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Interview   

Lonely The Brave et tout ce qui importe


Mark Trotter - Lonely The Brave credit Adam GassonAvec à peine deux albums au compteur, dont Things Will Matter tout juste sorti en mai dernier, Lonely The Brave semble déjà avoir le vent en poupe à en juger le buzz médiatique qui tourne autour des Anglais, avec notamment une presse dithyrambique. Un succès aussi rapide amène toujours une forme de suspicion quant à l’authenticité du parcours et de la démarche artistique. Pourtant le guitariste Mark Trotter insiste : Lonely The Brave est aux antipodes des artistes mainstream préfabriqués et proprets. Pour eux, tout ce qui compte, c’est la musique, l’émotion et leur sincérité. C’est bien pour ça qu’aussi étrange que cela puisse paraître, le frontman David Jakes tend à se tenir à distance du devant de la scène lors de leurs prestations live.

Trotter a répondu à nos questions pour mieux comprendre le succès de son groupe et évoquer comment celui-ci a évolué entre son premier album The Day’s War et ce nouveau.

Lonely The Brave 2016

« Nous avons vécu environ dix-huit mois de turbulence au sein du business de la musique et ça a assurément eu un effet sur nous en tant qu’individus et groupe. Personnellement, ça m’a mis en colère et donné envie de le montrer. »

Radio Metal : Vous avez démarré le groupe en 2008 et pourtant vous avez déjà tourné en tête d’affiche et joué dans d’importants festivals comme ceux de Reading et Leeds. Certains groupes plus anciens n’ont toujours pas l’occasion de jouer à cette échelle. Comment expliquer ce succès ?

Mark Trotter (guitare) : Je suppose, d’une certaine façon, que nous avons eu la chance qu’assez tôt un vrai sens du buzz ait accompagné le groupe, ce qui nous as aidé. Nous avons toujours eu une merveilleuse équipe de gens qui soutient vraiment ce que nous faisons, ce qui est également un facteur clé. Ceci dit, je dirais qu’une autre chose est que nous avons travaillé extrêmement dur pour construire une réputation en tant que groupe live solide et avons fait tout ce que nous pouvions pour nous assurer que chaque concert était aussi spécial que possible. Les gens semblent s’identifier aux thématiques de nos chansons et je suppose que ça se traduit naturellement dans nos prestations live. Je me souviens avoir été ébloui par certains concerts qu’on nous avait offerts. Ce n’est pas tous les jours que tu reçois un appel de ton management qui te dit que tu vas ouvrir pour Springsteen dans un festival !

Vous avez joué avec Deftones il y a quelques années. Deftones étant une de vos principales influences, qu’est-ce que cette expérience représente pour vous et qu’en avez-vous appris ?

Tout d’abord, nous sommes tous d’énormes fans des Deftones et, bien sûr, ils doivent certainement nous influencer à un niveau, cependant, nous n’avons jamais aspiré à sonner comme eux. Deftones est le seul groupe qui sonnera comme Deftones, c’est ainsi que ça doit rester. Toute cette expérience était très spéciale. A cette époque, je ne pense pas me tromper en disant que c’était le plus grand public devant lequel nous avons jamais joué, du coup nous étions assez nerveux à cause de ça, mais aussi parce que nous allions rencontrer les gars. J’étais extrêmement soulagé lorsque dès que nous sommes arrivés, nous les avons rencontrés et ils étaient très accueillants et terre-à-terre. Ca a rendu toute l’expérience beaucoup plus détendue. Plus tu es exposé à d’autres groupes et artistes qui t’inspire, plus tu te rends compte que globalement, ils sont simplement des gens normaux et attentionnés. C’est comme ça qu’il faut que ce soit. Jusqu’à présent, je n’ai rencontré qu’une seule personne dans cette aventure qui a transgressé cette règle.

L’enthousiasme de la presse à propos du groupe est incroyable ; certains vous qualifie même de « plus grand groupe sur cette planète ». Qu’est-ce qui selon toi, dans votre musique, créé cet enthousiasme ?

