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Interview   

Lizzard : une passion innocente


Lizzard rêve d’un monde artistique libéré de toute contrainte. Un monde où l’artiste n’aurait pas des délais pour créer, où il pourrait se laisser aller en permanence à sa spontanéité. La passion, l’émotion et l’authenticité sont le moteur principal de ce groupe de Limoges, qui semble assumer, voire cultiver une certaine forme de naïveté, ou plutôt d’innocence, voire de pureté, à vous de voir. La formation ne s’engage dans quelque chose que si elle ressent la « flamme », y compris lorsqu’il s’agit d’opportunités purement marketing comme un contrat d’endorsement.

Comme beaucoup de groupes actuels, Lizzard en a marre des albums parfaits et préfère un album où l’on entend l’artiste suer. De là vient cette débordante admiration qu’a Matthieu Ricou (chant) pour les années 90, qui véhiculaient selon lui une puissance et une dynamique qui n’avait pas pour origine un look, un effet de mode, des arrangements superficiels ou massifs, une exécution musicale parfaite, mais bien l’authenticité des musiciens.

Alors, Lizzard, naïfs ou intègres ?

Réécouter l’interview : [audio:interviews/Interview Lizzard.mp3|titles=Interview Lizzard]

« Ce qui manque aujourd’hui aux groupes, c’est cette liberté tout comme le fait de prendre le temps d’être inspiré pour créer la musique quand il le faut. »

Radio Metal : Vous sortez Out of Reach qui est a priori votre premier album…

Matthieu Ricou (chant, guitare) : Oui, c’est notre vrai premier album en six ans d’existence. Nous sommes contents de l’appeler comme ça parce que c’est le vrai projet que l’on avait en tête pour un album. Même si on a sorti un EP qui avait été pas mal diffusé il y a trois ou quatre ans de cela, Out Of Reach est notre véritable premier album et on en est fier.

Comment cela se fait-il que vous ayez attendu six ans pour produire votre album ?

Le groupe Lizzard est vraiment naturel dans le sens où les choses se font comme elles doivent se faire, on ne se pose jamais trop de questions. Quand on a commencé, comme beaucoup de groupes, nous avons fait une démo. On a voulu voir comment l’on pouvait faire et comment ça allait se passer avec les gens mais on ne s’est jamais mis la pression. Les choses arrivent quand elles arrivent, on est assez confiant et on croit un peu au karma. En 2008, on a sorti un EP, on l’a appelé EP parce qu’il n’y avait que six titres mais il contenait quarante cinq minutes de musique. Le format était celui d’un album mais il n’y avait que six titres. D’ailleurs, il y avait une sorte de concept autour de ces six titres-là. Ainsi même s’il était considéré comme un EP, nous l’avons pris pour un album. Pour Out of Reach, on a voulu aller voir ailleurs, par conséquent les formats sont différents, les morceaux sont un peu différents aussi et il contient une dizaine de morceaux alors on l’a appelé album. Nous travaillons avec la Klonosphere. Pour nous, que l’on fasse un album ou une démo, c’est exactement pareil, on est dans le même état d’esprit. Ce sont seulement les gens ou la presse qui catégorisent les formats.

Le temps ne vous a-t-il pas paru long entre votre EP et cet album ?

Non, parce que nous avons beaucoup travaillé, même si peu de gens étaient au courant de ce que l’on faisait. Quand on a sorti l’EP en 2008, nous avons fait une tournée l’année d’après. Une fois la tournée terminée, nous avons voulu nous remettre au travail mais on a choisi de prendre notre temps sur quoi faire et comment faire. Nous avons voulu explorer pas mal de choses. Sur les tournées nous avons rencontré beaucoup de gens. Nous ne nous sommes pas mis de pression parce que l’on n’en avait pas et on part toujours du principe que l’on n’en a pas. Nous avons la pression d’un point de vue artistique mais on ne se la met pas sur le fait de sortir des choses en temps et en heure. On trouve que ce qui manque aujourd’hui aux groupes c’est cette liberté tout comme le fait de prendre le temps d’être inspiré pour créer la musique quand il le faut. Pour nous, le temps a même été très court car il s’est vraiment passé plein de choses aussi bien d’un point de vue privé qu’artistique. L’album Out of Reach est sorti en octobre 2012 mais cela faisait déjà un an qu’il était prêt.

