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Interview   

Léz’Arts Scéniques : les réponses de Laurent Wenger


Il y a tout juste une semaine, le festival Léz’Arts Scéniques tirait sa révérence via un communiqué de l’association sélestoise Zone 51. Un communiqué qui, à la fois, soulevait des questions et insistait sur le fait que l’équipe n’allait pas en rester là et perdre leurs acquis.

Jeudi dernier, à l’antenne, en direct au cours de l’émission Anarchy X, nous avons joint Laurent Wenger, président de Zone 51 et directeur artistique du festival, pour qu’il nous en dise plus sur l’arrêt de ce dernier. Ce fut l’occasion d’évoquer les difficultés que peut rencontrer un tel événement, en particulier en France, et à plus forte raison un festival qui met un point d’orgue à mettre en avant l’eclectisme musical. « Alternative Music For alternative People », tel est le slogan revendiqué par l’équipe de Zone 51. Et on sent bien, dans les mots de Wenger, qu’il y a une certaine frustration quand à la sectorisation des genres et les oeuillères dont fait preuve une grande partie du public français. Un public qu’il compare à ceux des pays frontaliers que sont l’Allemagne et la Suisse qu’il a souvent cotoyé et qui présentent davantage de facilité à s’ouvrir à des genres différents ou des artistes encore méconnus.

Voici le compte rendu de l’entretien.

Réécouter l’interview : [audio:interviews/Interview Laurent Wenger.mp3|titles=Interview Laurent Wenger]

« Quand à un moment donné tu es en difficulté, c’est l’aspect financier qui te pousse finalement à réfléchir sur pourquoi tu fais cela et ce que tu défends. »

Radio Metal : Tu étais le directeur artistique du festival Léz’Arts Scéniques. Quel est aujourd’hui ton état d’esprit face à l’arrêt de cette manifestation ? Es-tu déçu que vous ne fassiez pas une nouvelle édition l’année prochaine ?

Laurent Wenger : Cela fait plus de dix ans que l’on a développé cette manifestation, la première a été lancée en 2001. Il y a eu d’autres éditions avant mais cela ne s’appelait pas encore Léz’Arts Scéniques, il s’agissait de soirées ponctuelles, ce n’était pas un festival à l’époque alors, forcément, tout cela fait qu’il y a un petit pincement au cœur mais je ne suis pas quelqu’un de nostalgique. C’était un choix totalement assumé pour différentes raisons.

Le communiqué publié suite à cette annonce soulève beaucoup d’interrogations notamment lorsque vous dites que le festival sous sa forme actuelle vous empêche d’assurer l’éclectisme musical que vous revendiquez. A quoi faites-vous allusion ?

Cette phrase résume tout, on est arrivé à un stade sur la manifestation avec des coûts, un travail artistique, un festival en Alsace… On arrive un peu au taquet d’un point de vue budgétaire, l’équilibre est compliqué et fragile. On a envie de continuer à développer ce qui nous tient à cœur et notamment au sujet des styles musicaux que l’on défend depuis le début. On pense que le projet a eu son existence, on est arrivé à son terme. On garde la tête haute, on ressent une certaine fierté et une certaine intégrité mais on pense qu’aujourd’hui il vaut mieux en rester là. Cela ne signifie pas que l’on arrête radicalement tout ce que l’on travaille depuis plus de quinze ans, ça serait complètement stupide. Nous allons bien évidemment utiliser toute l’expérience acquise au cours de cette période pour la mettre à profit sur de nouveaux projets. Cependant, nous pensons que le festival « Léz’Arts Scéniques » est arrivé à terme. Vous savez aussi bien que moi que lorsqu’en France un festival arrête, c’est que généralement il est à genoux, qu’il a la tête penchée et que la guillotine est tombée. Souvent la guillotine est l’aspect financier, après il y a d’autres raisons qui peuvent, par exemple, être politiques. En ce qui nous concerne, tout s’est plutôt bien articulé d’un point de vue humain mais le financier est très fragile et la manifestation est déficitaire depuis plusieurs années. Nous avons en face de nous des mastodontes, nous sommes en France, situés à la frontière allemande mais nous ne sommes pas en Allemagne. Les mentalités ne sont pas les mêmes, la culture n’est pas la même, alors tout ça mis sur la table nous amène à faire un choix et prendre cette décision tant que nous sommes encore debout et nous sommes plutôt fiers de l’être.

