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Interview   

Lethe : les pieds aux Enfers, la tête dans la lune


Il y a en musique, parfois, de vraies surprises, de celles que l’on attendait pas, et Lethe avec son premier album When Dreams Become Nightmares sorti en 2014 en était une. Lethe, c’est le duo formé par le norvégien Tor-Helge Skei, maître à penser notamment des inclassables Manes, et la chanteuse suisse et joueuse de vielle à roue, anciennement chez Eluveitie, Anna Murphy. Un duo, certes, mais qui tient les rênes d’une entité tentaculaire, tant elle ouvre sa porte à des collaborations de tous horizons mais aussi va piocher dans une diversité de styles musicaux pour construire son propre univers, sans limite. La cohérence du produit fini en est même surprenante.

A l’occasion de la sortie du second album The First Corpse On The Moon, nous nous sommes entretenus par email avec les deux instigateurs du projet – les deux avouant ne pas être très à l’aise au téléphone. Voilà donc de quoi en savoir plus sur la genèse du projet, son état d’esprit et la complémentarité entre Anna et Tor-Helge qui fait toute la force du binôme. Nous en avons par ailleurs profité pour poser quelques questions à Anna au sujet de sa toute jeune formation Cellar Darling, fondée l’année dernière avec le batteur Merlin Sutter et le guitariste Ivo Henzi, eux-même d’anciens d’Eluveitie.

« Euh… Maintenant que le dis, nous devrions absolument faire une reprise de Céline Dion ! »

Radio Metal : Vous sortez votre second album avec Lethe, mais tout d’abord, comment ce projet a-t-il vu le jour et quelle était votre idée initiale ?

Anna Murphy (chant, vielle à roue, programmation, synthés) : j’ai toujours été une énorme fan de Manes et lorsqu’Eluveitie a sorti son album Helveitios, j’ai discuté avec un journaliste – qui est maintenant le chanteur du groupe Path Of Desolation que j’ai produit – de notre amour mutuel pour ce groupe. Quelques mois plus tard, il m’a recontacté et a dit que Tor-Helge recherchait actuellement des collaborateurs, donc sans trop y réfléchir, j’ai pris contact et voilà comment tout a commencé. Nous avons travaillé sur quelques reprises et chansons, et le déclic s’est fait, donc Tor-Helge m’a demandé si je voulais monter un vrai groupe à partir de ça et peu de temps après, je me suis rendue en avion à Trondheim pour travailler sur notre premier album.

Même si vos deux albums bénéficient de nombreux contributeurs, Lethe est avant tout un duo. Pourquoi avoir fait ce choix plutôt que d’avoir un line-up de groupe classique ?

Tor-Helge Skei (guitare, basse, samples, programmation, synthés) : Nous ne répétons pas, ni ne jouons en live, donc il n’y a pas besoin d’avoir toutes ces personnes dans le groupe. Anna et moi pouvons jouer la plupart des instruments nous-même, donc pourquoi ne pas le faire nous-même ? Et, d’après mon expérience, plus il y a de gens impliqués dans un projet ou un groupe ou une idée, plus les chances d’avoir des désaccords et des confrontations sont grandes, ainsi que le fait d’avoir à accepter des compromis et des choses avec lesquelles tu n’es pas à cent pour cent à l’aise. Etant un duo, et aussi en phase musicalement que nous le sommes, il y a très peu de ça dans Lethe.

Est-ce que ça vous permet d’avoir davantage de contrôle sur vos compositions ?

Oui et non. Personnellement, je crée toujours les idées initiales et les ébauches dans mon home « studio », avec personne d’autre autour de moi. Je suis complètement concentré, et je plonge si profondément dans le monde sonore que je trouve ça très dur de travailler avec d’autres gens dans la même pièce, ou face à face. Ça m’arrache de l’atmosphère dans laquelle je veux être, le fait de discuter de trivialités et tout. Mais ensuite, pour ce qui est d’assembler un album, ou vraiment terminer les chansons, je trouve qu’il est plus facile de travailler avec d’autres gens.

