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Interview   

L’éveil de Dreamcatcher


Il n’y a pas vraiment de sens d’essayer de situer avec précision quel artiste, quel album, voire quelle chanson a enclenché l’engrenage qui a fait de nous des musiciens. Une carrière artistique se cultive dans la durée et accompagne les changements que nous traversons durant l’existence et l’évolution de nos goûts. Evidemment que Dreamcatcher est le résultat d’un faisceau d’influences, de personnalités et de souvenirs. Dans l’interview qui suit, Chris Garrel évoque d’ailleurs ces influences changeantes, ces instants de vie capturés à travers la musique et les textes mais aussi l’histoire de cette entité dont les évolutions de line-up, les hauts, les bas ont eux mêmes eu un rôle dans ce qu’elle est aujourd’hui.

Cela étant dit, pour Chris, Iron Maiden représente plus qu’une influence musicale. Tout dans le groupe anglais, sa musique, ses textes, son imagerie, ses choix de carrière, a inspiré en lui un projet de vie. Il était donc impossible de ne pas l’encourager à parler en tant que fan et de passer de l’interview à la discussion et l’échange d’anecdotes.

« Ce groupe est le projet le plus abouti et je pense que c’est ce groupe qui m’accompagnera dans la tombe le jour où Dieu ne me prêtera plus vie [rires]. »

Radio Metal : Ce groupe représente quand même seize ans de travail. Cependant, tu sembles avoir près de trente ans de carrière dans la musique. Pourrais-tu nous parler de toi dans un premier temps ?

Chris Garrel (chant) : J’ai grandi dans une période bénie, à un moment où c’était cool d’être un fan de ce que l’on appelait à l’époque le « hard rock ». Je suis tombé dedans en 1979 avec Trust, AC/DC, et puis en 1980, il y a le premier album d’Iron Maiden qui est arrivé, et là, cela a été la révélation, l’acte fondateur ! [Rires] Cela a peut-être été ce qui m’a donné l’envie d’un jour faire de la musique. À dix-sept ans j’ai commencé à bosser, et avec ma première paye, je me suis acheté une guitare et j’ai monté mon premier groupe. Ensuite, j’ai eu des formations diverses et variées, j’ai fait des concerts, on en est souvent restés au stade de la démo, et à chaque fois, tu passes en studio, tu « apprends » le métier. Et après toutes ces expériences, je me suis dit : « Je vais créer Dreamcatcher et celui-là, ça va être le bon, et on ne va pas lâcher ! », dans le sens où quoi qu’il puisse m’arriver, ça continuera. Je dis ça parce qu’entre temps, Dreamcatcher a connu beaucoup de changements de line-up, il y a des gens qui sont partis, d’autres qui sont arrivés… Ce groupe est le projet le plus abouti et je pense que c’est ce groupe qui m’accompagnera dans la tombe le jour où Dieu ne me prêtera plus vie [rires].

Tu parlais à l’instant de changements de line-up. Le groupe a été formé en 2001, mais il y a apparemment un coup dur assez marquant dans l’histoire du groupe, c’est en 2007, avec le départ de tous les membres, à part toi. Tu t’es retrouvé tout seul à ce moment-là. Que s’est-il passé à l’époque pour que tout le monde parte ?

