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Interview   

L’harmonie existentielle d’Obscura


Steffen Kummerer ObscuraEn cinq ans, depuis l’album Omnivium, Obscura a vécu une série de remous dans ses rangs, avec notamment les départs du guitariste Christian Muenzner et du batteur Hannes Grossmann – qui ont fait parler d’eux l’année dernière avec leur projet Alkaloid -, si bien que le groupe allemand a été presque intégralement renouvelé. Mais pas de quoi déstabiliser Steffen Kummerer qui en a connu d’autres – comme après le premier album Retribution où il avait essuyé les départs de trois membres – et qui a toujours le chic pour rebondir et trouver de talentueux musiciens pour poursuivre avec lui son exploration death metal progressive et ultra technique.

Il faut dire qu’Obscura a les arguments, en référence du genre qu’il s’est érigé avec le temps, mais aussi avec la vision qu’y développe Kummerer. Akróasis est en effet le troisième album dans une quadrilogie conceptuelle sur l’existence où se mêlent science, réflexions philosophiques et mise en perspective spirituelle. Un concept poussé, complexe, référencé, comme vous pourrez vous en rendre compte à la lecture de l’entretien qui suit où le guitariste-chanteur expose le contenu d’Akróasis et sa place dans le concept.

Un entretien particulièrement long, car Obscura offre matière à disserter et décortiquer, que ce soit compte tenu de ses changements de line-up, de la musique elle-même ou de la base thématique de l’album. Si vous voulez tout savoir sur Akróasis et Obscura en 2016, et même au-delà – puisqu’il évoque autant l’album suivant que le passé -, c’est par ici.

Obscura 2016

« Ce que je fais, je veux pouvoir le faire à cent pour cent correctement et si c’est juste moyen, je préfère ne pas le faire. »

Radio Metal : Ces dernières années, Obscura a vécu un certain nombre de changements de line-up. Le guitariste Christian Muenzner a dit vouloir « dédier la majeure partie de [son] temps à travailler sur [sa] propre vision musicale. » Est-ce que cela signifie qu’il n’y avait pas de place dans Obscura pour développer sa musique et sa vision ?

Steffen Kummerer (chant & guitare) : En fait non mais Christian vient d’un background différent. Il convient mieux au power metal. Ça peut paraître étrange mais c’est un shredder et une sympathique personne mais il n’était pas tellement heureux avec ce death metal ultra technique que nous jouons. Aussi, il souffre de dystonie focale. Pendant les dernières années, il ne pouvait pas utiliser son index et son majeur à cent pourcent. Et puis il avait tout simplement perdu le plaisir de tourner. Au final, il a arrêté d’être le guitariste d’Obscura et il a formé un groupe de power metal baptisé Eternity’s End. Je crois qu’ils ont produit leur premier album en fin d’année dernière. Il fait donc son propre truc maintenant. C’est un bon gars ! Je lui souhaite le meilleur dans le rétablissement de ses doigts. Ce n’est pas rien et j’espère qu’il va mieux. Les années que nous avons passées ensemble restent positives et c’est ce que je retiens.

Mais il joue aussi un genre de death metal technique dans Alkaloid…

C’est vrai mais il ne va pas tourner avec eux. Faire toutes ces tournées ne l’intéressait tout simplement pas et son groupe principal, c’est ce nouveau groupe de power metal. Je suppose qu’il joue également dans quelques autres groupes mais c’est sur ce groupe de power metal qu’il veut se concentrer.

Le batteur Hannes Grossmann a donné des raisons similaires pour son départ, disant qu’il voulait « explorer une autre facette d’Obscura » et que vos « goûts et visions musicaux pour le futur du groupe sont juste incompatibles à ce stade. » Est-ce quelque chose que tu as également ressenti ?

Oui. Absolument. Nous en avons parlé, en fait. Il aurait été possible que nous nous forcions à travailler ensemble sur ce nouvel album mais, au final, tout le monde aurait eu à faire trop de compromis, si bien que ni moi ni lui n’aurait été content du résultat. J’ai une approche différente dans ma façon d’arranger des chansons et surtout dans la façon dont je veux développer le groupe. Nous sommes donc entrés en conflit à partir du moment où Hannes voulait prendre une voie plus expérimentale, avec de très, très longs arrangements où tu as, grosso modo, des variations d’un même riff encore et encore… Ma perspective sur la composition est un peu différente et j’ai aussi une vision très forte par rapport à où je veux que ce groupe aille, surtout en termes de production. En termes de composition, je suis plus porté sur des structures fluides. Donc toutes les chansons peuvent être extrêmement difficiles à jouer ou faciles, ce n’est pas ce qui importe, je veux que tout l’album soit arrangé de façon fluide et je veux aller quelque part où le groupe a commencé. Je ne néglige pas les racines, je ne veux pas détruire tout ce que nous avons pu faire. Nous avons créé une identité avec ce groupe et ça correspond précisément à ce que je veux faire. Akróasis est exactement l’album que je voulais écrire avec les gars. D’une certaine façon, nos idées ne collaient pas ensemble.

Donc, nous sommes des adultes et nous en avons discuté, nous nous sommes appelés et au bout du compte, il a formé un nouveau groupe – tu l’as mentionné, Alkaloid – et il fait ce qu’il pensait devoir faire. Il a concrétisé sa vision, ce qui me va parfaitement et moi je continue à faire la musique que je pense être celle que je désire écrire. C’est cool, ça ne me pose aucun problème. Il n’y a pas de mauvais sang ou quoi que ce soit. C’était juste que nous voulions faire des musiques différentes et peu importe si tu joues de la pop, du rock, du death metal ou du black metal, à un moment donné, si tu te disputes sur la vision musicale ou ce que tu veux faire, alors la meilleure idée est de se séparer. Et nous l’avons fait de façon mature, donc tout va bien. Par le passé, nous avons enregistré deux albums qui ont été des réussites, ce qui est quelque chose d’admirable. Je suis fier de chaque album que nous avons fait ensemble et maintenant, un nouveau chapitre s’ouvre. Je ne sais pas exactement ce qu’ils font aujourd’hui avec Alkaloid mais ils ont sorti un album l’an dernier, il a été chaleureusement accueilli et, eh bien, les fans d’Obscura ont désormais deux groupes ! [Petits rires] Il y a pire que ça dans la vie.

Comment se fait-il qu’il ait fallu deux albums d’Obscura pour se rendre compte de ces différents ?

Il n’y avait pas ces différents avant. Pour Cosmogenesis et Omnivium, nous avons tous les deux écrit la majorité des musiques. Mais, tu sais, il y a toujours plus qu’une raison pour se séparer mais je dirais qu’au total nous avons tourné pendant quatre ans ; nous avons enregistré Cosmogenesis en 2008 puis sommes partis directement en tournée un an et demi voire deux ans, nous avons enregistré Omnivium, puis sommes partis en tournée pendant plus de deux ans… Et tant bien que mal, nous devions gérer notre vie de tous les jours. A ce stade, nous n’étions pas parvenus à vivre de la musique, donc tout le monde avait deux boulots. D’après moi, vers 2013/2014, dans le groupe, nous étions un peu lessivés. Nous avons fait un genre de pause pendant quelques mois et ça s’est finalement étendu à six mois, et pendant ce temps, j’étais sur la route avec Death DTA. Et lorsque nous nous sommes finalement retrouvés, nous avions perdu la magie, pour ainsi dire. Ça ne fonctionnait plus. Nous avons échangé quelques idées, tout le monde avait écrit de la musique, mais personne n’aimait les idées des autres. C’est là que nous nous sommes rendu compte que ça ne marchait plus. Nous ne voulions rien forcer. Tout le monde devait faire des compromis. Donc chacun est parti de son côté.

Est-ce difficile de faire des compromis dans un groupe comme Obscura ? Penses-tu que chaque membre doit aller dans exactement le même sens ?

