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Interview   

L’homme qui a rebranché Heart Of A Coward


C’est une forme de renaissance que vit le groupe de metalcore Heart Of A Coward cette année. Après avoir enchaîné trois albums en à peine quatre ans et six ans de tournée en compagnie de Machine Head, Trivium ou encore Thy Art Is Murder, le combo anglais avait vu son élan stoppé net par le départ du chanteur Jamie Graham en 2017 pour « se concentrer sur son travail et passer plus de temps avec sa famille ». Déboussolé, se posant des questions quant à son avenir, le groupe a tout de même commencé à composer, ne sachant pas si ça aboutirait à quelque chose.

C’est finalement en trouvant sa nouvelle voix, Kaan Tasan, à la fois fan et ami du groupe, que celui-ci a retrouvé la motivation et une nouvelle énergie pour continuer et façonner un nouveau son, bazardant la plupart des musiques composées avant l’arrivée du chanteur. C’est ce que nous raconte Kaan en détail ci-après, rentrant par ailleurs dans les thématiques très pessimistes de l’album sur le monde et cette idée de déconnexion.

« Quand Jamie [Grapham] est parti, il y avait de grandes questions pour savoir s’ils resteraient un groupe ou pas. Donc, jusqu’à ce que je rejoigne vraiment le groupe et lui apporte quelque chose de neuf, ils avaient du mal à se remettre en selle. »

Radio Metal : Tu as rejoint Hear Of A Coward l’an dernier. Peux-tu nous parler de ton intégration dans le groupe ?

Kaan Tasan (chant): L’intégration a commencé avec un processus d’audition assez long. Les gars voulaient s’assurer – et je voulais m’assurer – qu’en tant qu’unité créative et groupe de tournée nous nous entendions tous et pouvions tous faire de la musique de façon créative, ouverte et honnête. Le processus d’audition a duré environ six mois, à faire diverses choses, comme des vidéos et enregistrements audio en une prise et écrire pour un morceau de deux minutes, qui est finalement devenu « Drown In Ruin », ce qui est intéressant. Au final, les gars voulaient quelqu’un qui convienne au groupe socialement et qui pouvait aussi apporter quelque chose de créatif. Je pense que c’est clairement quelque chose que nous avons accompli aujourd’hui, avec la façon un peu plus ouverte et honnête dont tout semble fonctionner. Je suis excité pour l’avenir. En tant que groupe social et créatif, tout le monde est bien au point et heureux, ce qui est une bonne chose.

Quelle était ta relation à Heart Of A Coward avant ?

Je connaissais le groupe depuis longtemps, car j’étais dans un groupe de la scène anglaise auparavant et nous avions fait des concerts ensemble. Avant de rejoindre le groupe, je travaillais dans le secteur des tournées en Angleterre aussi, j’étais une sorte de tour manager, je gérais des groupes et ce genre de chose. J’avais travaillé pour le groupe à quelques reprises et j’étais présent sur leur tournée pour l’album Deliverance, car je travaillais avec l’une de leurs premières parties. Nous avons donc tourné et fait des choses ensemble. Nous étions potes et nous nous connaissions depuis un petit moment, mais dès que j’ai passé mon audition, les gars ont immédiatement dit qu’il ne devrait pas y avoir de favoritisme simplement parce qu’ils me connaissaient moi et mon ancien groupe : « Chacun aura la même chance dès le départ. » J’étais d’accord avec eux. Je ne voulais pas passer devant qui que ce soit parce que nous nous connaissions. En tant qu’ami du groupe, je voulais de toute façon ce qui était le mieux pour lui. La question ne se posait pas, il fallait que je sois placé sur le même plan que les autres candidats.

Le travail initial pour The Disconnect a débuté en 2017, donc un petit peu avant que tu ne rejoignes le groupe. Où en était l’album quand tu es arrivé ?