Ce qui s’est passé, c’est que de 2001 à 2006, j’étais avec un guitariste et ensemble, nous avons commencé à composer ce qui allait devenir les bases du premier album de Dreamcatcher. Nous avons sorti un quatre-titres, et alors que nous étions partis dans un projet studio et que nous étions un peu saoulés de toutes ces expériences de groupe qui avaient plus ou moins bien marché, nous avons été piqués au jeu et nous nous sommes dit : « On est mignons avec notre quatre-titres; maintenant, on va faire des concerts ! » Nous avons recruté des gens à qui ça a plu, et nous avons commencé à enchaîner les concerts. Nous avons même poussé le bouchon un peu loin parce que, pour moi qui suis un grand fan d’Iron Maiden, nous avons fait le truc ultime, à savoir aller en Angleterre pour jouer au Ruskin Arms, le pub qui a connu les débuts de Maiden. Et je dirais qu’au bout d’un an d’expérience, avec des dates qui n’étaient pas toujours roses, car il y a parfois des belles dates, parfois des dates dans des bars, où tu joues devant le patron et son chien avec personne dans la salle [rires], et le fait que nous ayons eu un des membres du groupe qui soient partis en province et pour qui ce n’était plus possible de continuer, nous nous sommes dit que finalement cette vie-là, ce n’était peut-être pas celle dont nous avions envie. Donc les autres, qui étaient plutôt arrivés au dernier moment et qui n’étaient pas forcément les plus motivés, ont fini par partir. Il y a ensuite eu une période de doute qui a duré une quinzaine de jours, où je me suis dit : « Qu’est-ce que je fais ? » Heureusement pour moi, j’étais entouré à l’époque de bons amis qui m’ont dit : « Non, Chris, fait ton truc. Tu y as déjà consacré six ans, presque sept, de ta vie. Non, continue. » Et après, ce qui s’est passé, c’est que j’ai refait le tour de mes potes, et on est repartis, j’ai relancé un nouveau line-up. Il ne s’est pas passé des choses particulièrement dramatiques, mais c’est vrai qu’à un moment, tu te dis : « Mais merde, c’est moi ! » Mais ça t’apprend des choses aussi. Ça t’apprend qu’au sein d’un groupe, il faut communiquer, c’est comme au sein d’un couple, s’il n’y a pas de communication, si les objectifs poursuivis ne sont pas clairs, il se passe ce qui se passe. À un moment donné, les gens sont un peu désillusionnés, et ceux qui ont moins de motivation que les autres, il ne suffit pas de grand-chose pour qu’ils prennent la porte et qu’ils décident de ranger leur guitare et d’aller faire autre chose.

Comment est-ce que l’alchimie et la musique du groupe ont évolué avec le nouveau line-up que tu as monté suite à cette vague de départs ?

C’était un nouveau départ. Ce qui était sympa, c’est qu’étant donné qu’à chaque fois que nous avions un titre qui était terminé, nous allions en studio pour le mettre en boîte, j’avais de bonnes bases. Je suis donc arrivé avec des démos de quasiment tous les morceaux de l’album. Il y avait donc déjà un bon point de départ ! Ensuite, l’alchimie s’est faite assez facilement, la sauce a pris relativement vite. Et puis c’est pareil, quand tu rentres dans un groupe où il y a, même si c’est un objectif à plus ou moins long terme, un objectif clair de sortir un album, ça motive énormément !

En 2012, vous avez sorti « Emerging From The Shadows ». Le titre a l’air assez évocateur, est-ce que les textes de ce disque-là parlaient entre autres de cette épreuve où tu t’es séparé de toutes ces personnes ?

Je me suis toujours dit : « Tu sais, Chris Garrel, personne ne t’attend ! » J’aimais bien cette image du groupe tapi dans l’ombre et qui enfin, après des années de galère, sortait enfin dans la lumière. Oui, il y avait des morceaux qui, dans les textes, étaient assez personnels, et qui montraient que, oui, sans forcément avoir de l’amertume, il y avait en effet certains textes, comme dans « No Way Out », où on disait que finalement, ce qui ne te tue pas te rend plus fort, mais c’était plus inconscient que conscient. Parce que je n’étais pas en mode rancune, ou en mode épreuve. C’était plus un mode où je voulais que ça avance, et j’avais vraiment envie que le projet se concrétise. Donc oui, inconsciemment, je m’en aperçois après, en lisant les textes, qu’à l’époque, j’étais quand même bien énervé, mais au moment où je l’ai fait, peut-être pas forcément !