Dans chaque groupe tu dois faire des compromis à un moment donné, autrement c’est un dictat. Mais ça ne fonctionne pas si tu as deux personnes avec de fortes visions qui entrent en conflit. Ça ne peut pas marcher.

Soit dit en passant, as-tu écouté ce qu’ils ont fait avec leur groupe Alkaloid ?

Oui, bien sûr ! Je connais certaines de ces idées, dans la mesure où elles avaient été écrites pour Obscura. Je pense que certaines chansons auraient pu se retrouver sur un nouvel album d’Obscura mais la majeure partie de la musique est juste autre chose ; ce n’est pas de la musique qui, pour moi, aurait convenu au groupe. Par le passé, nous travaillions toujours ensemble sur la musique, nous écrivions les chansons ensemble, mais si ça ne fonctionne plus, si quelqu’un dit « ok, voici la chanson et rien ne devra changer, nous l’enregistrons comme ça ou pas du tout, » alors ça devient difficile de travailler ensemble. Mais tout va bien. En fait, on dirait que la presse et de nombreux fans aiment vraiment ce qu’ils font. C’est bien s’ils rencontrent du succès !

Le guitariste Tom Geldschläger a enregistré le nouvel album mais il a été annoncé en novembre dernier qu’il avait déjà été remplacé par Rafael Trujillo. Que s’est-il passé avec Tom pour qu’il quitte le groupe alors que l’album n’était même pas encore sorti ?

Après le changement de line-up en 2014, nous avons cherché de nouveaux membres mais malheureusement à l’époque nous n’avions pas répété, composé ou même donné des concerts ensemble. Lorsque nous étions en studio, c’était la première fois que nous travaillions ensemble sur un projet. Et à ce moment-là, nous nous sommes simplement rendu compte que ça ne marchait pas, ni sur un plan professionnel ni sur un plan personnel. Au final, nous nous sommes séparés pendant les sessions d’enregistrement. Mais pas de souci. Il est sur l’album. Il est mentionné. Ça va. Je ne veux pas dire quoi que ce soit de négatif en public, donc… J’ai mon opinion et il a la sienne. Nous avons tout clarifié, donc c’est du passé.

Obscura 2015

« Avec [la] religion [chrétienne], si tu meures, tu rejoins la lumière […]. Mais, sous ma perspective, si tu considères la manière noire comme étant l’état normal, la lumière est l’intrus et elle implique la mort et la destruction. »

Il est connu pour jouer de la guitare fretless. Est-ce qu’il en a joué sur l’album ?

En fait, c’était l’un des gros problèmes que nous avons rencontrés pendant les enregistrements. J’aimais vraiment l’idée d’instaurer la guitare fretless et c’est pourquoi nous l’avons embauché, mais… L’idée était d’enregistrer l’album cinquante pour cent lui, cinquante pour cent moi, une guitare jouant fort à droite et l’autre jouant également fort à gauche. Mais ceci ne fonctionnait pas du tout avec l’usage de la fretless. Ça n’allait pas. Ça sonnait toujours complètement faux. Donc, au final, il a fallu que j’enregistre toutes les guitares rythmiques pour sept chansons, ce que je n’avais pas prévu et nous avons conservé les guitares fretless au moins pour quelques slides. Donc pour les guitares rythmiques qu’il a enregistrées, nous avons supprimé tous les trucs en palm mute, tout ce qui avait des accords et nous avons gardé les slides. Par exemple, pendant la chanson « Fractal Dimension », au début, tu as quelques slides à gauche, à droite, à gauche, à droite, nous les avons conservés ; c’est tout ce qui reste de ces rythmiques de guitare à la fretless. Mais nous avons aussi conservé les leads de guitare qu’il a enregistrés. Donc, au niveau des guitares leads, nous partageons à 60-40 pour cent, nous avons gardé ça. Il y a donc toujours de la guitare fretless dans l’album mais, malheureusement, ça n’a pas marché comme prévu. C’est vraiment dommage, il faut que j’avale ça. J’aurais dû le savoir avant mais je n’ai jamais joué de guitare fretless moi-même.

Est-ce que cela signifie que tu abandonnes complètement l’idée d’utiliser de la guitare fretless ?

Oui. Ça ne se fera pas du tout. Surtout en live, ça ne marchera jamais, pas avec ce type de musique que nous jouons. Si tu joues un solo de guitare slide, ok, mais si tu essaies de jouer de la guitare rythmique au niveau où nous le faisons, jamais. Tu ne peux absolument pas atteindre la bonne intonation. C’est impossible. Si tu joues des accords avec plus de deux notes, ça ne marchera pas.

Est-ce que ça ne sera pas un peu frustrant pour Rafael de promouvoir et jouer en live un album auquel il n’a pas participé ?

C’est un peu dommage mais il n’y a jamais de bon moment pour les changements de line-up. Je ne voulais pas changer le line-up en studio, ce n’est pas la meilleure des solutions [petits rires] mais nous devions le faire, il n’y avait pas le choix. Rafael est quelqu’un de très expérimenté, c’est un shredder. Nous avons tout essayé avec lui au préalable : il a fallu qu’il reprenne d’anciennes chansons, il a dû improviser dessus, il a dû écrire ses propres solos pour voir où son style musical se situait. Au bout du compte, je recherche toujours des musiciens qui ont leur propre patte et Rafael a démontré en avoir une. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois, nous avons enregistré quelques vidéos. Comme tu l’as dit, c’est dommage d’entrer dans un groupe tout de suite après la sortie d’un album et de ne pas avoir pris part à l’enregistrement en tant que tel mais ce sont des choses qui arrivent. C’est aussi arrivé à Linus Klausenitzer qui a rejoint le groupe en 2011. Il a fait toutes les tournées, je crois, chaque concert pour l’album Omnivium. Ça fait cinq ans qu’il fait partie du groupe et il n’avait encore enregistré aucun album. Rafael, pour le moment, doit se faire sa place pendant les concerts et nous travaillons ensemble sur le prochain album et à ce moment-là, tout le monde pourra entendre ce qu’il a à apporter.

Obscura a connu beaucoup de changements dans ses rangs avec les années. Le line-up qui a fait Omnivium est d’ailleurs complètement différent de celui qui a fait Akróasis. Comment l’expliquer ? Es-tu un genre de tyran ?

[Rires] En fait, non ! Il y a plusieurs raisons à ça. Comme tu le sais, je joue dans un autre groupe qui s’appelle Thulcandra et nous avons enregistré trois albums de suite avec le même line-up et nous allons enregistrer le quatrième album avec exactement le même line-up ; je n’ai jamais eu à faire de changement en huit années, presque neuf. Donc il y a plusieurs raisons à ça. Par où commencer… Lorsque nous avons démarré le groupe en 2002, nous étions tous des adolescents. Pour ma part, c’était mon tout premier groupe. J’ai commencé la guitare et quelques mois plus tard, j’ai fondé Illegimitation, qui est devenu Obscura. En tant qu’adolescent, ton état d’esprit change constamment. Au cours des deux premières années, nous avons vécu plusieurs changements de line-up, simplement parce que certains pensaient que jouer dans un groupe, c’est marrant pour boire quelques bières, alors que ce n’était pas mon intention ; je voulais écrire de la musique et m’améliorer en tant que musicien, compositeur, performeur… Nous avons donc beaucoup poussé le groupe. Quelques années plus tard, nous étions à un tournant dans nos vies privées où certains d’entre nous ont commencé des études, certains avaient fini l’école et ont trouvé un travail ailleurs, donc nous avons perdu trois membres… Lorsque nous avons commencé à devenir un groupe professionnel qui tourne – je dirais que c’était à partir de Cosmogenesis, car avant ça, nous faisions quelques tournées mais pas à un niveau professionnel -, nous nous sommes vraiment rendus compte de la quantité de travail que ça représentait et à quel point ça prenait du temps. Nous ne sommes pas parvenus à en vivre et nous avons tourné pendant quatre ans, et ensuite nous avons perdu le bassiste [Jeroen Paul Thesseling] qui ne parvenait pas à coordonner sa vie privée et toutes les tournées. Au final, nous avons eu un petit burn-out. Ça explique pourquoi il a fallu autant de changements de line-up. Mais le groupe est toujours en vie. Nous sortons un nouvel album et j’en suis très content. Tout le monde a contribué à des parties, peu importe si c’est au niveau de la production, de l’aspect visuel, de solos ou d’arrangements, tout ceux qui ont été dans ce groupe depuis le tout début ont contribué à ce que nous sommes devenus aujourd’hui. Et on dirait bien que nous allons repartir en tournée pendant les deux années à venir. Et je suis très reconnaissant envers tous ceux qui ont fait partie de ce groupe.

