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Interview   

Lofofora à l’état brut


Dans « Vanité », il y a « vain ». Et c’est le sens premier des tableaux que l’on appelle Vanités, pointant la vacuité de l’existence humaine et appelant à faire plutôt preuve d’humilité. Pourtant, l’usage le plus courant du nom est plutôt synonyme d’ego et de fierté. Ironique, non ?

Après trois décennies, Lofofora continue de rassembler et d’inspirer le public. Le succès du projet aurait pu pousser le groupe à la vanité, justement. Ils pourraient même jouer la carte de la fausse modestie qu’on n’y verrait que du feu. Ils ne seraient pas les premiers artistes à essayer de convaincre leur audience qu’ils sont « restés simples ». Mais le chanteur Reuno ne laisse aucune place au doute. Malgré son discours parfois engagé et son succès, « Lofo » n’a jamais eu pour but de changer le monde ou de le conquérir. S’il peut être fier, il est avant tout reconnaissant. Et Reuno, on le croit sans problème, compte tenu de son franc-parler : il n’hésite pas à être sévère envers ses collègues de la scène française mais applique aussi avec humilité cette sévérité à son propre travail.

Entretien riche, cash et sans langue de bois avec un punk, un vrai, aux tout juste trente années de carrière (mais, s’il revient volontiers sur le passé, ne lui parlez pas d’anniversaire ou de nostalgie…), prônant une sincérité extrême dans la vie comme dans son travail, passionné d’art brut et qui nous en livre sa version avec ce nouvel album Vanités.

« Nous étions encore au Hellfest cette année. C’est cool ce grand rassemblement de Bisounours, mais tu vois, il y a une espèce d’agressivité, de violence dans la musique, mais en fait, il n’y a que dalle derrière. C’est que du flan. Ce sont des effets spéciaux comme dans un film américain. Car cette énergie, cette violence, ça se transforme en quoi, finalement ? Je suis plus punk que metalleux, c’est peut-être pour ça aussi. »

Radio Metal : La dernière fois que nous nous sommes parlé, c’était pour la sortie de Simple Appareil, l’album acoustique de Lofofora. Peux-tu revenir sur les retours et le bilan que tu tires de cette expérience acoustique ?

Reuno Wangermez (chant) : Ce n’était pas évident parce que pour pas mal de gens de notre public, ce n’était pas concevable d’imaginer Lofofora avec un son de guitare acoustique, donc il y en a plein qui n’ont même pas eu envie d’écouter et d’autres qui n’ont pas été séduits par l’histoire. C’était un peu une expérience, une envie d’essayer quelque chose de différent, nous avons essayé et ça ne nous a pas forcément été profitable [petits rires], mais en tout cas, au niveau de l’expérience et artistiquement, je pense que finalement, ça l’a été, puisque ça nous a permis de concevoir la musique et la composition d’une manière différente qui nous a également servi pour l’album électrique. Après, avec le retour, tu te dis que ce n’est pas évident, quand tu es dans un style pendant très longtemps et que les gens ont eu le temps de te coller une étiquette sur le dos, d’essayer de changer de rayon ; c’est un peu difficile, mine de rien.

Est-ce que ça t’a déçu vis-à-vis de ton public ?

Non. S’il y a quelqu’un qui peut être déçu… C’est nous qui pouvons les décevoir. Le public ne peut pas décevoir les gens qui vont jouer devant eux. C’est plutôt le contraire qui s’opère, donc j’imagine que nous en avons déçu certains [rires].

A l’inverse, est-ce que tu penses que Lofo a gagné un nouveau public grâce Simple Appareil ?

Non, je ne pense pas du tout. Enfin, si, peut-être à travers les gens qui écoutent Lofo depuis longtemps et qui ont du mal à le faire écouter à leurs proches parce qu’ils sont hermétiques au son un peu saturé. Donc, là ils ont pu enfin partager ce qu’ils aiment chez Lofo – enfin, si ce n’est pas que l’énergie mais tout un ensemble de choses – avec des gens qui sont un peu réfractaires au son saturé. Mais à part ceux-là, je ne crois pas trop. Nous ne sommes pas passés en rotation sur France Inter [petits rires].

Lofofora est depuis le début un groupe très tourné sur l’énergie et le côté électrique, donc j’imagine que ça a dû être très différent pour vous de vous produire en acoustique, en termes de jeu de scène, etc.

Oui. Lors des premiers concerts, nous ne savions pas où nous foutre ! Et puis t’es poussé par… Tu vois, nous avons une puissance sonore sur scène que tu ressens physiquement, or là il n’y avait pas ça. Il fallait donner corps à ce disque d’une manière complètement différente. C’est pour ça, d’ailleurs, qu’à la fin, je pense que nous avions hâte de reprendre les choses sérieuses, si je puis m’exprimer ainsi.

Tu dis que Simple Appareil vous a « permis de concevoir la musique et la composition d’une manière différente qui [v]ous a également servi pour l’album électrique ». Tu peux expliquer comment ça a pu vous servir ?

Disons qu’à force de jouer de la musique saturée, mes amis guitariste et bassiste – nous en avons parlé ensemble, ils l’admettent – jouent aussi avec le son. Alors que quand tu te retrouves avec seulement la guitare et plus aucun artifice, des fois tu composes un truc, puis non, ça ne sonne pas, il faut enrichir l’accord, il faut peut-être se creuser un peu plus au niveau des harmonies. Comme les nuances ne vont pas se faire avec le son, pour varier des parties, il faut des parties peut-être plus ouvertes, des choses plus étoffées qui ne se maîtrisent qu’avec l’instrument. Et je pense que cette maîtrise a été gardée avec l’album électrique. Moi, je l’ai senti au niveau de la voix où, d’un seul coup, j’avais plus de place et de possibilités de faire des choses différentes, parce que la musique est plus ouverte, si je puis m’exprimer ainsi – je ne connais pas le terme technique, nous sommes très mauvais en solfège dans Lofo.

Tu penses que vous avez grandi en tant que musiciens suite à ça ?

Oui, c’est clair. Quand il a été question de faire un album acoustique, en même temps que nous composions, il a fallu que les copains apprennent à jouer de ces instruments-là, quasiment. Donc c’est évident que ça a été une manière pour nous de progresser, même à mon niveau pour l’écriture, pour les placements de voix, le fait d’être à poil, il faut assumer ses mots, il faut assumer ses placements de voix, et peut-être que ça m’a aidé. Il n’y avait rien derrière quoi se camoufler. Du coup, c’est dans une position peut-être un peu plus frontale que nous avons abordé cet album électrique, en nous disant : « Bah maintenant, on n’a plus peur de rien. »

« Peut-être que j’ai déjà dû un peu chambrer Niko [Jones, de Tagada Jones] sur ‘Je Suis Démagogie’. Le punk rock, ce n’est pas fait pour apporter des solutions. Dans ‘Anarchy In The UK’, c’est : ‘Je ne sais pas ce que je veux mais je sais que je l’aurais.’ Il se situe là le truc. »

Tu disais que vous aviez « hâte de reprendre les choses sérieuses », et justement, avec Vanités, donc ce nouvel album électrique, vous revenez avec une énergie et une hargne renouvelées. C’était une forme de contre-réaction après Simple Appareil ?