Ce projet est clairement le tien, au départ, car c’est toi qui jusque-là amenais la base des morceaux, qui sont retravaillés de manière collégiale au niveau des arrangements. Est-ce un fonctionnement qui a évolué avec le temps ?

À partir du deuxième album, nous nous sommes retrouvés devant une feuille blanche où il fallait tout redémarrer, et là, il n’y avait pas le choix. Et surtout, les gens qui étaient là n’étaient pas des exécutants, il n’en était pas question une seule seconde. J’avais besoin d’eux, et ils avaient besoin de moi. Donc dès l’album suivant, celui dont nous parlons aujourd’hui, Blood On The Snow, la composition a été totalement faite par le groupe, avec des gens qui, dans un premier temps, se sont familiarisés avec le style et l’idée que j’avais amenée à ce qu’était Dreamcatcher. Et ensuite, le truc a évolué grâce à eux, tout en conservant ses caractéristiques premières, c’est-à-dire un groupe qui est quand même très influencé par son chanteur qui a un background assez heavy-thrash, mais avec des gens plus jeunes, qui ont de ce fait amené beaucoup d’idées, et m’ont un peu bousculé sur mes bases mais pour le plus grand bien du groupe.

« Je regrette cette époque où on formait plus une tribu et il y avait moins de sous-genres. La musique de Dreamcatcher ne cherche pas forcément à être consensuelle, mais du moins, elle est au confluent de plusieurs choses. »

J’ai lu que tu considérais que ta composition fétiche était « People Of Darkness », et tu avais déclaré que c’était parce que « c’est elle qui représente le mieux toutes les facettes de Dreamcatcher. Peux-tu nous dire pourquoi ?

Parce que justement, et c’est encore plus vrai sur le nouvel album, il y a cette volonté chez Dreamcatcher de raconter des histoires, d’être dans le narratif. Par exemple, l’histoire en question sur « People Of Darkness », c’est un sujet qui n’a pas forcément été beaucoup abordé par des groupes de metal [petits rires], c’est les procès pour sorcellerie. C’est le fait qu’à une époque, il était très facile, si tu avais envie de te débarrasser de ton voisin, de l’accuser d’être un sorcier et de l’amener au bûcher. Cette chanson, qui part d’une généralité, [ensuite évoque l’idée que] les descendants de ces sorciers qui avaient été brûlés revenaient pour prendre leur revanche. Mais surtout, dans ce morceau, et c’est un terme un peu galvaudé mais qui prend tout son sens, il y a un côté progressif. Quand je dis progressif, ce n’est pas progressif à la Dream Theater, ce n’est pas du metal progressif, mais c’est progressif dans le sens où c’est un morceau qui progresse dans sa structure et dans son avancement. Et on retrouve tous les éléments de Dreamcatcher là-dedans, on retrouve du thrash, on retrouve de la mélodie, on retrouve un côté heavy… Ce morceau est un morceau que nous jouons d’ailleurs toujours en concert, nous n’avons absolument pas renié le premier album, et il y a toujours des titres du premier album que nous jouons. C’est aussi peut-être mon morceau fétiche parce que je sais que c’est le morceau fétiche de beaucoup de gens qui écoutent la musique de Dreamcatcher, et ça fait partie des morceaux qu’on nous demande de jouer à chaque fois.

La biographie du groupe présente sur le site dit : « Entre modernité et tradition, ce nouvel album [est] porté par un chant clair et puissant, d’excellents riffs, des rythmiques lourdes et des soli de guitares efficaces. » Quand je lis ce texte et que j’entends votre musique, je pense vraiment au metal des années 1980 à l’époque où lorsqu’on parlait de Slayer, Metallica, AC/DC, Iron Maiden, Testament, on parlait tout simplement de « hard », on ne cherchait pas à catégoriser…

