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Interview   

L’expérience Gone Is Gone


Troy Van Leeuwen - Gone Is GoneEt un groupe de plus pour le chanteur de Mastodon Troy Sanders qui, en plus de Killer Be Killed, peut rajouter à son palmarès de ces dernières années Gone Is Gone. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Sanders n’est que la dernière pièce du puzzle, la cerise sur le gâteau, d’une collaboration déjà bien alléchante entre le duo Tony Hajjar (batteur d’At The Drive In) / Mike Zarin, habitués à travailler ensemble depuis 2009 sur des BO de trailers de films et de jeux vidéos, et le guitariste des Queens Of The Stone Age Troy Van Leeuwen.

Et n’allez pas parler à ce dernier de super groupe, le terme ne lui convient pas, lui préférant, en tout cas pour Gone Is Gone, le mot « expérience ». Car, qu’on se le dise, Gone Is Gone n’est pas là pour faire les choses de façon « normale » mais, au contraire, pour faire marcher leur inventivité, avec l’ambition de développer, par exemple, une dimension visuelle, afin de compléter la musique. Voilà, en substance ce que nous raconte Van Leeuwen, évoquant également son groupe principal Queens Of The Stone Age, qui ne devrait pas tarder à plancher sur son septième album, et son expérience au sein d’A Perfect Circle.

Gone Is Gone - promo photo credit Lindsey Byrnes

« Nous essayons de faire quelque chose d’ingénieux et qui a du sens plutôt que de se contenter d’être quatre types dans un groupe. »

Radio Metal : Tout d’abord, peux-tu nous parler de la genèse de ce groupe ? Apparemment, tout a commencé avec une composition sur laquelle Tony Hajjar et Mike Zarin ont travaillé vers 2012 et ils ont pensé qu’elle avait besoin de l’appui d’un groupe au complet…

Troy Van Leeuwen (guitare) : Ouais, en gros, la première fois que j’ai joué avec Mike et Tony, c’était en 2012. C’était quelque chose dont les deux ont parlé pendant un moment et lorsque j’ai entendu parler de ce qu’ils faisaient, de ce qu’ils voulaient faire, de l’idée, j’ai trouvé ça intéressant parce que c’est un de ces projets… Soit dit en passant, j’appelle plutôt ça une expérience qu’un super groupe. Faire un super groupe ne m’intéresse pas vraiment [petits rires]. Ceci est une expérience et une collaboration entre quatre artistes. Donc lorsqu’ils m’ont contacté pour faire ça, nous avons organiquement commencé à travailler dessus. Ça a pris un peu de temps à démarrer. Au fil des années, le truc intéressant qui s’est passé, c’est que non seulement nous avons fait de la musique mais aussi nous nous sommes dit que quelqu’un pourrait être intéressé par chanter dessus. C’est comme ça que nous avons impliqué Troy [Sanders]. Car non seulement j’ai rencontré Mike et Tony sur la route en 2003 lorsque Sparta a ouvert pour Queens Of The Stone Age en Europe mais aussi, toujours sur la route, j’ai très souvent croisé Mastodon et Troy et moi nous sommes toujours bien entendus. En fait ça paraissait simplement naturel de penser que ça l’intéresserait, et heureusement il l’était. Voilà comment ça a commencé. Et nous voilà aujourd’hui !

Tu as dit que tu n’étais pas intéressé par les super groupes. Qu’est-ce que tu as contre ceux-ci ?

Je pense juste que le terme est exagéré. Je sais ce qu’il veut dire. Ça veut dire quelques mecs provenant de quelques autres groupes, et il y a tellement de groupes de nos jours et tellement de ramifications, de super groupes, de projets parallèles et tous ces trucs… Je trouve juste que ce terme ne représente pas vraiment ce qu’est cette expérience, cette idée. Je n’ai donc rien contre les super groupes, je trouve juste que le terme est éculé. Ce n’est rien de plus que ça. Plus nous travaillons sur cette idée de Gone Is Gone, plus il sera révélé de ce qu’est cette expérience parce que ce n’est pas que de la musique. Nous essayons de faire quelque chose d’ingénieux et qui a du sens plutôt que de se contenter d’être quatre types dans un groupe. Nous voulons rentrer dans le côté visuel de ce que fait ressentir la musique et expérimenter également avec ça.