Pouvez-vous décrire l’alchimie musicale qu’il y a entre vous ? Comment est-ce que ça fonctionne ?

Anna : Je n’en ai honnêtement aucune idée, ça fonctionne, c’est tout. Je pense que c’est peut-être parce que nous sommes semblables de par bien des aspects, nous nous battons beaucoup tous les deux contre des problèmes de santé et nous avons des esprits qui nous jouent constamment des tours. Je pense que ça fait que nos philosophies et notre humour coïncident, d’une certaine façon. Il y a aussi le fait que nous ne voyons pas l’intérêt de limiter nos horizons par rapport à la musique, ce qui est probablement la « règle » la plus importante dans Lethe. La règle est qu’il n’y a pas de règle, en gros.

Comment cette alchimie entre vous deux a-t-elle évolué d’un album à l’autre ?

Hormis pour quelques morceaux, la « structure » principale est toujours écrite par Tor-Helge, il fait la majorité de la programmation, des guitares, etc. Ensuite j’ajoute tous mes trucs par-dessus, principalement de manière spontanée lorsque je suis à Trondheim et que nous travaillons sur les chansons ensemble. Plein de choses sont improvisées, dont les paroles, et restent ainsi. Je pense que sur le premier album, on peut entendre que nous démarrons et que nous nous « cherchons » encore un peu, certaines chansons ont été écrites ensemble, même si nous ne nous étions en fait jamais rencontrés, et puis le reste a été fait durant mon premier voyage là-bas. Sur le nouvel album il y a davantage une ligne directrice, je pense, et tout est à sa place, même si ça part quand même dans tous les sens, mais c’est ainsi que ça doit être.

Eivind Fjøseide est apparemment le collaborateur le plus prédominant. Quelle relation artistique entretenez-vous avec lui, et quel est son niveau d’implication dans le projet ?

Tor-Helge : Il a participé aux points de départs initiaux, les ébauches de certaines chansons, pour le premier album et pour celui-ci. Il joue dans Manes, donc j’ai beaucoup de contact avec lui, et une relation musicale forte. Lui et moi sommes totalement en phase lorsqu’il s’agit de l’atmosphère et l’humeur de la musique, donc c’était plutôt naturel de travailler avec lui également pour Lethe. Il a aussi contribué à certains des autres projets que je fais, comme Manii.

Comment la collaboration avec les autres contributeurs fonctionne-t-elle ? Quelle est leur implication ? Sont-ils de simples « exécutants » ou bien ont-ils leur mot à dire sur la musique ou pour ajouter leur propre touche ?

Je pense qu’Eivind est le seul qui a vraiment une influence sur les chansons elles-mêmes. La plupart des collaborateurs ont fait des « apparitions » en tant qu’invités. Ce que j’appelle du piment et des ornements [rires]. Certains d’entre eux nous laissent utiliser des choses que nous avons faites avec eux pour des chansons qui ne se sont pas matérialisées. Ca varie. Ceci dit, le jeu de batterie de Tor Ame a vraiment changé le feeling de certaines parties assez drastiquement.

Anna : Je vais parler des contributions de « mon côté du globe ». Andreas Dobler alias Res, l’un de mes meilleurs amis ici, a écrit plein de paroles pour l’album, il est aussi dans mon groupe Fräkmündt. En gros, il m’a juste montré les paroles et je lui ai demandé si je pouvais les utiliser parce qu’elles étaient parfaites pour Lethe. Fredy Schnyder, de Nucleus Torn, a surtout arrangé des parties de piano préexistantes et programmées, pour les faire bien mieux sonner, mais il a aussi composé ses propres parties – comme sur « With You » ou « Exorcism » surtout. En fait, « Exorcism » vient d’une session de jam entre Fredy et moi. Nous avons mis en place un microphone dans la pièce et joué des choses au hasard et cette chanson est un extrait de cette session… C’est aussi pourquoi les paroles parfois n’ont aucun sens – et certaines de mes notes sont un peufausses… [rires] elles étaient également improvisées. Shir-Ran Yinon, nous lui avons donné une idée générale de ce qu’elle devait jouer, mais elle s’est vraiment approprié la chanson et a créé des arrangements de cordes vraiment beaux et élaborés, ce qui est l’un de ses plus grands talents en tant que compositrice classique. Ivo Henzi, de Cellar Darling et Forest Of Fog, a ajouté quelques guitares à certaines chansons afin d’épaissir les choses. K-Rip est un rappeur Français, venant de la partie française de la Suisse, et il a pris contact avec le groupe et a arrangé ses parties de son côté.