Oui. Je pense que, forcément, il y a eu de ça. En fait, nous ne faisons jamais de briefing avec Lofo quand nous nous remettons à composer, mais même au moment où nous commencions à composer l’album acoustique, notre label nous avait dit : « Ecoutez, on veut bien vous suivre, sortir ce disque acoustique, à condition que dans la foulée, très rapidement après, vous fassiez un album électrique. » Donc nous avons dit : « Allez, tope là. » Et je pense que oui, nous avions envie de revenir à nos premières amours. Pas forcément nos premières amours en tant que Lofofora mais chacun au pourquoi du comment nous aimons la musique un peu virulente, agressive, qui secoue. Donc chacun avec nos personnalités différentes, je pense que nous y avons remis personnellement ce que nous aimions le plus dans la musique qui tarte un peu. Donc Doudou est revenu avec quelques riffs un peu plus thrash. Moi, au niveau des paroles, j’ai voulu me rappeler que j’aimais bien faire que ce ne soit pas tout lisse forcément. Donc c’est en réaction à cette expérience acoustique et puis aussi à la scène française, car même si elle est vivante et qu’elle gigote, tout ce qui est musique punk, metal, etc. c’est quand même hyper consensuel. Ça reste de la musique agressive mais qui ne sort pas d’un certain cadre.

Qu’est-ce que tu veux dire par là ?

Je suis d’une génération où, quand j’étais tout gamin, les groupes punk installés, c’était les Cramps, Devo, les Ramones et des tas d’autres, et entre ces groupes-là, il n’y avait pas énormément de liens musicaux. Le lien était dans la volonté de faire quelque chose de personnel, d’original et d’affirmé à deux cents pour cent. Le punk, ce n’est pas une esthétique. Aujourd’hui, le punk c’est devenu juste une esthétique. C’est avoir un blouson en cuir, une ceinture à clous et faire deux cent soixante-dix bpm sur trois accords, alors qu’en fait, ce n’est pas du tout ça. De toute façon, pour tout, à partir du moment où ça devient une mode, c’est le début de la nécrose. J’ai l’impression que, oui, tout est super codé aujourd’hui. Par exemple, il y a un truc qui m’agace particulièrement : avec tous les groupes maintenant, sur les festivals, tu as des écrans à LED, par exemple. L’écran à LED ça vient d’où à la base ? C’est Madonna, c’est Britney Spears. Ce n’est pas Motörhead, ni même Metallica. Tu vois ce que je veux dire ? Donc on emprunte même aux codes du show-business pour vendre du punk rock. Je trouve ça assez… Bon, après, je ne suis pas du tout un défenseur de chapelle, je n’en ai rien à carrer, personnellement. Je ne vais pas monter une ligue de défense, etc. Je m’en fous, finalement, mais quand j’y pense, ça me fait réagir de voir que même le metal… Nous étions encore au Hellfest cette année. C’est cool ce grand rassemblement de Bisounours, mais tu vois, il y a une espèce d’agressivité, de violence dans la musique, mais en fait, il n’y a que dalle derrière. C’est que du flan. Ce sont des effets spéciaux comme dans un film américain. Car cette énergie, cette violence, ça se transforme en quoi, finalement ? Je suis plus punk que metalleux, c’est peut-être pour ça aussi.

Tu dirais que tout ce que tu dis là s’applique aussi à tes potes de Tagada Jones, par exemple, No One Is Innocent, etc. ?

Mais oui ! Je pense à eux aussi quand je dis ça, bien sûr. Je n’ai pas peur de leur dire en face. Il y a des textes soi-disant engagés, on ne sait pas de quoi parlent les mecs finalement. Ouais, « Mort Aux Cons », on est tous le con d’un autre quand même, à un moment donné.

Tu leur en as parlé ?

Non, parce que nous ne nous sommes pas… Enfin, si, nous nous sommes croisés dernièrement, mais non, ça ne me pose pas de problème de leur en parler. Peut-être que j’ai déjà dû un peu chambrer Niko sur « Je Suis Démagogie ». Le punk rock, ce n’est pas fait pour apporter des solutions. Dans « Anarchy In The UK », « I am an anarchist », c’est : « Je ne sais pas ce que je veux mais je sais que je l’aurais. » Il se situe là le truc. Mais je peux comprendre cette pratique d’être dans un confort, un certain ronron, comme ça. Mais je trouve que tout ça, ça manque quand même… Il n’y a plus aucun punk rockeur aujourd’hui. Même Joey Starr, lui ça fait trente ans qu’il tient le pavé en étant un mec encore un peu scandaleux de temps à autre. Dans le rock, malheureusement, à part Bertrand Cantat, on n’a pas été mieux servis. C’est dommage.

Joey Starr, c’est le dernier punk en France ?

Non, quand même pas, faut pas déconner ! Mais je veux dire comme personnage public, dans le rock on n’a jamais eu ça en France, parce que je pense qu’il n’y pas eu de personnalité forte. Ce n’est quand même pas le mec de Louise Attaque qui va nous retourner un plateau télé [rires]. Ouais, je suis un vieux méchant. Je suis comme ça, je suis un vieux teigneux, mais bon, il en faut. Maintenant que Lemmy est mort, il y a du boulot à prendre [rires]. Moi, j’aime bien me fâcher avec le public, dire des trucs en plein concert où, d’un seul coup, les gens me regardent et se disent : « Ah bah merde, il ne faut pas tout prendre comme parole d’Evangile. » Bah non ! Si on fait du rock, c’est parce qu’on est quand même contre les gourous, contre la fascination du public pour les hommes politiques, pour les icônes de la télévision, pour n’importe quelle star médiatique. Quand on fait du rock, on s’érige contre ça, donc si c’est pour jouer le jeu, c’est un petit peu dommage.

« Ouais, je suis un vieux méchant. Je suis comme ça, je suis un vieux teigneux, mais bon, il en faut. Maintenant que Lemmy est mort, il y a du boulot à prendre [rires]. »

Tu penses que ça touche plus la scène française que la scène internationale ?

Non. Regarde la scène US… Disons que nous sommes quand même dans un pays où on dissocie encore un peu divertissement et culture. C’est un peu un problème, d’ailleurs, en France, parce que là-dessus les Belges s’en sortent vachement mieux, ils n’ont pas de complexe là-dessus pour faire de l’entertainment artistique et de l’art qui divertit. De toute façon, les maîtres du monde en matière de rock n’ roll depuis toujours ce sont les Américains, et leur façon de faire, on la connaît. Après, j’ai quand même l’œil sur tous ces petits groupes qui font des tournées en Europe, aux Etats-Unis dans des caves, puis un jour en première partie de groupes un peu plus importants, tous ces gens qui sont dans les publics de niche, comme on les appelle, tous les post-hardcoreux, etc. Il y a une scène quand même vachement vivace de ce côté-là. Mais quand je parlais de réaction à la scène française, c’est peut-être surtout moi, vis-à-vis de mes paroles. Je suis tombé dedans à quatorze ou quinze ans quand j’ai écouté Metal Urbain. Aujourd’hui, il n’y a pas grand-chose. Si, il y a Schlaasss, Sexy Sushi, des gens comme ça, je les trouve bien plus punk que beaucoup de groupes à guitare, finalement.

Pour revenir à Vanités, une chose que l’on peut remarquer, c’est que cet album semble renouer en partie avec certaines énergies plus anciennes, notamment l’époque du début des années 2000, et même en remontant jusqu’à vos débuts plus fusion sur « Le Venin ». Etait-ce délibéré ?