Les problèmes sont donc pour vous essentiellement financiers ?

L’aspect financier a été sur la table, a fait partie des discussions et à peser dans la balance mais il n’y a pas que ça. L’aspect financier est certes important dans une manifestation qui coûte près d’un million d’euros. A un moment donné, je joue à « pile ou face » avec quelque chose qui coûte relativement cher et je prends un risque car le taux d’auto-financement est relativement important. Cela a donc naturellement fait partie de la réflexion mais, hormis cela, le sens même du projet entre en compte. Qu’est-ce que tu veux défendre ? Qu’est-ce que tu veux faire ? Quels sont les compromis que tu es prêt à faire ? C’est hyper important de se remettre en question. Nous avons fait notre choix et, au-delà de ça, je dirais que généralement l’aspect financier te pousse un peu plus à la réflexion. Quand tout va bien et qu’à la fin d’un festival tout s’est bien passé, tu ne te poses pas de questions, dans la majorité des cas tu fais un copier/coller mais un jour tu te prends une grosse baffe. Inversement, quand à un moment donné tu es en difficulté, c’est l’aspect financier qui te pousse finalement à réfléchir sur pourquoi tu fais cela et ce que tu défends. Nous avons un peu mixé tout ça et on en est arrivé à se demander ce que l’on voulait vraiment, comment on le travaillait, ce qu’on en a appris, ce que l’on en ressort et surtout est-ce que l’on va continuer cette course effrénée dans ce milieu car c’est compliqué à programmer. Lorsque l’on veut des groupes et que l’on souhaite malheureusement les faire connaître en France quand certains ont trente ou cinquante ans d’existence, tu te retrouves en concurrence avec toute l’Europe et il faut faire face à la flambée faramineuse des cachets artistiques. Ce sont donc les questions que nous nous sommes posés et les choix que nous avons fait concernant Léz’Arts Scéniques.

Léz’Arts Scéniques est un festival qui avait une bonne image aux yeux du public. Beaucoup de gens ont été fidélisés à ce festival. Nous avons cependant eu échos de réticences venant de certains tourneurs, est-ce la vérité et est-ce que cela a pesé dans la balance ?

Donne moi des noms… [Rires] Je suis le programmateur donc je suis la première personne qui devrait être au courant. Je n’ai jamais eu de réticences de tourneurs ou d’agents. J’ai bien évidemment eu des prises de becs avec des agents car je ne suis pas forcément toujours d’accord avec leur politique, la manière dont ils vendent ou travaillent les choses. Je trouve que certains agents ne sont pas très professionnels mais ça s’est toujours bien passé avec les agents avec lesquels j’ai travaillé aussi bien en France qu’à l’étranger. Je n’ai jamais eu de soucis majeurs à programmer en dehors d’exclusivités posées qui ont fait que je n’ai pas pu avoir tel ou tel artiste mais c’est de bonne guerre et cela fait partie du milieu.

« La différence avec d’autres festivals où les gens viennent plus au rendez-vous pour boire des bières sans trop faire attention à ce qu’il se passe sur scène, c’est que, pour Léz’Arts Scéniques, les gens venaient vraiment pour la musique. »

De manière générale, est-ce que vous avez souffert dans votre organisation des difficultés et incertitudes inhérentes à un milieu metal manquant encore parfois de professionnalisme ?

Je n’ai jamais eu cette impression. La différence avec un organisateur d’un festival unique, c’est que cela nous confère une activité à l’année, on défend des choses et on est plutôt éclectique. Même si notre caractère de prédilection reste le rock au sens large, on a toujours voulu défendre les styles musicaux très peu représentés en France, c’est ce que l’on fait depuis le début. Je ne fais pas de différence majeure entre le metal et d’autres styles musicaux tout aussi pro ou tout aussi à la rue. Cela dépend des interlocuteurs que tu as en face mais il y a des groupes de metal et des agents professionnels, d’autres pas, tout cela se travaille.

