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Interview   

Life Of Agony : le courage de la vulnérabilité


Life Of Agony revient, après douze longues années d’absence, un deuxième split, et un chanteur devenu chanteuse ! Et le groupe revient avec en guise de « vengeance » selon leur terme, un album, A Place Where There’s No More Pain. « Le meilleur album de Life Of Agony que nous ayons jamais fait, » rien que ça.

Nous avons rencontré Mina Caputo, toute de rose vêtue en cette journée de la femme, et le bassiste et principal compositeur Alan Robert, afin de parler de la création de ce nouvel album, de leur état d’esprit aujourd’hui, de la vie de façon générale, mais aussi revenir sur le changement de genre de Caputo, et de son « rôle en société », qui en parle de façon touchante et avec une extrême franchise. Et tout ça, entre deux digressions sur l’alignement des planètes et les pancakes cramés sur Facebook, tout un programme !

« Les politiciens ruinent le monde, moi je fais de la super musique [petits rires]. C’est ma passion. La musique est ma religion. […] La musique est la clef de la survie pour cette planète. »

Mina, tu as déclaré que vous étiez de retour avec une vengeance. Qu’est-ce qui fait la différence entre maintenant et le contexte d’à l’époque où le groupe s’est séparé pour la seconde fois en 2012 ?

Mina Caputo (chant) : La joie ! Le bonheur. Le fait que je peux m’exposer, être vulnérable, vraie et encore plus honnête avec mes frères, ce qui m’a alimenté pour rendre mon meilleur travail pour eux, pour moi, pour les fans, pour la communauté rock. Et c’est ce que je voulais dire par « je crois que nous sommes de retour avec une vengeance. » Je trouve qu’ils ont écrit un album incroyable, un putain d’album qui déchire ! Je trouve que c’est le meilleur album de Life Of Agony que nous ayons jamais fait. Nous nous sommes poussés les uns les autres, nous nous sommes poussés nous-même. Je crois qu’au travers des expériences de la vie, ça a créé davantage de magie en nous, individuellement et en tant que groupe.

Douze ans se sont écoulés depuis le dernier album Broken Valley. Esst-ce que ça vous a fait ressentir de la pression pour ce nouvel album ?

Non. Je suis trop bien pour ressentir de la pression. Je ne ressens pas la pression. Ceci est ce que je fais, c’est ma vie. Les politiciens ruinent le monde, moi je fais de la super musique [petits rires]. C’est ma passion. La musique est ma religion. La musique est tout pour moi, et je m’y enracine de toutes les manières possibles. Je récupère des instruments rares, je joue du piano, de la guitare, de l’harmonica, de l’harmonium, du sitar… La musique est la clef de la survie pour cette planète. Pas la musique avec laquelle ils gavent les gamins, car ça n’est pas de la vraie musique, pas la musique du monde de la pop, mais ce type de musique, c’est ça le vrai… Pour moi, ceci est un vrai type de musique. Le rock n’ roll, hard rock, classique, jazz… C’est la vraie musique.

Alan, tu as déclaré que « par le passé [vous] av[ez] fait des albums parce que [vous] avi[ez] quelque chose à dire, et lorsque ce n’était pas le cas, [vous] ne trouvi[ez] aucun intérêt à faire de la nouvelle musique. » Du coup, qu’aviez-vous à dire avec ce nouvel album ?

Alan Robert (basse) : Nous avions beaucoup à dire ! Car nous avons eu douze années de silence. Je pense que nous avons beaucoup appris durant ces douze années et nous avons beaucoup appris de notre dernier album et de la façon dont il a été géré par une major, du coup nous voulions revenir aux fondamentaux et tout épurer pour ne garder que l’apport du groupe, et vraiment mettre les mains dans cambouis. Pas seulement en composant et enregistrant l’album mais en le produisant, s’impliquant dans les visuels, dans la façon dont il est promu, digéré par les gens et présenté au monde. Et nous étions plus concentrés que jamais. Je pense que c’était une décision calculée de composer dans cette direction, dans cet accordage, musicalement, de capturer certains types de sonorités – tout ceci était mûrement réfléchi. Donc nous avions vraiment les mains sur tout le processus, sans l’apport de personne. Et je pense que c’est la meilleure façon de procéder ! C’est plus pur, c’est plus honnête. Ça vient davantage du cœur et ça reflète vraiment la nature de ce groupe et ce qui nous définit. C’est un groupe véritablement humble. En fait, la façon dont nous partons en tournée de nos jours, par rapport à la façon dont nous le faisions avant avec des tours bus tape-à-l’œil et une énorme équipe qui nous entourait, c’est très punk rock. Nous y allons, rien que nous les membres du groupe, un chauffeur, notre manageur de tournée, et nous préparons nos trucs devant quatre-vingt mille personnes sans poudre aux yeux. Je trouve que c’est palpitant de faire ça ! J’adore le punk rock et la scène punk rock.