Non, pas du tout. Comme je te disais, il n’y a pas de briefing avec Lofo, on y va, chacun vient avec ses riffs sous le bras, et quand il y a quelque chose qui plaît à l’ensemble de l’équipe, nous nous mettons tous dessus et chacun y met son grain de sel. Après, il y a deux ou trois compos où ça sonnait différemment, or il y a une espèce de tension que nous avons essayé de garder comme fil conducteur. Au bout d’un moment, c’est un peu moi qui fait le chef d’orchestre dans ces cas-là. Parce qu’avant que les paroles soient toutes écrites, j’ai déjà un peu mes intentions par rapport à ce que pourront devenir les morceaux, et il y avait deux ou trois compos où je n’étais pas du tout persuadé qu’elles aient leur place au sein de cet album, qui nous emmenaient vers d’autres couleurs, qui étaient cool mais… Nous pouvons nous montrer plus atmosphériques, comme nous l’avons déjà fait dans certains morceaux, mais je trouvais que dans ce disque-là, il n’y avait pas forcément la place pour des morceaux un peu plus trippés. Donc il y a quelques intrus qui sont passés à la trappe et sont restés à l’état de brouillon pour le moment parce que dans l’ensemble du reste des titres, elles n’avaient pas vraiment leur place. D’ailleurs, le morceau « La Surface » qui est à la fin, il marche parce qu’il est à la fin, mais il est vraiment dans une autre intention que le reste du disque ; il a un côté un peu plus déconnade, un peu plus relâché, ça fait un bon morceau de fin d’album, genre : « Allez, t’as vu, quand même, on n’est pas des méchants garçons » [rires]. Mais nous avions envie de faire un disque punk, comme ça, avec un fil conducteur qui serait cette espèce d’énergie et cette tension dans le jeu, dans les morceaux, dans le ressenti que nous avons essayé de garder tout au long du disque.

Si ce nouvel album renoue avec le gros son, il y a une petite accalmie folk-blues sur « Les Seigneurs », est-ce un héritage de votre expérience acoustique ?

Non mais de toute façon, ça fait bien longtemps avec Lofo que nous nous sommes dit que nous pouvions tout nous permettre. Tu vois, sur le tout premier album de Lofo, il y a déjà à peu près tous les ingrédients que nous avons utilisés par la suite, et même d’autres que nous n’avons plus souhaité réutiliser. Comme des touches un peu plus reggae et des trucs comme ça, nous avons arrêté ces conneries-là quand même [petits rires], mais sinon il y avait une partie jazz, il y avait un truc un peu plus funk, il y avait un truc plus, pas death metal, mais metal un peu bourrin, etc. Nous nous en cognons. Nous ne nous mettons pas de barrière. Nous ne nous disons pas que ça, nous n’avons pas le droit d’y aller, etc. Au contraire : avant que le terme fusion soit appliqué à cette forme de rock, ce qui nous plaisait, c’était de mélanger différents ingrédients, comme un cuisinier qui essaye de nouvelles recettes. Donc nous continuons à expérimenter dans cet ordre-là, avec quelques recettes que nous connaissons déjà et que nous essayons d’agrémenter différemment aussi.

Vanités est très dynamique, chaque morceau étant, dès la première écoute, facilement identifiable : il y a du punk, du metal, du hardcore, des titres rapides et des titres lents, des passages vraiment agressifs et d’autres très mélodiques, des passages blues, des passages mélancoliques… Et il y a une part d’arrangements qui renforce ce sentiment comme l’intro basse-batterie de « Désastre » ou la partie folk de « Les Seigneurs ». L’an dernier tu nous disais que vous essayiez de ne pas faire deux fois le même album. En fait, on peut même avoir l’impression que vous cherchez à ne pas faire deux fois la même chanson…

Oui. Je crois que nous sommes dans cette démarche. Si nous nous étions dit dès le départ « tiens on fait un groupe de oï, ou un groupe de funk, ou un groupe de black metal », ou quand tu te fixes un style en ligne de mire, il y a des codes à respecter. C’est ce que font la plupart des groupes. Nous, c’est exactement le contraire. C’est pour ça que nous avons voulu monter ce groupe au départ, c’est histoire de chambouler les codes et de ne pas se répéter, ne pas s’ennuyer. Il n’y a rien qui m’emmerderait plus que d’aller faire des concerts en ayant l’impression d’aller au travail et de vivre un jour sans fin. Chaque jour nous allons pouvoir donner aux morceaux même une forme différente, une énergie différente, parce que nous allons nous inspirer de l’énergie du moment, de l’endroit où nous serons, de l’humeur que nous aurons ce jour-là, des tronches que nous aurons face à nous. Evidemment, moi, des fois, j’ai l’impression de réécrire un petit peu la même chanson, alors j’essaye de la réécrire en mieux [rires], parce que c’est un petit peu les mêmes sujets qui nous accaparent, on va dire. Nous n’avons pas l’impression d’inventer la poudre. Des génies qui inventent des trucs en musique, ça n’arrive pas si souvent que ça, et malheureusement, je ne crois pas que nous en fassions partie, mais oui, nous essayons quand même de nous renouveler. Ne serait-ce que par amour de… Tu vois, c’est comme dans un couple, si tu veux : si tu n’as pas envie que ta meuf se fasse chier, tu ne vas pas l’emmener tous les vendredis dans le même restaurant.

« Mon état d’esprit, quand je fais un album de Lofo c’est : il faut mettre de la vérité, il faut mettre de la sincérité là-dedans à bloc, que ça en déborde. Et c’est ça qui fera que ce disque a une raison d’exister […]. Je me dis que si nous n’y mettons pas quelque chose d’essentiel à l’intérieur, autant rester chez nous et faire de la broderie. »

Du coup, comment ça se passe en session d’écriture ? Est-ce que vous jammez, écrivez au kilomètre et faites le tri ensuite ou bien est-ce que, au contraire, vous essayez de définir à l’avance la couleur, l’ambiance, voire même la pulsation d’un titre histoire afin d’éviter de vous répéter ?

C’est souvent soit Daniel [Descieux] ou Phil [Curty] qui arrive avec des bouts de riffs, ou déjà deux ou trois riffs qui s’enchaînent, un squelette de morceau ou un truc comme ça. Et puis après, chacun va essayer d’y mettre sa personnalité. Pas pour y mettre sa personnalité, mais parce que le gars qui arrive avec son riff sous le bras il veut ça aussi, il veut l’interaction des copains, c’est ça qui nous amuse. Et moi-même qui ne joue pas d’instrument, j’écris parfois un petit peu des paroles à ce moment-là, mais je suis aussi là à participer à la compo musicale, à leur chanter des parties : « Tiens ça vous dirait pas si ça faisait comme si, si ça faisait comme ça ? Et le break là, vous ne trouvez pas qu’il vient un peu trop tôt ? » Nous nous y mettons tous comme ça, comme un atelier. Et moi, j’essaye déjà de trouver le son que je pourrais avoir avec la voix, et après j’essaye de trouver les mots et après j’écris le texte. Après, des fois, quand tu es dans une compo, tu es dans une même énergie, donc ça t’arrive… Tu vois, tu places un truc rythmique à un moment, et d’un seul coup, il y en a un qui dit : « Mais ce n’est pas la même figure rythmique qu’on a mise dans le morceau qu’on bossait il y a deux jours ? » Et puis t’es là : « Ah oui, merde. » En même temps, c’est cohérent d’être comme ça, mais sinon, nous y allons quand même beaucoup à l’instinct. Nous essayons déjà d’avoir une vision globale du morceau avant de venir plus dans les détails.