Le niveau de technicité requis pour jouer dans Obscura est vraiment très élevé. Comment parviens-tu à encore trouver des musiciens qui ont un tel niveau ?

C’est une bonne question ! La dernière fois que nous avons dû choisir qui allait être notre nouveau guitariste, par exemple, nous recherchions quelqu’un qui avait sa propre identité musicale et qui pouvait jouer notre ancien répertoire mais qui aussi parlait la même langue. Lorsque nous avons eu ce changement en 2014, nous avons tout de suite reçu plein de messages et questions, comme : « Comment puis-je vous envoyer mon CV, des vidéos ou autre ? » Et j’ai toujours une liste de cinquante-six guitaristes qui nous ont envoyé de la musique mais le problème, c’est que la plupart d’entre eux venaient d’autres continents ou ne parlaient pas Allemand couramment. Si tu t’embarques dans une longue tournée, pendant trente voire quarante jours et qu’il y a une personne qui ne parle pas la même langue que les autres, il se sentira à l’écart et c’est très mauvais. Si tu travailles sur un album ou donnes un concert, tu dois pouvoir te reposer sur tout le monde, il faut travailler en équipe et il faut aussi pouvoir travailler avec l’équipe qui entoure le groupe comme si on était en famille. S’il y a quelqu’un qui ne peut tout simplement pas comprendre tout ce qui est dit entre les lignes ou autre, c’est difficile. C’était donc très important pour moi. Mais, au bout du compte, c’est du cinquante-cinquante. Il faut être un très bon musicien mais, d’un autre côté, selon moi, cinquante pour cent est une question de personnalité. Si tu peux travailler avec quelqu’un, si tu passes de bons moments en sa compagnie, alors tu joues mieux, tu as une super ambiance dans le groupe, avec l’équipe et tout le monde dans le tour bus, et ceci est très important. Tu enregistres un album une seule fois mais lorsque tu pars en tournée pendant deux ans en soutien de l’album et que les gens ne s’entendent pas, ça n’a rien d’amusant. Tu ne t’enrichis jamais avec ce type de musique, donc, au moins, il faut que ce soit amusant.

Akróasis a été entièrement composé par toi et le bassiste Linus Klausenitzer. Comment avez-vous procédé et quelle différence cela à fait par rapport aux albums précédents ?

Cette fois-ci, le processus d’écriture en tant que tel a complètement changé. C’est aussi pourquoi j’étais en conflit avec le line-up précédent. Laisse-moi expliquer : les deux albums précédents ont été complètement écrits avec un système de tablature et partition qui s’appelle Guitar Pro, et c’est très facile d’écrire de la musique, des mélodies et tout, mais nous n’avons jamais fait de pré-production. Du coup, j’avais le sentiment – en analysant ce que nous avons fait par le passé – que certaines parties ou chansons étaient un peu de l’assemblage alors que je suis plus le genre de personne qui recherche un son naturel et organique. Ce que je voulais faire, c’était combiner les deux, avoir un son organique, tout essayer à la guitare avant d’entrer en studio mais aussi tout écrire sur partition. Donc ce que nous avons fait cette fois pour Akróasis, c’est que Linus Klausenitzer et moi avons écrit quinze chansons en tout, avec différents stades. Nous avons écrit les chansons, nous les avons enregistrées en démo, nous les avons toutes mises sur un serveur et ensuite, ensemble, avec les deux autres gars, Sebastian Lanser et Tom Geldschläger, nous avons commencé à arranger et mettre en forme l’album. Nous nous sommes réunis à trois reprises, je crois à chaque fois pendant deux jours. Nous nous sommes posés ensemble, nous avons passé chaque chanson en revue, les avons arrangées, avons travaillé un peu les détails pour changer ici et là une mélodie ou autre, etc. Au final, tout le monde a été, d’une façon ou d’une autre, impliqué dans chaque chanson, bien que les pistes de base aient été écrites par Linus et moi, donc il est difficile de dire qui a écrit quoi. Nous avons tous travaillé sur cet album. Ca a beaucoup aidé pendant l’enregistrement pour se concentrer sur le jeu en tant que tel. Aussi, quelque chose qui a changé par rapport aux albums précédents dans notre façon d’écrire les chansons, était que nous avons fait une pré-production complète. Pendant la pré-production, nous avons finalisé tout ce qui faisait partie du processus créatif et lorsque nous sommes entrés en studio, nous nous sommes contentés d’enregistrer. Ça a énormément aidé ! Avec l’album précédent, par exemple, nous avons dû changer certains arrangements en studio parce que nous nous sommes rendu compte que certains trucs ne fonctionnaient pas à cent pourcent. Et si tu te mets à arranger des chansons qui sont déjà enregistrées, ça pose parfois problème. Cette fois, quand nous étions en studio, nous nous sommes concentrés sur la production et l’enregistrement.

Obscura - Akróasis

« Les hippies hipsters sont toujours là à t’expliquer que seul leur façon de penser est la bonne, ils savent tout mieux que toi ; tu dois être végétalien, spirituel, bla bla bla… Je ne supporte absolument pas ça ! »

Vous ne faites jamais de jams avec Obscura ?

Pas du tout. Non. Avec ce type de musique, je ne crois pas que ce soit possible. Lorsque nous avons démarré le groupe, nous nous retrouvions une fois ou deux par semaine dans la salle de répétition, nous écrivions les chansons ensemble… En fait, ce n’était pas de la musique aussi progressive et ultra technique mais quand même, c’était une toute autre approche du groupe. Mais à cette époque, nous vivions tous dans la même ville. Aujourd’hui, notre guitariste étudie à Amsterdam, je vis près de Munich, à 250 km du guitariste et le batteur est en Autriche. Nous avons donc dû nous organiser pour travailler ensemble. Envoyer toutes ces partitions et faire des sessions par ordinateur et internet semble être la solution la plus facile. Et jusqu’ici, ça marche bien, même si je préférerais travailler avec le groupe dans une salle de répétition.

Linus est encore assez nouveau dans le groupe, puisque ceci est son premier album avec Obscura. Mais comme on en a parlé, il a composé une bonne partie de l’album et j’ai vu qu’il gérait même une partie de la communication du groupe sur Facebook. On dirait donc qu’il a pris beaucoup d’importance dans le groupe. Comment l’expliquer ?

Eh bien, Linus est dans le groupe depuis environ cinq ans. Il a rejoint le groupe début 2011. Bien sûr, sur le papier, on dirait que c’est un nouveau, c’est son premier album avec le groupe mais il est une part importante d’Obscura depuis 2011 lorsqu’il est arrivé. C’est un ami proche et c’est pareil pour Sebastian. Rafael est en fait le nouveau mais ce sera pareil avec lui. Nous partageons les interviews, nous partageons la composition de la musique, etc. Tout le monde a du boulot dans le groupe. C’est comme ça que ça marche. Linus est le membre le plus ancien après moi !

