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Chronique   

Lofofora – Simple Appareil


Les groupes français semblent se prêter à l’exercice acoustique les uns après les autres. Klone avait élégamment amorcé la chose avec Here Comes The Sun (2015), Hypno5e s’y est essayé plus récemment avec Alba – Les Ombres Errantes. En revanche, si pour ces deux formations cette orientation musicale n’est pas si surprenante, on ne s’attendait pas à voir Lofofora s’y atteler. Leur batteur Vincent Hernault étant temporairement indisponible, Reuno, Daniel et Phil ont décidé de mettre ce laps de temps à profit et de livrer Simple Appareil, le premier opus acoustique de la formation. Lofofora a eu cette faculté d’aborder tous les genres, allant du punk au metal plus classique, plus mélodique. Simple Appareil ne déroge pas à la règle. Il y a une aisance et surtout, une grande classe.

Qui dit acoustique ne dit pas forcément mollesse ou démonstration de sensibilité outrancière. Simple Appareil n’a pas besoin de distorsions pour être vivace. En l’absence de Vincent Hernault, Lofofora accueille dans ses rangs l’ « homme-percussions » Kevin Foley (ex-Benighted, ex-Abbath, et divers apparitions chez Sabaton, Sepultura…) qui démontre que savoir marteler ses fûts n’exempte pas de finesse et de subtilité. Simple Appareil est certes plus sobre que ses prédécesseurs, ou du moins incite à une proximité avec le groupe, faisant écho au titre justement. Ce sentiment naît en partie grâce à la production effectuée au studio Midilive, ancien studio de la maison de disques Vogue contenant du matériel vintage idéal pour un enregistrement acoustique et qui donne la sensation d’être dans la pièce avec le groupe. Sans compter que Lofofora a privilégié un enregistrement live la plupart du temps. Le travail de Daniel Descieux à la guitare oscille entre rythmiques blues-rock classiques à l’instar du très groovy « La Splendeur », à peine soutenu par une légère saturation uniquement décelable si on tend vraiment l’oreille et des lignes plus mélodiques telle « L’Histoire Ancienne ». Il y a une discrétion dans les arrangements qui donnent un aspect très épuré et pourtant très ciselé à ce Simple Appareil, que ce soit le jeu de percussions et la basse ronflante de « Les Boîtes » qui confèrent une dynamique constante au morceau en lui restant toujours subordonné, la reverb de l’introduction de « Les Anges », ou la mélodie éthérée en filigrane de « La Dose » et son solo. Surtout, Simple Appareil a un registre varié. Un titre énergique comme « L’Appétit » porté par le groove d’un Kevin Foley irréprochable tout au long de l’opus côtoie le plus délicat « Théorème », soutenu par un Reuno au phrasé presque parlé qui rappelle les exercices plus nuancés de la discographie de Lofofora, à l’image de « L’Éclipse » sur Les Choses Qui Nous Dérangent (2005). La basse de Phil Curty a cette polyvalence qui permet finalement à Simple Appareil d’être presque polymorphe, avec des accents jazz sur « L’Histoire Ancienne » (il y a d’ailleurs une touche de l’artiste jazz Ulf Wakenius qui plane sur les guitares de « Troubadour ») ou une assise plus rock à l’instar du sautillant « Sven ». Mention spéciale à la conclusion de « Le Martyr » et ses sonorités moyen-orientales qui remémoreront le Is Today Tomorrow (2001) de Spor aux connaisseurs.

Le travail d’orfèvre des musiciens se voit sublimé par la voix de Reuno. Ce dernier se fait moins saillant, moins démonstratif qu’à l’accoutumée : acoustique oblige. Seul « L’Appétit » et « Sven » le voient hausser légèrement le ton. On le trouve dans un registre très mélodique, tel le refrain de « Les Boîtes », de « Troubadour » et de « Les Anges », qui renvoie inévitablement au phrasé d’Alain Bashung. La faculté qu’a Reuno à utiliser des timbres plus suaves ne surprend pas réellement puisqu’il s’est déjà prêté à l’exercice dans la discographie du groupe à de nombreuses reprises. On est donc en terrain familier lorsqu’il fait simplement planer sa voix au-dessus des mélodies comme une chape, à l’image de la voix grave légèrement rocailleuse sur « Théorème » et « La Dose ». Les paroles s’accordent évidemment à l’orientation musicale de Lofofora, ici moins direct et agressif. « Les Anges » incarne ce dessein d’évoquer les choses de manière délicate sans perdre en verve : « On a même pas pris le temps d’aller dire au-revoir aux éléphants […] on reste plantés comme des manches ». L’auditeur doit composer avec l’implicite, peut-être plus qu’à l’accoutumée sur ce Simple Appareil. Pour Lofofora, « Simple » ne restreint pas la multitude des significations.

Honnêtement, ce Simple Appareil est émouvant. Il y a une délicatesse qui, on le savait, existait chez Lofofora mais qui est ici totalement dévoilée. Le groupe prouve que l’expression garde la même force quelle que soit l’orientation musicale, tant que l’interprétation est présente. Pas de distorsions, pas de riffs à se dénuquer, de breaks endiablés et de chant enragé. Pourtant l’intention n’est pas moins puissante. Simple Appareil ne jure pas dans la discographie du groupe. Bien au contraire, il est d’une immense justesse.

Chanson « Les Boîtes » en écoute :

Clip vidéo de la chanson « Les Anges » :

Album Simple Appareil, sortie le 6 avril 2018 via AT(h)OME. Disponible à l’achat ici



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