« Dès que l’on arrive dans la réflexion, on essaie d’arrêter nos cerveaux pour que ça soit le cœur qui parle. »

Pour quelles raisons avez-vous mis un an pour le sortir ?

Quand nous sommes partis enregistrer l’album, c’était pour répondre à une opportunité qui s’était présentée, on n’a pas réfléchi. Une fois rentrés de l’enregistrement, on a commencé à réfléchir sur ce qu’on voulait en faire, comment on allait le sortir et comment on voulait le montrer aux gens. Il a fallu trouver les bons moyens et cela ne veut pas dire trouver le premier venu mais vraiment trouver les moyens qui nous touchent. Nous avons voulu prendre le temps de trouver les bonnes personnes avec qui travailler pour cet album. Nous avons réagi comme ça à chaque fois. Que ce soit pour Rhys Fulber, le producteur ou le reste, on aime bien travailler avec des personnes avec qui l’on partage quelque chose, avec qui nous avons des atomes crochus afin d’être certains de pouvoir parler franchement et de travailler correctement. Nous avons mis un an pour cet album parce que l’on a cherché plein de labels ou de partenaires avec qui travailler. Il s’est avéré que notre choix s’est porté sur la Klonosphere. Nous avons vraiment accroché avec Guillaume Bernard mais il a fallu un an pour que les choses se fassent. Le temps de gestation de l’album, c’est-à-dire entre le moment où il a existé et sa sortie, nous a paru long. C’était un an sans pouvoir être créatif, ni constructif, donc, là, ça nous a paru long.

Tu disais précédemment qu’il fallait que vous trouviez les bonnes personnes pour travailler sur cet album. Qui sont ces personnes qui ont été apparemment si déterminantes pour l’album ?

C’est d’abord Rhys Fulber, le producteur avec qui l’on avait travaillé en 2008 pour l’EP. Il était déterminant dans le sens où c’est un mec qui connaît exactement ce que l’on fait : il connaît le groupe, il sait dans quel était d’esprit nous sommes et il nous soutient depuis le départ. Quand on lui a présenté l’album, il a été l’une des premières personnes à vouloir le faire et il nous a directement dit que ça serait lui qui s’en chargerait. C’était extrêmement motivant pour nous, ça voulait dire aussi qu’il devait bien aimer les morceaux, on était content. On a aussi reçu le soutien de Carmine Appice avec qui on a pas mal de contacts depuis maintenant quelques années. Pour nous c’est un peu une légende dans le monde de la batterie et du rock, c’est un mec qui était là dès le départ, ce sont des mecs qui ont influencé John Bonham, etc. et c’est un peu le papa du groupe. Il est toujours là, on parle de musique, on s’éclate vraiment et on partage beaucoup de choses. En ce qui concerne la sortie, l’équipe Klonosphere est vraiment super. Ils font partie pour nous des rares personnes encore motivées et passionnées par la musique et tout ce qui va avec.

Rhys Fulber est très connu dans le milieu industriel pour avoir notamment travaillé sur l’un des plus grands albums de Front Line Assembly : Millenium. Ce choix semble assez étonnant pour vous qui êtes plus un groupe de grunge orienté années 90. Pourquoi avoir fait ce choix ?