Tu sembles avoir beaucoup donné de ta personne, émotionnellement parlant, sur Vanités. Je pense par exemple lorsque tu dis avec rage « J’en ai pas fini avec toi » à la fin de « Le Refus » pour conclure un passage à la tonalité un peu mélancolique. Dans quel état d’esprit étais-tu en enregistrant cet album, et en particulier ce genre de passage ?

Je crois, comme un petit peu à chaque fois, mon état d’esprit, quand je fais un album de Lofo, c’est : il faut mettre de la vérité, il faut mettre de la sincérité là-dedans à bloc, que ça en déborde. Et c’est ça qui fera que ce disque a une raison d’exister, parce que c’est quand même ça aussi le souci. Je me dis, quand nous allons faire un disque, il faut qu’il y ait une raison pour faire ce disque. Tu ne peux pas faire un disque juste parce que c’est ton métier et que tous les deux ans il faut faire ton petit disque pour aller faire ta petite tournée, ta petite promo et tout ça. J’ai du mal à me résoudre à cette vision des choses et je me dis que si nous n’y mettons pas quelque chose d’essentiel à l’intérieur, autant rester chez nous et faire de la broderie. Je ne le vois pas autrement, et cette énergie-là, elle me tient au vendre depuis que j’ai quinze ans, voire treize ans, quand j’ai écouté mes premiers disques de rock qui m’ont rendu fou. Tu as l’impression d’être connecté au ventre même du mec qui est en train de chanter parfois en écoutant certains disques, tellement le mec essaye de mettre ses tripes à l’air. A mon humble échelle, c’est ce que j’essaye de faire, de mettre tout ce que j’ai de plus sincère. Je n’ai pas forcément besoin de me conditionner dans un état d’esprit.

Je pense que nous sommes des mecs assez sensibles et réactifs au monde qui nous entoure, et le monde qui nous entoure n’est pas hyper confortable. Ce n’est pas un fleuve tranquille sur lequel on navigue, donc c’est normal que par moments il y ait des sautes d’humeur dans une chanson, comme il peut y en avoir dans la vie. Et relater ça le plus fidèlement possible, je pense que c’est ce qui peut rendre notre propos un peu intéressant. Et dans « Le Refus », par exemple, c’est quelqu’un qui s’adresse à sa propre vie : « J’en ai pas fini avec toi. Ma vie reste ici, j’attends encore le soleil. » C’est une chanson d’espoir, une chanson d’amour pour la vie, avec toute la violence que ça peut comporter et engendrer. Quand je dis « j’en ai pas fini avec toi », ça veut dire que je n’ai pas envie que ma vie s’arrête demain, j’ai encore plein de trucs à faire, c’est un peu à ça que je pensais à ce moment-là. Sinon, il ne faut pas le faire à fond : le rock, c’est soit à fond, soit tu appuies sur des samplers, tu fais de l’électro, tu ne transpires pas trop, tout va bien [rires].

Le passage dans « Les Seigneurs » où tu dis « plus besoin d’avoir peur », il y a un côté paradoxal, parce que la façon dont tu le dis fait vraiment peur !

Bien sûr ! Mais moi aussi j’ai peur [petits rires], parce que c’est la peur que j’ai sur ce monde qui se déglingue. L’incapacité de l’être humain à avoir une conscience collective et de se projeter dans l’avenir, c’est quand même archi-flippant. Donc il faut que ça sorte et ça sort dans ces moment-là. Je veux tout donner. Le rock, ça permet ça, donc il ne faut pas le louper, sinon ça pourrit à l’intérieur [rires].

Tu ne te mets pas parfois dans des conditions particulières quand tu enregistres certaines parties de chant ?

Non. Quand j’écris mon texte, je pense déjà à la sonorité que va avoir la voix à ce moment-là. Donc après, tout ça se met bout à bout. Si, peut-être que des fois il y a Phil qui, exprès, me parle de gens que je déteste juste avant une prise pour que je sois bien énervé ; ça lui arrive régulièrement. Mais à part ça, non, je n’ai pas vraiment de rituel, ni de condition d’acteur studio.

« Des fois on a pu me taxer de donneur de leçon, en fait la leçon c’est avant tout à nous que nous nous la donnons, enfin avant tout à moi. Quand j’écris un truc qui paraît un peu tirer les oreilles des autres, c’est avant tout les miennes que je tire. »

L’album s’intitule Vanités. En peinture, une Vanité est une œuvre qui représente la mort, le passage du temps, la vacuité des passions et des activités humaines, et votre artwork y fait directement référence. C’est quoi l’interprétation de Lofofora sur les vanités ?

Il y a plusieurs sens. Il y a du premier et du second degré. Le premier degré, c’est vraiment le sens de la vanité, donc qui est une œuvre d’art, généralement un tableau mais pas que, pour rappeler à l’être humain qu’il est un simple mortel et qu’il faut qu’il arrête de se regarder le nombril. Après, la vanité, à notre époque, prend un certain sens : tu as l’impression que tous les gens avec leur putain de Facebook et d’Instagram, ils se prennent tous pour les Marseillais à Ibiza, c’est d’un pathétique. C’est quand même une forme de vanité, de nombrilisme qui est en train de gangrener un peu cette société qui n’avait pas besoin d’une maladie supplémentaire. Et puis c’est aussi notre vanité, quand tu es sur scène, quand tu t’exposes sous les lumières et que tu as l’impression de détenir un centième de la solution aux problèmes et que tu veux le crier tout haut ; il y a une part de vanité là-dedans. C’est comme d’ailleurs pas mal de textes de Lofo où des fois on a pu me taxer de donneur de leçon, en fait la leçon c’est avant tout à nous que nous nous la donnons, enfin avant tout à moi. Quand j’écris un truc qui paraît un peu tirer les oreilles des autres, c’est avant tout les miennes que je tire. Donc c’est un petit peu tout ça.

Et puis comme d’habitude, même si nous sommes un groupe assez frontal parfois dans notre musique et dans l’expression, nous aimons quand même bien laisser un petit peu de travail à faire à notre public à la maison. C’est une forme de respect aussi, de ne pas leur refiler une barquette surgelée qu’ils n’ont plus qu’à passer au micro-ondes. C’est un peu aux gens de gamberger sur toutes ces notions. Mais dans les vanités… Quand tu avais un guerrier romain qui revenait vainqueur d’une bataille, toute la foule l’acclamait, il y avait un mec qui était là derrière lui pour lui répéter « memento mori », « rappelle-toi que tu vas mourir », donc arrête de te la raconter. Le rock n’ roll ça sert à ça aussi, pour dire aux gens : « Arrêtez de vous prendre au sérieux, arrêtez de croire que ce qu’il y a de plus important c’est de savoir si le mec passe devant toi dans la file sur le périph. » Il y a des gens qui donnent une importance à des choses tellement débiles ! Ils peuvent mettre leur vie en péril pour des conneries comme ça, alors qu’il y a plein de choses intéressantes à faire quand même. Profitez-en les copains ! [Petits rires].

Tu mentionnes Facebook et Instagram, quel est ton rapport aux réseaux sociaux ?