Tu as abandonné le chant clair en voix lead qu’on pouvait entendre sur Omnivium au profit de plus de vocoder. Ne te sentais-tu pas à l’aise avec ton chant clair ?

Il y a des parties claires sur Akróasis également, comme les chœurs sur « Ode To The Sun ». Mais je vois ce que tu veux dire. Je ne suis pas un chanteur de rock. Je peux chanter dans une chorale, c’est ce que j’ai appris à l’école, mais je ne suis simplement pas un chanteur de rock. Ce que je fais, je veux pouvoir le faire à cent pour cent correctement, et si c’est juste moyen, je préfère ne pas le faire. Et je ne me sens pas à l’aise à chanter seulement en voix claire. Nous ne sommes pas Opeth, nous sommes un groupe de death metal. Et j’aime vraiment ces sons de vocoder. Autrement, je ne les aurais pas utilisés. C’est vraiment quelque chose qui me branche et je préfère chercher à comprendre comment bien composer ces parties de vocoder plutôt que d’enregistrer du chant clair foireux juste parce qu’il le faut. Je trouve que le chant au vocoder convient bien mieux que n’importe quel chant clair forcé.

Est-ce que l’utilisation du vocoder est une influence directe de Cynic, dans la mesure où ça sonne beaucoup comme celle que l’on entend dans leur album Focus ?

Absolument ! Lorsque j’ai commencé à jouer de la guitare ou même avant, j’écoutais l’album Focus et j’étais vraiment impressionné par la façon dont ils ont fusionné ces styles de musique dans un contexte death metal. Pareil pour Death et l’album Human. Mais surtout ces lignes de vocoder étaient uniques. Tout le monde détestait ça à l’époque. Paul Masvidal m’a raconté qu’ils avaient tourné avec Cannibal Corpse au début des années 90 et les gens leur lançaient des bouteilles [rires] parce qu’ils détestaient tellement ça ! Pour être honnête, j’aime vraiment. Je trouve que ça ajoute une couleur différente, ça apporte quelque chose que tout le monde ne fait pas mais, à la fois, ça t’offre plus de possibilités pour faire le chant. Par exemple, si tu les retirais complètement, tu remplirais ces vides avec du chant metal normal, comme des cris ou des growls, et je pense que tu perdrais toute une dimension harmonique mais aussi, ce serait moins intéressant. Selon moi, le chant doit être au moins du même niveau que la musique. Ce ne doit pas être un chanteur qui se contente d’aboyer dans un micro, tu dois maintenir un intérêt et même arranger un peu le chant. Avec Akróasis, nous avons investi plus de temps et d’effort dans ces pistes de vocoder. Je pense que ça aide à donner à l’album sa propre identité. Au final, c’est une question de goût, bien sûr. Certaines personnes aiment, d’autre pas. Je lis parfois que des gens trouvent que c’est un putain de truc stupide [rires] mais… Tout le monde a droit à son opinion et ça me va. Nous faisons ce que nous faisons. C’est ce que j’aime et personne dans le groupe n’a dit que ça craignait ou de l’enlever. C’est sur l’album, j’aime. C’est tout.

Tu utilises un vocoder à la Cynic, le nom du groupe est emprunté à un album de Gorguts, etc. Est-ce que tu vois un peu Obscura comme une sorte d’hommage au death metal technique et progressif ?

Pas un hommage, je pense que nous faisons notre propre truc, mais j’ai pleine conscience d’où nous venons. Jamais je ne négligerais nos racines. Lorsque j’ai commencé à jouer de la guitare, mes grands héros étaient Atheist, Pestilence, Cynic, Death, Nocturnus… Tous ces groupes. D’une certaine façon, ça se reflète dans chaque chanson, parfois plus, parfois moins. Mais je dirais que nous avons notre propre identité. Nous avons développé notre son durant les quatorze dernières années. Donc je ne vois pas le groupe comme un hommage mais, à la fois, je sais pourquoi nous avons commencé à faire de la musique.

Akróasis semble un peu s’éloigner d’Omnivium. Penses-tu que vous avez été trop loin avec Omnivium sur certains aspects ?

C’est une bonne question. C’est difficile à dire. C’est très dur pour moi de comparer ces albums. Pour moi, chaque album représente plus ou moins l’état du groupe au moment il a été fait. Lorsque nous avons écrit Cosmogenesis, nous avions des compositions qui venaient de tout le monde ; ils les ont d’ailleurs écrites avant de rejoindre le groupe. Sur Omnivium, tout a fusionné. Et sur Akróasis, c’était une vision très claire venant de Linus et moi. Tu as donc différentes personnes qui écrivent différentes musiques dans le cadre du son d’Obscura. Le son signature est à chaque fois là mais chaque album sonne un peu différemment, c’est vrai. Ce que je voulais faire avec Akróasis, c’est freiner un peu la vitesse, c’était fait exprès parce que j’ai remarqué que les chansons ultra rapides, au-dessus de 250 bpm, ne sonnent tout simplement pas bien en concert ; peu importe si tu étais dans un bon jour ou pas, ce qui ressortait des enceintes se rapprochait d’un bruit blanc. Donc ce que j’ai voulu faire, c’est changer un peu l’approche, de… Comment expliquer… Ne plus remplir chaque fréquence sur un album de soixante minutes et écrire un album plus focalisé sur les rythmes avec un côté un peu plus posé. Donc, avant que nous commencions à écrire Akróasis, je voulais instaurer cette idée. Nous voulions renvoyer un certain feeling lorsque tu écoutes l’album et je pense que nous l’avons assez bien capturé. Encore une fois, comparer les albums est très, très difficile mais je dirais que ce qui fait qu’il sonne un peu plus comme Cosmogenesis, c’est la guitare et le son de guitare en tant que tel. Pour Akróasis, j’ai utilisé exactement la même guitare que j’ai utilisée pour Cosmogenesis, et j’ai joué sur les deux albums la plupart des guitares, alors que sur Omnivium, nous avions différentes guitares et différents amplis. En termes de son, c’est différent mais le son de guitare, par exemple, qui est plus ou moins la signature d’un groupe de death metal, à mon avis, est plus proche de Cosmogenesis. Je trouve qu’il sonne un peu plus naturel.

Tu as dit avoir ralenti la vitesse mais d’un autre côté, l’album sonne parfois presque plus technique encore…

[Petits rires] Eh bien, à un niveau différent. En fait, si tu ne joues pas des blast beats à 250, ça ne veut pas dire que c’est moins technique. Sur Akróasis, la chanson la plus rapide, “Fractal Dimension”, est à 230 bpm, ce qui est aussi très rapide! Je veux dire… Essaie de jouer ça ! [Rires] Mais je voulais avoir plus de diversité au sein de la chanson. Le dernier album, à l’exception d’une chanson, était super rapide d’un bout à l’autre. Et tous les différents tempos sur Akróasis rendent l’album un peu plus naturel, tu as plus d’occasions de respirer. Donc, puisque nous avons tous arrangé l’album, ça sonne comme un bloc, du début à la fin. Je sais que ce n’est vraiment pas commun, dans la mesure où les gamins n’écoutent qu’une chanson sur Spotify ou YouTube, mais cet album est arrangé, surtout au niveau de la tracklist, pour être écouté d’un bout à l’autre. Il y a donc des refrains dynamiques, une chanson très rapide, une chanson plus lente, quelques interludes, des guitares claires, etc. Tu peux comparer ça à un bon film où parfois c’est très rapide, tu as plein d’informations et impressions au niveau visuel et puis, plus tard, tu n’as qu’un angle de caméra qui te dit tout ; je m’inspire beaucoup de ça. Je préfère composer l’album comme un tout et faire en sorte que ça reste intéressant pour tout le monde, pas seulement pour les fans mais aussi pour nous. Pense aux concerts : parfois nous jouons en tête d’affiche pendant soixante à quatre-vingt minutes si tu fais des rappels, et si tu ne joues que des blast beats rapides, du début à la fin, c’est super excitant pour quiconque aime les blast beats mais pour tous les autres, ça devient ennuyeux. Alors j’essaie de maintenir l’intérêt et puis nous avons des tempos sur lesquels nous n’avons jamais travaillé auparavant. Par exemple, la chanson « Perpetual Infinity », c’est presque un rythme power metal [il chante le rythme], et c’est exprès sur l’album. Nous avions un total de quinze chansons et à partir de ces quinze chansons, nous avons choisi huit chansons qui rendaient l’album intéressant. Nous avons choisi les chansons les plus singulières pour l’album. Par exemple, une chanson comme « Ode To The Sun », au départ, nous pensions que ça allait être un titre bonus parce qu’elle sortait vraiment de l’ordinaire, elle est vraiment éloignée de tout ce que nous avons fait jusqu’à présent mais, d’un autre côté, nous nous sommes dits : « Ok, voilà quelque chose que nous n’avons encore jamais fait, donc pourquoi ne pas la mettre sur l’album ? » Et au final, nous avons décidé : « Ok ! Mettons-la au milieu de l’album et voyons comment les gens réagiront. »

