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Interview   

Lordi : la machine à remonter le temps


Mr. Lordi est un nostalgique. Il l’assume et le revendique. Ce n’est un secret pour personne, et son groupe Lordi en est la preuve la plus éclatante, il voue une passion sans bornes pour les années 80. Et s’il a une certaine tendresse pour les années 70, la décennie qui l’a vu naître, son rapport aux années 90 – celles qui ont « tué » les années 80 – est déjà plus mitigé, même si ce qu’il y retient pourra surprendre certains fans de Kiss… Quant à notre époque, il avoue y vivre en complet décalage, refusant à peu près toutes les pratiques modernes, des services de streaming jusqu’aux e-mails, en passant par les réseaux sociaux.

Bref, Mr. Lordi est un nostalgique. Pour autant, l’entreprise ambitieuse et originale dans laquelle il s’est lancé avec Killection, le dixième album de Lordi, va plus loin que la simple nostalgie. Il s’agissait de créer une compilation imaginaire, authentique et crédible, partant du postulat suivant : et si Lordi avait existé et écrit de la musique depuis les années 70 ? Retourner cinquante ans en arrière et refaire l’évolution du rock n’est pas une mince affaire, mais Mr. Lordi et ses collègues ont eu à cœur de faire les choses bien, avec une étude minutieuse de vieux morceaux pour en dégager les codes de chaque décennie, le choix des studios, des techniques et du matériel en fonction du son à obtenir, etc.

Nous avons longuement échangé avec Mr. Lordi qui nous révèle les difficultés auxquelles le groupe a été confronté dans ce projet, et nous parle avec son éternel bagou de ce que représente pour lui les années 70, 80 et 90, de sa place dans l’époque actuelle et de ses inquiétudes sur l’avenir. Il revient également sur le changement au poste de bassiste, avec le départ d’Ox et l’arrivée d’Hiisi, conséquence des contraintes qu’impose un groupe dont les membres sont plus que des musiciens, mais des personnages auxquels les costumes, masques et maquillages donnent vie.

« J’ai fait beaucoup de recherches sur des musiques que je connaissais déjà – ou croyais connaitre – mais en fait, je connaissais que dalle […]. Je conseille vivement à tout le monde, s’ils aiment un groupe ayant une longue histoire qui s’étend sur plusieurs décennies, d’écouter les vieux morceaux et de commencer à vraiment écouter ce que fait la basse, ce que fait la batterie, ce que font les guitares et ainsi de suite. Vous découvrirez un autre monde. »

Radio Metal : Killection est un album-compilation qui montre ce que ça aurait donné si Lordi avait existé depuis le début des années 70. Il contient donc des chansons que Lordi aurait écrites entre le début des années 70 et le milieu des années 90. Comment as-tu eu cette idée à l’origine ?

Mr. Lordi (chant) : En fait, toute l’idée est née en deux ou trois phases. Tout d’abord, j’avais déjà l’idée de ce type de compilation pour le précédent album, Sexorcism, mais j’ai commis une grosse erreur. Je n’ai pas pensé à… Comment dire ? Quand j’écrivais les chansons pour Sexorcism, je n’ai pas suffisamment réfléchi au processus. J’ai commis l’erreur de croire que n’importe quelle chanson pouvait être associée à n’importe quelle année et qu’il suffisait juste d’adapter le son, mais ça ne fonctionne pas comme ça ! Je l’ai vite réalisé. C’est pourquoi j’ai décidé de faire Sexorcism tel qu’il est aujourd’hui, comme un album de rock ou de metal normal, si tu veux, en procédant comme nous l’avons toujours fait, et de garder l’idée pour l’album suivant. D’autant plus que Killection est le dixième album, donc ça paraît logique de faire quelque chose de spécial pour l’occasion.