En passant, quelle était cette première composition qui a servi de première graine pour le projet ?

La chanson est sur l’EP, et elle n’a pas encore été dévoilée. Elle s’intitule « Praying From The Danger ». Elle représente bien ce que nous faisons. C’est marrant lorsque tu fais un morceau de musique, je suppose que c’était il y a quatre ans, qui enfin sort pour la première fois maintenant [petits rires].

D’ailleurs, pourquoi ça a pris autant de temps pour démarrer ?

Comme tu le sais, tous les groupes avec lesquels nous jouons sont occupés. J’ai littéralement enregistré avec tout le monde la semaine avant de partir sur la route avec Queens Of The Stone Age après le dernier album. Et ensuite, lorsque j’étais sur les routes, Troy Sanders chantait sur la musique et puis nous nous échangions les chansons, nous nous envoyions des emails en disant « est-ce que tu aimes ça ? Qu’est-ce que tu en penses ? » de façon à pouvoir communiquer pendant que je n’étais pas en ville et que lui y était, car aussi, il vit à Atlanta et nous, nous vivons au sud de la Californie. Donc, non seulement les emplois du temps de nos groupes sont difficiles à concilier mais en plus, l’un de nous vit assez éloigné. Donc nous essayons de nous débrouiller avec toutes les technologies que nous avons à notre disposition, pour enregistrer, nous envoyer des emails, etc. Parfois il n’est pas nécessaire d’être dans le même studio mais nous préférons quand même faire ça.

L’EP a été enregistré et arrangé au cours de multiples heures de jams entre toi, Tony et Mike. Est-ce que vous avez tout de suite trouvé une alchimie entre vous ?

Ouais parce que nous n’en serions pas arrivé ne serait-ce qu’à cette étape s’il n’y avait aucune alchimie. Donc, une fois que nous avons commencé à expérimenter et être ensemble dans une pièce, c’était bien que les choses coulent et ressortent de façon organique. Il n’y avait donc vraiment personne qui disait : « Hey, j’ai cette idée, est-ce que ça te dit de jouer ça avec moi ? » Les choses se sont faites comme dans un groupe. Avec chaque idée, plus tu la jouais, plus tu prenais la direction de ce qu’elle signifiait, plus tu la peaufinais. Parfois, tu dois laisser la musique vivre un peu avant de pouvoir la finir. Donc nous jouons, voyons ce qui ressort et ensuite nous essayions de voir ce qui va avec ça. C’est comme un puzzle. Et parfois, la musique tombe tout simplement du ciel, ce qui s’est également produit. Donc tout dépend de la situation. Si tu es disposé à travailler dessus, à mesure que tu y travailles et tout le monde met la main à la patte, quelque chose finit par se faire [petits rires]. Donc l’alchimie en est une part importante. S’il n’y en avait pas, je ne pense pas que nous serions capables de faire ça.

Gone Is Gone - promo photo credit Lindsey Byrnes

« J’ai la chance d’avoir un super boulot [rires] où je peux voyager partout dans le monde et voir de telles beautés. Si ça ne m’inspirait pas, ce serait un gâchis. »

La composition de la musique a démarré à trois et ensuite Troy Sanders est arrivé. Comment la musique a-t-elle évoluée une fois que Troy était là ? Qu’a-t-il apporté ?