Mina : Toute l’attitude, ouais !

Alan : Ca m’inspire. Il n’y a pas de connerie. Et ça permet à notre live show d’être un live show et pas quelque chose de robotique, prévu, synchronisé, où tout doit se passer en fonction des lumières et tu dois être à tel endroit… C’est plus organique et chaque concert donne l’impression d’être unique, et nous adorons ça. Donc je suis surexcité à l’idée de jouer les nouvelles musiques et changer le set, et avoir une dynamique différente cette fois.

Depuis le dernier album, le batteur Sal Abruscato a formé le groupe A Pale Horse Named Death et a fait deux albums avec, démontrant ses qualités de compositeur et même de chanteur. Et certaines musiques sur cet album sonnent plus sombre parfois, un peu dans la veine d’A Pale Horse Named Death, justement…

Mina : Ouais, Sal a clairement écrit beaucoup de choses avec les garçons. Il était plus impliqué qu’il ne l’est normalement. Sal aime être un peu en retrait et se montrer lorsqu’il se sent de le faire. C’est un grand solitaire, et nous le comprenons. Mais Sal a assurément incorporé un paquet de ses idées également.

Alan : Ouais, même si j’avais une graine de chanson, musicalement, une fois que je la lui passais, il y ajoutait sa propre patte. Je pense que c’est ce qui explique pourquoi on entend autant de similarités dans certaines parties. Je pense à la chanson « A New Low », les choix d’accords de guitare, c’est quelque chose que je n’aurais jamais pensé à faire, même si j’ai écrit les notes de base qui sont là-dedans. Simplement la façon dont c’est exécuté, ça l’a complètement rendu plus sombre, rien que par le choix des accords de guitare.

« La vie m’a foutu de sacrées branlées et a fait de moi une personne plus forte et meilleure, plus courageuse, plus intrépide, plus créative, plus profonde, plus amicale, et tout ceci se retrouve directement dans mon chant, qui est le son de mon âme, ma vibration. »

On peut entendre une forte inspiration d’Alice In Chains dans cet album, surtout avec une chanson comme « Right This Wrong » ou le chant de « Dead Speak Kindly » qui fait beaucoup penser à Layne Staley. Est-ce fortuit ou bien est-ce que ce groupe signifie quelque chose à vos yeux ?

Oh, nous adorons Alice In Chains !

Mina : Ouais ! Dirt est l’un de mes albums préférés ! Et putain, j’adore Layne. Layne est lui aussi dans mon âme. J’ai tout le monde dans mon âme : Bowie, Prince, Layne… Je tire mon inspiration de tant de chanteurs différents. De Billie Holiday à Annie Lennox à Robert Plant à Iggy Pop. Il y en a tellement !

Alan : Mais ouais, au niveau du son aussi, nous voyons toujours ces albums d’Alice In Chains comme une inspiration, c’est certain. Mais il y en a tant d’autres, comme Soundgarden, les vieux maîtres de Black Sabbath, Zeppelin… En fait, j’entends un peu de tout. Comment ne pas entendre [dans ta musique] la collection de disques que tu adores ? Ce n’est pas comme si tu te posais là à dire : « Oh, plagions ceci ! » C’est plus : « J’adore ce type de chose et je veux aussi en faire. » C’est comme ça que sont les gens, tu sais, c’est un assemblage de tes passions, et je suppose que ce que tu aimes entendre est ce que tu aimes jouer.

Apparemment, le producteur Matt Brown était très important dans la confection de cet album…

Mina : Pour dire les choses simplement, Matt Brown était comme le George Martin du groupe, par rapport à ce qu’il représentait pour les Beatles, il est devenu le cinquième membre en studio. Il est stupéfiant en termes d’audio et techniquement, c’est un super musicien et il nous a poussés dans nos retranchements. C’était comme un cinquième membre ! Et nous lui avons donné aussi cette liberté d’exprimer ses idées également. Et voilà le résultat ! Il est très important, je trouve. Tout a fonctionné pour le meilleur. Cet album n’aurait pas été ce qu’il est si nous n’avions pas travaillé avec Matt. Matt était très important.

Mina, au fil des années, tu as changé de style vocal, de la voix baryton de River Runs Red au style rock plus aigu que tu as désormais et qui est vraiment un des points forts de ce nouvel album. Et tu as déclaré qu’avec cet album tu essayais « de rattraper toutes les années où [tu] avais personnellement l’impression de ne pas rendre justice au groupe. » Est-ce que ça signifie que tu t’es cherchée vocalement ?