C’était la première chose, mais en ce qui concerne le pourquoi j’ai voulu que nous fassions un album comme celui-ci, c’est parce que maintenant, ça fait neuf albums déjà, ou dix en fait… Je ne sais pas si ça vaut pour les autres groupes mais pour nous c’est clairement le cas : j’écris plein de choses tout le temps. Généralement, un album de Lordi est constitué de dix chansons – ou onze, ou douze, peu importe – et ça signifie que j’ai mis de côté vingt ou trente chansons parce qu’il n’y a pas assez de place. La plupart du temps, parmi ces vingt ou trente chansons, il y en a certaines que tout le monde trouve géniales mais elles ne collent pas au son de l’album, alors on les écarte. Ça arrive souvent et c’est toujours merdique. Sur le nouvel album, prenons l’exemple de « Zombimbo », qui est une chanson disco : j’aurais facilement pu faire ce type de chanson pour To Beast Or Not To Beast, et alors, en écoutant la démo, tout le monde aurait pensé : « C’est une super chanson mais ça ne convient pas à l’album. Ça ne marchera pas avec le son, le côté metal, etc. » Ça m’a tellement énervé et frustré, j’en ai eu tellement marre qu’à chaque fois qu’on fait un album, on est un peu esclaves du son et de la production, alors que ce devrait être l’inverse. La chanson devrait passer en premier, en choisissant les chansons qu’on trouve être les meilleures, et ensuite le son de la production devrait s’adapter à ça. Evidemment, ça va sans dire et c’est comme ça que ça devrait se passer, mais nous en tout cas, nous n’avons jamais procédé ainsi. Nous avons toujours procédé en sens inverse : « Oh ouais, ça ne collera pas à l’album… » C’était donc une des raisons derrière cette idée : « Merde, allons-y ! Allons jusqu’au bout de la démarche. Pour une fois, choisissons les chansons qui sont vraiment… » Les chansons d’abord et la production ensuite.

Ceci nous mène à la troisième phase de l’idée. Comme je l’ai dit, j’avais déjà cette idée pour l’album précédent, donc maintenant, ça nous laissait beaucoup de temps entre l’écriture de Sexoricism et l’écriture de Killection. Durant ce temps-là, qui correspondait à un an et demi ou deux ans, peu importe, l’idée n’a cessé de prendre de l’ampleur dans ma tête. Donc j’ai pensé : « Allons-y à fond, faisons-le à cent dix pour cent, essayons de faire une compilation imaginaire, en faisant en sorte que le son et la production soient les esclaves des chansons. Essayons de créer un son crédible pour chaque année d’où les chansons sont censées provenir. » Et voilà. Tu avais une question courte, mais c’est une longue réponse ! [Rires]

Vous avez donc essayé de faire en sorte que chaque morceau sonne aussi authentique que possible pour les années 70, 80 et 90. Qu’est-ce que ça a impliqué pour le groupe de faire ceci, niveau composition ? Est-ce que vous vous êtes replongés dans certains albums de ces décennies pour analyser en détail comment ils faisaient et produisaient de la musique ? Est-ce que ça a nécessité un travail de recherche ?

Tu as raison. Je suis un énorme fan de Kiss et évidemment, ça s’entend. Si on peut entendre l’influence de Kiss sur un album de Lordi, c’est bien celui-ci. Je suppose que chaque fan de Kiss… Si un fan de Kiss sait jouer ne serait-ce qu’un tout petit peu de guitare, il peut jouer des riffs et des chansons de Kiss. Il peut prendre une guitare acoustique, boire quelques bières avec des amis et commencer à jouer « Cold Gin », « I Was Made For Loving You », « Hard Luck Woman » ou autre. J’ai réalisé qu’en fait, même si tu sais jouer ces chansons, la façon dont elles sont vraiment jouées dépend de l’année et de la décennie. Le truc, c’est que j’ai passé en revue… Par exemple, pour la chanson de 75, qui s’appelle « Blow My Fuse » sur cet album Killection, j’ai commencé à écouter certaines références et à écouter les trois premiers albums de Kiss, puis du Black Sabbath, puis du Alice Cooper, et j’ai commencé à écouter ces chansons sous un jour totalement différent, avec une oreille neuve : comment ces chansons sont-elles stratifiées ? Quelles sont les couches ? Comment la batterie est-elle jouée ? Que fait la basse ? Comment les guitares interagissent-elles avec les différents instruments, et le clavier, et ainsi de suite ? J’ai énormément appris. Je pensais connaître ces chansons par cœur, mais maintenant, après avoir étudié ça, j’ai réalisé que non.