Comme je l’ai dit plus tôt, j’ai le sentiment que c’est parce que les gens s’identifient aux thématiques sur lesquelles nous écrivons. Presque tout le monde vivra ces émotions, indépendamment de qui tu es et ce que tu fais. Les chansons sont aussi honnêtes que possible. Je pense que généralement, les gens comprennent et apprécient ça. Il y a un paquet de musique calculée et fausse là-dehors qui est créée pour coller parfaitement à une petite case marketing bien propre. Tu peux dire que je suis cynique si tu veux mais je préfère largement que quelqu’un m’offre un peu de réconfort en déversant ce qu’il a sur le cœur plutôt qu’en chantant une phrase parce qu’une maison de disque leur a dit de le faire.

Est-ce que vous ressentez une pression de par les espoirs que les gens placent en vous ?

Oui et non. La presse, surtout, peut rajouter une couche de pression mais pour être honnête, j’essaie de ne pas m’impliquer là-dedans. Tout le monde aime avoir une bonne chronique et une critique constructive est également utile mais j’essaie de ne rien lire de ce qui est publié à propos du groupe. Nous ne pouvons faire que ce que nous faisons, ce que nous faisons du mieux que nous le pouvons à un temps donné. Nous faisons toujours tout notre possible pour améliorer notre composition et nos prestations live et en ce qui me concerne, aucune quantité de pression extérieure ne pourra vraiment nous pousser à faire encore plus d’effort. Pour ce qui est des fans, nous recevons d’incroyables messages de gens venant de partout dans le monde ; certains expliquant comment certains morceaux les ont aidés à traverser une situation, ou simplement quels sentiments ça leur procure. C’est vraiment touchant et ça nous incite à continuer à faire la musique que nous voulons faire.

Le guitariste Ross Smithwick a rejoint le groupe il y a deux ans. Qu’est-ce que ça a changé dans le processus d’écriture, sur scène et en termes d’alchimie ?

Le fait que Ross rejoigne le groupe, c’était une vraie bouffée d’air frais pour plein de raisons. Tout le premier album a été écrit et enregistré à quatre et c’est aussi à quatre que nous nous produisions en live. Nous avions toujours prévu de jouer à cinq avec deux guitares mais nous n’avons jamais réussi à trouver la bonne personne, jusqu’à ce que Ross arrive. Ça doit être pas mal intimidant, d’une certaine façon, de débarquer dans un groupe qui existe depuis plus longtemps sous diverses formes et essayer de s’y faire sa place mais c’est exactement ce qui s’est passé. Je me souviens de Ross qui m’envoyait quelques-unes de ses idées et je savais alors que nous avions non seulement un mec qui collait parfaitement à l’environnement live mais aussi qui serait tout aussi à l’aise pour composer.

Lonely The Brave - Things Will Matter

« Un morceau en particulier me rappelle toujours des membres de ma famille qui sont partis depuis longtemps et ça peut créer des moments où j’ai la gorge serrée. En fin de compte, c’est le but, n’est-ce pas ? »

L’album s’appelle Things Will Matter (« Les choses importeront », NDT). Qu’est-ce que ça signifie ?

Que chaque événement dans la vie, aussi petits soient-ils, t’affectera d’une façon ou d’une autre. Chaque personne que tu rencontres, le moindre instant a un effet et aura de l’importance sur le long terme. L’artwork de l’album est un collage de photos de nos familles, amis et nous au fil des ans. Ce sont les choses qui ont façonné cet album et nous en tant qu’individus et groupe.

A propos de votre musique et vos paroles, vous avez déclaré que rien n’est prémédité et que vous ne vous souvenez presque pas avoir écrit ou enregistré vos chansons. Peux-tu décrire votre état d’esprit lorsque vous répétez, composez ou enregistrez ?