Je crois que je suis toujours en train de me chercher. Je pense que je n’arrêterai jamais de me chercher. C’est ça qui définit l’Humanité. L’Humanité est faite de découvertes de soi, intérieure et extérieure. Je vais toujours changer, je vais toujours me développer. Vocalement, je ne vais jamais… Ca dépend de la musique, ça dépend du projet sur lequel je travaille, ça dictera mon style vocal. Je grandis. Evidemment, River Runs Red, je l’ai fait lorsque j’avais dix-neuf ans ; j’en ai quarante-trois maintenant. La vie m’a foutu de sacrées branlées et a fait de moi une personne plus forte et meilleure, plus courageuse, plus intrépide, plus créative, plus profonde, plus amicale, et tout ceci se retrouve directement dans mon chant, qui est le son de mon âme, ma vibration. D’année en année, peut-être même de six mois en six mois, je change, et j’accueille ce changement à bras ouverts. Putain, mais qui a envie de tout le temps sonner pareil ? Qui veut faire toujours le même album ? Je déteste ces putains d’abrutis qui s’attendent à ce que tu fasses toujours le même album. Bande de crétins ! Ils ne connaissent rien à la musique.

Et comment te sens-tu avec ta voix aujourd’hui ?

Je me sens merveilleusement bien ! Vraiment ! J’ai l’impression d’enfin vivre et respirer, ressentir des émotions à des niveaux très profonds, plus profondément que je ne l’ai jamais ressenti.

Plus spécifiquement, comment as-tu abordé ton chant sur cet album, à quel point t’es-tu mise au défi ?

Je travaille sans effort. Evidemment, je travaille dur dessus. Ce n’était pas dur dans le sens difficile mais il y avait certains défis que je devais relever, comme la fin de « Walking Catastrophe », [elle chante] « I didn’t think it through », tu vois, j’atteins des notes que je n’ai jamais atteintes pour ce groupe avant, pour quoi que ce soit que j’ai fait, mais dans un sens, c’est comme si je volais comme un oiseau dans le ciel. Je suis très libre ! Le chant est un don. Et je ne chante pas ; ça me chante. Je ne le contrôle pas ; ça me contrôle. C’est pourquoi je crois pouvoir puiser dans tous ces types de sources créatives, car je le permets, je ne transgresse pas mes propres capacités ou limites en tant que musicienne honnête, non-musicienne, compositrice, peu importe comment tu veux me classifier, simplement en tant qu’individu créatif.

« Je déteste ces putains d’abrutis qui s’attendent à ce que tu fasses toujours le même album. Bande de crétins ! Ils ne connaissent rien à la musique. »

Les thèmes principaux de Life Of Agony ont toujours été la dépression, l’alcoolisme, la maltraitance, les traumatismes familiaux et le chagrin, et ils semblent également être les thèmes de ce nouvel album. Mais est-ce que votre approche de ces thèmes a évolué en vingt-cinq ans ?

Ouais, absolument. Je veux dire que nous avons plus de clarté d’esprit. Je ne sais pas comment répondre à ça…

Alan : Pour ma part, je pense qu’écrire des thèmes et des paroles est quelque chose qu’il a toujours fallu que je fasse en tant que personne, et la façon dont ça sortait de moi était une expression de choses qui me dérangeaient et que je ne savais pas comment exprimer autrement, et j’avais tendance à réprimer ces sentiments jusqu’à ce qu’ils sortent, et une fois qu’ils sortaient, je me sentais sacrément mieux et, généralement, je les oubliais et passais à autre chose. En fait, dès que nous écrivions et enregistrions des albums, je ne les écoutais plus, car c’était fini, j’étais passé à autre chose. Lorsque je les jouais en concert, c’est vraiment la seule fois que j’entendais ces chansons, me rappelant certains de ces sentiments, d’où ils venaient. Et c’est pareil pour cet album, bien que cet album, je peux l’écouter plus comme un fan, pour une fois, car je suis tellement content de ce qu’il est devenu, contrairement à certains des autres albums qui me font grimacer lorsque je les écoute.

Mina : Ouais, moi aussi ! Putain, je ne peux pas écouter Ugly.

Alan : Non, ça me ramène à des choses très sombres, me rappelant toutes les conneries qui se sont passées en coulisses pendant la confection de cet album. Mais ouais, je n’ai que de bon sentiments par rapport à la création de celui-ci et aussi au niveau du son, et la façon dont il a été produit, c’était à la hauteur de nos attentes, ça correspond à quelque chose que nous pourchassions depuis longtemps. Je pense que nous recherchions ce son depuis de nombreux albums et nous n’avions jamais réussi à l’obtenir. Même avec Broken Valley nous pension obtenir quelque chose de ce calibre, alors que non, ce n’était pas à la hauteur niveau son. Certaines chansons, je trouve, étaient vraiment fortes mais elles n’étaient pas présentées avec la bonne forme sonore.