Il a une merveilleuse voix ! C’est marrant parce que lorsque tu penses à Mastodon, il y a trois chanteurs dans leur groupe, et ce qu’il fait habituellement colle à ce qu’ils font mais avec ça, comme il est le seul chanteur, il peut devenir différents caractères, expérimenter avec différentes tonalités. C’est ça tout l’intérêt avec ce genre d’idée, c’est de se surpasser et se stimuler. Donc pour sa part, je pense que ce qu’il a apporté, c’est la voix générale de l’idée. C’est progressif, ça peut être violent et ça peut être beau, et il est vraiment capable d’exprimer cet éventail de sentiments. Et c’est aussi un musicien, il est bassiste, donc son avis sur comment doit être la musique, si elle a besoin d’être éditée ou si telle partie devrait être accentuée, a vraiment façonné le résultat.

Mais n’était-il pas un peu frustré de ne pas avoir fait partie des jams qui ont servi de matériaux sources pour les chansons ?

Pas d’après ce que j’ai vu ! [Petits rires] Ou alors il ne l’a pas exprimé. Je pense que c’était une bonne occasion pour lui de chanter et ne pas tellement être le musicien… Je ne vois rien de frustrant là-dedans. Je pense que c’est différent. Mais pour nous, être dans cette idée d’expérience Gone Is Gone, c’est quelque chose que nous apprécions tellement que lorsque nous nous retrouvons, nous le faisons et nous y travaillons. Donc le mot « frustration » n’entre pas en jeu. Lorsque nous en avons l’occasion, nous nous voyons et nous le faisons. C’est une joie, en fait, un plaisir parce que tu fais quelque chose de différent de ce que tu ferais normalement avec ton autre groupe.

Qu’avez-vous voulu exprimer avec ce nom de groupe énigmatique Gone Is Gone ?

C’est une bonne question ! Nous ne voulions pas de quelque chose qui était… Tu sais, les noms de groupes sont tellement… Je veux dire [petits rires], ils sont tous utilisés, en gros ! Il y a tellement de groupes et je pense que c’est bien d’avoir plein de musique mais nous voulions juste quelque chose qui était un peu menaçant et qui pouvait donner la couleur de la direction que nous pensons notre musique peut ou va prendre. C’est sombre et c’est froid, comme vous allez le constater à mesure que la musique sortira. Mais il y a aussi un rayon de lumière là-dedans. Il y a un petit peu d’espoir [petits rires], autrement… On ne veut pas être totalement déprimants [petits rires].

Est-ce que tu vois la musique que vous avez créé comme un hybride de vos styles respectifs ou penses-tu que ça va même plus loin que ça ?

Ça, nous ne le savons pas encore ! Je pense que l’idée ne fait que commencer. Le premier EP n’est vraiment que le début de l’idée, de l’expérience. C’est quelque chose qui est un groupe mais c’est la seule chose qui soit normal avec ça. Je veux dire que lorsque tu penses à un groupe, tu penses à un groupe qui fait un album et ensuite part en tournée et ensuite ils vendent du merch et tout ce genre de choses. Puis ils terminent un cycle d’album et font un autre album, repartent en tournée, et font un nouveau cycle… Alors que ça, c’est une opportunité d’exprimer différentes idées de ce qu’un groupe doit être ou comment il doit fonctionner. En l’occurrence, nous n’allons probablement jamais partir dans de grandes tournées, dans la mesure où les emplois du temps de chacun sont extrêmement chargés. Du coup, nous devons être créatifs, nous devons amener la musique aux gens de façon différente. Donc nous travaillions là-dessus. Ce que probablement ça signifie, c’est que nous travaillons sur quelque chose de visuel qui complète la musique ou vice-versa, la musique qui complète quelque chose de visuel. Donc nous essayons en ce moment de comprendre ce que ça peut bien être. Mais c’est une bonne expérience pour nous, puisque nous sommes tous dans d’autres groupes qui font les choses normalement. Pour nous, Gone Is Gone est une opportunité pour découvrir de nouvelles manières d’amener la musique aux gens sans le faire via les canaux habituels.

En parlant de visuels, Mike et Tony sont connus pour travailler sur des bandes originales de films et des trailers. Comment d’après toi est-ce que ça se traduit dans la musique de Gone Is Gone et la façon dont vous l’approchez ?