« Je trouve qu’on a perdu quelque chose à cause de la technologie et du numérique, car les possibilités aujourd’hui sont infinies. Pas forcément quand on fait de la musique mais quand on l’enregistre, on a un peu perdu la tête, d’une certaine façon [petits rires]. »

Par exemple, dans les années 70 – et ça ne concerne pas que Kiss, ça vaut pour tous les artistes, tous les groupes – la batterie partait dans tous les sens. Tous les roulements de batterie sont assez fous et désorganisés. Ce sont plus comme des sessions d’improvisation [chante un roulement de batterie]. Les lignes de basse dans le rock et le hard rock des années 70 sont généralement assez vives, elles partent dans tous les sens [chante une ligne de basse], il s’y passe plein de choses. Mais quand on arrive aux années 80, tout d’un coup, la batterie est vraiment [chante une plan de batterie très basique]. Ils ne font plus rien de spécial, c’est très strict, presque militaire, et puis la basse fait seulement [chante une ligne de walking bass très simple], grosso modo sur une note, tandis que les guitares reçoivent plus d’attention. Les guitares sont de plus en plus disposées en plusieurs couches. C’est toutes ces petites choses, et ça a énormément changé. Quand tu regardes les années 70, par exemple, quand tu dissèques les chansons de rock et analyses comment elles étaient jouées, les différences entre, disons, 1975 et 1979 n’étaient pas aussi importantes qu’entre 1985 et 1989. Donc quand sont arrivées les années 80, le rock a commencé à changer de plus en plus vite en termes de style, et de manière de jouer les instruments et d’arranger les chansons.

Désolé, encore une fois, une courte question mais une longue réponse ! [Rires] Mais oui, j’ai fait beaucoup de recherches sur des musiques que je connaissais déjà – ou croyais connaître – mais en fait, je connaissais que dalle et j’ai compris comment ça devait se faire. Si tu essayes d’écrire une chanson en voulant donner l’impression qu’elle date, disons, de 1983, pour que ce soit crédible, tu ne peux pas faire des trucs qui n’auraient pas été faits en 83. Tu ne peux rien faire qui a été fait en 1993, parce que ça n’avait pas encore été inventé ou tu ne peux pas vraiment faire quelque chose qui a été fait en 1973, parce que ça aurait été embarrassant à l’époque de faire quelque chose d’aussi vieux jeu. Je croyais connaître mes putains de morceaux préférés de toutes ces décennies, mais en fait non ! J’ai réalisé qu’il y avait un tout autre aspect derrière la musique, dans la manière dont elle est créée et arrangée suivant les années et les décennies. Je conseille vivement à tout le monde, s’ils aiment un groupe ayant une longue histoire qui s’étend sur plusieurs décennies, d’écouter les vieux morceaux et de commencer à vraiment écouter ce que fait la basse, ce que fait la batterie, ce que font les guitares et ainsi de suite. Vous découvrirez un autre monde. Evidemment, vous connaissez ces chansons, mais quand vous écoutez à analyser ce qu’ils font, comment c’était fait à l’époque, vous pourriez bien être surpris !

La nature même de cet album fait qu’il est très varié, en termes de chansons et de production. Vous avez enregistré dans sept studios différents en Finlande, vous avez loué des amplis et instruments vintage, et vous avez utilisé différentes méthodes d’enregistrement. C’est une approche vraiment authentique mais ça a dû aussi être épuisant et exigeant. Peux-tu nous parler de ces expériences de studio ?