Mina, lorsque le groupe est revenu en 2005 avec Broken Valley, c’était une époque difficile pour toi et, plus généralement, tu as eu une vie difficile. Et maintenant, avec ce nouvel album, dans la chanson éponyme, tu chantes que tu « veux juste disparaître » et trouver ton « endroit où il n’y a pas de douleur ». Est-ce que ça signifie que tu te sens toujours mal dans ta vie et que le temps n’a rien soulagé ?

Mina : La vie n’est pas parfaite, tu sais, et c’est ce qui la caractérise. Le Yin et le Yang. Sans Yin, il n’y a pas de Yang ; sans le bien, il n’y a pas de mal ; sans amour, il n’y a pas de haine. C’est là-dessus que repose le monde. La dynamique. Et encore aujourd’hui, il m’arrive d’être triste et d’avoir des jours où je suis vraiment mal alignée. Certains jours, je suis très en phase avec l’univers et je me sens incroyablement bien, et certains jours, j’ai envie de me foutre une putain de balle dans la tête. Je pense que c’est comme ça pour plein de gens, pour tout le monde. Je suis toujours le même esprit. Je ne dis plus de mensonge. Je ne garde plus de secret. Je n’ai pas peur de partager ou exposer mes vulnérabilités, comme je pouvais en avoir peur avant, ou lorsque j’avais dix-neuf ans, même lorsque j’avais trente et trente-cinq ans. Mes premiers pas vers le courage, c’était lorsque j’ai fait mon coming out dans un monde cruel, et je n’ai fait que m’épanouir depuis lors. Donc ouais, je me sens bien mieux la plupart des jours mais il m’arrive encore de toucher le fond, comme tout le monde. La vie te balance pas mal de merdes !

Alan : C’est juste être humain.

Mina : C’est ainsi que le monde est conçu, que le cosmos est conçu. Un jour cette planète tourne en parfaite proximité, le jour suivant un astéroïde frappe la putain de Terre et nous sommes tous baisés !

Alan : [Petits rires]

Mina : Au-revoir ! C’est la nature de la réalité, ou la nature de l’ici et maintenant de l’existence. C’est notre monde. Sans un volcan ou des tsunamis qui détruisent un pays, sans cette éruption volcanique, une nouvelle Terre ne peut pas naître. C’est la même merde, vraiment [petits rires].

Le titre de cette chanson a été utilisé pour le titre de l’album également en clin d’œil à la nature cathartique de vos concerts…

Ça c’est la faute d’Alan ! [Petits rires]

Et ceux qui vous ont vu au Hellfest, par exemple, se souviennent à quel point vous étiez proches de votre public. Pouvez-vous nous parler de ce lien particulier que vous entretenez avec votre audience durant vos concerts ?

C’est presque comme si une maman avait tous ses enfants dans une même pièce et que je devais tous les élever. Je suis une personne qui aime prendre soin des gens et lorsque je suis sans cette marée humaine, je ressens une responsabilité de tous les encourager à se sentir bien, même si ce n’est que pour ce moment ; surtout pour ce moment parce que c’est tout ce que nous avons avec eux, cet instant. Ceci dit, il faut que ce soit réciproque. Si on me regarde comme si j’étais un poulpe…

Alan : [Petits rires]

Mina : Tu sais, si quelqu’un me gifle, il se peut que je le gifle en retour. Il est même probable que je le fasse. Mais c’est surtout une question de prendre soin de mes gens parce, de toute évidence, ils viennent pour une raison, ils ont besoin d’être calmés, qu’on leur fasse un massage, qu’on leur fasse du bien, c’est pour ça qu’ils sont là.

Alan : Ce groupe, ce n’est pas un boulot où tu pointes tous les jours en arrivant et en repartant, et tu te retrouves avec le même concert à chaque fois. Tout se résume à l’atmosphère et le public présent dans la salle, car si nous ne recevons pas ce genre d’énergie de la part du public…

Mina : Il se peut que ça résulte en un mauvais concert.

Alan : Il se peut que nous soyons maussades sur scène…

Mina : Et que nous ayons hâte de dégager de là.

Alan : [Petits rires] Ouais, parce que nous connaissons le potentiel de ce que ça peut être, nous avons vécu cette énergie que l’on peut partager avec le public, et si nous ne la ressentons pas, ça nous affecte.

Mina : Ouais, parce que ce groupe marche à l’énergie électrique, et si les gamins ne nous donnent pas cette électricité, enfin, s’ils ne se branchent pas sur nous, nous ne pouvons pas leur redonner cette électricité en retour. Tu vois ce que je veux dire ? Tout le monde est là debout… Je vais faire pareil. J’essaierai, jusqu’à ce que ça devienne quelque chose de forcé.

Alan : Parfois tu peux inverser la tendance.

