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Chronique   

Long Distance Calling – Eraser


A nouveau sans mots ou presque depuis trois albums, la musique de Long Distance Calling n’en est pas moins nourrie de nombreuses réflexions et le support de puissants messages. Après How Do We Want to Live?, consacré au rapport que l’humanité entretient avec les machines, Eraser s’intéresse cette fois à celui qu’elle entretient avec les autres espèces vivantes. Plus précisément, le quatuor allemand met en lumière la destruction progressive de la nature par les êtres humains. Fruit heureux de la pandémie puisqu’il a été, faute de tournée possible, composé immédiatement après la sortie d’How Do We Want To Live?, ce huitième album aurait pu souffrir de ce retour contraint à la phase créative et manquer d’inspiration ou s’inscrire trop étroitement dans la lignée de son prédécesseur, mais il n’en est rien. Eraser se distingue nettement d’How Do We Want To Live? et prouve encore une fois la grande fécondité artistique du groupe.

Assez logiquement, le thème de l’album se traduit musicalement par l’abandon des éléments électroniques qui parsemaient How Do We Want to Live?, au profit de sonorités organiques et d’un rendu live. Nulle trace donc ici de sample de batterie ou de tout autre instrument. Les enregistrements de textes parlés et le chant qui était revenu sur un morceau ont également été remisés, en accord avec le goût toujours plus affirmé du groupe pour une musique purement instrumentale (au point que Janosch Rathmer et Jan Hoffmann, respectivement batteur et bassiste, ont lancé dans leur ville de Münster le Golden Silence Festival, exclusivement dédié aux musiques instrumentales).

Recevant l’étiquette « post-rock » plus souvent que celle de « metal », le groupe remet les pendules à l’heure d’emblée avec une entrée en matière très contrastée. L’allant direct de « Blades », toutes guitares dehors et implacablement rythmé par la frappe nette de Janosch Rathmer, vient heurter de plein fouet les mélancoliques mesures de piano de l’introductif « Enter: Death Box ». Puis le tempo ralentit, l’instrumentation se stratifie et la musique de Long Distance Calling rappelle sa nature progressive. C’est avec « Kamilah » que les choses se mettent plus précisément en place. Chaque morceau de l’album est consacré à une espèce menacée d’extinction et c’est le gorille qui est au cœur de ce premier single en forme de captivante odyssée musicale. Représentatif de l’aspect composite sur le plan stylistique mais très homogène sur le plan sonore de la musique de Long Distance Calling, « Kamilah » intercale flambées impétueuses et trouées atmosphériques, guitares tranchantes et mélodiques. Avec ses guitares d’abord « katatoniesques », « 500 Years » poursuit sur le versant metal de Long Distance Calling (au point que l’on attend la voix de Jonas Renkse, puisqu’elle s’est déjà invitée sur la musique des Allemands), avant qu’elles versent dans des plaintes plus « floydiennes ». Le groupe trouve dans l’absence de chant les ressources d’une expressivité augmentée, d’une écriture pleine d’inventivité et d’une technicité fertile. Ici, la régularité lancinante des parties rythmiques et les motifs de la six-cordes répétés en un crescendo haletant rendent plus perceptible que des mots le caractère inéluctable de la disparition des espèces.

Au mitan de l’album s’installe l’atmosphère particulière de « Sloth », cristallisant la mélancolie latente de l’ensemble dans des tonalités jazzy. Échos d’arpèges, discrètes percussions et pleurs de saxophone (joué par Jørgen Munkeby de Shining) s’étalent sur un rythme lent, puis se taisent presque complètement, avant de rejoindre un territoire rock progressif aux accents gilmouriens familier du groupe. Tels les multiples étages d’une fusée, « Sloth » n’en finit pas de décoller, distillant son spleen pour le laisser finalement se dissoudre dans les hauteurs d’un formidable solo de guitare tout en torsions. La complexité, l’intensité émotionnelle et l’originalité de « Sloth » trouvent un contrepoint revigorant dans le bref et direct « Giants Leaving », avant que « Blood Honey », en bonne partition post-rock, déploie sur une dizaine de minutes ses volets successifs, opposant au rythme soutenu de sa première partie un calme contemplatif transitoire, pour finalement se laisser happer dans une spirale de riffs hypnotiques.

Clôturant l’album, le morceau éponyme conclut aussi son propos en se focalisant sur l’espèce humaine, à la fois principal responsable et principale victime du changement climatique, comme l’illustre parfaitement le clip, réalisé en collaboration avec Greenpeace. Impressionnant monument musical, « Eraser » assène d’abord, comme autant de reproches culpabilisants, ses rapides roulements de batterie et ses riffs insistants. Puis quelques mesures de violon, d’une beauté désespérée, laissent la place à un deuxième acte où la lumière point sous la forme de guitares cristallines et de frappes sèches mais douces. Il est presque trop tard, nous dit Long Distance Calling, mais si l’on agit maintenant, un espoir est encore permis. Avec Eraser, les Allemands livrent un album passionnant du début à la fin, dont les écoutes successives, loin de l’épuiser, en révèlent de nouveaux aspects. Plus progressif que son prédécesseur et plus virulent, il refuse de choisir clairement entre post-rock, rock progressif et metal, ces différentes nuances s’imbriquant harmonieusement au fil de récits musicaux atmosphériques et pourtant extraordinairement dynamiques.

Clip vidéo de la chanson « Eraser » :

Clip vidéo de la chanson « Kamilah » :

Album Eraser, sortie le 26 août 2022 via EarMusic. Disponible à l’achat ici



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