Nous avons entre nous un ensemble d’influences musicales si énorme que ce serait presque impossible pour nous de se poser et dire « d’accord, voilà comment nous voulons que telle chanson sonne ou ce que tel album doit faire ressentir, etc. » Pas une seule de nos chansons n’a fait l’objet d’un plan prémédité pour sonner d’une certaine façon. Je ne pense tout simplement pas que nous serions capables de le faire. Pour ce qui est de la composition et de l’enregistrement, d’un point de vue personnel, je me souviens parfaitement avoir composé et enregistré. J’ai tendance à me souvenir du sentiment que j’avais lorsque je composais un certain morceau de musique et ensuite, lorsque j’enregistre en studio, utiliser ce sentiment et essayer de m’assurer qu’il est représenté dans le son que renvoit les enceintes. D’un point de vue des paroles, Dave écrit uniquement au sujet de ses expériences ; les choses qui trottent dans sa tête sur le moment. Ca explique aussi pourquoi nous essayions de nous assurer que n’importe quelle chanson écrite à une période donnée, que ce soit pour un album ou autre, sorte aussi vite que possible. Nous n’aimons pas trop stocker des chansons, car arrivé le moment où elles voient la lumière du jour, ce que nous ressentons au sujet d’une situation qui les a inspirées peut très bien avoir complètement changé. Ce sont des instantanés d’un moment, en un certain sens.

Ceci étant votre second album, est-ce que ça a changé d’une façon ou d’une autre la spontanéité du processus d’écriture ?

Je ne pense pas. C’est certainement plus difficile lorsque tu as des contraintes de temps pour finir les choses, car essayer d’enregistrer des idées lorsque tu tournes peut-être assez difficile. Il n’y a pas beaucoup de place dans un van ou un bus ! Cependant, a peu près tout le monde sur cette planète a, de nos jours, un appareil dans sa poche qui peut être utilisé pour saisir ce moment d’inspiration qui peut ensuite être correctement enregistré à une date ultérieure. Nous avons fait les choses de façon un peu différente de la plupart des groupes, dans le sens où nous avons auto-enregistré le premier album et ensuite avons trouvé un label pour le sortir. Ce qui veut dire que nous avons probablement eu une plus longue période pour écrire notre second album que d’autres artistes, ce qui veut dire que nous avons pu atteindre le stade où nous étions contents du produit fini sans avoir eu à faire trop de compromis. Il y aura toujours un peu de compromis à ce niveau, car les coûts horaires de studio sont considérables. Ceci dit, si nous pouvions avoir un temps infini en studio, nous deviendrions probablement dingues et le produit fini ne serait pas forcément bon. C’est une bonne chose de savoir quand arrêter parfois.

Plus spécifiquement, quel était votre état d’esprit pour Things Will Matter ?

Pour être honnête, assez sombre et colérique. Nous avons vécu environ dix-huit mois de turbulence au sein du business de la musique et ça a assurément eu un effet sur nous en tant qu’individus et groupe. Personnellement, ça m’a mis en colère et donné envie de le montrer. Je pense que c’est ce que nous avons fait.

Comment décrirais-tu l’évolution et le progrès entre The Day’s War et Things Will Matter, en termes de musique mais aussi par rapport au processus de conception ?

Comme je l’ai expliqué plus tôt, nous étions un groupe différent de celui qui a enregistré le premier album. Nous avons depuis tant traversé dans nos vies personnelles et en tant que groupe que ça allait forcément être un album différent. Je pense que, globalement, il est plus mature, plus sombre et plus ambitieux que le premier. Comme mentionné précédemment, nous voulons aller toujours plus loin avec ce que nous faisons. L’idée de faire le même album deux fois n’a strictement aucun intérêt pour moi. Pour ce qui est de l’enregistrement, ça aurait été facile d’aller enregistrer un album clinquant et très propre, ce qui je pense est ce que les gens attendent. C’est vraiment pourquoi nous avons choisi de travailler avec le producteur Ross Orton, car il a réalisé des albums qui sonnaient réellement fantastiquement bien et qui donnent le sentiment d’être vraiment plus authentiques que tout ce qui peut être brillant et lustré. Nous voulions avoir du tranchant dans le son et je pense que nous y sommes parvenus.