Mina : Ouais, il y a de grandes chances pour que je parvienne à inverser la tendance, tout du moins je vais essayer, mais parfois, certains publics sont très, très durs. Et tous les publics ne sont pas pareils.

« Je suis une personne qui aime prendre soin des gens et lorsque je suis sans cette marée humaine, je ressens une responsabilité de tous les encourager à se sentir bien, même si ce n’est que pour ce moment ; surtout pour ce moment parce que c’est tout ce que nous avons avec eux, cet instant. »

Tu as déclaré que « que ce soit ton genre, ta sexualité, la violence domestique, les drogues… peu importe de quoi tu souffres, [vous] ne laiss[ez] pas tomber l’auditeur. Chaque phrase, il y a quelque chose pour tout le monde. » Est-ce important d’avoir cet aspect unificateur dans votre musique ?

Oui ! C’est pour ça… Ça représente tout. Et maintenant, c’est juste un processus naturel pour nous, nous écrivons naturellement comme ça. Ce sont nos munitions, si tu veux. C’est tout ce que nous avons.

Alan : Ouais, je pense que nous avons établi ça très tôt. Je pense à des chansons comme « This Time », qui était directement écrite à propos la relation de Joey, notre guitariste, avec son père. Et c’était écrit à la première personne, mais pas suffisamment spécifique pour aliéner l’auditeur. Et donc c’est cette frontière mince où l’écriture est très, très personnelle, avec une histoire très, très personnelle, mais suffisamment générale pour que quelqu’un qui écoute se voie dedans, si c’est un sujet auquel il peut s’identifier.

Il y a toujours un côté intime dans les paroles de Life Of Agony. Ne vous êtes-vous jamais sentis mal à l’aise à chanter à propos de sujets aussi personnels, du fait que vos fans vous connaissent aussi intimement ?

Mina : Non ! Parce que la vie est très personnelle. Les gens qui ne sont pas intimes en personne, ils ont des problèmes ; la vie est quelque chose de très intime. Je ne te connais pas mais cette interaction est très, très… Je ne crois pas au privé, je n’y ai jamais cru. J’ai pu [par le passé] m’empêcher de partager mon moi intime, ce qui a généré davantage de douleur en moi parce que je sais que j’aime partager. Et les gens qui sont très froids, fermes, durs, marginalisés et cérébraux, ils ne sont pas personnels avec eux-mêmes. Je suis quelqu’un d’émotif et de très fleur bleue. Je tombe amoureuse [claque des doigts] comme ça ! Quelqu’un [est galant avec moi], je suis genre [elle fait mine de défaillir] [petits rires]. Par exemple, un gars tient une porte ouverte pour Mina : [elle gémit] « Où vas-tu ? » [Petits rires] Tu vois ce que je veux dire ? Je ne suis pas quelqu’un de frigide ! Donc je ne sais pas être autrement.

Alan : Et c’est dur lorsque… Et plein de gens le font tous les jours, tu vois, ils se rendent à un boulot et font semblant d’être quelque chose qu’ils ne sont pas, rien que pour jouer leur rôle, jouer ce qu’on s’attend à ce qu’ils soient, et ils n’ont pas le choix. On nous a donné ce don d’avoir une expression libre et de pouvoir être qui nous voulons être et en vivre. Il y a de nombreuses années, j’ai travaillé dans un bureau et je devais porter un certain type de tenue et garder pour moi ce que je pensais alors que je voulais hurler au visage de quelqu’un parce que c’était un connard.

Mina : [Petits rires]

Alan : Et c’était extrêmement dur d’être cette personne conforme, j’avais hâte de me tirer de là.

Mina : Ça tue l’âme des gens.

Alan : Complètement !

Mina : Tu deviens cette vieille chaise poussiéreuse dans le coin de la pièce. Tu deviens cette vieille maison vide recouverte de toiles d’araignées, au lieu de cette maison chaleureuse et accueillante avec de magnifiques tapis, tableaux et cheminée, avec le bois qui crépite…

Alan : C’est pour ça, je pense, que plein de gens recherchent de la musique qui parle de choses réelles et de vraies émotions, car ce n’est pas tout le temps que tu trouves ça, et tu veux t’accrocher à quelque chose qui comprend ce que tu traverses. Ouais, ça craint lorsque tu dois faire semblant d’être quelque chose que tu n’es pas.

Mina : Ouais, et c’est ce que j’ai fait toute ma vie !

Alan : Ouais, moi je ne l’ai fait qu’au petit niveau d’un boulot, elle, elle l’a fait avec son genre.