On connaissait les groupes de Rhys. Il a travaillé avec des groupes allant de Fear Factory à Paradise Lost dans le rock mais aussi avec Front Line Assembly sur l’aspect musique industrielle, un peu électro, c’est aussi la musique que l’on écoute. Il s’agît de nouveau d’une question d’opportunité : quand l’opportunité s’est présentée, on était assez ouverts sur l’idée. On s’est dit que ça serait super. Nous sommes typés grunge-rock, alors bosser avec quelqu’un qui a une autre façon de faire, une autre façon de voir les choses et une autre façon de manipuler la musique ne peut qu’apporter un plus plutôt que de faire quelque chose hors sujet. C’est un mec très ouvert qui ne demande qu’à faire aussi autre chose. Aujourd’hui, il produit plein de trucs différents mais comme il l’a dit : pour lui c’est également une opportunité de faire autre chose, de pouvoir avancer, de tester autre chose. Je pense que c’est important de faire ça. Que tu sois producteur ou dans un groupe, il ne faut pas avoir peur de ne pas avoir de barrières ni de limites et de pouvoir encore mélanger les choses. Naturellement, il est nécessaire qu’il y ait le bon feeling dès le départ. Dans notre esprit, cela n’a jamais été le coup du crédit qui marque, c’est une question d’opportunité et c’est peut être pour ça que les choses mettent du temps avec nous. On ne pense pas à ces trucs là. Il y a une vie de groupe, on est tous les trois, on bosse sur notre musique, on s’éclate à faire ce que l’on fait et les opportunités arrivent quand elles doivent arriver. Cela nous semble bizarre de nous poser toutes ces questions. Le coup de Rhys a été un choix parce que c’est une opportunité qui nous a plu, qui nous a parlé, notre cœur a fait « boum », donc on a foncé. Il en a été de même pour la Klonosphere, c’est le cœur qui a parlé. On réfléchit comme tout le monde mais dès que l’on commence à trop réfléchir ça nous gave. On se dit que si l’on réfléchit trop c’est que ça ne vaut pas le coup. Les choses se font par coup de cœur.

« D’un point de vue créatif ou artistique, que cela soit humainement ou matériellement parlant, il faut qu’il y ait de l’émotion dans l’histoire, peu importe laquelle mais il en faut une. »

Un mec qui a autant mis les mains dans l’électronique et l’industriel n’est-il pas forcément un bon producteur ? Il s’agît d’un véritable travail sur les sons, cela demande une certaine maîtrise des outils.

Pour cet album, nous n’avons pas du tout travaillé de cette manière-là. Les prises sont des prises live, il n’y a, par exemple, pas d’overdubs de batterie. Sur cet album, les prises de batterie ont seulement été faites en quatre heures et demie et c’était terminé. Sur l’aspect son, ce sont des sons à la prise. On a vraiment travaillé à la sauce rock’n’roll et ça a éclaté Rhys parce que c’est quelque chose qu’il fait rarement. Beaucoup de gens l’appellent justement pour travailler l’aspect électro ou l’aspect indus voire même pop. Dans le cas présent il s’est prêté au jeu de dire « on appuie sur record, on envoie et on voit ce que ça donne ». Là où c’est un bon producteur, c’est qu’il est capable de dire : « Cette prise-là est pas mal mais tu pourrais faire mieux, tu as plus à dire alors envoie ». Pour nous c’est un super producteur parce qu’il a entendu notre musique comme on voulait qu’il l’entende et il n’y a pas touché. En revanche, il nous a vraiment poussé à bout dans le sens où, sur le temps des prises et sur le temps de l’expression, il a le pouvoir de tirer le meilleur de nous.

En dehors de la Klonosphere, avez-vous reçu d’autres propositions ?

Oui, mais dès que l’on arrive dans la réflexion, on essaie d’arrêter nos cerveaux pour que ça soit le cœur qui parle. On a eu de super propositions avec des personnes qui voulaient vraiment nous aider mais, dans le déroulement, Guillaume est arrivé et là on s’est senti motivés. Je ne sais pas comment l’expliquer mais c’était à l’instinct, c’est le cœur qui a parlé. Quand on a eu Guillaume, que l’on a vu combien il était motivé, c’était un vrai coup de cœur. Tu rencontres des gens, tu t’entends bien et au bout d’un moment, dans le lot, tu vois une minette qui t’arrête sans que tu ne saches pourquoi, tu as dis deux mots et tu ne sais pas pourquoi, tu vas vers elle. C’est comme ça que l’on fonctionne et que les choses se sont faites. On a eu plein de propositions mais Guillaume a dit deux ou trois mots et il a été l’un des premiers voire le seul à nous dire : « On se voit les gars, on se donne rendez-vous autour d’une table et on en parle ».