Les gars avaient commencé à écrire et mettre en place des idées sans chanteur. Ils avaient environ huit idées grossières pour des chansons, mais ils avaient l’impression de ne pas avoir de vraie direction parce qu’ils ne savaient pas ce que le chanteur allait amener ou comment le son allait se développer. Les idées qu’ils avaient étaient très similaires aux vieux albums et ils avaient l’impression de recycler de vieux sons. Donc quand je suis arrivé, il y avait huit morceaux. Je les trouvais super mais les gars ne les aimaient pas trop, et dès que nous avons recommencé à écrire de nouvelles musiques, ils les ont presque tous jetés. Nous n’avons gardé que deux morceaux, « Collapse » et « Drown In Ruin ». Dès que les premières démos ont commencé à arriver, nous pouvions vraiment entendre où allait le son et les gars ont dit que nous devions nous concentrer là-dessus, que c’était à ça qu’allait ressembler notre son. Nous nous sommes donc un peu plus concentrés sur l’écriture de nouvelles musiques et le travail d’un nouveau son, plutôt que d’essayer de recycler un vieux son.

Steve Haycock a dit que le processus d’écriture n’était pas facile au départ parce que le groupe revenait d’un long break. Quelles étaient les difficultés que le groupe rencontrait ?

Quand Jamie [Grapham] est parti, il y avait de grandes questions pour savoir s’ils resteraient un groupe ou pas. Donc, jusqu’à ce que je rejoigne vraiment le groupe et lui apporte quelque chose de neuf, ils avaient du mal à se remettre en selle. Au niveau social et amitié, ils étaient amis avec Jamie depuis je ne sais combien de temps et ils ont traversé énormément de choses avec lui, et donc son départ a été vécu comme un gros coup dur par la plupart des gars. Ils avaient investi beaucoup de temps dans le groupe et ils avaient énormément accompli, donc c’était dur pour eux de décider d’arrêter. Avant même de m’auditionner, ils se sont demandé si c’était vraiment quelque chose qu’ils avaient vraiment envie de faire, et la réponse a été oui, donc ça leur a donné un petit coup de pied aux fesses pour mener les auditions. D’après ce qu’ils ont dit, une fois que j’ai rejoint le groupe et que les démos ont commencé à venir, une fois qu’ils ont pu entendre ce qu’allait être le nouveau son, ça les a un peu plus inspirés pour essayer d’avancer et finir l’album. Au final, quand Jamie est parti, le groupe était mal en point mais nous avons dépassé ça, et maintenant, tout le monde est dans un état d’esprit bien plus positif, ouvert et honnête.

« J’ai chanté dans un groupe de tech metal, donc ce qui était le plus difficile pour moi était de ne pas trop compliquer les choses, ne pas les rendre plus difficiles sans raison valable. »

Comme tu étais nouveau dans le groupe, j’imagine que tu avais encore un regard extérieur au début. Ressentais-tu que le groupe était peut-être un peu désorienté après la longue pause ?

Oui. J’étais un fan du groupe quand Jamie était avec eux, et j’adorais les trois albums. Je peux totalement comprendre que le groupe n’avait pas le moral. Le départ d’un chanteur, ce n’est pas rien pour un groupe, peu importe si on a un remplaçant ou pas. Le chant est un élément crucial du son d’un groupe. Il est clair que c’est dur de s’en remettre, indépendamment du côté social, de l’amitié et de l’histoire qu’ils partagent. Le départ de quelqu’un, c’est comme perdre… pas une petite amie [petits rires], mais tu vois ce que je veux dire. Vous êtes meilleurs amis, vous voyagez en van ensemble, vous traversez toutes les merdes, et là, quelqu’un part… Je peux totalement comprendre pourquoi ça démoralisait le groupe. Mais encore une fois, nous sommes dans une situation aujourd’hui où tout le monde est plus heureux, travaillant pour maintenir le groupe en vie et essayer de faire progresser le son.

Dirais-tu que ton arrivée est ce qui a remis le groupe sur les rails ?

Ce ne sont pas mes mots mais oui, les gars ont dit à de nombreuses occasions que s’ils n’avaient pas trouvé le bon chanteur, s’ils n’avaient pas fait ce qu’il fallait, et sans le bon côté social, car c’est très important, le groupe ne serait pas un groupe aujourd’hui. Donc j’imagine que s’ils ne m’avaient pas trouvé – ou peu importe comment on veut voir ça –, si ça ne s’était pas goupillé comme ça s’est goupillé, le groupe n’existerait plus. Si nous ne nous étions pas entendus aussi naturellement, je ne crois pas qu’ils auraient continué.