Je dirais que ma contribution à la musique est la même que la leur. Je peux voir Gone Is Gone davantage comme une composition qu’un groupe. A titre personnel, j’avais l’intention de faire de cette musique quelque chose de cinématographique ou visuel, simplement dans ma tête, pour m’assurer que ce n’est pas qu’un riff de guitare ou une chanson. Il doit y avoir quelque chose de sous-jacent là-dedans qui signifie plus, qui en dit plus. Je pense que nous partageons tous cette vision. Je pense qu’avec la musique, initialement, ça a effectivement démarré avec une approche cinématographique mais, avec les connections avec tous les groupes que nous avons, il fallait que ça représente un peu d’où nous venions aussi. C’est donc pour ça qu’avoir du chant, que ce ne soit pas que des expérimentations instrumentales… Je pense que nous avons tous décidé qu’avoir des chansons qui s’étendraient vers quelque chose de cinématographique était une bonne façon de commencer à annoncer cette idée. Et ensuite, à partir de là, nous pouvons l’amener dans d’autres directions, l’étendre encore plus loin et jouer sur les deux tableaux à égalité, avec quelque chose de cinématographique et, au niveau des chansons, quelque chose que les gens peuvent saisir.

Quels genres d’images te venaient en tête en faisant ces chansons ?

Je dirais qu’au niveau images, c’est très vaste. En ce moment, nous essayons de donner un peu plus corps à ça, voir ce que ça signifie. Mais, comme je l’ai dit, même avec le nom, ça venait de quelque part de sombre et froid. C’est quelque chose qui me fait penser à différents paysages, à différents reliefs. Je pense à quelque chose comme l’Islande. Je ne sais pas si tu as été en Islande mais c’est un endroit sublime, il y a des volcans, des glaciers, une flore étrange [petits rires], c’est un lieu unique. Je pense à des paysages de ce genre. Ce n’est qu’une image parmi d’autres. Il y a aussi beaucoup de conflits dans la musique. Je pense que le premier single « Violescent » est une bonne introduction au groupe parce qu’il défonce la porte en rugissant, comme un cri de guerre. Il y a donc plein d’images qui viennent. Nous sommes en train de suivre cette voie et de donner corps à ce côté visuel pour que ça fasse partie du futur de cette idée [que représente le groupe].

Gone Is Gone - Gone Is Gone

« Si je ne prends pas un instrument pour essayer de faire quelque chose d’unique et de différent avec, ne serait-ce que pour moi, je m’ennuie. Et je n’aime pas m’ennuyer ! »

Es-tu souvent inspiré par les voyages et les lieux que tu visites ?

Ouais, absolument. J’ai la chance d’avoir un super boulot [rires] où je peux voyager partout dans le monde et voir de telles beautés. Si ça ne m’inspirait pas, ce serait un gâchis, je trouve. J’adore la Nouvelle-Orléans, j’adore le sud de la France, j’adore le Nord de l’Espagne, la Costa Brava… Il y a des endroits où je n’ai jamais été que j’aimerais visiter. Je pense beaucoup à la Thaïlande. Ouais, l’Islande est magnifique. Il y a tant à apprendre des voyages que je pense que je n’arrêterais jamais.

Les sessions de jams ont générées vingt chansons, d’après ce qu’on peut lire. Est-ce que ça signifie que l’EP et l’album à venir ont été écrits en même temps ?

Eh bien, différentes choses ont été enregistrées à différents moments. Tu sais, nous avons choisi ce qui nous pensions présenterait bien le projet. Je veux dire qu’il reste toujours des idées qui ont besoin d’être finalisées. Mais, tout de suite, notre attention se porte principalement sur le fait de sortir cet EP, car ça a pris énormément de temps de le faire [rires]. Mais je sais qu’il y a un futur pour ce projet, avec cette musique et avec ces idées créatives qui, même d’ici à ce que nous jouons quelques concerts, auront déjà encore plus évolué. Ça fait partie de ces choses qui font l’objet de beaucoup de recherche et qui ne sont pratiquées qu’un tout petit peu [petits rires]. Donc nous essayons d’équilibrer les choses pour faire en sorte que cette idée de Gone Is Gone soit une réalité.