Mina : Tout mon rôle en société. Dans mon âme, lorsque je ferme les yeux et que j’écoute ma voix, que je ressens mes sentiments, que je me mets bien à l’aise avec mon âme, pour moi, je ne suis qu’une femme née sans utérus et sans vagin, et je ne peux pas donner naissance, mais intuitivement, c’est tellement bizarre parce que biologiquement, j’ai l’impression que j’étais censée porter un bébé mais je n’ai pas les outils pour. On m’a donnée une bite pour baiser avec moi-même. Ok, voilà mon histoire [rires]. Mais ça, ce n’est que charnel. Nous sommes des êtres vibrationnels, nous sommes vraiment des fréquences, se branchant au réseau téléphonique, et peu importe ce que nous pensons et ressentons, l’univers répond et le rapporte directement.

Alan : Ouais, l’énergie que tu envoies est l’énergie que tu reçois.

Mina : C’est comme le cliché de l’amour-attirance, c’est bien réel ! Nous sommes des êtres vibrationnels.

« C’est tellement bizarre parce que biologiquement, j’ai l’impression que j’étais censée porter un bébé mais je n’ai pas les outils pour. On m’a donné une bite pour baiser avec moi-même. Ok, voilà mon histoire [rires]. »

Mina, je sais que des gens, et même des amis à toi, ont eu du mal à le comprendre et accepter lorsque tu as faire ton coming out en tant que transgenre. Comment as-tu géré cette situation ? Comment est-ce que ça a refaçonné ta vie ?

Je n’ai rien géré du tout, ça m’a gérée ! J’ai perdu des gens. Au-revoir ! J’ai peut-être pleuré pendant une journée. J’ai par exemple perdu certains membres de ma famille qui, je pensais, allaient être mes alliés et mes gilets pare-balles, mais ils se sont avérés être des putains de mauviettes, ils m’ont laissée tomber. Mais au final, qu’est-ce que ces gens représentaient, de toute façon ? Pourquoi étaient-ils dans mon entourage, de toute façon ? Parce que je suis dans un groupe de rock célèbre ? Parce que tu veux baiser les petites-amies que je quitte ? Tu sais, je fais l’amour avec des filles ou peu importe, lorsque je vivais en tant que mec et que je sortais avec toutes ces filles, si je me séparais de telle fille, « oh, cet ami est maintenant avec cette fille. Oh cet ami baise cette fille avec qui j’étais. » On aurait presque dit que tous mes amis masculins héritaient de mes secondes mains, d’une certaine façon, et rien que pour être cool… Je ne sais pas. Je m’en fiche. Si tu ne fais que me tolérer, vas te faire foutre, je ne te veux pas dans ma vie. Je sais qui est vrai et qui ne l’est pas. J’ai un cercle très fermé d’amis, que je considère faire partie de ma structure. Pour le reste, qu’ils aillent se faire foutre. Je suis née sans famille, je suis née avec la perte. La perte ne veut rien dire pour moi. La perte c’est du gain. Et je suis complètement dans l’état d’esprit d’être minimaliste et remettre constamment de l’ordre dans ma vie, donc lorsque j’ai fait mon coming out, naturellement, ma vie a fait le ménage, se débarrassant de tous ces putains de gens qui ne représentaient que dalle, pour qui, quoi qu’il en soit, j’avais une mauvaise impression sur ce qu’ils représentaient. Tous les faux, ils ont détalé et ne sont jamais revenus, et j’en suis heureuse. Je m’en fiche. Et maintenant, nombre de ces fausses personnes, principalement des mecs, maintenant que c’est sûr de m’aimer, et que le monde me soutient, que j’ai mes alliés, que le groupe se porte bien à nouveau, que nous sommes à nouveau dans la course et que les choses sont merveilleuses, tous ces gens essayent de revenir dans ma vie, et c’est genre « supprimer ». Genre « oh, c’est sûr de m’aimer maintenant, c’est pour ça… » Genre « qu’est-ce que tu veux ? Tu n’as pas pris de nouvelle de moi en cinq, six ou sept ans, putain mais qu’est-ce que tu peux bien vouloir ?! »

Alan : Des tickets de concert…

Mina : « Des tickets de concert ? »

Alan : [Rires]

Mina : Ouais, je peux commencer à te raconter, genre… Tu sais, nous avons fait mon concert d’anniversaire il y a un an ou deux à New York, et j’ai reçu des putains de SMS de gens dont je n’avais pas entendu parler en cinq ans ! « Oh, j’ai eu vent que tu jouais, je veux venir te voir ! Est-ce que je peux avoir une invitation ? » Je suis là : « Vas baiser ta mère ! Je t’emmerde ! Je n’ai pas eu de nouvelles de toi en six ou sept ans ! Quoi ?! Même pas un ‘comment ça va ?’ »

Alan : « Donc qu’est-ce que tu peux faire pour moi ? »

Mina : Exactement.

Alan : Je connais plein de gens comme ça.