Avec trois albums sous le coude, Heart Of A Coward a donc des années d’histoire avant ton arrivée, et il se trouve que le groupe célèbre ses dix ans cette année. Comment as-tu abordé ton rôle et l’héritage que le groupe a construit avec ton prédécesseur ?

Comme je l’ai dit, j’étais un fan avant. Je veux dire que je le suis toujours, j’adore les trois premiers albums – j’adore le nouvel album également. Pour ma part, je voulais faire honneur aux anciennes musiques, leur témoigner le respect qu’elles méritaient, mais aussi apporter mon style, mon caractère aux morceaux. Je pense que c’est vraiment ce que les gars ont retenu, car ils ne voulaient pas d’une copie conforme de Jamie, quelqu’un qui pourrait sonner exactement comme lui, car au final, ils avaient fait trois albums avec ce style de chant et ce son. Déjà avant que je ne les rejoigne, ils expérimentaient avec des accordages plus aigus et des choses différentes, rien que pour essayer de les inspirer un peu plus. Vu que j’avais un côté un peu plus mélodique dans ma voix, ça signifiait qu’ils pouvaient davantage explorer ça dans la musique. Pour moi, chanter les musiques de Jamie était vraiment amusant. J’ai beaucoup appris de lui, de son style vocal, et j’ai gagné à jouer ces chansons en live. Je suis aux anges, je m’éclate. Je fais de mon mieux pour honorer et respecter ce qu’il a fait sur ces albums, mais au final, je mets mon style et ma personnalité dans les morceaux.

Steve Haycock a dit que tu étais « très impliqué dans le processus d’écriture d’un bout à l’autre, ce qui [leur a] offert des éléments sur lesquels se concentrer pendant la composition ». Quelle a été ton implication, et ton influence, dans cet album ?

A chaque fois que j’ai été dans un groupe, je n’ai jamais aimé n’être qu’un chanteur. Ça n’a pas beaucoup de sens pour moi. J’ai toujours eu un avis sur le développement des chansons. Je peux jouer un peu de guitare, donc je peux donner mon opinion via la guitare ou je veux peux vocaliser ce que je veux. J’ai dit aux gars que j’avais vraiment envie de m’impliquer, et dès le départ, c’était : « Oh, que dites-vous de ça ? Et ça ? » Et j’essayais de proposer mes idées. Je trouve que nous avons créé un album travaillé et vraiment solide. Chaque chanson indépendamment des autres est super, mais globalement, l’album s’enchaîne bien et tout fonctionne ensemble. J’adore Deliverance mais – c’est quelque chose dont nous avons discuté en groupe également – plein de chansons étaient très longues, il y avait toutes ces petites parties qui n’avaient pas vraiment besoin d’être là, etc. Avec cet album, nous avons retiré le gras, nous nous sommes assurés que chaque chanson allait droit au but aussi vite que possible, que ça restait heavy indépendant, que l’on ait un refrain crié ou chanté, que ce soit accrocheur, que ce soit exaltant, etc. Tout a été très peaufiné durant ce processus de composition. C’est quelque chose sur quoi nous avons travaillé tous ensemble. Ce que j’ai apporté, c’est mon implication dès le départ, avec la réalisation des démos, à faire le chant sur les riffs en démo et ce genre de choses. Ça a aidé à donner forme aux différentes chansons, plutôt que d’avoir une chanson terminée et qu’on me dise : « Voilà, à toi de chanter dessus. » Dès qu’une idée arrivait, j’enregistrais une démo de chant par-dessus et ça inspirait les gars pour l’aborder autrement. C’était un processus de composition un petit peu différent pour le groupe et, pour moi, c’était très excitant. Encore une fois, je suis super fier de ce que nous avons créé.

« Toutes ces conneries qui nous inquiètent, notre boulot, notre vie, le monde politique, etc., ça ne veut rien dire parce que nous ne sommes qu’un grain de poussière à l’échelle du temps. On a beaucoup de chance de ne serait-ce qu’avoir une conscience, alors pourquoi on s’inquiète du cours du dollar ? Quel intérêt ? On devrait profiter de la vie et ne pas la passer à être enfermé, à travailler, etc. »

Steve a justement suggéré que ton implication a créé une nouvelle dynamique. Je sais que c’est dur d’évaluer son propre travail, mais as-tu remarqué que ton implication avait un effet positif sur le groupe ?