Oui, je regrette cette époque où on formait plus une tribu et il y avait moins de sous-genres. La musique de Dreamcatcher ne cherche pas forcément à être consensuelle, mais du moins, elle est au confluent de plusieurs choses. Quand j’écoute Testament reprendre « Powerslave » d’Iron Maiden, je me dis que ces mecs ont tout compris et que non seulement ils rendent hommage, mais qu’en plus ils sont là où il faut être à ce moment-là [petits rires]. Mais comme tu le dis, on pouvait être à la fois fan de Slayer, de Testament, de Sepultura, de Maiden; aujourd’hui, il y a beaucoup trop de chapelles, à mon sens. Et quand nous disons que nous sommes quelque part « entre modernité et tradition », c’est parce que c’est ma réalité au quotidien. J’ai par exemple, dans mon groupe, un batteur qui ne jure que par Meshuggah et par Dream Theater, et pour moi, cette musique m’était complètement inconnue il y a encore quelques années, et cet apport d’une batterie plus moderne nous ouvre sans doute des portes, et nous ouvre aux oreilles de gens qui n’auraient pas écouté ce type de musique parce qu’ils l’auraient trouvé daté. Après, comme je le dis, nous n’avons pas forcément envie de [chercher à adapter notre musique pour séduire], vous nous aimez ou vous ne nous aimez pas, vous nous prenez comme nous sommes. De la même manière, nous avons eu pas mal de remarques et de surprises pour le premier album, c’est en train de revenir, mais il y a cinq ans, il était pratiquement inimaginable de faire ce genre de musique avec un chant clair. Le problème c’est que ma voix est comme ça et que je ne vais pas me mettre à hurler dans un micro, ou à growler parce que c’est déjà une technique que je ne maîtrise pas, et une technique que tout simplement je ne ressens pas, parce que les morceaux, je les ressens comme ça.

A propos de tes paroles, tu as déclaré par le passé que c’était « très sombre, la douleur, la colère, le désir de vengeance, la rédemption, la dualité entre le bien et le mal… » Pourquoi est-ce que c’est aussi globalement sombre ?

Un album, tu seras d’accord avec moi, c’est une photographie d’un instant-T. Et à ce moment-là, j’étais dans une période de ma vie qui n’était pas forcément des plus faciles. J’étais quelque part au milieu d’un divorce, pas vraiment divorcé mais pas super bien dans ma peau, et j’avais tout un tas de frustrations qui remontaient et je les exprimais au travers de ces paroles. Aujourd’hui, je pense que j’ai réglé une partie de ces problèmes, je me suis remarié avec une femme que j’adore et avec qui ça se passe très bien. Les thèmes que j’aborde sont toujours sombres car ils correspondent à la musique. En fait, c’est un échange que nous faisons. Avec la musique, nous nous donnons des choses. Notre guitariste, Geoff, qui est le compositeur principal, a une tendance naturelle à donner des musiques soit mélancoliques, soit plutôt sombres, donc les textes que je propose sont en accord avec ça. Et de la même manière, ça tourne en rond, parce que lui sait que je vais amener des textes qui seront relativement sombres, ou quelquefois sur des sujets sérieux, ça va le pousser à écrire une musique qui sera, par essence, sombre.

Tu parles de photographies, de choses qui te concernent de manière directe et intime, et en même temps, on voit des connotations fantastiques sur les morceaux du nouvel album, qui parlent de vampires, de loups-garous…