« Lorsque tu regardes les infos à la télé, si tu veux les croire, mieux vaut voir ce que d’autres pays disent sur le même sujet. Pour résumer, la même chose s’est produite [pour moi] avec la religion. »

En parlant de chansons, l’album se termine sur « Weltseele » qui dure quinze minutes et qui est la seule chanson où Tom Geldschäger est crédité, et elle sonne vraiment grandiose avec ces cordes… Peux-tu nous en dire plus sur cette chanson ?

Cette chanson, au départ, était une démo de Linus et elle durait environ cinq minutes. Lorsque nous avons commencé à travailler dessus avec tout le groupe, Tom a pris la chanson et a apporté quelques très bonnes idées. Il a séparé la chanson en deux d’une façon qui rappelle « Centric Flow » sur Cosmognesis. La dernière chanson de Cosmogenesis est également séparée en deux : tu as une chanson et ensuite une très, très longue outro. Nous nous sommes dits : « Ok, faisons quelque chose qui ne soit pas similaire mais qui termine la chanson d’une même façon. » Nous voilà dans la courbe dynamique à terminer l’album avec une de ces chansons plus épiques. Il a donc séparé la chanson en deux et écrit plein, plein de jolies parties acoustiques. Nous avions donc une chanson décomposée en deux parties et un espace avec des guitares acoustiques au milieu. C’est là que j’ai eu l’idée de réintroduire des cordes. C’est en fait quelque chose avec laquelle nous avions travaillé sur le premier album et sur la démo. C’était donc expressément un rappel au passé mais, à la fois, une fenêtre vers le prochain album. Tous les albums sont liés les uns aux autres. C’est un concept de quatre albums où Akróasis est le numéro trois. Donc « Weltseele », en soi, était dès le départ sensé être la dernière chanson de l’album et, d’un côté, elle regarde dans le rétroviseur d’où nous venons et, d’un autre côté, c’est un spoiler pour le prochain album. Ce concept en quatre albums se terminera avec la chute ultime, l’apocalypse ultime. Nous allons donc beaucoup travailler avec des orchestres. Je ne veux pas trop en dire mais voilà l’idée derrière ça. Ensuite, nous avons embauché un arrangeur berlinois, Matthias Preisinger. Et le père de Linus Klausenitzer, qui est professeur de musique, a travaillé pour le festival Wagnérien de Bayreuth, donc cette connexion que nous avons avec l’orchestre de Berlin nous a permis d’avoir quelques violonistes. Tout ce que tu entends sur ce morceau est véritablement joué, nous n’avons utilisé aucun genre de plugin VST ou de clavier. Nous voulions que ça sonne naturel. Cette chanson n’a pas cessé d’évoluer en seulement quelques semaines et au final, nous nous sommes retrouvés avec une partie épique de quinze minutes dans l’album. Je trouve que c’est une bonne fin à l’album et c’est une bonne chanson ! C’est très long… J’ai lu quelques chroniques qui disaient que c’était trop long mais je trouve que c’est très bien arrangé, il y a quelques idées vraiment intéressantes et ça offre au groupe quelque chose qui rend l’album meilleur.

Donc on peut s’attendre à un côté plus symphonique pour le prochain album…

Eh bien, nous n’allons absolument pas embaucher des chanteurs d’opéra [rires]. Nous avons quelques idées. Je ne veux pas trop parler de choses dont je ne suis pas encore sûr ou ne sait pas si ça se fera, mais nous allons assurément travailler avec quelques orchestrations mais d’une façon plus inhabituelle. Donc nous n’allons pas devenir Dimmu Borgir ou quoi. Nous allons terminer ce concept de quatre albums comme c’était prévu en 2008 lorsque nous l’avons commencé. Ce sera intéressant ! Et j’espère que ça ne prendra pas encore cinq ans à enregistrer un nouvel album.

Tu as dit que vous avez « écrit quinze chansons en tout », ça signifie donc qu’il en reste sept. Qu’allez-vous faire avec ces chansons ?

On verra. En fait, il y a des raisons pour qu’elles ne soient pas dans l’album. D’abord, elles ne semblaient pas convenir. Certaines parties ne collaient pas à cent pour cent avec le reste mais nous les conservons dans nos archives et nous verrons ce que nous allons en faire. Mais nous ne faisons pas de recyclage ou quoi que ce soit de ce genre. Nous gardons les chansons et peut-être que nous travaillons sur une ou deux d’entre elles et les sortirons sur le prochain album si ça convient. Sinon, eh bien, nous nous contenterons d’écrire de la nouvelle musique.

Vous ne sortirez pas un EP ?

Non. Ça briserait le cercle des quatre albums.

Akróasis, ça signifie “audition” en Grec mais c’est aussi le nom d’un livre par le professeur Hans Kayser. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet et comment ceci s’insère dans le concept global qui a démarré avec Cosmogenesis ?

Hey, t’es bien préparé ! [Rires] J’ai effectivement emprunté le titre de ce livre d’Hans Kayser et ce livre parle de l’idée de l’harmonie du monde. C’est en gros l’idée selon laquelle tout dans le cosmos, tout ce que l’on voit, tout ce qui est matériel est, d’une certaine façon, relié selon une structure harmonique. C’est assez intéressant parce que je m’intéresse un peu à l’astrophysique et il y a eu, il y a quelques années, la découverte d’une nouvelle planète, et ils l’ont découverte via la théorie de la loi harmonique de Kepler. Ils ne savaient pas qu’il y avait une nouvelle planète, ils ont juste vérifié la théorie et ils l’ont trouvée ! C’était donc très intéressant. Mais toutes les paroles ont plusieurs niveaux, à l’instar de la musique. Donc tu as la base astrophysique de Kayser et Kepler et tu as la pensée Pythagoricienne [sur l’harmonie des sphères] – d’après ce que je sais, Pythagore était le premier à donner vie à cette idée et il a beaucoup travaillé sur les monocordes, c’est la raison pour laquelle il y a du monocorde sur l’album. Je travaillais en tant qu’ingénieur de laboratoire à l’université avec un de ces trucs dans le domaine de psychothérapie. C’est à moitié un instrument, à moitié un dispositif thérapeutique… Je ne sais pas exactement comment appeler ça mais c’est très intéressant.

A partir de là, tu as un lien avec quelques philosophes auxquels je faisais référence sur les deux précédents albums. Cosmogenesis et Omnivium comprenaient plusieurs idées, parfois même des poèmes ou des strophes complètes de [Friedrich] Schelling et du philosophe naturaliste allemand [Johann Wolfgang Von] Goethe. J’y faisais référence parce qu’ils ont écrit des passages dans leurs travaux qui parlaient particulièrement de ces sujets. Schelling a écrit un livre intitulé Von Der Weltseele, ça n’a rien à voir avec la physique ou l’astrophysique mais il apporte un point de vue philosophique et si tu gardes en tête que ça a été écrit il y a deux cent cinquante ans, n’importe quel physicien de nos jours sortirait de la pièce en hurlant, demandant qu’est-ce que c’est que ces conneries [petits rires]. Mais j’ai essayé de comprendre ces perspectives et combiner ça avec un point de vue d’astrophysique.

