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Chronique   

Life Of Agony – The Sound Of Scars


Joey Z., guitariste de Life Of Agony, prédisait que la prochaine œuvre de Life Of Agony allait définir le groupe pour les années à venir. A en juger la démarche sur ladite œuvre, l’avenir, pour Life Of Agony, passe par le passé, en prônant un retour à sa gloire des années 90. En effet, The Sound Of Scars est la suite directe de l’album conceptuel culte River Runs Red (1993). Life Of Agony a réécouté en boucle ses anciennes chansons afin de s’inspirer de l’énergie d’antan et a enregistré en réunissant tous ses membres, à l’inverse de l’opus précédent : en résulte un The Sound Of Scars qui crée non seulement un lien narratif mais aussi un lien – dans une certaine mesure – musical avec sa « première partie ». L’arrivée de Veronica Bellino à la batterie, remplaçant l’influent Sal Abruscato, n’a pas altéré la dynamique du groupe : Life Of Agony s’est offert une seconde jeunesse.

River Runs Red était sans doute l’un des albums les plus sombres des années 90, avec, en guise de conclusion, le suicide du protagoniste, pendant qu’à côté ses parents se disputent violemment, puis la mère découvrant horrifiée le corps inanimé de son fils dans la baignoire. The Sound Of Scars reprend sur l’introduction « Prelude » exactement là où River Runs Red nous a laissés, avec le son des gouttes de sang qui tombent et résonnent froidement sur le sol de la salle de bain, puis les voix des secours filtrées à travers leur radio. On apprend ainsi que le protagoniste a en réalité survécu. Il est désormais question de l’après et de la lutte contre les problèmes mentaux persistants. Si la production de The Sound Of Scars a un aspect « rentre-dedans », notamment au vu de la présence de la batterie, Life Of Agony a travaillé de concert avec Sylvia Massy (Tool, System Of A Down) pour forger un son multiforme. Life Of Agony navigue entre une variété de styles. « Scar » a des aspects néo-metal de par la frappe lourde de Veronica. « Black Heart » oscille entre rythmiques massives et couplets plus mélodiques et laisse apprécier le travail de Mina Caputo aussi à l’aise sur les plages retenues que dans les envolées mélodiques. « Lay Down » a tout d’un hit grunge, nous renvoyant, nostalgiques, directement au début des années 90. « Empty Hole » et « Once Below » renouent avec le hardcore, l’un avec son riff d’intro (mais qui laisse vite place à un rock à la Stone Temple Pilots), l’autre avec les vocalises sous testostérone d’Alan Robert, qui rappelleront immanquablement « Method Of Groove ». Le nouvel emploi des chœurs dévoile d’ailleurs le dessein premier de Life Of Agony sur The Sound Of Scars : au-delà de la continuité thématique avec River Runs Red, le groupe est déterminé à composer des titres taillés pour la scène. En résultent, dans l’ensemble, des structures simples et parfaitement agencées, et une part belle laissée au riffing groovy (« Stone » ou « My Way Out »). Un groove largement entretenu par le jeu de Veronica qui va parfois jusqu’à frôler le tribal (le jeu de baguettes sur « Scars », les percussions de « I Surrender »).

La narration de l’album est symbolisée par les trois interludes « Then », « Now » et « When » qui font évidemment écho aux interludes de River Runs Red, « Monday », « Thursday », « Friday », mais sur une échelle de temps plus longue pour mettre en valeur l’impact des cicatrices du passé sur le reste d’une vie. Si la cohérence thématique se décèle aisément par la structure et les paroles, les chansons de The Sound Of Scars, tout comme celles de son aîné, peuvent s’extirper du propos général. D’une certaine façon, Life Of Agony parvient à un compromis en maintenant un fil conducteur tout en créant des titres indépendants les uns des autres, le concept n’étant véritablement que thématique. La conclusion de la partie narrative, « When », offre par ailleurs une lueur d’espoir inespérée. Et c’est bien là où The Sound Of Scar se démarque franchement de River Runs Red et trahit les vingt-six années qui se sont écoulées depuis. Non seulement on ne peut que constater l’extraordinaire évolution et épanouissement vocal de Caputo – à l’image de sa transition de Keith à Mina – mais l’album contraste également avec la tonalité profondément sinistre de River Runs Red en apportant quelques rayons de lumière. Certes, la tonalité lugubre fait toujours partie de l’essence de Life Of Agony, mais il y mêle des perspectives et mélodies plus « optimistes », à l’instar de la conclusion émotionnelle « I Surrender », évoquant les problèmes de la maltraitance. L’aspect fataliste du titre, notamment par la gravité des cordes et de la prestation à fleur de peau de Mina sur son pont, se voit nuancé par la douceur réconfortante de certaines lignes vocales et de ses arrangements succincts de clavier.

Impossible de prédire que The Sound Of Scars obtiendra le même succès et la même aura que son grand frère de 1993. Il montre cependant un Life Of Agony proche de sa meilleure forme, exalté d’écrire et de jouer de la musique comme à ses premières heures, moins affecté par les influences extérieures qu’avait pu apporter Sal Abruscato sur A Place Where There’s No More Pain (Alice In Chains et des éléments hérités du doom en tête), sans pour autant renier son développement musical au fil des décennies. The Sound Of Scars correspond peut-être aussi à l’évolution de l’état d’esprit des membres du groupe vingt-six ans plus tard, enclins à plus d’optimisme quant aux luttes de l’esprit humain. Quoi qu’il en soit, The Sound Of Scars augure d’excellentes années pour Life Of Agony.

Clip vidéo de la chanson « Lay Down » :

Clip vidéo de la chanson « Scars » :

Album The Sound Of Scars, sortie le 11 octobre 2019 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici



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