Grâce au festival Léz’Arts Scéniques, vous piochiez un peu dans différents styles et différentes scènes. Tu nous disais précédemment que tu ne voyais pas forcément de différences entre la scène metal et d’autres scènes. Est-ce que cela se passait de la même manière sur les différents genres ?

Oui, c’est ce que j’expliquais. La seule chose qui est importante par rapport au metal concerne la position géographique du festival en France, je suis vraiment au nord-est, à quinze kilomètres de l’Allemagne. Depuis que je suis gamin, j’ai eu l’habitude d’aller en Suisse ou en Allemagne et j’ai eu l’habitude de baigner dans cette culture rock, hardcore, metal. C’est quelque chose qui m’attirait énormément par le look, par la musique et parce que les Allemands sont tout de suite à fond dans le domaine. Finalement, je ne comprenais pas la réaction en France, j’ai essayé de travailler ça avec le festival Léz’Arts Scéniques, ça s’est plutôt pas trop mal passé car les gens qui venaient et qui nous suivaient sur le festival ont toujours été un public de fidèles aficionados de musique. La différence avec d’autres festivals où les gens viennent plus au rendez-vous pour boire des bières sans trop faire attention à ce qu’il se passe sur scène, c’est que, pour Léz’Arts Scéniques, les gens venaient vraiment pour la musique. Cependant, ça n’a rien à voir avec l’Allemagne ; là-bas, c’est véritablement ancré dans des habitudes et lorsque tu travailles avec un groupe et que tu fais venir un groupe américain ou anglo-saxon dans ton festival, tu es loti à la même enseigne que tous les autres mastodontes qu’il peut y avoir ailleurs et qui ne programment que ça. Cela veut dire que si tu veux avoir certains groupes, tu es obligé de travailler un réseau, tu es obligé d’utiliser tes connaissances et ça, dans le metal, ça existe comme dans d’autres styles musicaux mais peut-être de manière un peu plus prononcée. Cela signifie qu’il y a encore des gens qui travaillent à l’affectif et c’est tant mieux.

Il y a une concurrence par rapport aux festivals existant dans les pays qu’il y a autour mais il y a aussi un public très actif, n’en avez-vous pas bénéficié ?

J’attendais cette question car on me la pose souvent. Si on se place du côté du metal, on n’a pas trop à se plaindre car il y a un public relativement actif dans le nord-est, mais si tu n’as pas les gros noms, ça reste difficile à travailler et, en Alsace, il n’y a pas d’habitudes aux festivals, c’est plutôt les fêtes du vin. De plus, les Allemands et les Suisses ont tellement de choses chez eux qu’ils n’ont pas besoin de venir en France. Il y a tellement d’offres de musique alternative, de lieux qui programment facilement sans avoir les barrières administratives et politiques que l’on peut parfois rencontrer. En France, c’est encore très carcan et les gens sont très sectorisés. Même dans le metal les gens ont des œillères assez incroyables et s’ils aiment « ça » et « ça » ils n’iront pas voir « ça » ou « ça ». Ils n’ont pas compris que, à un moment donné, ils ont besoin de se fédérer et d’aller voir et écouter autre chose, je pense qu’ils auraient d’agréables surprises. C’est ce que font plus facilement les pays à côté de chez moi où je me suis notamment retrouvé dans des soirées où il y avait des groupes de metal et un public très varié mais tout le monde était à fond. Dès qu’il y a des concerts petits ou grands, ils y vont et apportent leur soutien. C’est la grosse différence avec chez nous où les gens se déplacent pour les groupes qu’ils connaissent. S’ils ne connaissent pas, ils seront un peu réticents et il suffira que l’année suivante le groupe explose et soit un peu médiatisé pour qu’ils finissent par se déplacer même si le groupe fait exactement la même chose que l’année précédente.

