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Chronique   

Liquid Tension Experiment – 3


Souvenez-vous. En 1997, un quatuor se formait et faisait tourner les têtes de tous les amateurs de rock progressif. John Petrucci et Mike Portnoy de Dream Theater, Jordan Rudess pas encore dans Dream Theater et Tony Levin (King Crimson, Peter Gabriel) donnaient naissance à Liquid Tension Experiment, fantasme absolu pour les amateurs de technique débridée et de théorie musicale poussée à l’extrême. Depuis 1999 et leur deuxième opus, Liquid Tension Experiment s’est fait extrêmement silencieux, ses membres phagocytés par leurs emplois du temps respectifs. Il a fallu une crise sanitaire pour que Liquid Tension Experiment envisage d’enregistrer une troisième œuvre en prenant soin de maintenir le secret. Au mois de juillet dernier, les quatre musiciens se sont réunis dans un studio de New York en prenant toutes les précautions nécessaires pour composer à nouveau. Personne ne s’y attendait vraiment et surtout, personne n’est encore prêt. Liquid Tension Experiment 3 est un rêve éveillé : les désirs inavoués du fervent amateur de progressif dévoilés au grand jour.

Oui, John Petrucci sait encore faire tourner les têtes. Les premières secondes d’« Hypersonic » qui ouvrent l’album prouvent deux choses : la dextérité du guitariste a très peu d’équivalents et ses partenaires de jeu semblent le suivre aisément. « Hypersonic » amorce les débats à la vitesse-lumière et démontre un état de forme exceptionnel de la part des musiciens. Il y a un plaisir non dissimulé à se retrouver immédiatement communiqué par les musiciens. Les sections délurées et infernales d’« Hypersonic » n’ont rien d’un tour de chauffe. Elles sont la preuve qu’au royaume de la musique instrumentale progressive, Liquid Tension Experiment n’a pas besoin de réclamer son trône, il ne l’a jamais perdu. Le groupe apprécie aussi partir d’un motif en apparence simple qu’il décline d’une pléthore de façons, à l’instar du riffing rock bon enfant qui ouvre « Beating The Odds », très vite enrichi par ce clavier aux sonorités aussi enjouées qu’éclatantes de Jordan Rudess. Le luxe de paraître brillant en effleurant le ringard. John Petrucci lui emboîte le pas avec un solo langoureux qui se transforme en diatribe effrénée aux plans batterie ressemblant parfois à des hommages au regretté Neil Peart. En d’autres termes, Liquid Tension Experiment se laisse complètement emporter et rend l’anticipation de l’auditeur impossible, pour son plus grand plaisir.

La polyvalence des musiciens est aussi à l’honneur. La basse jazz de Tony Levin qui ponctue la mélodie de « Liquid Evolution » apporte une couleur différente des deux précédentes élancées rock du quatuor. Le duo basse-batterie (avec ce jeu à l’archet dont Tony Levin a le secret) sur l’improvisation « Chris & Kevin’s Amazing Odyssey » – sorte de suite à « Chris & Kevin’s Excellent Adventure » présent sur le premier opus – joue un véritable rôle de respiration avant d’embrayer sur les treize minutes de « Rhapsody In Blue », réécriture de l’œuvre de Gershwin déjà présentée en live en 2008. L’extravagance à l’état pur qui laisse apprécier la palette de sonorités pantagruélique de Jordan Rudess, le sens du phrasé de John Petrucci, la souplesse de Mike Portnoy et l’expérience de musicien classique et jazz de Tony Levin. En réalité, seul le duo convenu Jordan Rudess-John Petrucci sur « Shades Of Hope » ne nous fait pas écarquiller les yeux, si ce n’est qu’il s’agit d’une autre improvisation enregistrée sur le vif. Quoi qu’il en soit, la conclusion « Key To The Imagination » se charge de nous faire entendre raison. Le titre concentre tout le savoir-faire des musiciens, que ce soit pour la délicatesse des mélodies et des leads ou le jeu des rythmiques que la polyvalence de Tony Levin transforme en leçon de placement. Liquid Tension Experiment ne s’interdit rien, de la rythmique incisive aux arrangements orientaux en passant par des logorrhées de clavier soutenues par l’entrain de Mike Portnoy et l’agilité de John Petrucci. « Key To The Experiment » groove autant qu’il scintille et captive. La raison d’être de la musique rock instrumentale.

Liquid Tension Experiment 3 se situe dans la lignée d’excellence de ses deux aînés. Un assemblage de compositions impétueuses et passionnées exécuté par des musiciens trop heureux de laisser libre cours à leur extraordinaire faculté musicale. Un parcours orgasmique pour l’auditeur, aussi impromptu que réjouissant. Liquid Tension Experiment 3 sera évidemment insupportable pour certains et alimentera inévitablement le débat « émotion-cérébralité » de la musique. Reste qu’au jeu du puzzle musical, Liquid Tension Experiment transforme vite l’exaspération ou la circonspection en pur plaisir.

Clip vidéo de la chanson « Hypersonic » :

Clip vidéo de la chanson « Beating The Odds » :

Clip vidéo de la chanson « The Passage Of Time » :

Album 3, sortie le 16 avril 2021 via InsideOut Music. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • MarcusJazz dit :

    Il faut surtout écouter le disque bonus sur l’édition japonaise de LTE3, intitulé « A night at the improv » : 5 morceaux supplémentaires s’étalant sur 55 minutes …
    C’est là que réside à mon sens le principal intérêt de ce nouvel album !

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  • Pat du 12 dit :

    Tous ceux qui s’intéressent de près aux musiciens de métal connaissent les talents considérables des quatre mousquetaires de LTE, donc pas de sujet : les compos stratosphériques nous emmènent très loin ou très haut, c’est selon.. ma seule interrogation concerne la véritable »finalité » du projet ? À moins d’être un adepte d’un jazz rock pechu ou un ancien musicien, difficile d’apprécier à sa juste valeur la proposition de LTE ! Le harder commun décrochera au bout de 5/6 minutes : trop complexe,trop fouillé ( fouillis ?) difficile à suivre, bref trop !
    Contrairement à un Satch aux morceaux , articulés autour d’une mélodie fil-rouge assortis de solis divers et variés,donc mémorisables pour l’essentiel,ici pas de filet, c’est du base jump, au gré du vent !
    Perso j’adore mais je doute que ça se vende,que ça se diffuse (à part RM!),quand à la tournée, pour les réunir tous,on n’est pas rendus ! Alors après, l’exercice consistera à capter un extrait de ce magnifique album dans un fond sonore de documentaire…si si, ça arrive..

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  • Chronique intelligente.j’entre pour ma part dans la categorie de ceux qui apprécient le rendu tout en admirant la technique pure repoussée des musicos en totale symbiose..Merci de ce cadeau musical à écouter plusieurs fois pour doper le plaisir émotionnel

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