Oui, complètement. Pas seulement dans le fait que… Enfin, nous avons écrit l’album en moins d’un an, donc ça a été très inspirant pour tout le monde, pour sortir leurs idées, et rien que le fait que tout le monde était plus heureux durant tout le processus, tout le monde était plus détendu, ça a encouragé la créativité. Aucune idée n’était refusée. Nous avons exploré et considéré plein de choses différentes, nous en avons mis de côté et développé d’autres. Nous avions une plateforme un peu plus honnête et ouverte pour créer. Ça aide vraiment les gens. Surtout s’ils sont du côté créatif, comme Steve et Carl, c’est toujours super de faire ça. C’est bien d’être honnête les uns avec les autres. Si je n’aime pas un riff ou s’ils n’aiment pas une partie de chant, il n’y a rien de personnel, c’est juste que nous avions besoin de travailler pour faire ressortir le meilleur chez chacun de nous. Je pense que nous y sommes vraiment parvenus avec cet album. Ouais, je pense que la dynamique au sein du groupe est bien meilleure qu’avant parce que personne ne s’agace, personne ne devient trop possessif avec les idées ou autre. Une idée arrive, nous la développons, nous la changeons, etc. C’est comme ça qu’on fait la meilleure musique et qu’on se développe. Donc oui, il s’agit d’aller de l’avant.

Tu as déclaré que « c’était un des processus d’écriture les plus éprouvants et gratifiants » que tu aies connus. Qu’est-ce qui était si éprouvant ?

J’ai chanté dans un groupe de tech metal, donc ce qui était le plus difficile pour moi était de ne pas trop compliquer les choses, ne pas les rendre plus difficiles sans raison valable. Pour moi, il s’agissait d’essayer de simplifier ce que je faisais. Mais aussi, un autre aspect était qu’il y avait beaucoup de pression sur mes épaules pour vraiment accomplir quelque chose avec cet album, car évidemment, avec le changement de chanteur, c’était un peu un come-back, en un sens. Et encore une fois, les débuts du processus de compositions ont été une période très négative pour le groupe : il n’y avait pas de chanteur, ils ne savaient pas s’ils allaient continuer, s’ils écrivaient des chansons pour rien. Le début du processus était un vrai défi, mais une fois que le groupe s’est stabilisé, quand j’ai pris le pli de la composition et ce genre chose, tout ce nouveau style et ce nouveau son se sont développés. C’est le plus important, le fait que nous ayons trouvé cette inspiration au sein du groupe et soyons parvenus à faire ressortir le meilleur de chacun. Le début a été clairement difficile pour tout le monde, mais une fois que nous sommes devenus un groupe et que nous avons commencé à créer comme il faut ensemble, c’est assurément devenu plus facile.

A titre plus personnel, est-ce que ça a représenté un défi pour toi, vocalement, d’enregistrer cet album ?

Oui et non. Enfin, je n’ai jamais enregistré d’album où on… Par exemple, on a un mois en studio et le chant a, je ne sais pas, dix jours ou deux semaines, c’est le temps que tu as pour finir tes parties. En ce sens, c’était un défi pour moi, car j’ai toujours enregistré avec des amis. On peut enregistrer le chant à peu près partout si on a le bon matériel. Pour moi, il est clair que c’était un challenge d’essayer de donner le meilleur dans un temps aussi limité, mais globalement, ce n’était pas si dur. Ma voix a été poussée dans ses retranchements mais ça arrive toujours en studio. Tu finis par faire des choses et tu es là : « Bordel de merde ! Comment c’est arrivé ? » Evidemment, il y a ces petits moments de « magie » en studio. C’était un défi mais c’était excitant et c’était un bon défi.

On dit que plus le challenge est grand, plus c’est gratifiant…

Exactement. Il y a différents aspects dans les défis. Si tu ne ressens pas de défi et que tu fais constamment la même chose, tu ne grandiras jamais. Pour moi, se bousculer et faire des choses qu’on n’a pas faites avant, c’est ce qui permet en grande partie de progresser en tant que personne et musicien. Et c’est aussi en grande partie ce qui a fait de cet album ce qu’il est. Nous avons vraiment essayé de faire progresser le son et de nous défier les uns les autres à aller un petit peu plus loin, pour développer le son, le chant, la composition, peu importe ce que c’était. Tout est une question de progrès et d’essayer de se développer.