Et en tant que troisième couche, il y a tous ces points de vue religieux, provenant de différentes religions. Par exemple, dans « Ten Sepiroth », je fais référence aux dix attributs divins de la Kabbale, dans « Sermon Of The Seven Suns », il y a des idées empruntées au Bouddhisme, je travaille aussi souvent avec des idées venant du Christianisme, et à la fin, je rejette ça, dans un point de vue strictement nihiliste. C’est plus ou moins… Eh bien, un nihilisme anti-cosmique ou, à certain stade, du satanisme anti-cosmique, si tu veux nommer ça de façon éhontée.

Tous ces albums sont liés les uns aux autres. Cosmogenesis est censé renvoyer à l’existence, le point de départ de la création de tout, tu peux aussi le voir d’un point de vue religieux ou physique. Omnivium traite, plus ou moins, du thème de l’évolution organique et la couleur verte souligne ça sur la pochette de l’album. Alors qu’Akróasis parle de construire ou développer, plus ou moins, sa propre conscience et, en l’occurrence, il y a un lien entre les trois couches d’Akróasis et les trois entités d’Omnivium – la rationalité, la religion et la vraie vie. Et sur Akróasis, il y a la chanson “Weltseele”, qui se traduit littéralement par « âme monde » et est empruntée à Goethe ; en fait, je voulais déjà utiliser ça sur Cosmogenesis. Et donc, toutes ces visions religieuses, en les combinant avec ce que je dis d’un point de vue astrophysique et philosophique, je les rejette dans leur ensemble. Au final, tu es en train d’examiner une situation ou un cycle de vie depuis un point de vue absolument négatif. Toutes ces religions renvoient vers la fin. Pour résumer, peu importe en quoi tu crois, peu importe la religion à laquelle tu adhère, au bout du compte, tu vas mourir et ce sera fini.

Mais je me réfère à ce cycle de vie, de la création à la mort, en tant que conscience et c’est ce qu’on appelle le Moniste (« The Monist »). Le Moniste est lié aux dix Sephiroth (« Ten Sepiroth »), et la vie et la mort du Moniste, de cette création consciente du cycle de la vie, existent dans un infini perpétuel (« Perpetual Infinity »). Il a donc conscience de ce qu’il fait mais il ne peut pas du tout échapper à cette situation. Dans « Fractal Dimension », j’expose le point de vue selon lequel si tu décomposes tout, même le Moniste, tu te retrouves avec de petits fractals qui, au final, se séparent également en morceaux et se rejoignent plus tard dans « Perpetual Infinity ». Et tout ceci, d’une certaine manière, possède une « âme monde ». Ça fait beaucoup d’informations dans un petit monologue [rires]. Désolé, je me suis laissé emporter…

Tu as en fait répondu à au moins trois questions d’un coup, surtout à propos de l’aspect religieux…

J’ai lu un livre très intéressant de Günter Hasinger, un astrophysicien de l’Université Technique de Munich, et il a écrit plusieurs thèses. L’une d’entre elles m’a vraiment fasciné et parlait de l’idée selon laquelle la majeure partie de notre cosmos est constitué de matière noire. Donc si tu dis que la matière noire constitue la majeure partie, alors la lumière en elle-même est l’intrus, le destructeur, et c’est ce à quoi je fais référence dans « Sermon Of The Seven Suns », « Ode To The Sun » et quelques autres chansons d’un point vue religieux. Dans toutes les religions que je connais… Bon, il y a toujours une nouvelle secte qui apparait et te raconte autre chose mais, par exemple, de là où je viens, ici, dans le sud de l’Allemagne, la plupart des gens sont Chrétiens, et donc avec cette religion, si tu meures, tu rejoins la lumière ; ça, en quelque sortes, c’est lié à quelque chose de bon. Tu dois toujours suivre la lumière si tu es perdu quelque part. Mais, sous ma perspective, si tu considères la matière noire comme étant l’état normal, la lumière est l’intrus et elle implique la mort et la destruction. Donc une chanson comme « Ode The The Sun » fait en réalité l’éloge de la mort. Et « Sermon Of The Seven Suns », c’est l’apocalypse du point vue bouddhiste.

Steffen Kummerer - Obscura

« Je préfère que certaines choses restent un hobby plutôt que de me concentrer dessus à cent pour cent et finalement y perdre intérêt. C’est aussi pourquoi avec Obscura nous ne donnons pas trois cent concerts à l’année. »

Ce concept sur le cycle de l’existence que tu abordes depuis trois albums et qui se poursuivra sur le prochain se situe autant à des niveaux philosophiques et scientifiques. Penses-tu que lorsqu’on en vient à ces sujets, la limite entre les deux, la philosophie et la science, est très mince ?

C’est une très bonne question ! Parfois la limite est très mince. Un auteur allemand dénommé Joachim Ernst-Berendt – il n’est pas très connu -, qui a écrit le livre Das Dritte Ohr, il est par exemple l’un de ceux qui ont essayé de fusionner la philosophie, la spiritualité et l’astrophysique. J’ai lu ce livre et aussi son second, il y a quelques idées intéressantes mais… ces aspirants hippies new age spirituels, c’est quelque chose que je ne supporte pas ! [Rires]

Tu n’aimes pas les hippies ?

Ça va mais les hippies hipsters sont toujours là à t’expliquer que seule leur façon de penser est la bonne, ils savent tout mieux que toi ; tu dois être végétalien, spirituel, bla bla bla… Je ne supporte absolument pas ça ! Je veux dire que c’est bien si tu as des idées à partager en donnant aux autres la liberté d’y réfléchir mais si d’après toi ta façon de penser est la bonne et que tu dis à tout le monde que tu es le seul à connaître la vérité, alors c’est quelque chose que je ne supporte pas. Pour revenir à ta question, je vois absolument une connexion entre ces pensées philosophiques et l’astrophysique mais, d’un autre côté, c’est difficile de mélanger la bière et le vin pour en faire quelque chose de bon [rires].

Mais es-tu plus porté sur la philosophie ou bien la science ?

Les deux. En fait, je lis surtout des livres sur le naturalisme. Surtout des livres du XVIIIème et XIXème siècle. Au cours de ces dernières années, j’ai aussi surtout lu des classiques. J’ai une liste « à lire » juste ici, il y a par exemple la Divine Comédie de Dante et Guerre Et Paix de Tolstoy, et après il y a un autre livre de Günter Hasinger. Je m’intéresse à des livres variés en ce moment. Lorsque d’autres gens jouent au golf, je préfère me poser, éteindre ma télévision et mon ordinateur et simplement lire des livres, c’est fantastique. Et puis je ne veux pas jouer au golf [rires].

D’où te vient cet intérêt pour les questions astrophysiques et philosophiques ? Tu as dit avoir travaillé en tant qu’ingénieur de laboratoire, y a-t-il un lien ?