« Si la plupart des gens ne s’étaient pas mis des barrières, alors la musique électrique n’aurait pas cette place spéciale qu’elle a. Il faut qu’il y ait des contrastes pour que les choses soient intéressantes. »

De façon plus générale, pouvez-vous dire comment vous faites vos choix de contributeurs ?

Il me vient des idées sur à qui nous pourrions demander de participer dès que je travaille sur une chanson. Si j’entends que telle partie pourrait vraiment profiter d’un vrai piano ou de vraies cordes, alors je sais immédiatement à qui demander. Mais il faut toujours qu’il y ait l’étincelle qui fait dire « cette partie a besoin de ça ! », ce n’est jamais une décision prise uniquement parce que nous le pouvons.

Tor-Helge : Ca varie. Lorsque je fais de la musique, des ébauches et des idées, je ne pense pas vraiment à dans quel projet cela pourra être utilisé, et j’aime travailler avec un apport extérieur, pour semer un peu la zizanie dans ma zone de confort. Donc les idées qui survivent le plus longtemps ont tendance à accumuler diverses choses. Et certaines de ces idées initiales apparaissent dans l’album. Parfois il est un peu difficile de suivre d’où viennent toutes ces idées. Il faut que je m’améliore par rapport à ça. Nous avons aussi demandé à certaines personnes « d’ajouter leurs trucs ». Donc, tout comme pour la musique, les raisons et l’histoire de tout ce qui apparaît vient d’un peu de partout.

Votre musique est un mélange inhabituel d’influences, comme le metal avant-gardiste, le trip-hop, la pop, etc. Ceci étant dit, y a-t-il des règles artistiques, quelles qu’elles soient, auxquelles vous devez obéir dans Lethe ?

Anna : Pas vraiment. Je veux dire qu’il y a des choses évidentes, comme le fait que nous ne ferons jamais quelque chose qui ne nous correspond pas ou que nous n’aimons pas, mais heureusement, nous avons les mêmes goûts dans presque tout. Ce n’est pas comme si Tor-Helge me surprenait en me demandant si ça nous intéresse de faire une reprise de Céline Dion ou quelque chose comme ça… Enfin, je crois, mais sait-on jamais… [Rires]

Tor-Helge : Euh… Maintenant que le dis, nous devrions absolument faire une reprise de Céline Dion ! La faire à la sauce Lethe.

Le mélange de styles paraît très naturel. Pensez-vous que votre musique démontre qu’on peut être créatifs et différents de la tendance générale sans forcément sonner « bizarre » ou « pas à sa place » ?

Anna : Merci ! Oui, assurément. Bien que ça reste une question de définition. Je suis certaine que plein de gens pensent que notre musique est très étrange/bizarre ou qu’elle n’a aucun sens. Mais nous n’écrivons pas de la musique pour ces gens, donc nous avons la liberté de ne pas avoir à nous en inquiéter.

Pensez-vous que les gens s’imposent trop de barrières stylistiques de nos jours ?

Je me plains souvent de l’étroitesse d’esprit des gens mais lorsque j’y réfléchis, je répondrais à ça par la négative. Car si la plupart des gens ne s’étaient pas mis des barrières, alors la musique électrique n’aurait pas cette place spéciale qu’elle a. Il faut qu’il y ait des contrastes pour que les choses soient intéressantes.