« Même dans le metal les gens ont des œillères assez incroyables. […] Ils n’ont pas compris qu’à un moment donné, ils ont besoin de se fédérer et d’aller voir et écouter autres choses, je pense qu’ils auraient d’agréables surprises. »

Apparemment en Allemagne le public est plus ouvert…

Il est plus ouvert mais je ne veux pas non plus en faire le modèle car il y a des trucs pourris aussi. Le fait est que l’histoire culturelle du pays n’a pas évolué de la même façon et les gens ont saisi l’ouverture et la chance d’avoir accès à différentes formes de cultures musicales et ils sont hyper à fond. En outre, d’un point de vue articulation, il y a beaucoup plus d’endroits qui organisent des concerts. En France, c’est compliqué : dans les bars, c’est pénible, ça fait du bruit, etc. On a un peu étouffé ça et je pense que ça en est un peu le résultat. Aujourd’hui, un effort doit aussi être fait de la part du public. Je n’ai pas de solution miracle à proposer mais tout ce que je sais c’est que sur Léz’Arts Scéniques le public répondait quand même présent, peut-être pas en quantité suffisante, du moins comme on pourrait toujours l’espérer. Cependant, nous n’avons jamais voulu faire un festival au rabais où l’on aurait fini par se dire que la scène ne ressemblait à rien. J’ai toujours attaché une importance à l’accueil du public et à ce que, lorsqu’ils sont sur le site, cela ressemble vraiment à quelque chose, à ce que les groupes soient contents de venir et je n’ai jamais eu de retours véritablement négatifs par rapport à ça, bien au contraire.

Peut-être juste Dani Filth en 2011… [Rires]

Je l’avais oublié celle-là, c’est rigolo. J’avais presque oublié cette petite anecdote d’ailleurs, je crois qu’il y a un autographe qui doit traîner dans la prison du commissariat de police de Sélestat. La majorité des groupes se sont bien comportés mais il y en a certains qui ne savent pas se tenir, tant pis pour eux.

Dans votre communiqué vous abordez également la question de l’avenir. Quels sont concrètement vos projets ? Qu’espérez-vous pour l’avenir ?

Nous sommes actuellement dans une phase de réflexion. L’idée est de rebondir avec tout ce qu’on a pu acquérir au cours de ces douze dernières années grâce à la richesse de Léz’Arts Scéniques et de les mettre en exergue rapidement sur différentes manifestations et différents projets. Comment ça va s’articuler et comment ça va se concrétiser ? Aujourd’hui, je ne peux pas le dire. Tout ce que je peux dire c’est que nous travaillons à l’année et que tout est ouvert. Nous avons la possibilité de faire des choses en salles, à l’extérieur, en plein-air et dans des lieux complètement différents. Les propositions ne manquent pas et c’est plutôt rassurant. Nous sommes très surpris de susciter autant d’engouement et d’avoir autant de remerciements des personnes. Il n’y a aucune prétention de ma part, je traduis simplement les retours que l’on a eu ces derniers jours. Je m’attendais à une réaction mais pas à celle-là. Même les plus puristes qui te disent « De toute façon, c’est nul ce que vous faites, il aurait mieux valu faire ça » ont eu le courage de nous féliciter pour notre travail même s’ils nous avaient pas mal démontés. Ça fait super plaisir car cela nous a permis de nous rendre compte que l’on était vraiment soutenu et, par respect pour tout ces gens qui nous suivent, qui nous ont fait confiance et qui continuent à nous faire confiance, nous ne trahirons pas ce que l’on revendique depuis le début. Tout ce qui a été mis en place sur Léz’Arts Scéniques se retrouvera, sous quelle forme ? On va le travailler et je pense que l’on y verra plus clair dans les deux mois à venir. Il ne faut pas s’inquiéter, nous sommes toujours là et toujours debout.

Interview réalisée par téléphone le 18 octobre 2012
Transcription : Isabelle

Site internet de Zone51 : www.zone51.net



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  • Audio rajouté à la retranscription ! Bonne (ré)écoute !

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  • C’est con quand même, ce festival faisait partie de mes projets d’avenir, chaque journée avait un style de musique spécifique, j’aurais bien voulue voir a quoi ressemblait le camping avec tout c’est mélange de style, et surtout voir les concerts, les dernières affiches que j’ai vue était plûtot impressionnante a mon goût, je suis vraiment dégouter, et je leurs souhaite vraiment bonne chance pour l’avenir, même si ils ne font plus de metal, je les encouragerait toujours, avec les artistes qu’ils ont eu, ils méritent bien sa

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