Je n’en ai pas ! L’Instagram de Lofo n’est que dans mon téléphone, donc quand il y a une photo ou une vidéo, c’est moi qui la poste. Instagram, ça me va bien parce qu’il y a très peu de commentaires. Je pense que c’est d’ailleurs le réseau social qui supplante un peu tous les autres aujourd’hui, mais j’y vais très peu, je ne regarde pas ce que font les autres. Et je n’ai pas de Facebook personnel. Je ne vais sur Tweeter que quand je veux écouter les échos de ce que les gens pensent d’un truc politique ou un truc comme ça, mais je m’en détache très vite, parce que ça me fait écrire des chansons comme « Le Venin ». Je ne veux pas rentrer là-dedans. Ce n’est pas du tout la vraie vie. C’est une vie sans odeur, sans saveur, où tes amis, si tu ne veux plus les voir, tu n’as même pas besoin de leur dire, tu as juste besoin de les « déliker », ou je ne sais pas. Et les gens ne sont même pas au courant quand tu le fais ! En plus, dans l’outil – enfin, je parle de Facebook en particulier –, tout est fait pour être un réel faux-cul ! Si tu jettes un de tes amis de ta liste d’amis, le mec ne le sait pas, à moins qu’il vérifie tous les jours. C’est rigolo quand même. Et puis le fait qu’on ne puisse pas mettre un bout de nichon mais qu’on peut mettre des croix gammées à perte de vue, ça me dérange beaucoup, monsieur Zuckerberg [rires]. Franchement, ce n’est pas possible… C’est trop la poubelle du monde, en fait.

Par contre, les gens qui prennent le soin de faire des blogs et tout ça, je vais les voir. Faire un blog par rapport à faire un post, ce n’est quand même pas la même chose. Ça nécessite un autre investissement, les gens réfléchissent un petit peu avant d’écrire. Il y a plein de sujets qui me passionnent, sur l’art, la musique, etc. Je traîne sur des blogs que je ne connais pas, j’essaye d’en découvrir des nouveaux en permanence, j’essaye de découvrir des nouvelles musiques en permanence aussi. Et puis savoir que tu es prisonnier d’un algorithme qui te caresse, encore une fois, dans le sens du poil – parce que c’est vraiment ce qui se passe –, alors là, c’est vraiment… Et puis le rapport est inversé : les gens prennent ça pour un outil alors qu’ils sont tous bénévoles. Je le vois comme ça. Je ne veux pas faire du bénévolat pour Facebook. Il a fallu que nous en ayons un pour le groupe…

Justement, malgré tout, même si on déteste ça, quand on a un groupe, c’est incontournable.

Parce que nous bossons avec un label qui veut vendre des disques et aujourd’hui c’est incontournable, mais quand il a fallu à tout prix en monter un, c’était il y a déjà une dizaine d’années, je pense, nous nous étions rendu compte qu’il y avait un fan qui avait fait une page. Il y avait neuf mille personnes à l’époque dessus. Nous lui avons demandé s’il voulait bien s’occuper de la page. C’est donc lui qui s’en occupe.

« Même si nous sommes un groupe assez frontal parfois dans notre musique et dans l’expression, nous aimons quand même bien laisser un petit peu de travail à faire à notre public à la maison. C’est une forme de respect aussi, de ne pas leur refiler une barquette surgelée qu’ils n’ont plus qu’à passer au micro-ondes. »

Quand on est sur scène, il y a un côté grisant. Même si on est le mec le plus humble du monde, à un moment, forcément on va quand même sentir un peu son ego gonfler. Donc le côté « memento mori » dont tu parlais, est-ce que c’est quelque chose que vous essayez de vous dire aussi, malgré tout ?

Oui, mais je pense que nous sommes suffisamment couillons et suffisamment amis pour que s’il y en a un qui commence à prendre le melon, il y en ait trois qui lui tombent sur le poil dans la seconde qui suit [petits rires]. Je ne pense pas que nous pourrons devenir tous cons exactement en même temps, donc c’est ce qui nous sauve. Et puis, je fais pas mal d’interviews en ce moment, l’album sort dans une semaine, la tournée commence, nous avons déjà quasiment cinquante dates de calées sur cette tournée, et je suis toujours le premier étonné, à me dire : « Putain, ça intéresse encore les gens, ce qu’on fait ! C’est cool ! » Ce n’est pas de la fausse modestie, mais je crois que je garde encore pas mal d’humilité vis-à-vis de ça. Je suis vraiment très reconnaissant. Tu vois, un groupe de rock qui dure trente ans, ça n’existe pas, ou alors c’est U2 et c’est chiant à mourir [rires]. Du coup, j’ai l’impression d’avoir de la chance. Après, nous faisons tout ce que nous pouvons pour faire des choses bien dans nos disques, mais se rendre compte que le disque est attendu, qu’il y a des gens qui ont hâte de nous voir en concert, etc. ça m’étonne toujours et ça me fait super plaisir. Donc je pense que j’ai encore un petit peu de marge avant de me fignoler sur mes propres photos [rires].

Les Vanités sont, par nature, des œuvres cyniques, voire nihilistes. Est-ce que tu partages ce cynisme ?

Non. Ce n’est pas forcément cynique ni forcément nihiliste. Ça peut commencer à l’ironie aussi. Je pense qu’il y a beaucoup d’ironie et de second degré dans ce qu’on appelle une vanité. C’est bien la preuve : ça s’appelle une vanité alors que finalement, c’est pour lutter contre la vanité, quelque part. Le but de ces œuvres, c’est bien ça : c’est pour mettre à mal la vanité, et pourtant ça en porte le nom. Donc je pense que ça démontre qu’il faut prendre ça avec un petit peu de recul aussi. Mais non, nous ne sommes pas des cyniques, et nous ne sommes pas vraiment des nihilistes. Nous sommes pour la plupart des pères de famille, donc ce n’est pas possible [rires].

De manière plus générale, quelle est ta relation à la peinture ?

Tu vois, je suis chez mon papa aujourd’hui en déjeuner famille. Mon père peint. Ce n’est pas son métier, mais c’est sa passion numéro un. A la maison, il y avait quelques encyclopédies sur les peintres et tout. Je me rappelle des mercredis après-midi passés à complètement bugger sur Magritte, par exemple, ou Dalí. Depuis ma plus tendre enfance, ce sont des choses qui m’embarquent vraiment. J’aime beaucoup la peinture surréaliste en général. Par contre, je suis un grand fan de tout ce qui est l’art brut. J’essaye d’aller aux expositions Hey! à Paris régulièrement – c’est le programmateur musical sur France Inter qui s’appelle Djubaka et sa meuf qui ont monté ces expos – et il y a le magazine Raw Vision qui est aussi sur l’art brut. C’est vraiment ce qui me touche le plus dans l’art graphique, pictural, et art plastique en général, ce sont les gens qui s’adonnent à l’art brut, parce que c’est dénué de volonté mercantile, c’est même dénué de volonté de séduction, c’est hors de toute compétition par rapport à d’autres artistes de tel ou tel mouvement, c’est juste un besoin vital pour la plupart des gens qui s’y collent. Ce sont des choses tellement personnelles et tellement puissantes, généralement, qu’on retrouve dans l’art brut… Ça nous ramène à quelque chose d’essentiel, un petit peu. C’est très classe. C’est une des choses qui me touchent le plus en matière d’expression artistique, toutes catégories confondues, je pense.

Tu considères que vous faites de l’art brut avec Lofofora ?