Mina : Donc, en fait, je me suis retirée de Facebook rien que pour cette raison, parce que j’ai l’impression que tous ces gens étaient sur Facebook. Il y a une certaine mentalité puérile sur Facebook. Je déteste ça. Ce sont tous ces gens dont tu ne veux de toute façon pas entendre parler. Je ne suis pas vraiment amie avec tous mes amis d’enfance, je n’en ai rien à carrer. Tout ça fait partie de mon processus de remise en ordre. Ce site ne fera rien pour moi, il ne fait pas plus vendre d’albums. J’ai été au maximum de la limite des cinq mille amis pendant des années. Qui sont ces gens ? Ils sont très volages. Si ce n’est pas un post qui parle de River Runs Red… Tu vois… Et ce sont tous ces gens dont je ne veux pas entendre parler dans ma vie.

Alan : Ouais, c’est différent suivant les réseaux sociaux. Je préfère Twitter.

Mina : Moi aussi je préfère Twitter parce que je peux suivre tous les artistes que j’adore, je peux suivre tous les journalistes que j’adore, tous les scientifiques que j’adore, tous les écrivains que j’adore, tous les musiciens que j’adore… C’est une communauté sympa, d’une certaine façon. Bien meilleure que Facebook. Facebook, c’est : « Oh, je suis malheureux, quelqu’un m’a servi des pancakes et ils n’étaient pas bons, et je vais péter un câble… »

Alan : « Et voilà la photo des pancakes… » Non attends, « voilà cinq photos des pancakes. »

Mina : « Voilà comment ils ont fait cramer mes pancakes… »

Alan : « Comment se fait-il que personne n’aime mon album photo de pancakes ? » Pleurniche, pleurniche, pleurniche… Twiter, c’est plus concis, c’est comme, ok, si tu n’aimes pas quelque chose, tu le zappe [petits rires].

Mina : Ouais, et sur Facebook, il y a une certaine colère aussi, il y a certaines personnes qui gravitent vers ça. C’est comme le Fox News du monde. Tu vois ce que je veux dire ? Et tu as tous ces putains d’individus énervés, ils voient que tu as vu leur truc et puis… Il y a un grand sentiment que tout leur est dû sur Facebook, d’une certaine façon, et s’ils te voient voir leur post, tout à coup tu reçois ces lettres de cinq-cent pages, « comment oses-tu ne pas répondre à ma lettre ? » Comme si j’avais le temps de regarder ma boite aux lettres avec trois-cent emails. Je ne réponds pas à mes mails sur Facebook. Je n’ai pas le temps de me poser pour ça. Je regarde mes emails, j’ai Twitter et mon compte Instagram, et je suis dessus de façon à pouvoir faire quelque chose rapidement et rester à l’écart, et revenir une heure ou deux plus tard, je ne suis pas tout le temps là-dessus. Tu vois [elle attrape son téléphone et fait semblant d’être affairée à répondre à ses messages], ça c’est le monde.

Alan : [Petits rires]

Mina : [Elle jette son téléphone au loin qui se cogne contre un mur et un fauteuil], ça c’est moi [petits rires]. Chez moi, je ne fais même pas… Je regarde mon téléphone le soir… Tu sais ce que je fais ? Le matin, je fais deux tasses de café, c’est là que je regarde Twitter, je regarde mes emails, et puis j’y reviens tard le soir avant d’aller dormir, juste pour voir qui s’est connecté, qui ne l’a pas fait, peu importe. Tu peux voir, mon téléphone est encore un [iPhone] 4S. Je n’ai pas de nouveau téléphone. Je ne pourrais pas plus m’en foutre. Donc, ça m’est égal. Je me suis retirée, je viens de désactiver ma page Facebook parce que…

Alan : Quel intérêt ?

Mina : Ca donnait juste à plus de personnes dont je ne voulais pas entendre parler une occasion de me contacter. Et je ne veux pas être contactée. J’ai les gens dans ma vie que je veux avoir et j’en suis très, très contente. Ouais, de nouveaux amis ici et là c’est sympa mais si j’en venais à me faire de nouveaux amis, ce serait un nouvel amoureux. Je n’ai pas besoin de nouveaux amis avec qui sortir dans des bars, je ne sors pas dans des bars. Je reste posée chez moi, je lis mes livres, je fume un joint, je me promène avec mon chien, c’est ma vie. Je n’en ai rien à branler de… J’ai déjà vécu ça, j’ai été adolescente, j’ai eu mes vingt ans, j’ai eu mes trente ans. J’ai quarante-trois ans, tu sais. Je suis dans un autre état d’esprit. Je préfère regarder un super film plutôt que sortir dans le monde malade.