Tu l’as dit, d’une certaine façon. D’un point de vue logistique, ce n’était pas un album facile [petits rires], mais d’un autre côté, c’était… Je ne dirais pas que c’était dur, ce n’était pas difficile. C’était compliqué mais, à la fois, c’était gratifiant. C’est vraiment cool d’aller en studio pour n’enregistrer que deux ou trois chansons, et ensuite, tu as une ou deux semaines de pause, alors qu’habituellement, tu passes deux ou trois mois entiers en studio. C’est complètement différent, tu te concentres sur seulement une, deux ou trois chansons à la fois. Evidemment, vu que tu fais ça dans plein d’endroits différents, ça signifie que ça sera étalé sur une plus longue période de temps. Durant la période d’enregistrement, nous jouions encore sur des festivals avec notre ancien bassiste Mister Ox, et le lendemain, nous allions en studio avec notre nouveau bassiste Mister Hiisi. C’était donc une combinaison des deux mondes et, en plus de ça, nous étions déjà en train de concevoir les nouveaux costumes et masques ! C’était un été très chargé, car tous les jours nous changions de casquette. C’était genre : « Oh d’accord, donc aujourd’hui je me concentre sur ci et sur ça… » Et même avec le travail en studio, tu finis les chansons, disons des années 70 et une semaine plus tard, tu enregistres quelque chose censé dater de 1991 dans un studio complètement différent, avec des personnes complètement différentes, un son complètement différent et tout.

Mais c’était super marrant ! Je vais te dire quelque chose : c’était tellement cool que ça sera dur pour moi de revenir à l’ancienne méthode d’enregistrement des albums, parce que c’était bien trop amusant à faire. L’une des choses qui me tapent sur les nerfs, c’est quand on travaille sur une chaîne de production et soyons honnêtes, la manière dont les albums sont enregistrés aujourd’hui, c’est comme sur une chaîne de production : le batteur y va en premier, il joue ses parties, ça prend cinq, quatre ou trois jours, peu importe, puis il repart chez lui et il ne verra jamais les autres gars du groupe. Puis le bassiste arrive, joue pendant trois ou quatre jours tout l’album, puis repart à la maison, et il ne croisera jamais le guitariste. Puis le guitariste arrive, et ainsi de suite. Tout le groupe va dans le même studio mais personne n’y est en même temps. Nous ne le faisons pas mais je sais que plein de groupes le font : ils enregistrent leurs parties dans leurs studios personnels, avec leur ordinateur portable ou autre, parce que la technologie est devenue super bonne. Du coup, ils ne font qu’envoyer les fichiers au studio et ensuite, il y a un producteur qui assemble le tout. La méthode de la vieille école était bien plus amusante ! Le groupe est là, il est présent et tout le monde se concentre.

« Parfois, les petites erreurs qu’on commet dans la musique, c’est le sel et le poivre des chansons. Ces petites erreurs ou ces petits heureux accidents, comme dit Bob Ross, font en fait que les choses sont intéressantes et vivantes. Si on corrige, nettoie et lustre tout, alors il n’y a plus de couille, il n’y a plus de sueur, il n’y a plus… Tout est tout d’un coup très robotique. « 

Tout comme tu as comparé les manières de composer de ces époques, comment comparerais-tu les expériences de studio des années 70, 80 et 90 ?

