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Chronique   

Living Colour – Shade


Il est des groupes qui évoluent sans se soucier de leur notoriété, en dehors du rythme effréné de l’évolution de l’industrie musicale, avec pour seul objectif de respecter leur intégrité et leur art pour ainsi dire. Living Colour est de cette trempe. Officiant depuis 1984, le groupe de fusion littéralement adepte de tous les styles de musique est arrivé sur le devant de la scène en 1988 avec l’opus Vivid, co-produit par Mick Jagger. S’il a su faire parler de lui avec ses trois premiers albums, il faut reconnaître que les temps d’attente anormalement longs entre ses albums depuis Collideøscope (2003) tendent tout de même à jouer en défaveur du groupe. L’an dernier, l’EP Who Shot Ya, qui s’indignait contre la recrudescence de la violence par armes à feu aux États-Unis, montrait enfin des signes de vie. C’est donc assez logiquement que Living Colour arrive aujourd’hui avec un nouvel album, Shade, huit ans après The Chair In The Doorway (2009). Certes Les années défilent, Living Colour n’a pas altéré sa ligne de conduite pour autant. Puisant son inspiration dans ce que le groupe considère comme le genre maître, le blues, Shade a un cachet différent, presque envoûtant, de toutes les productions contemporaines.

C’est une reprise live de « Preachin’ Blues » de Robert Johnson qui a été l’élément déclencheur pour l’écriture de Shade. En effet Living Colour a sa propre manière d’interpréter le blues, avec une énergie particulière qui lie toujours le groupe à certains pans du metal. « Preachin’ Blues » conserve l’éloquence de son auteur original, conjugué avec une lourdeur et une intensité concoctées par Living Colour. On pourrait presque parler de « heavy blues » à ce stade. En cela réside la force principale de Shade. Living Colour n’a pas simplement exécuté les codes du genre ou effectué un album de reprises (« Preachin’ Blues » côtoie « Who Shot Ya » de The Notorious B.I.G et « Inner City Blues » de Marvin Gaye). Pour reprendre les dires du chanteur Corey Glover, Shade a tout simplement joué avec l’ADN de tous les styles que les musiciens affectionnent. Cette polyvalence se voit jusque dans le choix du producteur, Andre Betts, issu du hip-hop. Le son de Living Colour est un exemple d’authenticité, où la richesse d’une composition exclut les artifices. On retrouve un groove proche des vieux titres boogies dans le pourtant moderne « Black Out » ou encore la fibre énergique qui a fait les plus grands succès de Living Colour à l’instar de « Program », réminiscence du célèbre « Cult Of Personality » dans sa critique des médias et sa vocation de single. Le chant de Corey Glover semble être doué d’une faculté d’adaptation hors-normes, rappelant le timbre d’un Doug Pinnick sur le refrain presque soul de « Glass Teeth » ou lorsqu’il devient la mimique d’un rappeur sur « Who Shot Ya », ou bien mettant en avant sa fibre sensible sur les couplets d’ « Always Wrong ». On notera en outre une collaboration bienvenue avec George Clinton (Funkadelic) sur la ballade funk « Two Sides » et un rappeur sur « Program ».

Difficile de trouver à redire sur Shade. Une fois passée l’âpreté de la production (notamment celles des guitares saturées et des cymbales) qui au final s’avère presque l’un des traits attirants de l’album, Shade a cet aspect de véritable jungle musicale, heureusement balisée par le talent des musiciens de Living Colour, que ce soit un Vernon Reid aux envolées extravagantes, à coup de pédale whammy et autres effets, ou le duo rythmique Will Calhoun/Doug Wimbish au groove élastique inébranlable. Surtout, il y a toujours cette manière d’aborder le blues qui ne cesse de surprendre, à l’image de l’introduction de guitare de l’enjoué « Who’s That » et de ses cuivres ou encore de la wah-wah sur « Invisible », titre qui mêle rythmique soul, groove funk et grille de blues sans se soucier des possibles interférences. Mention spéciale à « Freedom Of Expression (F.O.W) » et « Come On » (et ses arrangements électroniques) qui rappellent que Living Colour cultive toujours l’art du riff et de sa montée crescendo à l’image de ce que pouvait produire Rage Against The Machine.

Living Colour justifie aisément son attente. Il reste l’un des parangons de la fusion, capable de lui conférer un véritable intérêt qui va bien au-delà de l’application malaisée de divers codes musicaux. Lorsqu’on connaît Living Colour, on sait que Shade allait être protéiforme. C’est l’approche des genres par les musiciens du groupe qui en fait une formation singulière. Le blues de Shade n’attirera certes pas les puristes du genre. Il est le blues de Living Colour : un état d’âme, une véritable expression avant d’être une grille à respecter.

Chanson « Program » en écoute :

Chanson « Come On » en écoute :

Album Shade, sortie le 8 septembre 2017 via Megaforce Records. Disponible à l’achat ici



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