« Je suis née sans famille, je suis née avec la perte. La perte ne veut rien dire pour moi. La perte c’est du gain. Et je suis complètement dans l’état d’esprit d’être minimaliste et de remettre constamment de l’ordre dans ma vie. »

Tu es revenue et tu as joué ton premier concert avec Life Of Agony depuis ton changement de sexe en 2014. Comment est-ce que cela a impacté ta relation aux fans ?

Je dirais que ça s’est amélioré ! Je reçois tellement d’amour, c’est époustouflant ! Si je reçois cent messages d’amour, je reçois peut-être un message d’un trou du cul qui est là « j’ai la trique, je suis confus… » [Petits rires] Parce que peut-être il aime une photo un peu provocante que j’ai posté mais ne comprend pas trop ce qui se passe avec moi, pas plus qu’il ne se s’embête à s’éduquer sur le sujet.

Alan : Ou alors ils cherchent juste la blague facile et idiote à ses dépens, et c’est vraiment le genre de connerie que je ne supporte pas, les gens comme ça qui disent des choses dures derrière leur clavier d’ordinateur, alors que si tu les voyais dans la rue, ils n’auraient même pas les couilles de dire bonjour.

Mina : Ouais, ils ne me regarderaient même pas dans les yeux. Ils n’auraient même pas le putain de courage de me regarder en face.

Alan : C’est le faux sentiment que tout le monde peut s’exprimer. Tu sais quoi ? Dans la vraie vie, tu ne peux pas t’exprimer, car tu es un lâche. Cette mentalité de Facebook crée plein de trolls et plein de…

Mina : Plein d’imposteurs.

Alan : Plein d’égos fictifs. Ce côté-là est vraiment agaçant.

Et est-ce que ça a changé, d’une quelconque façon, ta relation avec les autres membres du groupe, en particulier en tournée ?

Mina : Non ! Ils m’aiment. Ils iraient défoncer la gueule de n’importe qui pour moi. Ils m’aiment, c’est tout, et me respectent et me traitent comme je veux être traitée, comme une petite dame, même s’ils m’ont connue autrement.

Ouais, mais comme tu l’as dit, ce n’était pas vraiment toi…

Non, effectivement. Je veux dire, peut-être certains côtés, parce que je suis toujours dingue. Je pourrais toujours te balancer une chaise sur la tête, si je le devais, si tu vois ce que je veux dire. Pas toi, particulièrement [petits rires].

Alan : [Petits rires]

Mina : Si deux gars étaient en train de le passer à tabac, tu peux être certaine que je vais sauter dans le tas et que je vais devoir poignarder quelqu’un ou faire quelque chose pour le protéger. Je ne vais pas rester là [criant] « Alan ! » Non ! Je vais être là [criant comme si elle agressait quelqu’un]. Ce sont certaines qualités et parties de mon esprit qui n’ont pas changé, vraiment. Je reste odieuse, je reste amusante, je reste dingue, je continue à faire des choses folles [petits rires], et j’ai toujours fait ça. C’est juste que je suis ouverte.

Tu es libre…

Ouais, je suis libre. Ceci est pour moi, pas pour le monde. C’est ma vie. Occupe-toi de tes putains d’oignons ! Parfois c’est ce que je ressens. Je suis enthousiaste à partager l’histoire de ma vie uniquement avec les gens qui vraiment, sincèrement, s’y intéressent et veulent savoir.

A quel moment t’es-tu rendue compte que Life Of Agony pouvait faire partie de la vie de Mina, que tu n’avais pas forcément à tirer un trait complet sur la vie de Keith ?

Lorsque je me suis sentie assez forte pour me dévoiler complètement, sans retenue. Je ne peux pas te donner un moment particulier dans le temps. Putain, c’est quoi le temps ? Je ne sais pas. Chaque jour ne fait que se fondre dans une longue saison pour moi. Je ne connais pas précisément de… Ou peut-être lorsque mon agent m’a appelée et m’a demandé si je parlais encore aux garçons, « nous recevons plein d’offres pour plein de concerts, est-ce que vous vous parlez ? Ça te dirait de faire des concerts ? Kiss vous veut. Marilyn Manson veut que vous jouiez. » Et ensuite nous avons commencé à parler. L’instant d’après, nous avons commencé à faire des concerts et à nous éclater, et une chose menant à une autre, soudainement, A Place Where There’s No More Pain est né, et nous voilà !

Interview réalisée en face à face le 8 mars 2017 par Aline Meyer.
Fiche de questions : Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Life Of Agony : www.lifeofagony.com

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  • « Nous avons rencontré Mina Caputo, toute de rose vêtue en cette journée de la femme »

    Quel sexisme abject. Des décennies de combat féministe pour en arriver là. C’est affligeant.

    [Reply]

    jeffrey lebowski

    Mais c’est un homme ou une femme du coup?

    Question complètement transphobe, ce qui me dispense d’y répondre.

    (Ouf, j’ai eu chaud…)

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