Parce que sur le premier album, nous étions plus dans l’introspection, et c’était plus par rapport à ce que je vivais à ce moment-là. Aujourd’hui, comme je disais, je pense que je me sens beaucoup mieux dans ma vie, et j’écris maintenant sur des sujets qui me passionnent, qui m’intéressent. Les vampires et les loups-garous sont un écho direct à une de mes passions pour le cinéma britannique d’horreur des années 1950-60, des films qui étaient réalisés par une compagnie qui s’appelle Hammer, des films qui mettaient en scène de grands acteurs comme Christopher Lee ou Peter Cushing; donc toute cette période où le cinéma était gothique, où on parlait de films d’épouvante plus que de films d’horreur, où on suggérait plus qu’on ne montrait, des films comme les Frankenstein, les Dracula, le Loup-Garou. Et aujourd’hui, c’est plus des passions qui sont les miennes, et des centres d’intérêt qui m’inspirent pour écrire des chansons. C’est la même chose pour cette culture amérindienne qui est vraiment quelque chose qui compte énormément pour moi, il y a d’ailleurs trois textes dans le dernier album qui sont en prise directe avec ça. Aujourd’hui, j’écris sur des sujets qui me passionnent, que je maîtrise, et que j’ai envie de faire partager aux autres. J’ai envie de partager cette culture. Il y a encore quelques questionnements dans le dernier album, il y a une chanson qui s’appelle « No Heaven / No Hell », où on se demande si quelque part Dieu existe [rires]. C’est une belle interrogation ! Mais globalement, je pense que j’ai réglé ces albums, et surtout, je pense que le premier album a été une bonne thérapie pour moi.

Il y a un groupe dont tu as beaucoup parlé, c’est Iron Maiden. Pourrais-tu nous en dire un peu plus ce que Maiden représente pour toi et les choix que tu as fait dans la musique ? On a l’impression que c’est vraiment le groupe fondateur de ta carrière musicale…

Je suis tombé sur le premier album de Maiden après avoir découvert sa pochette dans une revue musicale à l’époque où nous n’avions pas de magazines dédiés au metal – il y avait deux revues : Best et Rock & Folk. Avec la curiosité qui a été la mienne lorsque j’ai vu cette pochette, je me suis dit, aussi simplement : « Cette musique est pour moi, ça sera mon truc. » C’était plus fort que moi. Et ensuite, comme beaucoup de fans de Maiden, je suis tombé dans la collection. Et puis, quelque part, un type comme Steve Harris est un exemple, dans la manière dont il a su gérer son groupe, surmonter les épreuves, et dans la manière où il a réussi à ne jamais dévier de son cap malgré tout ce qui a pu se passer pendant ces trente-cinq ans de carrière. Iron Maiden, effectivement, c’est très important pour moi. Je les ai vus sur scène la bagatelle de soixante fois, j’ai été amené à côtoyer, plus de loin que de près, chaque membre du groupe, j’ai eu l’opportunité de remettre en mains propres à Steve Harris le premier album de Dreamcatcher, en lui disant simplement : « Écoute, merci, merci de m’avoir donné l’inspiration tout au long de ce que j’hésite à appeler modestement ma carrière musicale, ou du moins, mon parcours musical. » J’ai des tatouages d’Eddie sur mes deux épaules, dès que j’en ai l’opportunité avec Dreamcatcher, je reprends du Maiden sur scène, j’ai eu l’opportunité – c’est un vrai kiff – de me retrouver dans les chœurs de « Heaven Can Wait » et de chanter devant seize mille personne à Bercy, c’est quelque chose de très important, et ce que j’apprécie aussi chez Maiden, c’est que c’est une musique qui est énergique, mais qui est beaucoup moins violente qu’on pourrait l’imaginer. Et puis je suis tombé amoureux d’Eddie ! Quand j’étais tout gamin, je ne savais même pas qui étaient Steve Harris ou Paul Di’Anno, et quand j’ai acheté mes premiers albums, pour moi, Iron Maiden, c’était Eddie.