« Il y avait un son qui pour nous est irremplaçable, il y avait encore de la dynamique dans cette putain de musique, on sentait encore les mecs jouer, il y avait de la couleur. C’était puissant. »

Tu nous disais hors-antenne qu’en écoutant simplement la musique d’un groupe on pouvait voir s’ils étaient ou non passionnés…

Avec le groupe, nous avons la naïveté de croire qu’à travers ce qu’un groupe va jouer et à travers la musique qu’il va faire tu pourra sentir s’il est ou non passionné. Cela touche tous les domaines, il faut être ouvert à l’aspect émotionnel. Si tu es assez sensible, tu peux le voir, ça s’entend si un groupe est sincère dans ce qu’il fait ou non. Les gens avec qui nous travaillons, que l’on côtoie et avec qui l’on vit les choses, c’est, à la base, par passion. Ces gens-là nous disent la même chose, ils sont encore là et ils font les choses parce qu’il y a la passion. Quand tu es vraiment amoureux, tu l’es pour de vrai, ça se voit, ça s’entend, ça se sent, ça coule dans tes veines. C’est une valeur sûre et dure pour nous. Peu importe ce qui nous arrivera demain avec Lizzard ou avec les autres personnes avec qui l’on travaillera, s’il y a la passion ça ne pourra qu’aller de l’avant et on sera heureux avec ce que l’on fait. On pourra toujours se regarder dans la glace en se disant : « c’est vrai ce que l’on fait », on ne se ment pas à nous-mêmes comme cela arrive beaucoup dans ce milieu, c’est dommage.

Vous donnez l’impression qu’il doit forcément y avoir une passion pour ce que vous faites ainsi qu’une certaine forme d’intégrité qui fait que vous ne pourriez pas faire n’importe quoi.

Exactement. Il faut que l’on sente qu’il y ait quelque chose de vrai dans l’histoire. En ce qui concerne, par exemple, les endorsements d’instruments : Katy est endorsée avec du matériel de batterie, moi, je vais être endorsé par Lâg, mais ce ne sont pas des plans promos. Certes, c’est une opportunité pour que tout le monde soit content et qu’on se soutienne mais c’est arrivé parce qu’humainement il y a quelque chose, on croit en ça. Pour nous, c’est ça, vivre les choses. D’un point de vue créatif ou artistique, que cela soit humainement ou matériellement parlant, il faut qu’il y ait de l’émotion dans l’histoire, peu importe laquelle mais il en faut une. Nous sommes, de ce point de vue-là, sur la bonne vibe, ça nous fait plaisir, on sent que c’est le cœur qui parle et qu’il nous dit ce dont il a envie. On y croit et c’est comme ça que le groupe s’est créé : on s’est rencontré tous les trois alors que William et Katy jouaient depuis des années avec un autre groupe, c’était un coup de cœur. Humainement, musicalement, un truc s’est passé. Ce groupe est destiné à marcher comme ça. C’est indéfinissable.

Dans ce milieu du metal, tout ce qui a un rapport à l’argent est mal vu. Dès qu’il y a des histoires de partenariat cela à tendance à irriter les gens, à les gêner, à faire qu’ils vont s’imaginer des théories du complot sur le grand capital qui contrôle tout alors que ça n’est pas toujours le cas…

J’ai même envie de dire que c’est l’inverse. Il y a peut-être des cas où c’est effectivement une certaine théorie du complot, où tu sens que ce sont des plans malsains, on sait qu’il y en a mais il y a aussi du bon. Il ne faut pas tout mélanger. Demain je vais me pointer avec une Lâg sur scène, viens me voir, tu vas voir que je bande sur cette guitare quand je la joue. Tu vas le voir, c’est obligé. Que tu aimes ou non ce que je joue, tu verras que je prends mon pied. Il en est de même pour Katy, quand elle tape sur ses fûts et sur ses peaux, tu vois que la nana elle adore ça, elle adore faire vibrer ses fûts. On ne fait pas semblant. A l’inverse, quand on a des problèmes sur scène et que l’on n’est pas content, ça se voit aussi très vite. Je suppose qu’il y a des mecs qui vont afficher des stickers et autres pour vanter tel ou tel produit, mais que si tu leurs mets une gamelle ou une patate dans la main ils sentiront la même chose. Je pense que la musique et le milieu artistique en général sont faits pour créer des opportunités, pour créer des choses. Cela va dans tous les sens et c’est soit ton cœur qui fait pencher la balance, soit ton cul, c’est à toi de faire ton choix. Nous avons choisi d’écouter notre cœur pour faire pencher la balance. Alors parfois c’est un peu plus long, il y a un peu plus de compromis, mais, au final, c’est ce qui vaut le coup sur le long terme. Nous sommes contents avec ça.