La musique de Lethe est évidemment plus proche de Manes que de ce que l’on connaît de la part d’Anna. Du coup, Tor-Helge, comment comparerais-tu Manes et Lethe ?

Tor-Helge : La différence principale est la façon dont les chansons sont assemblées et terminées, et comment les personnalités impliquées affectent le résultat final. Lorsque nous travaillons sur un album, différentes personnes abordent ça très différemment, donc ça affecte le résultat final. Et j’aime donner aux gens avec qui je travaille beaucoup de contrôle créatif, ou alors ça n’aurait aucun intérêt de travailler avec eux.

Les voix ont un rôle important dans votre musique : en dehors du chant d’Anna, il y a des voix additionnelles, des samples, etc. Dans le rock et le metal, habituellement, c’est un riff de guitare qui sert de base, mais diriez-vous que dans votre cas, le chant est le point de départ ? Avez-vous le chant en tête lorsque vous composez les parties instrumentales ?

Pas vraiment, mais le plus tôt certains chants sont ajoutés à une idée, le plus « importants » ou proéminents ils tendent à être. Et si nous avons seulement quelques petits enregistrements de test, faits sur un téléphone portable ou autre, il se peut que je passe en boucle certaines de ces parties, et que je les utilise comme un instrument ou un sample. Anna se focalise plus sur les voix et les paroles que moi, j’imagine.

Pour votre premier album, presque toute la composition a été réalisée en échangeant des fichiers via internet. Comment ce processus a-t-il évolué depuis ? Travaillez-vous toujours comme ça ?

Anna : Oui, mais la majeure partie du travail a été faite lorsque je rendais visite à Tor-Helge à Trondheim pendant quelques jours. Nous enregistrions toutes les démos vocales ensemble, nous avons fait quelques programmations et jam et avons travaillé sur la tracklist et l’ordre des chansons.

Tor-Helge, tu as décrit ta façon d’écrire la musique comme étant « chaotique, imprévue, saugrenue … », ajoutant que « la musique évolue toute seule et nous nous contentons de suivre. » Est-ce que ça veut dire que tu n’as pas vraiment de contrôle sur ta création ?

Tor-Hedge : Ouais, à peu près. Il faut juste laisser la chanson te dire ce qu’elle veut devenir, et la suivre sur son périple [rires]. Si tu essayes de contrôler, ou de forcer une idée vers une direction ou un style spécifique, au final tout tend à sonner pareil, et tu ne fais que te répéter, luttant à trouver la variation N de la même bonne vieille formule.

« Si tu essayes de contrôler, ou de forcer une idée vers une direction ou un style spécifique, au final tout tend à sonner pareil, et tu ne fais que te répéter, luttant à trouver la variation N de la même bonne vieille formule. »

Tu as aussi dit que puisqu’Anna travaille dans un studio, elle « se focalise bien plus sur la qualité du son et les fréquences et ce genre de choses, alors que [toi, tu es] obsédé uniquement par le sentiment et l’atmosphère générale. » Est-ce que ça produit une approche totalement différente de ce que les groupes font habituellement ? Quelles sont les conséquences de cette approche ?

Peut-être. Je me fiche de savoir si je joue « correctement », je ne sais pas si un son est bon ou mauvais, tout ce que je sais c’est si j’aime. J’aime beaucoup de bruits. J’ai grandi avec le black metal et le tape trading et « le septième cercle de l’enfer du bruit sur cassette » [rires], et j’ai appris à vraiment aimer ce que le bruit peut faire pour la musique. Donc, personnellement, je ne me préoccupe pas du tout de quoi que ce soit ressemblant à un son hi-fi ou une quelconque exactitude. Je sais qu’Anna se soucie plus de la qualité du son et ce genre de choses, et c’est probablement très bien pour Lethe qu’au moins un de nous deux s’occupe de ça [rires].

