chez d’autres acteurs de la culture si ces derniers ne parviennent pas à s’adapter aux changements. Et le secteur de l’édition fait partie, de mon point de vue, des domaines culturels qui seront très vite en danger s’ils ne parviennent pas à anticiper correctement la manière dont les usages de nos contemporains évoluent.

15 000 : c’est le nombre de livres vendus par le journaliste Daniel Schneidermann, et ce en seulement quatre semaines. Mais il ne s’agit pas de 15 000 « La crise au Sarkozistan » vendus en librairie, il s’agit de 15 000 ouvrages sortis UNIQUEMENT en format numérique sur Internet. La société change, les Hommes courent après la technologie (iPhone, IPad etc.) et la manière qu’ils ont de s’informer évolue. Ce changement de perspective a des conséquences économiques fortes puisque l’usage des formats physiques se perd.

Seuls ceux qui continuent à avoir de l’attachement au format cd – dont la qualité est sans conteste supérieure au mp3 – continuent et continueront à acheter des albums physiques. Seuls ceux qui apprécient avoir un livre entre les mains – dont l’aspect maniable est sans conteste supérieur au fait de lire un livre sur écran – continuent et continueront à se rendre en librairie pour acheter des ouvrages physiques.

Pourtant le format physique en général est amené à disparaître s’il ne se renouvelle pas et c’est pour cette raison que la presse se doit par exemple de proposer des offres alternatives – éditoriales et économiques – sur d’autres supports pour rester en phase avec un public de plus en plus volatile. Cela nécessite des moyens considérables et, mise à part la presse hebdomadaire généraliste qui fait figure d’exception, le secteur de la presse reste en crise. L’un de ses problèmes ayant été d’avoir mis trop de temps à comprendre et anticiper l’arrivée du web et les changements qu’il a apporté.

Mais ces changements ne concernent pas uniquement la presse et l’édition est par exemple un business, à l’image de l’industrie de la musique, en mutation. D’ailleurs ce n’est pas pour rien qu’il fait partie des chantiers majeurs de certains gros acteurs du web (comme Google) qui ont commencé depuis quelques années à archiver du contenu physique pour le proposer à la vente digitale sur Internet.

Mais pour éviter la tragédie que représente le téléchargement illégal dans la musique, les acteurs de l’édition se mobilisent en ce moment très fortement pour qu’un accord sain soit trouvé entre tous les interlocuteurs. Ceci dans le but que les intérêts de tous ceux qui font le marché de ce secteur d’activité (écrivains, maison d’édition, grosses structures qui mettent en place la technique de vente sur le web…) soient préservés au maximum.

Le monde de l’édition a raison d’anticiper sa transformation inéluctable car la chute de l’industrie de la musique a prouvé que les choses pouvaient aller très vite, et ce sans retour possible. Si plus de voix importantes s’étaient manifestées pour défendre le droit des artistes au moment de l’affaire Napster, peut-être que les choses seraient différentes aujourd’hui et que les 30 000 artistes qui vivent actuellement de la musique live dans le monde seraient le double, le triple ou le quadruple actuellement. Cette situation est d’une tristesse sans nom et, encore une fois, je tire mon chapeau a tous les artistes passionnés qui ont le COURAGE INCROYABLE de se lancer dans la musique avec pour objectif de vivre de leur passion MALGRE LA SITUATION ACTUELLE.

Mais les faits sont ce qu’ils sont. Quand un système change, c’est un ouragan qu’on ne peut plus arrêter. Les disquaires sont voués à disparaître progressivement, ce qui est à coup sûr le cas des libraires. Précurseur dans son domaine et ancien du journal Le Monde, Daniel Schneidermann est un nouvel exemple qui prouve que l’on peut sortir d’un domaine traditionnel (en l’occurrence vendre un livre via une maison d’édition) pour promouvoir son œuvre d’une manière différente (seul sur le web).

Les choses sont claires et voilà comment elles vont tourner dans le futur :

La vente des livres en ligne va se multiplier. N’importe qui pourra écrire des livres et se dire « écrivain » en publiant facilement son ouvrage sans trop de moyens. Comme n’importe qui peut actuellement poster des chansons sur MySpace et se dire « artiste ». L’offre de lecture va en conséquence exploser comme l’offre musicale n’a cessé de croître. Il y aura du bon (parfois) et du (très) mauvais (souvent). Mais ne s’en sortiront uniquement, talent ou pas, ceux qui parviendront à faire une communication maximale – seuls ou avec l’aide d’organismes de poids – de leur œuvre.

Il y aura beaucoup de laissés pour compte dans le monde de l’édition car il y a eu, et il y aura encore, beaucoup de laissés pour compte dans le monde de la musique. Espérons toutefois que le désir d’anticipation des décisionnaires de l’édition – et pour cause ils sont tous très conscients du manque à gagner qu’a connu le monde de la musique… – laissera moins d’emplois au bord de la route que dans notre secteur d’activité.

That’s how it goes, everybody knows.



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