Tu crois à la victoire de la passion dans le business de la musique ?

Oui. Pour moi, un vrai groupe, et peu importe le temps qu’il dure, est un groupe qui me plaît et ce peu importe le style de musique. A l’origine, je viens du jazz. J’ai été guitariste de jazz pendant des années et je finis par faire un groupe de rock grungy et à gueuler dans un micro. Quand il y a de l’émotion, cela se sent et si l’émotion te parle, que tu as besoin de ça et que tu connais cette émotion, c’est gagné. Sur l’EP intitulé Venus, nous chantions en français, il y avait six morceaux, quarante-cinq minutes de musique, c’était tout un trip. C’était planant et aquatique. Out Of Reach est un autre délire. Le prochain sera encore différent. Cependant, on espère que les gens, peu importe la phase artistique du groupe, reconnaissent le groupe pour son aspect passionnel, pour ce qu’il fait et non pour autre chose, pas pour son étiquette, pas pour son son, pas pour sa marque de gratte ou pas pour sa petite barbichette qu’il va laisser pousser le matin. Je crois à tout ça et j’y crois surtout parce que c’est quelque chose que je vois de moins en moins dans ce milieu alors rien que pour ça, ça me plaît d’y croire.

A l’écoute de l’album, on perçoit un côté un peu « enfants des années 90 », on entend également au niveau de certaines esthétiques une influence de Tool. Ressentez-vous quelque chose de particulier pour les années 90 ? Est-ce quelque chose qui vous tient à cœur ?

Cela nous tient à cœur mais je pense que c’est inconscient dans le sens où on a grandi là-dedans. Nous appartenons à cette génération. On déteste les années quatre-vingt, on est fan des années 60, 70 et 90. Pourquoi les années 90 ? Pour tout ce qui était rock ! Pour nous, c’était les meilleures années, il y a tellement de bons groupes qui sont sortis, ça allait dans tous les sens. Il y avait un son qui, pour nous, est irremplaçable. Il y avait encore de la dynamique dans cette putain de musique, on sentait encore les mecs jouer, il y avait de la couleur. C’était puissant, il y avait beaucoup de groupes qui étaient véritablement passionnés par ce qu’ils faisaient. Des groupes comme Nirvana, Soundgarden, même Metallica ne faisaient pas semblant, ils jouaient ce qu’ils avaient sur le cœur. Pour moi, Metallica avec le Black Album était encore là. Les années 90 sont les années passionnelles sur l’aspect rock/ metal, il y avait vraiment quelque chose. Je pense qu’inconsciemment, comme on a grandi là-dedans, nous y sommes attachés.

Penses-tu que les années 90 ont retrouvé une certaine authenticité qu’il y avait dans les années soixante dix et qui s’est un peu effacée face au superficiel des années quatre-vingt ?

Oui, j’y crois. On parle souvent de cycle dans la vie et pour moi il y en a partout. Il y a eu l’époque des années 60-70 où il y a eu de tout dans la créativité et dans tous les sens. Dans les années 80, ça allait tellement loin que ça en est devenu n’importe quoi. Et enfin, dans les années 90, c’est comme si les gens s’étaient réveillés en essayant de créer quelque chose tout en sachant ce qu’ils faisaient, en en ayant conscience. Il y a donc eu ce cycle « prise de risques- on fait n’importe quoi – maintenant on s’en sert ». C’est comme l’histoire de l’Homme quand il a connu le feu, le jour où il a connu le feu, ce con le foutait partout jusqu’au jour où il a compris que cela pouvait être autre chose que ça. Le feu peut détruire mais il peut aussi nous faire vivre. Il a fallu qu’il l’amadoue et pour moi c’est un peu ça. Dans les années 90, l’homme a appris à amadouer le côté passionnel, le son et en a fait quelque chose de concret.