Je ne crois pas que ça vient de mon travail. J’ai étudié en tant que ingénieur de média, j’ai fait mon master dans le domaine de la production audio et vidéo en tant qu’ingénieur. Je suis donc plus dans la physique des instruments de musique, par exemple, ou des amplificateurs à tube et ce genre de choses. Mais plus je vieilli, plus je lis et aussi plus j’ai de cheveux blanc [rires]. Je m’intéresse de plus en plus à ces genres de sujets et j’ai quelques amis qui partagent les mêmes idées ou lisent les mêmes auteurs, comme Morean, Florian Magnus Maier, le chanteur d’Alkaloid et Dark Fortress, ou Alessandro Delastik, le batteur de Thulcandra, ils ont tous les deux les mêmes idées et nous échangeons tout le temps des noms d’auteurs et des idées. Par exemple, la semaine dernière, j’étais sur la route avec Thulcandra pour aller à Erfurt où nous avons donné un concert, et j’ai parlé pendant bien quatre heures de ces sujets avec notre batteur. Ça te donne beaucoup d’idées et d’inspiration pour lire de nouvelles choses. C’est juste un intérêt que j’ai mais ça n’a rien à voir avec mon travail en tant qu’ingénieur de laboratoire.

Et comment au départ es-tu devenu si fasciné par cette idée sur l’existence ?

C’est difficile à expliquer. J’ai grandi dans un environnement assez peu religieux. L’Allemagne du Sud est pas mal religieuse, la plupart des gens sont catholiques et assez vieux jeu, mais dans ma famille, en fait, personne ne croit en quoi que ce soit. J’ai été dans un internat chrétien pendant quelques années, j’y ai appris mes premiers pas en tant que musicien. C’était un genre d’école de musique mais il y avait toutes ces bonnes sœurs qui nous racontaient d’étranges histoires et je ne croyais absolument pas à toutes ces conneries, ça avait l’air de contes impossibles à croire. A cette époque, j’ai commencé à réfléchir à ce qui pouvait être une autre explication. Et avec les années, lorsque j’étais adolescent, je me suis un peu plus intéressé à ces sujets et vers 2007/2008, j’étais à fond dedans. J’ai lu quelques athées désormais bien connus, comme Richard Dawkins, comme sa grande bible sur comment être un athée, c’était pas mal mais d’une certaine façon, je n’ai pas trouvé les réponses que je cherchais. Je cherchais à avoir d’autres [points de vue]. C’est comme lorsque tu regardes les infos à la télé, si tu veux les croire, mieux vaut voir ce que d’autres pays disent sur le même sujet. Pour résumer, la même chose s’est produite avec la religion. Il y a toujours quelque part la question : « D’où venons-nous ? Où allons-nous ? » A l’école, tu apprends la théorie de l’évolution Darwin, etc. mais au final, d’où tout cela provient ? J’étais pas mal fasciné par toutes ces idées sur le cosmos et l’astronomie. J’ai grandi par rapport à ça, d’une certaine façon. Je ne suis pas le même que lorsque j’étais un gamin de dix ans ; avec le temps, tu lis plus de livres et tu discutes avec des gens.

Comment se fait-il que tu sois devenu musicien plutôt que, disons, astrophysicien ?

Coïncidence, je pense. A l’université où j’ai étudié, il y avait un cours d’astronomie mais malheureusement, nous étions en tournée pour promouvoir Cosmogenesis à l’époque [petits rires], donc je n’ai pas pu y assister. Je préfère que certaines choses restent un hobby plutôt que de me concentrer dessus à cent pour cent et finalement y perdre intérêt. C’est aussi pourquoi avec Obscura nous ne donnons pas trois cent concerts à l’année mais seulement cent, tout au plus, ce qui est déjà beaucoup mais si tu en fait trop avec tout ce que tu aimes, alors ce n’est plus un hobby et tu perds en plaisir et en intérêt.

J’ai vu un jour un documentaire sur un homme qui mélangeait la musique et l’astrophysique. Il faisait de la musique avec des signaux reçus du cosmos…

Ouais, j’ai entendu parler de ça. Dans les années soixante-dix, d’une certain façon ils ont fait… C’était un projet super bizarre et tu peux encore acheter des albums de ça. J’ai travaillé pour une maison d’édition sur l’astronomie pendant un moment et là-bas, j’ai trouvé quelques trucs intéressants. J’ai lu il y a quelques temps que la rotation des planètes, d’une façon ou d’une autre, génèrent des ondes audio mais dans des fréquences qu’en réalité tu ne peux pas du tout entendre, il faut donc les transposer dans des fréquences audibles mais alors ça sonne quand même un peu comme du bruit blanc. Je crois que c’était en 72 ou 75, je ne me souviens plus, mais c’était très bizarre et ça s’appelait The Sound Of The Moon ou quelque chose avec « moon ».

Tous vos albums sont associés à une couleur : le bleu pour Cosmogenesis, le vert pour Omnivium et aujourd’hui le jaune pour Akróasis. Qu’est-ce que ces couleurs représentent et quelle sera la prochaine, pour le dernier album ?

[Rires] Eh bien, comme je l’ai mentionné, l’album Cosmogenesis traite plus ou moins de la création et d’où nous venons, et je me disais que la couleur bleu représentait assez bien l’univers glacial. Alors que le vert représente plutôt ce truc organique, aquatique, océanique, proche du mythe de Chtulhu et, au final, je ressens là-dedans comme un thème évolutionniste boueux. Et le pourquoi nous avons choisi ce jaune ou ce côté aride pour Akróasis a plus à voir avec le point de vue ascétique, comme un moine tibétain, par exemple, car c’est ce à quoi j’associe cette couleur ; je trouvais que ça collait très bien. Et le prochain album, ce sera très sombre, ce sera l’opposé du bleu, ce sera une pochette rouge.

Vous avez une fois de plus collaboré avec V. Santura sur la production. Etait-ce important pour conserver une cohérence entre les albums ?

Oui. V. Santura est un de mes amis les plus proches depuis quinze ans, je crois. Il est impliqué dans le groupe depuis les tout débuts. Il a donc enregistré notre première démo et il a participé à chaque album que nous avons fait. Un groupe n’est pas seulement constitué, dans notre cas, de quatre membres, c’est aussi tout le monde autour. Nous avons une équipe sur laquelle nous nous reposons, nous avons V. Santura, notre producteur, nous avons Orion Landau qui créé toutes nos illustrations, etc. Nous travaillons toujours avec les mêmes personnes. C’est ce qui rend le groupe vraiment solide, à mon avis ; ce n’est pas que la musique, ce n’est pas que les quatre membres du groupe, c’est aussi, à un certain degré, tous ceux qui nous entourent et nous aident. L’année dernière, par exemple, nous ne pouvions pas entrer aux Etats-Unis et avons vraiment galéré avec tout notre matériel, merchandising et tout, c’était la merde totale mais d’une certaine façon, nous avons des gens sur qui nous pouvons compter et avec qui nous travaillons depuis très, très longtemps, aussi des entreprises comme Relapse Records, les marques que nous endossons et ainsi de suite, et ensemble, nous avons réussi à surmonter la situation. Avec V. Santura, je dirais même que nous avons un cinquième membre dans nos rangs.

Obscura 2016

« Le plus gros groupe de death metal que je connaisse, c’est Cannibal Corpse et ce n’est pas non plus du metal mainstream. D’un autre côté, qui sait ? Les temps changent. »

Comment votre collaboration a-t-elle évoluée depuis Cosmogenesis ?

Nous connaissons tous les deux mieux le groupe. Nous avons aussi évolué en tant qu’ingénieurs. Tu sais, plus longtemps tu travailles sur ta technique ou dans ton studio, meilleur tu deviens. Lorsque nous avons enregistré Cosmogenesis, nous étions le tout premier groupe à mettre les pieds dans le nouveau studio, qui est connu comme étant Woodshed Studio mais à l’époque, tout était neuf. Je me souviens de lui en train de visser la dernière vis dans la salle d’enregistrement et notre batteur qui frappe à la porte : « Hey, je suis là ! » [Petits rires] Du chemin a été fait depuis ! Aussi la façon dont nous travaillions a un peu changée. A l’époque, l’album et les compositions étaient plus portés sur une production death metal classique, nous voulions que tout soit fort et plus brutal. Combien de temps est passé entre Akróasis et Cosmogenesis ? Disons sept ans. Donc en sept ans, on devient meilleurs en tant qu’ingénieurs, musiciens et performeurs, et puis ta façon de voir la production d’un album change un peu.