Non, pas vraiment. Nous gambergeons trop pour faire de l’art brut ! Il y a un peu de ça, mais tu sais, les mecs qui font de l’art brut, ce sont des gens qui n’ont pas de vie sociale, qui sont en HP ou qui ont des troubles obsessionnels compulsifs, pour la plupart [rires]. Nous, nous n’avons pas été abandonnés par nos parents, ni violentés, donc non, je ne pense quand même pas que ce soit de l’art brut. Même si le punk rock, c’est quand même une volonté d’aller vers ça.

Tu as des exemples de véritable art brut en musique ?

J’ai vu qu’il y avait un gars à la dernière exposition que j’ai vue, un mec de Chicago qui ne fait que des dessins au feutre, et il ne dessine que la ville de Chicago et des voitures, il n’y a jamais d’être humain ni d’arbre dans ses tableaux, et ce mec a fait partie de différents groupes. Sinon, les Japonais font des trucs un peu comme ça ; je me rappelle, il y avait un mec qui arrivait sur scène avec un bulldozer, il avait détruit la salle de concert : c’est une forme d’art brut quand même ça [rires]. J’ai rencontré un mec assez intéressant qui s’appelle Octopoulpe aussi, il fait de la musique tout seul avec sa batterie, avec des capteurs, il habitait en Corée ces dix dernières années, et peut-être que ça s’en rapproche aussi. Après, peut-être que chacun voit midi à sa porte avec l’art brut. En tableau, j’ai de la chance, il y a des gens qui font des magazines et des expos là-dessus, mais c’est vrai qu’en musique… Bien que si, j’ai entendu parler d’une compile d’art brut qui a été faite de morceaux de trucs faits en HP, etc. Je me demande si ce n’est pas Born Bad qui a sorti un truc comme ça.

Sinon, toi-même, tu t’es déjà essayé à la peinture ?

Oui, un petit peu. Je dessine à la maison. Comme maintenant j’ai une petite fille, nous faisons des dessins ensemble [petits rires]. Mais oui, j’ai peint un petit peu, mais je pense que les mots c’est plus mon domaine de prédilection, plus que les couleurs. Et puis, je n’allais pas attaquer mon père sur son propre domaine et aller foutre la merde dans la famille [rires]. Par contre, je fais un truc que j’adore faire… Je ne suis pas geek, je ne suis pas non plus gamer, mais alors je passe des heures et des heures sur Photoshop à faire des affiches, des visuels pour des copains, pour des groupes, les pochettes de mes autres groupes. Pour Lofo je ne fais rien, mais les pochettes de Madame Robert, Mudweiser, c’est moi qui fais ça. J’ai des potes qui ont une petite salle de concert à Lyon – Le Kraspek Myzik, c’est montée Saint-Sébastien, à la Croix-Rousse, un tout petit truc qui existe depuis une vingtaine d’années maintenant – et c’est moi qui leur fais la plupart de leurs affiches. Donc j’aime bien faire ça, c’est une manière pour moi de m’exprimer de manière picturale.

« Nous sommes suffisamment couillons et suffisamment amis pour que s’il y en a un qui commence à prendre le melon, il y en ait trois qui lui tombent sur le poil dans la seconde qui suit [petits rires]. Je ne pense pas que nous pourrons devenir tous cons exactement en même temps, donc c’est ce qui nous sauve. »

Est-ce que tu te sens comme un peintre avec les mots parfois ?

Oui. Par exemple, je suis un grand fan de Stupeflip, par exemple, et j’adore la formule de King Ju : « Prendre des petits bouts de trucs et puis les assembler ensemble. » Peut-être qu’ils existent ces mecs qui créent une véritable grande œuvre d’art, mais je pense qu’avant tout, ce qu’on fait tous, c’est de prendre des petits bouts de trucs et puis de les assembler ensemble. Donc oui, c’est un petit peu la même chose.

Sur Simple Appareil, c’était Kevin Foley qui assurait la batterie en l’absence de Vincent [Hernault], qui était parti faire un tour du monde à vélo. Avec quoi est-il revenu de ce voyage, qu’a-t-il retenu ?

Il nous en rejoue des scènes [rires], littéralement, des fois tard le soir, je ne sais pas, de ses beuveries en Russie, etc. Vincent, c’est un mec comme ça, il ne va pas te faire un bilan : « Bon, les gars, voilà ce que j’en ai retenu. » Vincent, c’est quelqu’un de beaucoup plus naturel que ça, donc il nous distille ça au fur et à mesure du temps. Il nous raconte des histoires. Il est revenu exactement le même. C’est un peu le problème, quand même… [Rires] C’est toujours un punk calaisien qui aime la bière. C’est ça qui est parti, c’est ça qui est revenu. Même un tour du monde n’y peut rien [petits rires].

Donc ce n’est pas le cliché du gars qui fait le tour du monde, qui découvre, qui revient et qui veut tout changer…

Non, mais figure-toi que ce n’est pas complètement con, ce que tu dis, ou alors je partage la même connerie que toi. Moi, j’imaginais ça, je disais que le mec allait aller jusqu’en Chine, en Inde, etc. et il allait revenir en moine sâdhu en disant : « Non, c’est bon, la musique électrique, très peu pour moi. J’ai compris, j’ai vu la lumière. » Que dalle ! C’est resté complètement le même. Il avait quelques kilos en moins, qu’il a repris assez vite, donc on ne peut pas le confondre [rires].

Niveau batterie, il y a des passages assez techniques dans ce nouvel album…

Oui, je trouve qu’il butte ! Je trouve que le Vinvin, il me régale, vraiment sur sa batterie.

Concrètement, même si, athlétiquement, il s’est entretenu avec le vélo, a-t-il eu besoin d’un temps, à son retour, pour se remettre à niveau à la batterie ?

Oui, le muscle qu’il avait dans les guiboles, son instrument il le maîtrisait toujours… C’était plus se remettre dedans physiquement. Il y a eu un petit peu, peut-être, trois mois où il a fallu qu’il se remette dedans. Mais c’était plus de l’ajustement qu’autre chose. Il n’avait pas perdu grand-chose, mais il n’a pas gagné non plus. En écoutant des tablas, il ne nous a pas ressorti des parties de ouf non plus [rires]. Non, je déconne. J’adore vraiment le jeu et le son de la batterie sur ce disque. C’est vraiment un des trucs que je préfère.

Lofofora fête cette année ses trente ans…

Enfin, les gens fêtent nos trente ans. Nous, nous ne le faisons pas [rires]. Ça symbolise que dalle pour nous. Je suis plus le connard là-dessus au sein du groupe. Déjà, nos anniversaires personnels, nous ne nous les fêtons jamais. Nous oublions tout le temps l’anniversaire des uns des autres. Je ne sais pas, c’est notre côté adolescent attardé, nous avons peur de grandir, donc nous ne regardons pas le calendrier, je n’en sais rien. Pour moi, les groupes qui font des tournées anniversaires, c’est un peu un aveu de manque d’inspiration. C’est un peu comme quand Conforama fait l’anniversaire Conforama : ils veulent refiler leur merde mais ils n’ont plus le droit de dire que ce sont les soldes et ce n’est pas encore Noël, etc. Enfin, il n’y a que les gens qui naissent, les choses ne naissent pas, y compris les groupes, donc ils ne peuvent pas avoir d’anniversaire. Il faut le dire aux gens. Non, mais le côté célébration, pour moi, ça fait un peu ancien combattant, et comme le disait je ne sais plus qui, les anciens combattants, quand ça défile, ça va, c’est quand ça cause que c’est chiant [rires].