« Je pense qu’il y a une réelle prise de conscience qui s’opère dans le milieu rock. De plus en plus de mecs se disent : ‘C’est bon, envoie le ton truc, vas-y, sue, qu’on te sente jouer’. »

Dans cette dimension cyclique que tu décris, penses-tu que nous sommes actuellement en train de retrouver ça ? Les années 2000 ont été une sorte de course à la perfection musicale à travers des albums surproduits, de groupes qui jouent mieux qu’avant mais de manière extrêmement froide. Les années 2010 semblent êtres celles où l’on va retrouver une certaine forme d’authenticité grâce à des groupes qui en ont marre de ces grosses productions et qui souhaitent revenir à quelque chose de plus direct et de plus humain, quitte à laisser quelques erreurs dans leurs enregistrements.

J’y crois à ça. On côtoie de plus en plus de groupes dans tous les styles et il y a une sorte de conscience collective où les mecs se disent : « OK, t’appuies sur play, boum ça t’arrache la tête trois secondes, cool… ». Cela m’arrache la tête au point d’éteindre le disque au bout de dix secondes. C’est super frustrant sur un disque. A l’inverse, tu mets un disque, ça commence, tu prends le temps d’écouter et tu finis par écouter le disque en entier parce que tu es embarqué et que tu sens l’aspect charnel du mec qui est derrière son instrument, et sans parler de grosses productions, car je pense aux moyens.

Je parlais plutôt des productions qui auraient tendance à tout recaler en studio pour que l’interprétation soit la plus parfaite possible.

Dans ces cas-là, tout est édité et ce sont des machines qui jouent. C’est toi qui fait le son mais c’est la machine qui te cale ça où il faut alors que le but de la musique c’est nous, c’est ton groove à toi, c’est la façon dont tu respires, comment tu sens les choses, la façon dont tu frappes… Je pense qu’il y a une réelle prise de conscience qui s’opère dans le milieu rock. De plus en plus de mecs se disent : « C’est bon, envoie-le ton truc, vas-y, sue, qu’on te sente jouer ». Je pense que c’est cool parce qu’il y a aujourd’hui les moyens techniques et technologiques qui peuvent nous permettre d’améliorer le son, de pouvoir aller plus loin dans l’aspect inter-dimensionnel du son. Aujourd’hui, on va dans le son 3D et c’est cool, mais ça le sera encore plus quand ce son sera vrai, où tu sentiras les mecs jouer, où tu auras l’impression que les mecs sont à côté de toi en train d’envoyer comme des tarabustes. On retourne un peu au vrai, je le sens, en tout cas, quoiqu’il arrive, c’est là où nous allons avec Lizzard.

Que peux-tu dire sur le titre « Twisted Machine » ?

On aime beaucoup ce morceau parce qu’il y a un côté où ça ne respire pas. On a fait un concert hier, on en refait un demain, et c’est vraiment le genre de morceaux où on s’éclate sur scène parce qu’on a vraiment la tête dans le guidon et on aime ça.

Que peux tu nous dire du titre « Backslide » ?

C’est un intermède instrumental à « Fakeworld ». L’expression « backslide » signifie en anglais un retour aux sources, l’idée de faire un pas en arrière comme si tu mettais un vinyl que tu passais à l’envers. Pour nous, c’est assez puissant parce qu’il y a ce côté « on arrive de quelque part » et il ne faut jamais oublier d’où l’on vient.

Le titre de l’album « Out of Reach » (NDLR : hors de portée ) peut évoquer quelque chose de très positif sur l’idée de rêves mais peut aussi être perçu de manière négative pour le côté inaccessible. Quelle est la signification ? Ne serait-ce pas un peu les deux ?

L’effet que crée le disque ou le titre, c’est exactement ça, c’est cette ambiguïté. On a voulu évoquer ça parce que l’on dit les choses dans nos morceaux, on a des textes et on essaie de faire passer un message, même si l’on sait que ça n’est jamais perçu à cent pour cent. On pousse les choses du bon côté, on est un groupe assez positif et optimiste dans le sens où le message du disque est de sortir ce qu’il y a de meilleur en soi, de toujours aller pour le mieux. Le mieux, ce n’est pas avec l’ego mais avec le côté humain, le vrai. Le titre « Out of Reach » veut dire que l’on n’en est pas là, pas encore, alors quand est-ce qu’on y sera ?