La musique de Heart Of A Coward est une combinaison d’un son massif et heavy avec des mélodies plus subtiles. Quel défi ça représente de faire en sorte que ces passages mélodiques ressortent au beau milieu de cette frénésie heavy ?

[Petits rires] C’était LE défi, n’est-ce pas ? Pour cet album, il était question de jammer sur des idées, de jouer un refrain en boucle en studio pendant que nous le composions, en ayant un simple micro et en chantant une idée. Ensuite, nous étions là : « Oh, ouais, ça sonne bien », puis nous faisions du copier-coller, changions la partie pour faire autre chose. Nous réessayions, et disions : « Ça sonne bien » ou « Ça ne sonne pas bien », puis nous refaisions du copier-coller, nous refaisions la partie, etc. Il s’agissait de travailler et constamment peaufiner, et se dire : « Oh non, ça ce serait cool ou différent », ou peu importe. Si nous galérions particulièrement sur une idée de refrain, nous essayions quelque chose à la guitare ou au clavier. Il y a différentes manières de résoudre un problème ou d’essayer de trouver les meilleures idées. Mais nombre des refrains se sont mis en place tout seuls. Il fallait juste essayer de créer la bonne atmosphère pour les refrains, faire qu’ils soient hymniques, afin que les gens puissent chanter dessus, mais aussi contrebalancer le côté heavy. Au final, il s’agit de jammer et de parfaire les idées.

« Je ne sais pas si tu as déjà vécu ces nuits où tu ne penses qu’à l’obscurité absolue et infinie de l’espace au-dessus de nous et essayes de te la représenter dans ta tête, mais moi, je le fais tout le temps ! J’adore penser à ça. »

Est-ce que la musique de Heart Of A Coward est avant tout une question d’équilibre et une manière d’explorer des émotions opposées ou complémentaires ?

Absolument, oui. C’est totalement ce qu’est notre son, le fait d’avoir ces parties heavy écrasantes, ainsi que ces sections mélodiques exaltantes mais désespérées. Qu’on ait un chant clair ou un chant crié sur ces passages, il s’agit d’essayer d’explorer les émotions et la musique, essayer d’avoir un équilibre entre le côté sombre et celui plus lumineux.

Rien qu’à regarder les titres des chansons, on dirait qu’il y a beaucoup de pessimisme : « Drown In Ruin », « Collpase », « Culture Of Lies », « Suffocate », « Parasite »… Mais au final, est-ce que ces passages mélodiques au beau milieu de cette obscurité sont là pour donner l’impression qu’il y a une lumière au bout du tunnel ?

Oui. Enfin, l’idée générale de cet album était que l’obscurité est en train de gagner [petits rires]. Avec la pochette et tout, c’est un peu un jeu sur le yin et le yang, le fluide noir est en train de tout recouvrir, étouffant la vie, car il y a tellement de merde en ce moment dans le monde, que ce soit les conneries qui se passent politiquement au Royaume-Uni ou tout ce qui se passe politiquement dans le monde, c’est un putain de foutoir. Oui, il y a beaucoup de pessimisme dans l’album, il y a beaucoup de frustration avec ce qui se passe dans le monde, car au final, ça affecte tout le monde aujourd’hui, ça ne se passe pas au-dessus de nous. Les gens normaux sont affectés aujourd’hui par ce qui se passe politiquement dans le monde. Il y a beaucoup de pessimisme, beaucoup de questionnement sur tout, en commençant par l’existence. Par exemple, « Return To Dust » était une de ces chansons que j’ai écrites en questionnant et en pensant à l’existence. Toutes ces conneries qui nous inquiètent, notre boulot, notre vie, le monde politique, etc., ça ne veut rien dire parce que nous ne sommes qu’un grain de poussière à l’échelle du temps. On a beaucoup de chance de ne serait-ce qu’avoir une conscience, alors pourquoi on s’inquiète du cours du dollar ? Quel intérêt ? On devrait profiter de la vie et ne pas la passer à être enfermé, à travailler, etc. Il y a tout un tas de pensées qui me traversent l’esprit. Je mets quelque chose sur papier et ensuite je le montre aux gars, ils s’y identifient et nous ajoutons des parties et essayons de le développer. Il est clair que c’est un album pessimiste mais, comme tu l’as dit, il y a des petits moments de lumière pour offrir un peu de positif.