Quel sentiment et quelle atmosphère générale voulais-tu conférer à ce nouvel album ?

Hmmm…. Je n’en suis pas sûr. Ce n’est pas comme si c’était un album conceptuel ou quoi. C’est juste que l’atmosphère et le sentiment des chansons, pour la plupart, vont dans la même direction – généralement en allant de mal en pis. Nous tirons beaucoup d’inspiration et d’influences de la vie réelle, généralement les pires parties de la vraie vie, ce qui probablement rend l’album un peu noir et lugubre ? Mais nous aimons les contrastes et les « hauts et bas », donc l’album est assez varié, je dirais, autant musicalement qu’au niveau des paroles.

Anna, tu t’étais dite pas complètement satisfaite du mixage du premier album. Qu’est-ce qui n’allait pas ? Et qu’as-tu fait sur ce nouvel album pour le corriger ?

Anna : Les deux albums ont été très difficiles à mixer. Dans certains morceaux, je n’avais qu’un fichier stéréo de tout l’enregistrement de batterie et aucune piste séparée, puis sur d’autres chansons des pistes MIDI pour des batteries électroniques. Des sons de guitares complètement différents – parfois venant d’une DI, parfois d’un POD, parfois d’autre chose – et en général, il y avait de nombreux facteurs qui faisaient qu’il était très compliqué de rendre l’album homogène. Nous voulons surtout avoir des bonne pistes bien claires et de préférence qui aient été enregistrées dans le même cadre pour chaque chanson, simplement parce que ça facilite les choses.

Mais la musicienne en moi me dit que ce principe plutôt « chaotique » correspond précisément à ce que ça doit être et à l’une des raisons pour lesquelles Lethe sonne comme ça sonne. Nous ne prévoyons pas les enregistrements de batterie/guitare/n’importe, nous nous fichons de si quelque chose a été enregistré en démo quelque part dans un garage ou si ça a été fait dans un véritable studio. Ce qui importe, c’est le moment et ce qui a été capturé, c’est la partie essentielle. Et au final, c’est aussi un défi, ce qui, je pense, est une bonne chose. Je me suis beaucoup améliorée depuis le premier album, ce qui explique aussi pourquoi le nouvel album sonne tellement mieux et j’en suis très contente !

La musique de Lethe contient plein d’éléments différents. Du coup, plus spécifiquement, comment approches-tu le mixage de ce type de musique ?

Je veux que tout soit audible et je veux que les choses se mélangent bien. En l’occurrence, souvent, lorsqu’il y a de vraies parties de batterie, il y a aussi des batteries électroniques qui jouent en même temps. Je veux créer une sorte de symbiose entre les deux plutôt que d’en choisir une comme l’instrument principal. Lorsqu’il y a un petit élément que je n’arrive pas à intégrer dans le mix, je préfère supprimer la piste plutôt que de la sous-mixer au point de la rendre presque inaudible. Mais ce n’est pas souvent le cas. Aussi, je n’aime pas avoir trop de règles lorsque je mixe et je fais simplement confiance à mon instinct. Parfois quelque chose est peut-être un peu trop fort et couvre autre chose, mais c’est parce que ça paraissait bien sur le moment. Ce que je ne supporte pas, ce sont les albums qui sont mixés complètement sans dynamique et sans « prise de risque », c’est juste barbant.

Comment t’es-tu retrouvée à t’occuper du mixage dans Lethe ? Quel est ton background dans le mixage et la production musicale ?

Je ne sais pas vraiment, ça semblait logique dans la mesure où je travaille dans un studio et que j’aime beaucoup mixer. J’ai commencé à travailler dans un studio en 2011 en tant qu’apprentie, à simplement mettre en place des sessions et à apprendre le métier avec Marco Jencarelli au Soundfarm Studio de Lucerne. Mon progrès en tant qu’ingénieur son est peu « lent » vu que mon métier est principalement d’être musicienne et que je dois souvent m’absenter du studio pendant des mois à cause des tournées ou parce que j’écris moi-même un album. Je n’aime pas moins ce boulot pour autant, j’y travaille dur et je l’adore.