Lonely The Brave 2016

« Bien sûr que certaines personnes sont très déstabilisées par [nos prestations] mais la plupart comprennent que la musique est plus grande et plus importante que quelqu’un qui s’entraine à donner des coups de pieds en sautant en coulisse avant le concert. »

Est-ce qu’il y a des éléments que vous avez-voulu améliorer ?

Il y aura toujours des parties qu’avec le recul tu aurais changé mais ça fait partie de la beauté de la chose. Les imperfections te poussent à constamment avancer.

Les paroles de David Jakes sont très sombres et intimes. Est-ce qu’elles lui permettent de surmonter ses démons ?

Peut-être d’une certaine façon. Je suppose que c’est une libération pour Dave, à un certain niveau, de mettre sur papier ses pensées et émotions. Comme je l’ai dit, toutes les paroles sont profondément personnelles pour Dave, ce qui pour moi est probablement la partie la plus importante dans ce que nous faisons et la raison pour laquelle beaucoup de gens s’identifie à nos chansons.

N’est-ce pas parfois trop éprouvant émotionnellement d’écrire et chanter ces paroles face à un public ?

Parfois, d’un point de vue personnel, je dirais oui. Nous avons tous eu ce genre de moment sur scène, pour être honnête. Un morceau en particulier me rappelle toujours des membres de ma famille qui sont partis depuis longtemps et ça peut créer des moments où j’ai la gorge serrée. En fin de compte, c’est le but, n’est-ce pas ? C’est quelque chose de réel. Comme le dit Bill Hick : « Joue avec ton putain de cœur ! »

Il y a toujours un degré d’espoir dans vos paroles. Est-ce important pour vous de dire aux gens qu’il y a toujours un bon côté ?

Je ne pense pas que nous essayons de véhiculer un tel message. Ça montre probablement plus le processus de réflexion de Dave plus que quoi que ce soit ; il est certain qu’avec le premier album, comme tu le dis, il y a un élément d’espoir. Je pense qu’avec le deuxième album, cette notion d’espoir pourrait laisser place à de la colère et parfois de l’obstination à cause de la situation dans laquelle nous étions à l’époque. Il y a une notion claire de résolution, de « nous ne céderons pas et nous continuerons à faire les choses à notre façon. »

Sur scène, David ne reste pas devant la scène et se sent plus à son aise à l’arrière, à distance du public. Pourquoi ?

Parce qu’il est plus intéressé par le fait de donner la meilleure prestation vocale possible, au lieu de faire tourner le microphone autour de sa tête et jouer ce rôle de « frontman de groupe de rock ». Ça fonctionne pour certaines musique, je le comprends bien, mais nous ne sommes pas et ne serons jamais ce genre de groupe. Je trouve ça très intéressant que tant de gens sont déstabilisés par ça. Il y a tant de groupes de par le monde qui ont des chanteurs qui veulent se concentrer sur leur prestation en tant que musicien, plutôt que d’être un genre d’acteur.

Le public ne trouve-t-il pas parfois cette distance gênante ? N’est-ce pas plus difficile d’établir une connexion avec le public avec un frontman en retrait ?

Je pense que nos publics sont bien au courant de nos prestations. Bien sûr que certaines personnes sont très déstabilisées par ça mais la plupart comprennent que la musique est plus grande et plus importante que quelqu’un qui s’entraîne à donner des coups de pieds en sautant en coulisse avant le concert.

As-tu le sentiment que, grâce à ça, tous les membres du groupe sont égaux sur scène ?

Nous sommes et avons toujours été égaux dans tous les aspects de notre groupe. Nous ne serions pas ce groupe si les choses étaient différentes. Nous sommes un collectif et travaillons ensemble pour un but commun. L’idée que le rôle de quelqu’un puisse être plus important que celui des autres n’entre pas en ligne de compte dans ce que nous faisons. Nous sommes concentrés sur la musique que nous avons besoin de créer et faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour nous assurer que c’est ce qui se passe. Tout le reste vient après ça.

Interview réalisée par email le 22 avril 2016 par Philippe Sliwa.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Lonely The Brave : lonelythebrave.com

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