« Lorsque j’ai vu cette pochette [du premier album d’Iron Maiden], je me suis dit, aussi simplement : « Cette musique est pour moi, ça sera mon truc. » C’était plus fort que moi. »

Je pourrais t’en parler des heures ! Je suis quasiment intarissable sur le sujet. À un moment donné, pendant très longtemps, Steve Harris avait un bar au Portugal, et comme ça n’existait pas, j’ai monté un site Internet pour donner envie aux gens d’aller visiter ce bar. En 2008, nous avons organisé avec Dreamcatcher un Clive Aid, c’est-à-dire un concert pour récolter des fonds pour la fondation de Clive Burr, qui à l’époque était encore parmi nous. Un de mes plus grands bonheurs est d’avoir pu récolter des fonds et attirer trois cents personnes à cette soirée, à laquelle nous avions également invité Paul Di’Anno, et où il y avait un groupe français de reprises de Maiden, Coverslave. Et quelques jours plus tard, j’étais à Londres, et j’ai pu rencontrer Clive Burr et lui remettre un chèque ! Je m’en souviens, Clive Burr était toujours là, il était diminué, il était dans les derniers mois de sa vie, j’ai vu qu’il y avait une ouverture et que c’était important pour lui de le considérer comme un être humain et pas seulement comme un malade, alors que tout le monde hésitait à aller vers lui, et qu’il était super content de notre sollicitude, je me suis dit « oui, il est malade, il tremble » mais je lui ai fait signer un autographe, et il était super content de pouvoir signer « Clive » alors que sa main tremblait et qu’il avait besoin de quelqu’un pour la tenir. Quand nous avons enregistré le dernier album de Dreamcatcher, on nous a demandé quel son nous voulions avoir. Axel, du Walnut Groove Studio, et qui a fait un super boulot sur l’album, nous a demandé de quel artiste nous voulions nous rapprocher, et nous lui avons amené les derniers albums de Bruce Dickinson, parce que pour moi, c’est ce qui correspond le plus à ce que j’aurais voulu que Maiden soit dans les années 2000, parce que je trouve que lui a justement trouvé le bon équilibre entre le traditionalisme et la lourdeur et le son des années 2000.

Du coup, les derniers albums de Maiden ne t’emballent pas plus que ça ?

Il y a des choses que j’aime beaucoup dans les derniers albums de Maiden. J’ai trouvé A Matter Of Life And Death très abouti, j’ai trouvé que l’album suivant, The Final Frontier, était très bien. Je t’avoue que j’ai beaucoup de mal avec le dernier album; j’étais très content quand j’ai vu la pochette car je me suis dit : « Enfin, de nouveau un Eddie qui fait peur. » Mais je trouve qu’un groupe comme Maiden, aujourd’hui, n’a plus rien à prouver, et qu’ils se font plaisir. Et quelquefois, ils auraient peut-être besoin de quelqu’un pour leur serrer un peu la bride, et leur dire : « Bon, ce morceau qui dure douze minutes, si vous le faisiez en six, il serait tout aussi bien ! » Je trouve que ça manque de concision et que par moments, Steve Harris est parti dans un processus de création et une façon de composer où il y a toujours un peu les mêmes schémas de composition, et ça manque un peu d’efficacité. Mais il y a de très bonnes chansons sur cet album, notamment le début de l’album qui est plutôt sympa, mais il y a de vraies longueurs, et même si c’est leur délire et je le respecte, je pense que l’album aurait été mieux en étant plus concis, et qu’il aurait pu faire un CD au lieu de deux. Et pourtant, cet album a été encensé par la critique, et je me souviens à l’époque être en compagnie de mon ami Guillaume Barreau-Decherf qui depuis nous a quittés, – et d’ailleurs, si tu as vu l’album, tu as vu qu’il lui était dédié, parce que Guillaume était un vrai fan de Maiden et un journaliste respecté dans tout le milieu, et il est malheureusement mort au Bataclan – et on se regardait, et on se disait : « Mais qu’est-ce qui se passe ? Les gens avaient des bouchons dans les oreilles lorsqu’ils ont écouté cet album ? Ou est-ce que c’est parce que c’est le dernier album d’Iron Maiden et que ce groupe est intouchable, on ne peut rien dire ? Est-ce qu’ils reviennent au premier plan et que c’est l’album de la rédemption ? » Même moi qui adore ce groupe, franchement, de temps en temps, il faut être capable de dire les choses. Même si effectivement il y a un budget promo énorme, et que tout le monde est super content de pouvoir chroniquer l’album ou même d’avoir la chance d’interviewer le groupe.