Le titre de l’album est First Corpse On The Moon. C’est un titre assez sombre et mystérieux. Pourvez-vous nous en dire plus à son sujet ?

C’est le titre de paroles que Res (A. Dobler) a écrites pour nous et nous l’avons tellement aimé que nous avons décidé de le mettre sur la pochette. Le concept colle parfaitement à Lethe.

Est-ce qu’il signifierait que c’est dans la nature de l’homme de s’entretuer et qu’au final, nous nous le feront même dans l’espace ou sur la lune ?

C’est une façon intéressante de le voir. Bon, je ne suis pas quelqu’un qui a une grande foi en l’humanité, donc je peux imaginer des gens s’entretuer partout, pour être honnête. Mais pour ce qui est de notre « cadavre »… N’importe quoi aurait pu arriver. Nous ne savons pas [rires].

Avec un tel titre, il est difficile de ne pas penser à Dark Side Of The Moon de Pink Floyd. Y a-t-il un lien ?

J’aime Pink Floyd, mais non, il n’y a pas de lien conscient.

« J’ai grandi avec le black metal et le tape trading et ‘le septième cercle de l’enfer du bruit sur cassette’ [rires], et j’ai appris à vraiment aimer ce que le bruit peut faire pour la musique. »

La musique de Lethe est inspirée par la mort, les cauchemars, l’obscurité intérieure, l’horreur, etc. D’où vient cette inspiration ?

De choses qui nous fascinent et occupent notre esprit. Ceci dit, les paroles ne sont pas toutes si sombres, il en a aussi qui sont songeuses ou purement métaphoriques.

N’est-ce pas ironique que la musique, même si elle possède parfois une certaine mélancolie, puisse paraître si apaisante et songeuse, tout en étant inspirée par une telle noirceur ?

Ouais, c’est exactement le genre d’atmosphère que nous voulons créer, je dirais. J’aime ce genre de contraste… Nous sommes tous les deux des rêveurs sombres [rires].

Pouvez-vous nous en dire plus sur les thèmes et sujets abordés sur ce nouvel album ?

Il y en a plein. Certaines paroles, je considère qu’elles ne font que servir un intérêt poétique. C’est de la prose, des mots qui peignent des images et créent des contes. « The First Corpse On The Moon » ou « Night » sont de bons exemples de cette approche. Il y a aussi des thèmes plus évidents ou « directs » où nous évoquons des histoires et émotions que l’on peut saisir. Les drogues, la maladie, l’amitié… Tout est là, il faut juste bien écouter. Et puis il y aussi d’autres inspirations. « Teaching Birds How To Fly » utilise des citations du livre « Antifragile » du philosophe Nassim Taleb.

En général, nous avons une approche un peu différente des paroles que celle qu’ont les groupes traditionnels. Nous aimons beaucoup les paroles qui « tournent en boucle », des choses qui sont répétées encore et encore. Nous avons la même approche avec ça qu’avec une jolie boucle de batterie ou sur un lead de guitare. Pourquoi toujours chercher quelque chose de nouveau lorsque la même chose qui se répète peut sonner magique ? Asgeir Hatlen – l’autre chanteur principal sur l’album – n’a même pas de parole devant lui, il ne fait qu’improviser les paroles sur le moment.

Le nom du groupe, Lethe, a plusieurs significations. C’est l’une des cinq rivières des Enfers d’Hades, c’est le nom d’un papillon et c’est aussi une chanson de Dark Tranquillity. Pouvez-vous nous en dire plus sur le choix de ce nom ?