Evidemment, nous vivons en 2020 maintenant. J’aurais aimé pouvoir voyager dans une machine à remonter le temps pour vraiment enregistrer en 1989 ou autre, mais je pense que la plus grande différence entre les studios cette fois était pour les chansons des années 70. Comme tu l’as dit, nous avons loué des instruments vintage pour ces chansons et nous sommes allés dans un studio à Tampere, en Finlande, et ce studio revendique fièrement d’être entièrement analogique. C’est tellement old school que c’est à peine croyable ! Ils n’ont strictement aucun gadget numérique. Tout est enregistré sur une table de vingt-quatre pistes – ou trente-six, peu importe – et il n’y a que des micros, des amplis, du matériel datant, pour les plus récents, des années 80, c’est tout. Il n’y a rien de numérique là-bas. C’était vraiment hyper-cool d’enregistrer avec de vieux microphones, une batterie vintage, des amplis vintage, des enceintes vintage, et de faire ça sur bande. Si tu fais une erreur, l’erreur est enregistrée sur la bande. La seule manière de corriger, c’est de tout rejouer. Ça participe au son aussi, ces petites erreurs. Tout n’est pas corrigé par ordinateur, sur des écrans : « Peut-être que ce coup de caisse claire, on devrait le déplacer de deux millisecondes à gauche. » « D’accord, voilà c’est fait, maintenant ça ressemble de nouveau à un robot qui joue. » En comparant ces expériences de studio, je dirais que les morceaux des années 70 ont été les plus amusants de tous à faire.

Aussi, quand tu enregistres sur bande, tu n’as que vingt-quatre pistes. Tu n’as pas un nombre illimité de pistes comme tu en as aujourd’hui sur les ordinateurs. Tu as le bouton « ajouter nouvelle piste », tu cliques, et tu as une nouvelle piste qui apparaît. Alors que quand tu as vingt-quatre pistes, il faut bien réfléchir à ce qui est important pour la chanson, de quoi a-t-elle vraiment besoin ? Donc il faut compter et calculer à l’avance : « Ok, il nous faut tant de pistes pour la batterie, puis il faut la basse, et ensuite la guitare… De combien de guitares a-t-on besoin ? De combien de pistes a-t-on besoin pour le clavier ? De combien de pistes a-t-on besoin pour les chœurs ? » Ça pousse à réfléchir sur les chansons. On est obligé de réfléchir. Qu’est-ce qui est important et qu’est-ce qui est inutile ? Donc tout ce qu’on utilise est très réfléchi. Evidemment, quand nous faisions les chansons des années 80 ou plus récentes, c’était plus facile parce que nous pouvions ajouter un peu plus de pistes, mais je dirais que c’était une belle expérience. A tous les artistes, à n’importe quel groupe, je dirais « s’il vous plaît, essayez », car ça boostera probablement des choses que vous aviez déjà oubliées. Car quand nous avons commencé, il y avait encore des enregistrements sur bande, donc c’était un peu un retour à nos racines, mais pour les plus jeunes qui enregistrent quelque chose, je leur conseille vivement de trouver un studio analogique et d’y aller avec leur groupe. Ça vous fait du bien, ça fait du bien au groupe, ça fait du bien aux chansons. Ça fait du bien à tout de bien réfléchir quand on n’a pas tout gratuitement.

Tu penses que ça manque aujourd’hui, dans la musique moderne ?

Oui, ça manque un petit peu, si tu y réfléchis. Je ne suis pas en train de dire que ça manque dans toutes les chansons et tous les albums de musique moderne, pas du tout, et puis la musique moderne d’aujourd’hui sera de la musique vintage dans vingt ans. Ce qu’on fait aujourd’hui sonnera super vieux dans vingt ans. Mais je trouve qu’on a perdu quelque chose à cause de la technologie et du numérique, car les possibilités aujourd’hui sont infinies. Pas forcément quand on fait de la musique mais quand on l’enregistre, on a un peu perdu la tête, d’une certaine façon [petits rires], car tout est tellement facile, on peut tout corriger d’un simple clic. On peut accorder… « C’est un peu faux ! » « Pas d’inquiétude, je corrigerai plus tard. » « Cette partie est bonne mais je pense que je l’ai mal jouée dans le second couplet. » « Pas d’inquiétude, je ferai du copier-coller. » Ça fait que c’est un peu trop facile, en fait. Donc oui, je trouve qu’il manque quelque chose et qu’on a perdu quelque chose en faisant ça. D’un autre côté, c’est l’époque qui veut ça.