Tu les as donc vus soixante fois sur scène ! Étais-tu vraiment excité de les voir à chaque fois, même à la cinquante-septième fois ?

Disons que je les ai vus soixante fois sur scène, mais mon premier concert était en 1982, je les ai vus sur quasiment trente-cinq ans. Ce qui est assez rigolo, c’est qu’il arrive un moment où quand tu intègres le « cercle » des fans de Maiden, il y a des gens qui sont comme toi et qui vont les voir plusieurs fois sur la même tournée, ou à l’étranger. Donc il y a effectivement le concert, où à chaque fois, tu prends une claque dans la gueule, même si tu te dis quelque part que les gars abusent un peu, parce qu’à chaque fois, on veut présenter le même spectacle à tout le monde, et que personne soit lésé, mais tu te dis que les mecs tu les as vus la veille et le soir même, c’est tout le temps la même setlist, et le spectacle est réglé au millimètre, et les déplacements se font tous de la même manière, c’est extrêmement chorégraphié… Je te dis pas que je trouve toujours le même engouement à tous ces concerts, mais il n’y a pas que ça, parce que c’est devenu une « famille » ! Il y a des gens que je ne vois qu’à ces occasions-là, mais j’en suis super heureux. Avec Maiden, je me suis fait des potes partout dans le monde.

Vous êtes basés à Paris, et on entend beaucoup de choses à propos des groupes de Paris. On dit que c’est un terrain à double-tranchant parce qu’il y a énormément de structures dédiées à la culture, donc c’est une bonne chose, mais qu’en même temps, il y a énormément d’artistes et de projets, et que c’est donc difficile de tirer son épingle du jeu. Est-ce que c’est quelque chose que tu as ressenti avec le groupe ?

C’est vrai. En fait, le problème de Paris, et c’est la même chose pour toutes les capitales européennes, c’est la profusion. C’est-à-dire qu’il y a trop d’offre. Si t’es vraiment un fan de metal absolu, tu peux quasiment, à la bonne saison, voir des concerts tous les soirs de la semaine. Après, il y a beaucoup de demandes, donc il y a quelques structures où l’on peut jouer, mais ça devient de plus en plus difficile. Ce sont des choses que Dreamcatcher se refuse à faire, mais il y a même des structures qui te demandent de payer pour jouer. À Paris, tu es rarement payé, tu as rarement de cachet, la plupart des patrons de bars ou de salles ne fait pas de déclaration SACEM, donc ouais, c’est un peu chaud. Mais Paris, faut aussi voir sa banlieue, donc il y a effectivement des opportunités, mais le danger, c’est de s’enfermer là-dedans. Parce qu’il y a en effet deux ou trois salles à Paris où des groupes de l’envergure de Dreamcatcher peuvent jouer, et il y a la possibilité de temps en temps d’accrocher de plus grosses salles, lorsqu’on a la chance d’accrocher des premières parties, comme par exemple quand nous avons joué avec Blaze Bayley, ou avec Freedom Call. Mais la compétition est rude, et puis il y a quand même un certain parisianisme que j’ai rarement trouvé quand nous sommes allés jouer en province, à savoir qu’il y a pas mal de gens qui te regardent plus qu’il ne t’écoutent, et qui sont plus là pour te juger de toute leur hauteur que pour vraiment s’éclater. Mais [c’est variable], je vois que le concert que nous avons fait au Petit Bain s’est super bien passé, parce que l’affiche était visiblement bien équilibrée, et les gens ont profité du concert de Dreamcatcher de la première à la dernière seconde, mais ce n’était pas toujours comme ça.

Interview réalisée par téléphone le 26 septembre 2017 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Robin Collas.

Site officiel de Dreamcatcher : www.dreamcatcherfrance.com.



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