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Chronique   

Lizzard – Eroded


Lizzard survivra à la pandémie parce que la musique est une passion avant d’être une obligation. Comme beaucoup de formations, le volet artistique survivra aux assauts économiques : amoindri et non occis. Shift (2018) avait confirmé la progression d’un groupe qui s’était affranchi d’influences explicites pour forger une identité sonore aux multiples facettes : de quoi tourner avec des formations aux profils variés telles que The Pineapple Thief ou encore High On Fire. Eroded ne remettra pas en cause la démarche du trio : pas de plan d’attaque, simplement de l’intuition et une attention maternelle pour sa musique. Shift nous faisait miroiter un changement des mentalités progressif en lien avec les problématiques majeures de notre temps. Eroded apporte quant à lui un terrible constat. Pour changer, il faut tutoyer le pire. De quoi faire froid dans le dos lorsqu’on sait que l’opus a été composé en 2019, un an avant l’irruption de la maladie dans nos vies et de la « réalité dystopique » qui s’en nourrit. Il faut surtout s’efforcer de garder un semblant d’espérance. Eroded incite ainsi à chérir tout ce qui permet de supporter le délitement de tout ce qui nous environne.

Eroded a un cachet singulier. Le groupe s’est isolé volontairement pendant un mois aux Castle Studios en Allemagne avec le producteur Peter Junge, quatrième véritable artisan de l’album. Eroded profite ainsi de ce contexte intimiste et des liens très forts tissés entre les musiciens. L’album respecte une structure similaire à celle de Shift en jouant sur les contraintes du vinyle : une partie plus énergique et son penchant atmosphérique en guise de deuxième acte. Au jeu du riffing, Lizzard n’a plus rien à prouver depuis Majestic (2014). Le trio mêle parfaitement l’énergie juvénile du rock aux articulations plus réfléchies du progressif, à l’instar du jeu en tapping et de la cohésion guitare-batterie sur « Blowdown ». Il a surtout cette capacité à faire progresser ses compositions intelligemment, quitte à surprendre et atteindre des sommets d’intensité grâce aux élancées de Matthieu Ricou, prompt à briser toute boucle rythmique. Elevé à la même école que Karnivool et Black Peaks en somme. « Haywire » témoigne de cette aisance à naviguer sur des mélodies simples où les arrangements de guitare deviennent maîtres. Les gimmicks de « Flood » abondent en ce sens et laissent apparaître la méthode de composition de Lizzard : un thème ou un simple motif suffisent à poser la première pierre d’un édifice qui prend des proportions parfois imposantes. « Flood » nous remémore toute la fougue qui anime le trio et ce goût pour le jeu. « Hunted » vient piocher du côté de la fusion pour graviter autour d’un unique groove. Un retour aux années 90 bienvenu.

Si l’on s’en tient à la première partie d’Eroded, Lizzard communique parfaitement sa relation décomplexée à la musique et l’étroitesse du lien entre ses membres. Cette dernière est transparente par la fluidité de certaines compositions, à l’instar de « The Decline » et de son refrain aérien imbriqué de manière aussi naturelle qu’inattendue. Il ne faut pourtant pas faire passer l’importance de l’intuition pour de la légèreté. La gravité de l’atmosphère d’« Eroded », structuré autour de quelques arpèges et de nappes sonores, est un autre renvoi partiel aux ambiances grunge des nineties, Alice In Chains en tête. L’instrumental « Usque Ad Terram » ou encore « Inertia » prônent une approche plus minimaliste de la musique : quelques notes et une nappe en guise d’écho lointain suffisent. « Blue Moon » fait la synthèse de ces deux appréhensions de la musique. Le titre brille autant par ses accalmies et la voix nuancée de Mathieu que son final cathartique au vocabulaire stoner. « Avalanche » est quant à lui un exercice d’équilibre. Lizzard démontre sa propension à s’écarter des gradations traditionnelles. L’évolution d’« Avalanche » réside dans des variations d’intensité et non dans des contrastes brutaux par une utilisation très intelligente des accents de basse. Lizzard et Eroded présentent la vie en gris, avec cette nécessité de tendre vers le blanc.

Eroded réussit à témoigner très justement et de manière éloquente de l’alchimie qui règne au sein du trio de Lizzard. Fluide, dynamique et nuancé : Eroded présente un monde meurtri sans sombrer dans le fatalisme. Il prône justement la recherche constante de lumière, comme si elle-même naissait de cet effort. Moins cyclique que Shift, Eroded joue sur les forces premières du groupe : des transitions proches de l’orfèvrerie et des jeux d’intensité jamais grossiers. Le monde s’érode, Lizzard s’envole.

Clip vidéo de la chanson « Blue Moon » :

Clip vidéo de la chanson « The Decline » :

Clip vidéo de la chanson « Blowdown » :

Album Eroded, sortie le 19 février 2021 via Pelagic Records. Disponible à l’achat ici



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