Sur cet album, par exemple, il y a « Shake The Baby Silent », qui est censé dater de 95, et c’est censé sonner comme si les guitares étaient samplées en boucle, parce que c’est ainsi que la chanson aurait été faite en 1995. Et il y a la chanson « I Dug A Hole In The Yard For You », qui est une nouvelle chanson de 2019 et, bien sûr, quand nous enregistrions ce type de chanson, nous utilisions la technologie et les méthodes d’enregistrement actuelles. Il y a donc du copier-coller, il y a du ré-accordage numérique, il y a tous ces petits gadgets qu’on peut utiliser en studio, et tout le monde les utilise tout le temps ! Ce n’est pas qu’une mauvaise chose, bien sûr, parce que c’est le son d’aujourd’hui et c’est comme ça qu’on fait les choses aujourd’hui, mais à la fois, ce n’est pas que bien non plus. C’est un peu trop facile, je trouve, car parfois, les petites erreurs qu’on commet dans la musique, c’est le sel et le poivre des chansons. Ces petites erreurs ou ces petits heureux accidents, comme dit Bob Ross, font en fait que les choses sont intéressantes et vivantes. Si on corrige, nettoie et lustre tout, alors il n’y a plus de couille, il n’y a plus de sueur, il n’y a plus… Tout est tout d’un coup très robotique, très clinique. Malheureusement, c’est le cas aujourd’hui dans la musique moderne, mais c’est comme ça que c’est fait.

« J’adore à quoi ressemblaient les années 80, j’adore le style, j’adore l’allure qu’avaient les filles avec leur grande chevelure, j’adore l’allure qu’avaient les mecs avec leur grande chevelure, j’adore les couleurs néon, j’adore le côté flashy qui en met plein la vue, tout était exagéré et j’adore ces conneries ! Pour moi, les années 80, si on devait les résumer en une image, ce serait Dee Snider la bouche ouverte, avec E.T. et les Gremlins ! Ça, pour moi, c’est la génialitude poussée au maximum ! »

Tu as mentionné la chanson de 75 « Blow My Fuse ». Lordi a toujours eu un parfum des années 80 et 90, mais rarement des années 70. Est-ce que c’était dur de rendre hommage à cette décennie et d’imiter ce son sans sacrifier l’identité de Lordi ?

Non, ce n’était pas dur. Ces chansons des années 70 sont en fait les préférées du groupe, parce que c’était vraiment marrant à enregistrer et jouer, mais c’était aussi super marrant à composer. Ça change tout. Ce n’était pas dur, c’était vraiment l’éclate. J’écris plein de trucs, donc pour la plupart des époques, pour chaque chanson qu’on retrouve dans l’album, j’ai en réalité écrit approximativement deux à cinq chansons. Ça signifie que, par exemple, pour la chanson de 1975, il y a six autres chansons qui sont restées dans les tiroirs. Une fois que tu enclenches le mode et rentres dans l’état d’esprit d’une certaine époque pour écrire, alors tu dois écrire un peu plus, il ne faut pas juste s’arrêter dès que tu as terminé une chanson, car alors tu es parti, la machine est bien huilée, et tu peux faire ton choix : « Ok, peut-être que cette chanson est bien. » Donc dans le cas de la chanson « Blow My Fuse », le pont provient en fait d’une autre démo que j’ai faite. C’est une combinaison de plusieurs chansons des années 70 que j’ai écrites, mais c’est vraiment génial, j’ai adoré.