Désormais, avec mon expérience en tant qu’ingénieur, dans la production, dans l’enseignement de la production audio/vidéo, je vois plein de choses différemment. Akróasis, par exemple, a été enregistré uniquement avec du matériel analogique, ce qui est vraiment inhabituel pour un groupe de death metal ou tech death. La batterie a été enregistrée dans un autre studio parce qu’il y a une pièce pour la batterie au Woodshed Studio, tu peux enregistrer là-bas, mais elle n’est pas très grande, et du coup tu ne peux pas utiliser l’acoustique de la pièce pour ton mix. Donc nous sommes allés aux Dream Sound Studios de Munich. Ils ont une énorme pièce où l’on peut enregistrer toute une chorale, un orchestre de jazz ou un groupe au complet si tu veux faire des enregistrements live. Et nous avons, par exemple, utilisé les micros overhead d’une façon particulière, nous les avons doublés pour cet album. Pas que ce soit nécessaire pour les blast beats ou les trucs super rapides, c’est en fait surtout utile pour les parties calmes, pour avoir une plage de dynamique plus large. Et, par exemple, travailler avec seulement des amplis analogiques, surtout des amplis à lampe, par rapport aux amplis digitaux, c’est un autre monde. C’est quelque chose que j’ai découvert d’un point de vue mathématique et physique au cours de ces cinq dernières années – surtout les trois dernières. Ce sont juste des choses qu’on apprend. En vieillissant, tu comprends un peu mieux pourquoi les amplis à lampe sonnent plus brillants au-dessus 12000 hertz, par exemple. Les amplis à lampe sont plus dynamiques. Les amplis digitaux sont généralement linéaires et tentent d’émuler quelque chose qui se rapproche des amplis à lampe mais ça ne marche pas, ils ne peuvent tout simplement pas atteindre ce qu’un ampli à lampe fait. Voici donc le parti pris que nous avions et nous ne voulions pas avoir un son surproduit. Nous recherchions plutôt une production dans la veine du rock de la fin des années 90, je dirais – pense à Soundgarden ou l’album In Absentia de Porcupine Tree. Donc toute l’approche sur la façon de produire et mixer un album a un peu changé avec les années.

Aussi, les idées de V. Santura, d’un point de vue créatif, ça n’a pas changé. Il nous a toujours aidé. Tu sais, quand tu travailles sur un album pendant un, deux voire trois ans, parfois tu t’y perds et alors c’est très bien si tu as quelqu’un à qui tu peux te fier, quelqu’un d’extérieur qui écoute tout avec des oreilles neuves et réfléchit à tes arrangements avec un esprit neuf. Ça, c’est resté identique, et puis travailler avec lui est toujours un plaisir. Et il est sans arrêt en train de nous pousser lorsque nous enregistrons le chant et les guitares.

Dans la mesure où le prochain album sera le dernier du concept. As-tu déjà des idées sur ce que tu feras après ça ? Car ce sera un important chapitre du groupe qui se clôturera…

Très bonne question. Je n’en suis pas encore sûr. J’ai quelques idées pour après ce concept de quatre albums mais, tout d’abord, j’espère juste que nous n’aurons pas à attendre encore cinq ans pour arriver avec un nouvel album ! Mais j’ai dans l’idée de faire un enregistrement live des quatre albums. C’est quelque chose que j’essaie d’organiser depuis quelques années ; depuis environ 2010. L’idée, c’est d’enregistrer chaque album en intégralité sur un continent différent. Cosmogenesis en intégralité en Europe, Omnivium en intégralité en Amérique du Sud, Akróasis en intégralité en Amérique du Nord et le quatrième album, disons, en Asie et enregistrer tout ça dans le cadre d’une production complète en vue d’un DVD. Ce serait intéressant. Mais c’est très ambitieux et je ne crois pas que nous aurons un jour le budget pour ça. Si nous faisons quelque chose comme ça, il faut que ce soit d’une certaine qualité. C’est quelque chose à laquelle je réfléchis. Mais en termes de concept d’album, j’ai quelques idées. Par exemple, qu’y a-t-il entre la mort et une nouvelle existence ? L’étroite limite entre les deux pourrait être intéressante.

Tu dis que vous n’aurez jamais le budget pour votre projet live. Eh bien, sait-on jamais, Obscura pourrait devenir énorme et voir ses chansons tourner en boucle sur les radios mainstream [rires]…

J’aimerais bien voir quelles radios mainstream joueront « The Monist » [rires]. En fait, ce serait drôle et je ne dirais pas non mais il faut être réaliste : nous sommes un groupe de death metal. Le plus gros groupe de death metal que je connaisse, c’est Cannibal Corpse et ce n’est pas non plus du metal mainstream. D’un autre côté, qui sait ? Les temps changent. Voyons déjà comment les gens réagissent à Akróasis. Peut-être que ce sera un flop, peut-être qu’il va exploser. Qui sait ? Et peut-être qu’il restera au même niveau que le dernier album, qui a gagné un peu de terrain mais nous étions loin d’être un des plus gros groupes, comme Dream Theater ou autre. Je suis assez réaliste. De toute façon, nous sommes en position de pouvoir faire la musique que nous aimons ; nous pouvons travailler avec des artistes que nous aimons pour créer tous les artworks et visuels. Qui sait, peut-être que Relapse Records ou un autre label après lui nous donnera le budget pour faire une grosse production vidéo. Mais d’abord, nous devons tourner ! C’est le plus important, c’est le présent.

Tu es aussi dans le groupe Thulcandra qui a sorti un nouvel album l’an dernier. Qu’est-ce qui t’a poussé à t’investir dans deux groupes ? Les vois-tu comme étant complémentaires ?

Thulcandra existe en fait depuis 2003 ; ça fait donc treize ans. C’est difficile à dire. C’est une musique complètement différente, pour moi, et c’est aussi de la musique avec laquelle j’ai grandi. Obscura met en avant toutes ces idées provenant du death metal technique et progressif, alors que j’écoute aussi beaucoup de black metal et de musique sombre, comme le doom metal. Thulcandra est un groupe qui sera toujours dans l’ombre d’Obscura. Il y a plusieurs raisons à ça. Thulcandra a trois membres qui ont des boulots à plein temps, nous ne pouvons pas vraiment tourner, si ce n’est pour des minis tournées une fois par an mais rien de plus n’est envisageable. Personnellement, j’adore composer de la musique pour les deux groupes, Obscura et Thulcandra. Et la raison pour laquelle je joue dans deux groupes, c’est parce que je ne veux pas jouer la musique de quelqu’un d’autre. Je ne veux pas être un mec de session que tu peux embaucher et virer. J’ai fait partie du projet Death DTA, c’est vrai, mais Death était la raison pour laquelle je me suis mis à la guitare, c’était donc quelque chose de vraiment spécial pour moi. Mais si un groupe vient vers moi pour me demander : « Hey, est-ce que ça te dis de nous rejoindre pour cette tournée ? On te paiera tant. » Je dirais : « Non, merci. » Je préfère faire ma propre musique et c’est ce que je fais depuis le début. Et, pour être honnête, je n’aime pas non plus les side-projects. Je préfère avoir un groupe et me concentrer dessus plutôt que de sortir un album foireux simplement parce que je peux le faire avec des amis et après deux ans plus personne n’en a rien à faire. Thulcandra a une approche musicale différente d’Obscura, nous jouons un death metal à consonance black, plus ou moins comme un hommage à la scène death metal du début des années 90. C’est un groupe qui a sa propre identité, nous l’avons construit de zéro. Et nous allons enregistrer un nouvel album à la fin de l’année.

Interview réalisée par téléphone le 28 janvier 2016 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.

Site internet officiel d’Obscura : www.realmofobscura.com



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