Comment avez-vous choisi quelles chansons iront sur l’EP et lesquelles vous garderiez de côté pour un futur album ?

Nous avons juste déterminé ce qui était bon pour aujourd’hui. Et nous ne savons même pas si nous pourrions sortir un autre album. Une chose que j’ai apprise, surtout avec un groupe comme Queens Of The Stone Age, par exemple, c’est que certaines chansons ne sont jamais finies, certaines chansons prennent dix ans à être finies, parfois des chansons se retrouvent mélangées à d’autres chansons [petits rires] mais elles ne sont jamais vraiment finies avant d’être envoyées là-dehors dans le monde, et c’est ce que nous sommes en train de faire avec cet EP. Ces chansons sont celles qui ressortaient. Prévoir de sortir d’autres musiques, je pense juste que c’est trop prématuré tout de suite. At The Drive In est en tournée, Mastodon est en train de faire un autre album, je crois que Queens va faire un autre album… Tout le monde a plein de choses en cours et en ce moment, nous essayons de voir comment faire celle-là [rires].

Comment comparerais-tu ton expérience avec Gone Is Gone à Queens Of The Stone Age ?

C’est différent. C’est ça l’idée. Les deux signifient autant pour moi. Lorsque je pense à Queens, c’est ma maison, c’est là où j’ai passé mon temps pendant les quatorze dernières années et je n’imagine pas que ça puisse changer un jour. Mais lorsque j’ai d’autres projets comme Gone Is Gone ou Sweethead, ce sont des destinations différentes vers lesquelles je voyage, ce sont des lieux différents où je me rends. Je retire quelque chose de cette expérience et ensuite je la rapporte à la maison. Voilà comment je vois les choses. J’imagine que c’est aussi comme ça que Tony et Troy y pensent, car c’est un endroit vraiment cool et il y a une énergie créative. Si tu y restes trop longtemps, il se peut que ton chez-toi finisse par te manquer. Donc c’est un bon équilibre.

Est-ce que la configuration de ton matériel que tu utilises dans Gone Is Gone est différente de celle que tu utilises dans Queens Of The Stone Age ?

C’est un peu différent, ouais. J’utilise quelques trucs différents, ouais. J’utilise principalement une guitare Jazzmaster – ma Jazzmaster – mais il y a plein d’accordages différents et il y a quelques amplificateurs différents que normalement je n’utilise pas. Et bien sûr, je suis obsédé par les pédales [rires], j’ai plein de pédales différentes. C’est donc aussi un bon moyen d’expérimenter avec différentes pédales que je n’utilise pas habituellement pour Queens. Il y a donc de petits changements ici et là. Mais tout est un peu dans le même domaine, c’est juste que certaines choses sont plus farfelues que d’autres. J’ai clairement pris un chemin plus expérimental au niveau sonore avec Gone Is Gone par rapport à, peut-être, le dernier album de Queens où une bonne part de ce que je faisais était très directe au niveau du son. Comme nous avons trois guitaristes dans Queens, c’est mieux de simplifier [petits rires] mais avec Gone Is Gone, je suis principalement le seul guitariste ; je veux dire que Mike joue de la guitare rythmique aussi mais lorsque je suis le seul guitariste, il faut que ça remplisse toute la scène. J’ai donc expérimenté avec plein de choses, plein d’octaveurs plus graves et plein d’énormes reverbs.

Est-ce parfois compliqué dans Queens Of The Stone Age d’être trois guitaristes ?

C’est une bonne question. Pas vraiment, c’est une autre de ces situations où tout le monde se connait les uns les autres et je pense qu’il y a une bonne compréhension entre Dean [Fertita], moi-même et Josh [Homme], ce qui fait que nous jouons l’un autour de l’autre ou alors nous ne jouons pas de guitare et soit Dean soit moi jouons du clavier ou de la lap-steel lorsqu’il y en a besoin. Donc, avec Queens, avec deux multi-instrumentistes, nous avons un peu plus d’espace pour jouer.