Malheureusement, nous avons retiré une chanson du CD, mais on la retrouve en bonus sur la version vinyle. C’est une chanson censée dater de 1977 qui s’appelle « Carnivore » – je sais que c’est la préférée de notre batteur Mana – mais nous l’avons laissée tomber parce que la différence de son entre 1975 et 1977 n’était pas énorme. Tu as entendu l’album maintenant, donc tu sais que je ne voulais pas avoir deux chansons qui sonnaient trop semblables sur le même album. C’est pourquoi c’est un titre bonus désormais. Mais en général, le son des années 70 n’a pas beaucoup changé ou pas très rapidement. Comme je l’ai expliqué plus tôt, entre 1975 et 1977, les albums de rock sonnaient plus ou moins pareil, il n’y a pas une grande différence dans le son des instruments ou de la production des albums, alors que si on compare entre 85 et 87, il y a un monde de différence, sans parler de 95 et 97. Les changements allaient bien plus vite à partir des années 80.

Etant fan de Kiss, doit-on voir « Zombimbo » comme le « I Was Made For Loving You » de Lordi ?

Evidemment, on peut remarquer les influences. « I Was Made For Loving You » en était une, c’est clair, comme tu peux l’entendre. C’est une chanson de disco rock. Mais il y a aussi un petit peu de Bee Gees là-dedans, un petit peu de Boney M, un petit peu d’Abba. Ce que Kiss a fait sur l’album Dynasty et sur la chanson « I Was Made For Loving You », c’est qu’ils ont joué ça comme le faisaient tous les groupes de disco. Donc ils arrangeaient les chansons de la même manière que les groupes de disc rock de l’époque. Si tu écoutes les chansons disco de la fin des années 70, et surtout les plus rock d’entre elles, tu entends qu’on y retrouve les mêmes éléments : la batterie est toujours plus ou moins pareille, jouée de la même façon, c’est-à-dire avec la grosse caisse et le tom basse qui martèle la même note, la basse qui joue toujours sur les octaves et au moins une guitare qui fait [chante un trémolo de guitare disco]. Donc il n’y a pas que « I Was Made For Loving You », mais deux cents autres chansons qui font la même chose. C’est l’époque qui voulait ça, mais évidemment, oui, « I Was Made For Loving You » est l’une des influences de cette chanson, absolument.

Tu es né en 1974. As-tu ressenti, à un moment donné dans ta vie ou ta carrière, la frustration d’avoir été trop jeune durant les années 70 pour en avoir profité ?

Oh oui. Putain oui ! J’aurais aimé naître dans les… Non ! J’ai failli dire que j’aurais aimé naître plus tôt mais je sais que non, en fait, parce que j’adore les années 80. Les années 80, c’est mon truc. C’est comme tout le monde, peu importe l’âge qu’on a aujourd’hui ou l’âge qu’on aura dans dix ou vingt ans : notre musique préférée est créée au moment où on a entre quinze et vingt ans. On repense toujours, pas à notre enfance, mais à notre adolescence. C’est là qu’on est le plus actifs par rapport à notre musique favorite, quand on grandit et qu’on acquiert notre personnalité. Ça signifie que, peu importe ce qu’on entend et ce qui est créé durant ces dix années – on peut dire de dix à vingt ans ou de quinze à vingt-cinq ans –, c’est ce qui devient notre musique préférée. Donc pour moi, ce sont les années 80, absolument.

En gros, ma musique préférée a été écrite durant les années 80 et quand on est arrivés aux années 90, tout d’un coup, ma musique préférée a commencé à disparaître parce que le monde de la musique changeait. Tous ces groupes qui, seulement quelques années plus tôt, jouaient des trucs très mélodiques, avaient l’air cool, avaient de longs cheveux, envoyaient la sauce, tout d’un coup, ont commencé à se couper les cheveux, à avoir l’air malheureux, à faire des trucs grungy ou plus metal, en étant très terre à terre, etc. Je n’ai jamais compris ça, je n’ai jamais accroché. J’aurais aimé que la fête continue jusqu’à aujourd’hui [petits rires]. Je sais que c’était il y a trente ans, mais pour moi, ça reste mes années préférées. Donc est-ce que j’aurais aimé être né plus tôt pour profiter des années 70 ? Oui… Mais ça aurait probablement impliqué que je n’aurais pas autant apprécié les années 80, donc non merci. J’aime mes années 80. Je suis un gosse des années 80.