Donc pas de tournée d’adieu non plus qui dure cinq ans pour finalement aboutir sur un nouvel album…

Ah non. Quand nous ferons une tournée d’adieu, nous ferons un concert, et puis à la dernière minute, je vais leur dire : « Bon allez, c’est fini. » Nous ferons un fuck à tout le monde et nous nous barrerons de scène [rires]. Non, mais justement, le rock, pour moi, depuis que je suis gosse, ça vient d’une énergie qui est à l’opposé des commémorations et de toute sorte de protocole. C’est bon, laissons ça aux Victoires de la musique ou à je ne sais pas quoi. Non, pitié. Moi, je veux faire de la musique libre… Enfin, je ne sais pas, je suis tellement un peu couillon là-dessus. Mais non, il n’y aura pas d’anniversaire de Lofofora comme il y a des anniversaires Conforama [rires].

« Les groupes qui font des tournées anniversaires, c’est un peu un aveu de manque d’inspiration. C’est un peu comme quand Conforama fait l’anniversaire Conforama : ils veulent refiler leur merde mais ils n’ont plus le droit de dire que ce sont les soldes et ce n’est pas encore Noël. »

Est-ce que tu as déjà oublié les anniversaires de tes enfants ?

Non, ce sont les seuls. Par contre, pour ma femme, il faut des fois que je vérifie quand même en cachette sur sa carte d’identité [rires]. Et ça fait plus de trente que nous nous connaissons avec Phil, le bassiste de Lofo, je crois que ça fait juste deux ou trois ans où je ne me trompe pas de date d’anniversaire si on me la demande, mais par contre, je l’oublie toujours quand même [petits rires]. Mais quand t’es enfant, un anniversaire, c’est important, c’est normal. C’est comme Noël, ce n’est pas pareil. Je ne suis pas non plus un monstre intégral [rires]. Et je leur prépare des trucs de ouf ! J’achète des trucs pour tous les petits mômes, je leur organise des jeux et tout ça. Quand t’es petit, c’est quand même cool. Alors que quand tu es adulte et que ton boulot c’est de faire de la musique, des occasions de faire la bringue, tu en as à peu près quatre par jour.

Malgré tout, peux-tu nous parler un peu des débuts de Lofofora ? Comment étaient le groupe et le jeune Reuno en 1989 ?

En 89, je venais d’être papa pour la première fois et j’étais un peu paumé, je pense. Et puis j’avais envie de faire de la musique, mais jamais j’aurais pensé devenir « un chanteur professionnel », vraiment pas. J’étais très motivé par le fait de commencer un groupe ensemble. Aucune certitude sur ce dont j’étais capable, comme un peu maintenant, tu me diras, mais j’avais envie de faire des choses nouvelles. Disons que Phil et moi, nous venons vraiment de la scène punk, et la scène punk, comme je disais tout à l’heure, au départ, ça ne veut pas dire faire tous la même musique avec la crête dans le même sens et les ceintures à clous, avec le même nombre de rangs, etc. C’était un peu faire la musique que les autres ne font pas. Donc c’est un peu ce que nous avons voulu faire au début, même si nous avions quelques influences, avec les prémices des Red Hot Chili Peppers, de groupes comme Fishbone, les premières personnes à mélanger les musiques urbaines noires et blanches d’une manière assez tranchée, assez rentre-dedans. Je n’aurais vraiment jamais pensé faire ça pendant aussi longtemps. C’était inconcevable pour moi. Je pensais que je me serais fait chier beaucoup plus vite.

Est-ce que tu penses que l’esprit de vos débuts est toujours là quelque part en vous, malgré les années ?

Oui, carrément. Toi-même tu m’as dit qu’il y avait des choses dans cet album qui te faisaient penser aux tout débuts de Lofo : je ne sais pas comment ça s’appelle, je ne sais pas par quel tuyau ça passe, mais il y en a [rires].

Tu n’as pas de nostalgie pour une époque particulière de Lofofora ?

Non, mais déjà, la nostalgie, c’est pareil. De toute façon, ça va de pair avec les anniversaires et tout. Donc non, je mets ça dans le même chiotte [rires], ça ne m’intéresse pas. Non, mais on est forcément toujours un peu nostalgiques mais la nostalgie est un de nos ennemis. Si tu commences à préférer ta vie passée à ta vie à venir, c’est fini. J’ai de la nostalgie pour ce que je vais faire l’année qui arrive, on va dire [petits rires]. J’évite la nostalgie.

Quels seraient ton meilleur et ton pire souvenir avec Lofofora ?

Un des meilleurs souvenirs, à nos débuts, ça a été d’avoir la chance de jouer avec Iggy Pop. Parce qu’aujourd’hui encore, ce mec-là, je l’adore ! Si j’avais un père spirituel dans la musique, c’est lui sans aucun doute. Et même ce qu’il fait encore aujourd’hui, ce qu’il a pu faire ces dernières années avec Queens Of The Stone Age, etc., ce mec ne fait quasiment que des bons disques. Et puis il est cool, quoi ! Là, il fait un truc avec les Limiñanas de Perpignan, c’est trop classe ! Donc c’est vraiment une chance à tes débuts d’avoir un mec comme ça qui te dit : « Putain c’est cool ce que tu fais, vas-y. Continue. » Wow. C’est le taulier quand même, merde ! Même si depuis, nous avons joué avec Motörhead, nous avons croisé quelques légendes… Ça fait partie de ces moments où tu as l’impression que la fiction se mélange avec la réalité, presque. Les gens sur lesquels tu trippes depuis que t’es gamin, les rencontrer en vrai, ça paraît complètement chelou, et puis partager une scène avec eux, c’est ce qu’il y a de plus incroyable. Donc ça fait partie des meilleurs souvenirs.

Après, c’est plein de petits bouts, des moments où tu te sens tellement bien avec tes potes sur scène, tu les regardes et tu sais qu’on fait plus qu’un, il peut se passer n’importe quoi, le morceau ne terminera pas. J’aime bien ces moments d’éternité qui durent moins d’une seconde, quand des fois sur scène ça roule, t’es en osmose avec tes potes, avec le public et tout, et là plus rien n’a la moindre importance, il n’y a plus que la minute qui est en train de s’écouler. Ça, ce sont les meilleurs moments. Quant au pire souvenir… Sur la tournée acoustique, nous avons joué dans un endroit, une petite salle, je crois à Bagnole-sur-Cèze, du côté d’Aix et Avignon. En acoustique, nous ne faisons pas beaucoup de bruit et il y a une nana qui a passé tout son concert à dire « à poil » ou « montre ta bite », des trucs comme ça. Donc au début, j’essaye de tourner à la dérision, de lui dire : « S’il te plaît, tais-toi. » Et puis à la fin j’étais odieux avec elle. Je lui hurlais : « Ferme ta gueule ! » [Rires]. Ça, c’est super pénible. C’était la reine des relous je pense. Normalement, quand tu as celle-là, tu es tranquille pendant dix ans [rires].

« Je n’aurais vraiment jamais pensé faire ça pendant aussi longtemps. C’était inconcevable pour moi. Je pensais que je me serais fait chier beaucoup plus vite. »

« L’œuf » est l’un de vos plus vieux morceaux et pourtant ça reste un de vos plus grands hits qu’après toutes ces années vous continuez à jouer. Est-ce que tu t’identifies toujours à ce morceau ? Il n’y pas une lassitude parfois à le chanter ?

