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Chronique   

Lethe – The First Corpse On The Moon


Trois années après le premier fruit de l’union artistique entre Tor-Helge Skei (Manes, Manii) et Anna Murphy (Cellar Darling, ex-Eluveitie), Lethe poursuit sa route et présente son second album, The First Corpse On The Moon. Le premier, When Dreams Become Nightmares, était exposé comme une œuvre trip-hop/électronique réunissant les inspirations communes des deux artistes – même si celle-ci était d’avantage dans la continuité des travaux de Manes que les projets de la musicienne -, se revendiquant détachés des étiquettes, décrivant eux-mêmes leur musique par son aspect expérimental sans limites et aux frontières ouvertes. Pourtant, là où on aurait pu s’attendre à être surpris par la suite de l’aventure, on a tôt fait de retrouver ses marques et reconnaître une cohérence entre le premier et ce second opus qui s’inscrit dans un registre similaire, un cocktail avant-gardiste allant de la pop au metal. Mais bien plus encore…

A travers la diversité des styles musicaux exploités, le groupe veut proposer « un voyage musical » ainsi qu’une expérience introspective. Un voyage qui prend pour point de départ l’ambiance très spatiale de l’introduction de « Night » et ses sonorités bruitistes inquiétantes, qui laissent rapidement place aux premiers arpèges de guitare et à la voix envoûtante, immédiatement reconnaissable, d’Anna Murphy. Le groupe ambitionne de créer une musique qui ne s’impose aucune barrière et c’est ainsi que des titres comme « My Doom » ou « Teaching Birds How To Fly » trouvent une jonction entre l’electro-metal à la sauce de KMFDM, et un trip-hop se rapprochant de Massive Attack, pour ne citer qu’eux. Les éléments metal sont majoritairement en second plan, et proviennent surtout de quelques riffs bien placés et une batterie électronique dont le but principal est de dynamiser les mélodies. Une chanson telle que « With You », qui possède une mélancolie singulière, appuyée notamment par des envolées de piano, gagne alors en puissance avec les rythmiques de guitares qui se superposent les unes aux autres.

L’album dans son ensemble apparait comme une illustration de la pensée et des dialogues internes, par la juxtaposition d’une diversité de chants et de voix (le duo est toujours accompagné d’une multitude d’invités), certains semblants lointains et d’autres murmurés à l’oreille de l’auditeur, parfois indiscernables les uns des autres, rendant un effet nébuleux mais toujours éminemment mélodique. De même, une forme de tension musicale latente côtoie, voire se mêle à des passages apaisants. A cet égard, on peut évoquer « Down Into The Sun » et « Snow » qui entrent en matière avec une ouverture musicale très new-age, pour ensuite s’intensifier dans des sonorités industrielles, ce à quoi s’ajoute un chant rappé en français de K-Rip – rappelons que Manes avait déjà tenté cette expérimentation avec du hip-hop chanté français sur le titre « Come To Pass » de l’album How This World Came To An End. Ces influences multiples ont évidemment pour vocation de faire traverser à l’auditeur toute une palette d’émotions. La chanson éponyme atteint même le pic de sensibilité de l’opus grâce à un violon qui vient se marier au chant de velours d’Anna Murphy.

The First Corpse On The Moon sera vécu différemment selon le moment dans lequel il sera écouté et l’humeur de l’auditeur. Tous les morceaux étant assez denses, ils comportent beaucoup de dualités entre des mouvements paradoxaux, ainsi l’oreille peut porter son attention sur un aspect ou un autre au fil des écoutes et des réécoutes. Il s’agirait alors d’un album à vivre à « l’instant T », qui peut apparaître aussi bien déprimant que particulièrement évasif et même réconfortant. L’album se conclut sur « Exorcism », plus éthéré, avec le souffle d’une trompette bouchée, évoquant certaines atmosphères d’Erik Truffaz, et le doux chant de la vocaliste qui, guidé par un piano hypnotique, s’éloigne au fur et à mesure que la chanson s’achève…

Lethe, qui n’était à la base qu’un simple projet secondaire, concrétise son univers propre. Tout comme sur le premier opus, la symbiose « trip-hop metal » semble se faire très naturellement. Il s’agit bien ici d’un projet d’ouverture, aussi bien dans le sens musical que dans son univers, mais pas moins cohérent et accessible pour autant, et qui mérite au moins une écoute attentive ; peut-être vous ouvrira-t-il vos propres horizons.

Chanson « Down Into The Sun » en écoute :

Chanson « The First Corpse On The Moon » en écoute :

Album The First Corpse On The Moon, sortie le 24 février 2017 via My Kingdom Music. Disponible à l’achat ici



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