Gone Is Gone - promo photo credit Lindsey Byrnes

« ‘Tu ne vas jamais croire comment sonnent les nouvelles chansons de Queens Of The Stone Age’ [petits rires], je veux entendre les gens dire ça ! »

La musique de Gone Is Gone est un peu expérimentale et on peut aussi remarquer que depuis que tu as rejoint Queens Of The Stone Age, le groupe a étendu son son et a été dans une direction de plus en plus expérimentale. Est-ce que ça veut dire que ça a toujours été important pour toi d’avoir cette dimension expérimentale ?

Toujours ! Oui. A chaque fois que je prends une guitare ou un clavier, j’ai besoin d’expérimenter. Je peux toujours faire ce que je fais normalement et je sais ce que je dois jouer mais si je ne prends pas un instrument pour essayer de faire quelque chose d’unique et de différent avec, ne serait-ce que pour moi, je m’ennuie. Et je n’aime pas m’ennuyer !

Du coup, serait-il possible que la direction plus expérimentale prise par QOTSA soit un résultat direct de ton implication grandissant dans le groupe ? Es-tu celui qui le pousse vers cette direction expérimentale ?

Je ne le pense pas forcément. Je pense que Queens est très expérimental par nature. Chacun a une opinion différente et je trouve ça merveilleux parce que pour moi, le dernier album de Queens vient du fond du cœur et est très direct. Il y a plein d’expérimentations dessus, évidemment, mais lorsque je pense à un album expérimental de Queens, je pense à l’album précédent [Era Vulgaris] où il y a… Peut-être parce que j’étais là… Tu sais, la façon dont nous l’avons enregistré était très peu traditionnelle et c’était un peu n’importe quoi [petits rires]. Donc je suppose que ce que je veux dire, c’est que nous expérimentons tout le temps. Cet esprit, je sais que je l’apporte mais je sais que tous les autres l’apporte aussi parce qu’avec ce groupe, tout le monde qui est impliqué et est un peu comme mes musiciens préférés au monde et tout le monde se motive les uns les autres. C’est important que nous continuions à évoluer et à sortir de plus en plus de nos sentiers battus parce que chaque album doit être différent. Chaque album doit être unique et différent du précédent. Tu ne peux pas te répéter.

En parlant de QOTSA, Like Clockwork est sorti en 2013 et vous avez apparemment prévu d’enregistrer un successeur cette année. Du coup, où ça en est ?

Nous sommes juste en train d’en parler. Je veux dire que je fais Gone Is Gone là tout de suite et je sais que Josh est en train de faire une petite pause, et je sais que Dean est en train de travailler sur quelque chose. Tout le monde est un peu encore en train de travailler sur leurs trucs mais à un moment donné, nous allons nous retrouver. Avec un peu de chance ça sera plus tôt que tard mais il n’y a pas de grand plan encore, nous savons juste que nous voulons faire quelque chose bientôt.

Tu as déclaré que « c’est toujours un périple de faire un album de Queens parce que tu ne sais jamais comment il sera fait. » Est-ce ce qui rend ça si excitant, le fait que c’est imprévisible ?

Assurément. C’est ce qui maintient tout le monde en alerte, nous y compris. Heureusement, nous avons un public qui est habitué à notre façon de faire des albums, qui est imprévisible. J’espère aussi que c’est ce qui en ressort. « Tu ne vas jamais croire comment sonnent les nouvelles chansons de Queens Of The Stone Age » [petits rires], je veux entendre les gens dirent ça ! Je veux entendre les gens dire : « Oh mon Dieu ! C’est tellement différent ! Mais j’aime quand même ! » C’est la meilleure des conséquences, je trouve.

Dirais-tu que le rock de nos jours manque un peu de ce côté imprévisible ?