Avez-vous des dates de concerts de prévues ?

On avait une dizaine de dates sur la rentrée. On a joué à Tulles, on va jouer avec 7 Weeks à Limoges, on va enchaîner à Orléans et Paris fin novembre, on descend sur Montpellier en décembre. On travaille actuellement pour caler une tournée en février-mars [NDLR : c’est depuis chose faite : en première partie de High On Fire, avec Jumping Jack]. C’est assez compliqué car cela demande beaucoup de boulot. En outre, nous nous occupons nous-mêmes de l’aspect tournée mais c’est maintenant en bonne voie pour organiser la vraie tournée de l’album.

Tu parlais de 7 Weeks et c’est vrai que c’est une association de groupes plutôt logique.

On se connaît très bien car on a commencé les deux groupes presque en même temps. Ce sont de super potes, ils sont venus nous voir en concert, on est aussi du même coin… On ne fait pas tout à fait le même style musical, artistiquement on n’est pas trop dans le même délire mais on est fan des mêmes groupes, on a les mêmes ressentis. 7 Weeks est un vrai groupe, ils aiment bien le côté « c’est nous qui jouons » et quand ils en mettent une, tu le sens passer. On s’éclate bien.

On sent la même passion dans les deux groupes.

Exactement. Donc si vous ne savez pas quoi faire venez à Limoges, il y aura 7 Weeks, Lizzard et même Reuno de Lofofora.

Il s’en passe des choses à Limoges…

De plus en plus ! Il y a énormément de groupes, les gens sont motivés, il y a de plus en plus de monde et même si cette région est un peu paumée il y a vraiment de quoi faire. Il y a une sorte de bouillon créatif en ce moment et on est super content.

Souhaites-tu ajouter une dernière chose ?

Je souhaites vous féliciter pour votre projet Radio Metal. On vous connaît depuis l’époque de l’EP et vous êtes bien présents à tous les niveaux et c’est vraiment classe ! On est content de vous connaître et que vous soyez là. Alors bravo ! Soyez passionnés, vivez pour votre passion, ne vivez pas pour le reste, c’est de la merde. Vivez pour votre passion, vous n’êtes vivants que pour ça et c’est cool !

Interview réalisée par téléphone le 1er novembre 2012 dans l’émission Anarchy X
Transcription : Isa

Site internet officiel de Lizzard : www.lizzard.fr



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  • A la lecture de cette interview, j’ai la sensation que le gars est effectivement très naïf. Il doit être l’une des rares personnes au monde à être nostalgique des 90’s. Soit il a une vision trop idyllique et érronée des 90’s, soit il a la mémoire courte et sélective. Je me permets donc de lui rappeler certaines choses sur cette décennie:
    – Premièrement, le grunge, genre auquel il semble ne trouver que des vertus, a eu une durée éphémère, la quasi-totalité de ses représentants ayant disparu en 1998. Le genre a été récupéré encore plus rapidement que le hair-metal ne l’a été dans les 80’s. Sans compter que bon nombre de musiciens ayant officié dans des groupes de grunge et de rock alternatif à l’époque étaient initialement issus de formations glam ou même hard FM, ce qui est assez ironique. Je ne deteste pas le grunge, mais aujourd’hui, avec du recul, force est de constater que ça a vieilli très rapidement, un peu comme le disco à la fin des 70’s. Les meilleurs groupes de la décennie se trouvaient plutôt en Europe et n’ont eu, au mieux, qu’un succès d’estime.
    – Deuxièmement, la plupart des groupes et artistes qui ont animé les 90’s et eu du succès se sont mis à faire exactement ce qu’ils reprochaient à ceux qui avaient eu du succès dans les 80’s: copiner avec le système, faire la promotion de leurs albums ou videos dans les médias dominants, s’afficher aux MTV Awards en frimant, voyager en limousines, jet-privés, loger dans des hotels 5 étoiles, etc… A la fin de la décennie, tous ces gens se sont retrouvés dans une situation plus qu’embarrassante car en contradiction totale avec ce qu’ils pronaient au départ.
    – Troisièmement, c’est assez drôle de le voir décrire les 90’s comme un retour à l’authenticité, alors que cette décennie a vu les grosses majors se mettre à miser sur le court terme en mettant l’accent sur les produits en plastique, avec en point d’orgue l’avènement du phénomène boys-band à son paroxysme (des ventes d’albums atteignant des chiffres records ahurissants, on ne voyait quasiment que ça sur MTV à la fin de la décennie). Par ailleurs, je lui rappellerai que les 90’s ont été l’âge d’or des one-hit-wonders (Nirvana en faisait d’ailleurs partie): durant cette décennie, il y en a eu plus que dans les 50’s, 60’s, 70’s et 80’s réunies (véridique: il suffit de jeter un oeil dans les archives du Billboard). Sans parler de certains représentants du rap qui passaient leur temps à s’entre-tuer, des compilations dance qui inondaient le marché, du concept de la télé-réalité qui s’est développé à cette époque…