Oui, c’est pour ça d’ailleurs que nous la reprenons différemment maintenant. Depuis le Hellfest, nous en avons fait une autre version. Il y a un groupe de copains de banlieue parisienne qui fait du hardcore en espagnol, qui s’appelle Locomuerte et qui a repris « L’œuf » en faisant « El Huevo ». Nous avons donc repris un peu leur version. Mais sinon, au niveau du texte, j’aimerais que ça soit ultra ringard, donc je ne dirais plus aussi gentiment aujourd’hui, peut-être. Elle est quand même sympa comme chanson. C’est un peu dommage, il y a des tas de chansons où j’aimerais qu’on me dise : « Non, mais tu ne peux plus chanter ça, parce que ça n’existe plus. » « Ah oui mais bon, c’était marrant, c’est une époque où il y avait des gens qui étaient racistes. » Nous aimerions laisser ces chansons dans le tiroir pour ces raisons-là, mais malheureusement, on est mal barrés.

On avait Mouss de Mass Hysteria qui nous disait qu’il avait essayé de parler un peu d’autre chose sur leur dernier album parce que « ça tourne en rond ». Il disait que des grands noms – comme Gandhi ou Stephen Hawking – n’ont pas changé le monde, alors il se demandait ce que lui pouvait bien faire « dans son petit salon à Paris ». Il disait, un peu résigné, qu’« ils ont gagné, quelque part, les enculés ». Ça ne t’arrive pas à toi aussi parfois de vouloir baisser les bras, de te dire « à quoi bon » ?

« Never give up ! No surrender ! » [Rires] Ben, je ne sais pas, on n’a qu’à lui laisser une grenade, parce qu’il va nous ralentir je pense [rires]. Non, mais c’est un copain ! Je dis ça, c’est comme dans les films, quand tu as le mec qui est là : « Je crois que je vais vous ralentir, laissez-moi une grenade. » Donc peut-être qu’il faut qu’on le laisse là, qu’on lui laisse une grenade pour continuer à tracer sans lui. Non, je ne suis pas comme ça. Déjà parce que je n’ai jamais pensé changer le monde avec des chansons, quand même. Parce que je savais qu’avant Gandhi avait existé, donc je me dis que si lui n’y est pas arrivé en étant à la tête d’un pays de millions voire milliards de personnes, je ne pense pas, avec mon petit groupe de metal français, pouvoir le supplanter. Je n’ai jamais eu cette prétention-là. Mais quand moi, par exemple, je suis en tournée et qu’il y a des gens qui viennent me voir et qui me disent : « Tu sais, moi, j’écoutais Lofo gamin et aujourd’hui, je crois que si je bosse dans le social ou dans l’éducation, ou si j’ai une asso où je me fais chier à organiser des concerts toute l’année avec des copains, si je suis bénévole dans ce festival, etc. c’est parce que c’est grâce à toi. » Enfin, je ne le prends pas pour argent comptant, mais je me dis que si j’ai contribué un tant soit peu à ça… Parce que c’est à ça que sert le rock, à ce que les gens remettent en question leur façon de vivre et qu’ils se disent qu’il existe peut-être une autre façon de vivre avec plus de liberté, plus de lien avec les autres, plus de passion, etc. Je me dis que ça, ce n’est pas rien, et les enculés d’en face n’y pourront rien. Mais je crains la résignation autant que la nostalgie, franchement.

Si on écoute « Les Seigneurs », on sent comme une forme de désespoir quand même…

Oui, mais bon, c’est un peu comme la suite du morceau éponyme sur Mémoire De Singes, où c’est un peu ce genre d’histoire. T’entends parler des gens qui disent : « De toute façon, il va falloir qu’on parte coloniser plus loin, il va falloir qu’on commence à trouver une autre planète pour aller s’installer parce qu’on a tout pourri ici, on a niqué la terre, etc. » Donc c’est juste en réponse à ce genre de théories qu’on a entendues plusieurs fois ces dernières années et qui sont quand même assez violentes que j’ai envie d’écrire des choses comme ça ; ça me fascine complètement. Oui, il y a évidemment une certaine dose de désespoir, mais c’est plus une espèce de peur panique qui fait écrire ce genre de chanson. Mais en moi, se côtoient un optimiste invétéré et un pessimiste un peu raisonné, mais c’est normal de passer de l’un à l’autre en permanence. Il n’y a pas un état de sagesse entre le pessimiste et l’optimiste qui serait un équilibre parfait. Et l’état normal, ce n’est ni d’être sous Prozac en permanence et de se dire « oh mais ça va aller », ni d’être un flippé intégral. Un état « normal », ça va se situer un petit peu quelque part entre les deux, avec des oscillations. C’est normal d’être complètement désespéré sur certains sujets et puis des fois y voir de la lumière et se dire « mais non, ça va changer » et de se remonter les manches. Je pense que c’est assez logique. On n’est pas des statues !

En juin dernier, vous avez fait un concert qui était retranscrit en langage des signes. C’est la première fois que vous participez à cette expérience, peux-tu nous parler de ton ressenti sur ce concert ?

J’étais hyper ému. C’est une amie qui organisait ça du côté de Tours pour un festival à l’intention des handicapés. C’est pour ça qu’il y avait des gens qui retranscrivaient en direct en langage des signes les paroles des chansons que nous étions en train de jouer. C’est hyper beau, le langage des signes. Ça m’a vraiment touché, ça m’a ému, ça m’a fait dire qu’il faudrait peut-être le faire plus souvent, il faudrait faire quelque chose en ce sens-là. Nous avons déjà eu des fans sourds – enfin, pas à cause de nous, je tiens à le préciser [rires] – qui sont venus nous voir en loges et c’est toujours hyper impressionnant, quand ton média c’est la musique, de te dire que des gens aiment ce que tu fais même sans vraiment l’entendre comme nous. C’est balèze. C’était très touchant. A réitérer.

L’an dernier, tu nous avais parlé du projet metal des Tambours du Bronx que tu as intégré. A ce moment-là tu nous avais dit que, même si ton planning était déjà débordant, il fallait être fou pour refuser. Depuis un an, as-tu réussi à jongler entre tous tes projets ?

Oui, tout à fait. Ce n’est pas toujours évident. Notamment, là, il y a des dates des Tambours du Bronx… Enfin, nous sommes trois chanteurs sur les Tambours du Bronx. Il y a moi, Stéphane Buriez de Loudblast et également Renato, un gars de Lyon, qui chante dans Trepalium et Flayed. Du coup, à tous les trois, nous nous arrangeons pour qu’il y ait toujours quelqu’un, au moins un de nous qui soit disponible, et le plus souvent deux. Donc c’est un peu de jonglerie mais… Je t’avoue que si je pouvais, j’aurais des mois de cinquante jours et j’aurais le temps de faire tout ce que j’ai envie de faire, avec tous les copains avec qui j’ai envie de faire des trucs.

Interview réalisée par téléphone les 1er et 5 novembre 2019 par Philippe Sliwa & Nicolas Gricourt.
Introduction : Philippe Sliwa.
Retranscription : Nicolas Gricourt.
Photos : Olivier Ducruix (1, 2, 4, 8 & 10), François Berthier (9), Joel Ricard (5) & Sylvain Leobon (3 & 7).

Site officiel de Lofofora : www.lofofora.com.

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