Cette musique est-elle une thérapie cathartique pur toi, afin d’évacuer toute la négativité que tu as en toi ou qui t’entoure ?

Absolument. C’est un exutoire créatif pour tout le monde dans le groupe. Il s’agit de trouver le moyen de traduire ça en musique, comme quand on est énervé à propos de quelque chose et qu’on écrit un riff énervé. Pour mon côté des choses, quand je m’énerve, j’écris des paroles ou je crie sur un passage. Il est clair que c’est cathartique pour le groupe dans son ensemble, je le sais. C’est ce que la musique devrait être pour tout le monde, indépendamment de si on fait du jazz ou du heavy metal, ça doit être un processus créatif cathartique pour lâcher prise sur toutes les conneries qui se produisent dans notre vie.

L’album s’intitule The Disconnect. Il fait référence au « sentiment de perte totale de contrôle sur notre environnement et sur les puissances qui contrôlent notre vie. C’est le sentiment de désespoir, de colère et d’incapacité à s’identifier au monde dans lequel on vit. » Qu’est-ce qui t’a inspiré un tel thème au final ?

La vraie vie ! [Rires] On écrit à propos de ce qu’on vit, ou tout du moins j’écris à propos de ce que je vis, ce que je vois et ce que je ressens. C’est donc la vraie vie, que ce soit la politique, les sans-abris, les divisions entre riches et pauvres, les gens qui combattent la dépression, etc. Il se passe tellement de merdes et c’est hors de notre contrôle. Tout ce qu’on peut faire, c’est soit regarder le monde brûler, soit essayer de faire ce qu’on peut pour essayer de le sauver, mais il y a un détachement et un sentiment de lâcher-prise par rapport à toutes ces conneries. On veut s’en détacher.

D’un autre côté, est-ce que le fait d’avoir un groupe et d’être créatif peut te donner ce sentiment de contrôle qui te manque, autrement, dans le reste de ta vie ?

Je ne parlerais pas de contrôle. Enfin, il y a un résultat créatif. C’est bien de faire ressortir nos frustrations et véhiculer nos idées d’un pont de vue créatif, je pense. Je ne sais pas si ça me donne le contrôle sur ma vie, parce qu’au final, on n’a pas tellement de contrôle. On peut faire notre boulot et faire tous nos trucs, mais au bout du compte, le contrôle n’est pas quelque chose qui vient en ayant un groupe. Le résultat créatif est assurément quelque chose. Le fait d’avoir la capacité de s’exprimer, d’exprimer une opinion et tout, ouais, bien sûr, mais au final, l’album a été écrit pour parler de notre manque de contrôle sur tout [petits rires].

« Nous avons un rituel avant les concerts, qui consiste à mettre Iowa de Slipknot très fort dans la loge […] et ensuite nous sommes prêts à monter sur scène, bien remontés et prêts à envoyer la sauce [rires]. »

N’est-ce pas ce qui rend la vie si belle, le fait qu’on ne peut pas la contrôler, et donc qu’il faut chérir chaque moment de bonheur quand ils se produisent ?

Exactement. Quand on vit ces moments de pur bonheur et que les étoiles s’alignent, alors oui, bien sûr, il faut en profiter, profiter de la vie, profiter de tout, mais au final, plein de gens ne connaissent pas ça et sont coincés, obnubilés par les conneries, comme le travail et toutes ces choses. Les gens se perdent, regardant de trop près un tout petit truc, alors que le fait de prendre du recul et de laisser tomber les conneries représenterait une bien plus grande avancée pour eux. C’est ce que nous essayons d’inspirer, dans une certaine mesure. Si les gens saisissent ce message, alors super ! Mais ce n’est qu’un album pour exprimer nos frustrations depuis cette position également, car nous en sommes tous aussi coupables. Nous sommes tous coupables de nous focaliser sur un petit truc quand il faudrait prendre en considération le tableau d’ensemble.