    D’ailleurs, aujourd’hui, il y a des signes qui ne trompent pas: la plupart des têtes d’affiche dans les Festivals sont des groupes issus des 70’s et 80’s, alors qu’on peut à peine compter sur les 5 doigts de la main les groupes 90’s capables d’être headliners. Il a beau avoir une opinion négative des 80’s, la plupart de représentants de cette décennie sont toujours en activité de nos jours, certains d’entre eux ayant repris du poil de la bête, ce qui est nettement moins le cas des artistes issus des 90’s. On peut voir aussi que, à l’exception d’Alice In Chains, toutes les tentatives de come-back des groupes des 90’s se sont soldées par un echec (les Smashing Pumpkins et Soundgarden sont des exemples flagrants). On constate également que parmi tous les groupes récents apparus dans la scène metal en Europe et en Amerique Latine, il n’y en a quasiment aucun qui se dit influencé par le grunge ou le néo-metal.

    Le résultat est là, sans appel. D’ailleurs, je connais beaucoup de personnes qui ont aimé les 90’s à l’époque et qui, aujourd’hui, avec du recul, ont un regard plus critique, plus négatif sur cette décennie. Même les médias regardent désormais les 90’s avec moins de considération, plus de mépris.

    J’ai été adolescent durant la première moitié des 90’s, fait mes premiers pas d’adulte dans la seconde moitié de cette décennie, mais je ne regrette absolument pas cette époque durant laquelle je me suis finalement pas mal emmerdé (même si j’ai fait mes premiers pas dans le metal en 1991/92). Donc, pour ma part, pas de nostalgie, et encore moins d’indulgence vis-à-vis des 90’s.

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  • Pour les avoir vu en première partie de Fishbonne lors de leur passage à la Souterraine, j’peux vous dire que ce power trio de ouf est excellent !!!
    Pour les fans de A Perfect Circle, ou encore Tool, vous pouvez qu’aimez !!
    Et en plus, ils ont fait la première partie de Carmine Appice … c’est pas de la nioniote !
    J’écoute souvent leur album dont je ne me lasse pas !

    Et puis un groupe de Limoges, je soutiens forcément !!! ;P

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  • Hello.

    Honnêtement, j’ai essayé d’écouter ce groupe mais je n’ai pas trouvé le petit quelque chose de spécial que tout le monde me disait avoir détecté chez lui. Personnellement, je ne suis pas fan. Mais bon, les goûts et les couleurs, on n’en parle pas comme vous le savez déjà 😉

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  • Je viens de Limoges, donc je connais très bien le groupe. Je les ai vu plusieurs fois en concert et c’est juste de la tuerie!!!
    C’est vraiment un groupe à connaître car ils en vaillent vraiment le détour!! A écouter d’urgence pour ceux qui ne les connaissent pas encore!!

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  • Podcast de l’interview disponible. Bonne réécoute !

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  • Trashwinkle dit :

    Un groupe qui mérite vraiment à être connu, Out Of Reach est une sacrée tuerie…

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    kamikasy

    Tout à fait d’accord…Pour un trio ça fait trés peur!!

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    Mass Hysteria @ Transbordeur
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