C’est difficile à dire. Je pense qu’il y a plein de musiques et j’essaie de suivre les nouveautés. Je dirais que c’est facile pour les gens de dire ça à propos du rock mais je pense qu’il existe toujours du bon rock, il faut juste le chercher. Tu sais, je pense à un groupe comme Savages, ils sont en feu ! Ils sont incroyables ! Et ils sont tout ce que le rock n’ roll ou le punk représente et ils sont expérimentaux et ils sont cool et ils ont leur propre truc, tu sais. Donc je ne dirais pas qu’il manque quoi que ce soit. Je pense juste que quiconque s’intéresse au rock, se doit de chercher. Tu sais, je n’écoute pas que du rock. J’aime la dance aussi. Mais, ça doit être pareil pour la dance. Il faut qu’elle soit affutée aussi. Il faut qu’elle ait quelque chose de créatif et d’artistique. Mais ouais, je pense qu’il y a encore du bon rock.

Est-ce important pour toi d’aller chercher des influences un peu partout et pas seulement dans le rock ?

Ouais. Le premier groupe qui me vient à l’esprit, c’est LCD Soundsystem. Ils font de la dance et c’est marrant parce que le son de leurs albums n’est pas complètement électronique, alors que c’est le cas de la majorité de la dance de nos jours. Mais c’est intéressant, c’est cool, c’est amusant et c’est sombre. Donc je pense que c’est bien représentatif du genre de dance que j’aime. Et je suis tout le temps en train de découvrir d’autres musiques dance électroniques qui sont également intéressantes. Il y a un groupe qui s’appelle Add N To (X), ils ont sorti un album il y a quelque chose comme quinze ans qui s’appelle Loud Like Nature et c’est génial ! C’est un super album de dance ! Mais c’est complètement électronique et il y a très peu de chant, et c’est un peu avant-gardiste.

Vous avez déjà donné quelques concerts avec Gone Is Gone. Comment c’était ?

C’était palpitant ! J’ai littéralement eu trois jours pour répéter avec les gars, car j’étais entre deux tournées avec Iggy Pop, donc c’était plein de fougue, c’est le moins qu’on puisse dire. Il y avait juste assez de danger parce que nous n’avons pas sur-répété la musique. C’était bien, c’était très bien !

Est-ce que l’alchimie que vous avez trouvée en studio était aussi là sur scène ?

Ouais, c’est l’une de nos bénédictions : il semblerait que nous nous trouvions toujours. Donc ouais, c’est un peu la façon dont nous voulions faire ressortir l’idée, le fait que c’est authentique. C’est un vrai groupe qui joue ensemble et ce n’est pas qu’un projet que chacun a fait dans son propre studio personnel en s’envoyant des mails. Je veux dire qu’il faut qu’il y ait un peu de clashes et que nous propulsions le véhicule dans lequel nous essayons de faire notre virée. Ouais, ça vient de l’alchimie qui s’est créé en jouant dans une même pièce.

Troy Van Leeuwen

« Il se peut qu’il y ait automatiquement une certaine quantité de gens qui nous aime mais il faut également que ce soit […] vraiment bon, autrement ça aura l’air nul en comparaison [de nos autres groupes] [petits rires]. »

Et comment est-ce que l’audience a réagit, dans la mesure où vous n’aviez même pas encore d’album sorti ?

[Petits rires] Pour un groupe dont ils n’ont entendu qu’une chanson et qui a joué à peu près cinquante minutes de musique, ils ont été très réactifs. J’en étais très content parce que ça montre que les fans de tous nos groupes sont disposés à entendre quelque chose. J’en suis heureux.

Penses-tu que le fait que votre public vous connaisse via vos groupes principaux a pour conséquence qu’il est plus facile pour vous de convaincre ?

Par rapport aux autres groupes, je pense que c’est à double tranchant parce que chacun d’entre eux a sa propre niche dans la musique progressive. Et les fans de chacun de ces groupes sont vraiment enragés, ils sont très excités. Donc, pour nous, le fait d’avoir ça, c’est super parce qu’il se peut qu’il y ait automatiquement une certaine quantité de gens qui nous aime mais il faut également que ce soit aussi bon que ces groupes [rires] ! Nous avons toujours gardé ça en tête, le fait qu’il faille que ce soit vraiment bon, autrement ça aura l’air nul en comparaison [petits rires]. Donc j’espère que ça n’arrivera pas. Mais nous avons pas mal confiance en notre musique.