Des chansons comme « Suffocate » ou « Isolation » semblent faire référence à des sentiments très personnels…

Totalement. « Suffocation » est la chanson qui suit celle sur la contemplation de l’existence et qui parle d’à quel point la vie n’est qu’un grain de poussière sans grande utilité. On ne devrait pas s’étouffer dans tout ce… tout d’abord, dans nos pensées à essayer de comprendre ce qu’est la conscience [petits rires]. Je ne sais pas si tu as déjà vécu ces nuits où tu ne penses qu’à l’obscurité absolue et infinie de l’espace au-dessus de nous et essayes de te la représenter dans ta tête, mais moi, je le fais tout le temps ! J’adore penser à ça. Cette chanson parle simplement d’essayer de mettre ça en mots et de ne pas perdre l’esprit en songeant. « Isolation » est une chanson sur le fait de regarder quelqu’un juste devant nous qui souffre de dépression ou de problème mental. On ne peut pas l’aider, on est simplement là, à le regarder de l’extérieur. Je ne fais qu’écrire ce qui me passe par la tête, ce que je vis. Si quelque chose me frustre politiquement, je vais probablement écrire à ce propos. Si je traverse quelque chose personnellement et que j’ai le sentiment que je peux en parler, je vais écrire une chanson là-dessus.

L’idée de déconnexion suggère également l’addiction aux réseaux sociaux, à internet et au travail. C’est une thématique très populaire de nos jours, avec les gens voulant de plus en plus s’échapper de l’attraction des réseaux sociaux ou qui ont du mal à séparer vie privée et vie professionnelle…

Absolument. Les gens se perdent vraiment et c’est un autre aspect de toute cette idée de déconnexion. Les gens peuvent passer leur vie sur les réseaux sociaux, à gagner tous ces followers, à faire toutes ces choses pour attirer encore plus l’attention sur eux, mais au final, ils ne vivent pas les vies qu’ils dépeignent. Il y a une déconnexion entre ce qu’ils dépeignent et la vie qu’ils vivent, et ce sujet est une grande partie de l’album. Le monde entier est enveloppé, encapsulé dans ces petites applis qu’on a sur nos téléphones ou même dans nos téléphones. Tout le monde est collé sur son téléphone et ne se parle plus. Il y a clairement un aspect lié à ça dans l’album, c’est certain.

Quel est ton rapport aux réseaux sociaux ?

En tant que groupe, on est obligé de les utiliser. En tant que personne, je les utilise mais je ne suis pas collé dessus. Si je vois quelque chose de drôle, je vais le poster mais je n’essaye pas d’être impliqué dans toutes ces conneries. Je n’ai pas de compte Twitter. Je ne m’encombre pas de ce genre de truc. J’utilise juste Instagram et ça s’arrête à la musique, aux groupes, aux vidéos de chiens, à la nourriture et à la pratique du snowboard [rires].

Et aux spoilers de Game Of Thrones !

Exactement, mec ! [Rires]

Vous avez une chanson intitulée « Ritual ». Je ne suis pas sûr du sens que tu donnes à ce terme dans la chanson, mais as-tu des rituels dans ta vie ou avec le groupe ?

Plus ou moins. Nous avons un rituel avant les concerts, qui consiste à mettre Iowa de Slipknot très fort dans la loge. Tout le monde prend un peu de whisky et nous nous éclatons pendant vingt, trente minutes avant de jouer. Nous savourons un peu de Sliplnot et ensuite nous sommes prêts à monter sur scène, bien remontés et prêts à envoyer la sauce [rires]. Je suppose qu’on peut appeler ça un rituel de groupe, mais la chanson « Ritual » a été écrite à propos d’un rituel pour tout foutre en l’air et tout brûler. T’es là : « J’emmerde ces conneries ! Je vais tout cramer ! » C’est un truc classique dans la vie, je suppose, le fait de couper les ponts avec les choses et de laisser tomber, et de tirer des enseignements en regardant un truc brûler.

Interview réalisée par téléphone le 17 mai 2019 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Cyrielle Lebourg-Thieullen.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Tom Barnes & Rob Blackham.

Site officiel de Heart Of A Coward : www.heartofacoward.co.uk.

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