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Chronique   

Lizzard – Shift


Lizzard a grandi, tourné, au fur et à mesure d’années qui ont vu leurs frères d’armes de la scène française (Gojira, Klone ou Dagoba) être plus médiatisés et connaître plus de succès auprès du public. Pourtant, de talent, les discrets Limougeauds ne manquent pas d’en faire preuve dans leurs trois albums et un EP parus depuis 2006 : un rythme de sorties discographiques calme, mais avec de solides et soignés albums brassant large dans une forme de rock progressif aux sonorités parfois pop, metal… art rock comme ils se définissent eux-mêmes. Le groupe part sur un nouveau cycle de tournée avec ce Shift à la personnalité plus marquée encore que sur les précédents disques.

Se dégager des influences pour imposer une vision originale d’un style presque éculé : voilà absolument l’un des défis de Lizzard. Dans l’industrie musicale en 2018, avoir du talent et une maîtrise technique supérieure à la moyenne ne suffisent plus pour ériger une entité au-dessus de la mêlée. Imposer au public la présence du groupe sur les têtes d’affiches, sur les plateformes et les sites web, voilà comment un groupe peut exister dans l’imaginaire collectif des metalheads d’aujourd’hui. Si Lizzard répond parfaitement aux critères techniques et d’écriture qui pourraient lui permettre de tutoyer les cimes, quelques arguments et détails leur manquent toujours pour que cela devienne une réalité.

Pourtant, Lizzard a partiellement vaincu, grâce à ses deux derniers efforts et notamment ce Shift, les démons de son début de carrière, pourtant retentissant. Aujourd’hui, le groupe s’est un peu détaché de cette très grande influence du monde de James Maynard Keenan et de ses compères de Tool qui suintait littéralement de Out Of Reach en 2012, pour obtenir avec le temps un son beaucoup plus personnel. Dans ce nouveau Shift, on trouve une écriture innovante, parfois très déstructurée, à l’image du morceau éponyme « Shift », ou une accroche certaine de l’oreille de l’auditeur comme sur l’excellent « Gemini ». Si la voix de Mathieu Ricou se montre comme à son habitude très appliquée, voire impressionnante, lorgnant parfois vers celle de Brandon Boyd d’Incubus sur « Gemini » ou dans des sphères très aériennes pleines de subtilités harmoniques (l’exceptionnel « Bloom »), elle souffre parfois (notamment sur « MinEd ») d’un placement un poil trop haut dans le mix, qui rend sa présence presque gênante et gâche un tout petit peu les compositions de guitare par ailleurs souvent somptueuses.

« MinEd » avait tout de l’épique morceau central de ce quatrième album du groupe : il joue parfaitement ce rôle, presque jusqu’au bout, avec un riff démentiel et une progression qui fait copieusement saliver. Mais pourquoi donc s’être arrêté là dans la montée qui devait amener l’auditeur vers un défoulement et une extase ultime ? Au moment du décollage, on reste finalement sur place, quittant frustrés un morceau qui aurait pu être incroyable avec une ou deux minutes de bonheur en plus. Dans la seconde partie de ce Shift, c’est l’hémisphère pop du groupe qui prend le pouvoir avec « Leaving The Dream » ou cet étonnant et intense « Open View », hommage vocal cinglant et déroutant sur le couplet à Sting, la voix de Mathieu Ricou s’apparentant d’une manière frappante au chant de l’Anglais sur ce titre. Il y a pire, comme référence.

D’excellents riffs, à l’image de ceux qu’on trouvait sur le ternaire fou du « Twisted Machine » d’Out Of Reach par exemple, ponctuent encore l’album, comme sur celui, très malsain, de « Singularity ». Mais les Limougeauds ont fait le choix d’une seconde partie d’album beaucoup plus calme, laissant place à une certaine mélancolie, au détriment de l’énergie initialement vue avec les titres du début. Comme pour mettre encore plus en avant leur singularité, d’un groupe qui évolue constamment entre plusieurs horizons. On termine donc l’écoute un peu en roue libre, se laissant aller sur un « Passing by » peut-être dispensable.

S’il possède des arguments irréfutables, tels qu’une très bonne écriture musicale, une exécution sans faille ou une voix par moments désarçonnante de facilité technique, Shift laisse une légère impression de déception par certains détails négligés ou volontairement mis de côté. Rien de rédhibitoire pour autant, et on passera un excellent (court) moment sur des titres tels que « Gemini », l’instrumental « Shift » ou « Open View » qui viendront enrichir la solide discographie du groupe de la Klonoshpère.

Clip vidéo pour la chanson « Singularity » :

Album Shift, sorti le 23 février 2018 via Metal Ville Records. Disponible à l’achat ici



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  • Phil Cumberbatch dit :

    Bonjour, j’ai enfin réussi à vous localiser. Je sais que les mecs sont français. Et la mega batteuse ? Elle a l’air anglaise (je suis né la haut aussi) Renseigenz moi svp.

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