Tor-Helge : La raison initiale est celle de la mythologie romaine, avec Hades. J’ai eu cette longue et profonde réflexion pour expliquer pourquoi ce serait parfait pour Lethe, mais elle s’est un peu perdue en cours de route [rires]. Dans la mythologie romaine, il faut boire l’eau de la rivière Lethe pour oublier ta vie terrestre, avant d’être autorisé à aller aux Enfers. La musique étant parfois une forme de thérapie ou de « méditation », je trouvais que le concept d’oublier et « purifier son esprit » d’une vie normale pourrait être un concept sympa pour le projet/groupe. Mais l’idée originelle n’a pas été suivie de manière trop stricte. Bon, bon… Après que le premier album est sorti, nous avons découvert qu’il y avait un paquet d’autres Lethe qui existaient. Et alors ?

Costin Chioreanu a réalisé l’artwork de l’album cette fois. Pourquoi vous être portés sur lui cette fois et comment avez-vous travaillé avec lui ?

Anna : Parce qu’il est le meilleur. Nous lui avons envoyé les chansons et les paroles, et c’est tout, le reste c’est tout lui. Voilà pourquoi nous l’avons choisi.

Anna, tu as un nouveau groupe baptisé Cellar Darling, fondé avec les ex-Eluveitie Merlin Sutter et Ivo Henzi, et à peine quelques mois après votre départ d’Eluveitie vous aviez déjà sorti deux chansons. Etait-ce important de continuer, tous les trois, à travailler ensemble ?

Ouais, clairement, la question ne se posait même pas. Nous avons tout de suite commencé à travailler ensemble sur des chansons après le split. Et nous avons commencé à travailler sur de la musique tout de suite parce que c’est la seule chose que nous pouvons faire de nos vies et que nous voulons faire… Nous n’avons pas ressenti de pression ou ne nous sommes pas dit « on doit sortir quelque chose ». De toute façon, nous avions des idées et écrire de la nouvelle musique semblait être la bonne chose à faire, pour nous accompagner dans notre nouveau chapitre dans la vie.

Vous avez donc sorti ces deux chansons mais sans annoncer d’album. Pourquoi avoir procédé ainsi ?

Le but a toujours été de travailler sur un album, nous n’avons pas ressenti le besoin de l’annoncer parce que nous pensions que le fait de sortir de la musique et au final un album vont de paire. Sortir les chansons avant, évidemment, ça envoie un message. Ça montre que nous sommes prêts pour quelque chose de nouveau.

Quelles ont été les réactions à ces chansons jusqu’ici ?

Très bonnes ! C’est incroyable ce qui s’est passé en si peu de temps et le soutien que nous recevons de toutes parts. Comme tu le sais peut-être, nous avons déjà signé chez Nuclear Blast, ce qui est une énorme étape pour un groupe aussi neuf. En dehors de ça, nous avons aussi commencé à donner des concerts et c’est sympa de voir tant de gens déjà venir voir nos shows et apprécier la musique. Nous n’aurions pas pu rêver mieux.

Quels sont vos plans maintenant pour Cellar Darling ?

Nous avons enregistré six chansons au New Sound Studio de Tommy Vetterli, le guitariste de Coroner, nous sommes actuellement en train de composer d’autres chansons et puis nous retournerons en studio en mars pour finir notre premier album. Il sortira durant l’été et d’ici là nous donnerons quelques concert par ci par là.

Avec un peu de recul, quel est ton sentiment sur ton départ d’Eluveitie ? Penses-tu que c’était inévitable ?

C’était une énorme surprise à l’époque, je n’aurais jamais imaginé qu’un jour je quitterais Eluveitie. Mais je ne le regrette pas et c’était le bon choix. Même si redémarrer de zéro est dur et que je n’ai aucune idée d’où ceci nous mènera, je n’aurais pas pu rester dans le groupe sous ces circonstances et aujourd’hui, je sens que ma façon de créer de la musique et de vivre est plus vraie et authentique que jamais. C’est ce qui est le plus important.

Interview réalisée par email le 7 mars 2017 par Nicolas Gricourt.
Fiche de questions : Philippe Sliwa & Nicolas Gricourt.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Page Facebook officielle de Lethe : www.facebook.com/LetheProject

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