Sur un autre sujet, tu as fait partie de l’incarnation originale d’A Perfect Circle mais tu es parti après deux ans avec eux et n’es apparu que de façon sporadique sur les deux premiers albums. Comment se fait-il que tu n’aies pas continué avec ce groupe et été plus impliqué dans leurs albums ?

Eh bien, j’ai essayé. J’étais un peu impliqué mais la façon dont le groupe dès le début a été organisé, c’est que c’était surtout Billy Howerdel et Maynard [James Keenan]. Je veux dire que tout le monde dans le groupe, surtout la première incarnation du groupe, était vraiment spécial. Tu sais, il y avait Paz [Lenchantin] à la basse, Josh [Freese] à la batterie et puis moi-même. C’est juste que le timing n’allait pas, pour des raisons qui, je suppose, sont peut-être évidentes pour moi… Entre les tournées de Tool et entre les attentes d’une opportunité d’enregistrer et travailler avec Maynard, c’est devenu de moins en moins… Il est devenu de moins en moins disponible. C’est donc pourquoi j’ai fini par rejoindre Queens, car ça m’impliquait plus. C’est pourquoi je dis que j’ai de la chance, car j’ai pu faire partie de ce groupe et c’était une époque merveilleuse. J’ai pu m’exprimer un tout petit peu mais je ne pouvais pas faire les deux, Queens et A Perfect Circle, car à l’époque, il n’y avait pas la disponibilité actuelle des moyens d’enregistrements, des envois d’emails… [Petits rires] Au niveau technologie, on n’en était pas encore à ce que je peux faire aujourd’hui avec Gone Is Gone. A l’époque, on commençait tout juste à enregistrer en numérique et en l’occurrence, avec Queens, nous enregistrions toujours sur bande. Tu vois ce que je veux dire ? C’est juste que ce n’était pas le moment.

Et j’aime Billy et j’aime Maynard. Ce sont toujours des amis et nous parlons souvent de faire de la musique ensemble. Peut-être que ça arrivera un jour mais voilà le chemin que j’ai choisi, et ça me va [petits rires]. C’est marrant parce que je pense souvent à ces deux premiers albums et les expériences que j’ai vécu, et qui était supers, et ce sont des vagues sur lesquelles tu as pu surfer dans ta carrière et tu regardes en arrière et tu te dis « c’étaient de bons moments mais il fallait que ça s’arrête. » C’est comme Iggy Pop, tu sais. Nous venons juste de finir trois mois de tournées avec lui et il se peut que nous ne puissions pas jouer avec lui pendant un long moment [petits rires] et peut-être même plus jamais. Donc tu regardes ces moments passés et tu dis : « C’étaient des moments magiques ! » Et tu les emportes avec toi, c’est quelque chose que tu gardes et tu dis « j’étais là. » Mais ça ne peut pas durer éternellement. Ces situations n’allaient pas durer éternellement parce que, en l’occurrence, dans A Perfect Circle, il n’y avait pas d’espace pour que je puisse contribuer autant que dans Queens. Je préfère être davantage impliqué.

Est-ce que ça veut dire que c’est difficile d’avoir voix au chapitre entre Maynard et Billy ?

Non… Je ne suis pas comme ça. Je suis plus quelqu’un de compréhensif qui comprend la situation. Et dans cette situation, une bonne partie de la musique était déjà écrite. J’ai rejoint le groupe plus tard. Donc ce que je veux dire, c’est qu’il était déjà établi que ce serait eux deux avec le reste d’entre nous. Et donc je voulais faire partie de quelque chose qui représenterait plus.

Interview réalisée par téléphone le 7 juin 2016 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Gone Is Gone : goneisgoneofficial.com



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