« Je n’ai pas honte d’admettre que je ne suis plus du tout à la page. Par exemple, les réseaux sociaux et tout le côté numérique, je n’adhère pas du tout. Je n’ai jamais été sur Facebook de ma putain de vie, je n’ai jamais été sur Twitter, sur Instagram, toutes ces conneries, et je n’ai pas envie. Tous ces services de streaming comme Spotify, je n’ai jamais utilisé ça. Je ne le comprends pas, je ne l’accepte pas et je n’aime pas [rires]. »

Te demandes-tu parfois ce qu’aurait pu être la carrière de Lordi dans les années 70 ou 80 ?

Non, je ne me pose pas vraiment la question, mais je suppose qu’il y aurait eu beaucoup plus de compétition pour nous. Je pense que nous n’aurions pas pu percer, peut-être. Enfin, il y avait moins de groupes à l’époque… Comment dire ? Prenons les années 80 par exemple. Il y avait probablement cent groupes importants dans le monde à cette époque. Il se pourrait que ce soit même moins, genre cinquante groupes. Aujourd’hui, si tu compares ça à 2020, il y a probablement dans les deux mille groupes et c’est impossible de tous les connaître ! Je connais les sous-genres, et tout est devenu beaucoup plus vaste. Donc je pense que si Lordi avait existé dans les années 80 ou 70… C’est dur à dire. C’est une question intéressante ! Je ne sais pas. Peut-être que ça aurait été plus facile, peut-être que ça aurait été plus dur, peut-être que ça aurait été impossible [rires], ou peut-être que nous aurions joué dans des stades, je ne sais pas. C’est impossible de savoir. Mais nous sommes tellement influencés par les groupes des années 70 et surtout 80, pas seulement pour la musique, mais aussi visuellement et au niveau de l’image, que nous aurions été confrontés à une compétition bien plus féroce, je pense, si nous avions fait partie de ces groupes à l’époque. Quand nous sommes apparus officiellement en 2002, il n’y avait aucun autre groupe comme nous ! Evidemment, il y a toujours Kiss et Alice Cooper mais ce sont les grands noms, mais quand nous sommes apparus en tant que groupe, en gros, il y avait nous, Gwar, et c’est tout ! Il n’y avait pas tant de groupes qui jouaient le style de musique que nous jouions. Par exemple, nous étions très années 80 sur notre premier album, Get Heavy, et je ne pense pas qu’il y avait beaucoup de groupes qui faisaient ça au début des années 2000.

De façon plus générale, qu’est-ce que ces trois décennies – les années 70, 80 et 90 – représentent pour toi ?

Evidemment, je connais mes années 80. J’ai été élevé dans les années 80 et j’ai fait mes devoirs dans les années 80… Mais tu demandes de façon générale, donc pas juste musicalement. Donc de façon générale, les années 80 était une époque joyeuse. Tout était génial dans les années 80. J’aime toujours tout ce qui a été fait dans les années 80. J’adore le look qu’avaient les gens et à quoi ressemblait le monde dans les années 80. J’adore les films des années 80 ; enfin, pas forcément les scénarios [rires]. J’adore à quoi ressemblaient les années 80, j’adore le style, j’adore l’allure qu’avaient les filles avec leur grande chevelure, j’adore l’allure qu’avaient les mecs avec leur grande chevelure, j’adore les couleurs néon, j’adore le côté flashy qui en met plein la vue, tout était exagéré et j’adore ces conneries ! Pour moi, les années 80, si on devait les résumer en une image, ce serait Dee Snider la bouche ouverte, avec E.T. et les Gremlins ! Ça, pour moi, c’est la génialitude poussée au maximum ! C’est juste trop cool. Pour ce qui est des années 70, eh bien, évidemment, quand j’avais à peine six ans, on était déjà dans les années 80. Donc, pour moi, les années 70 c’est une période un peu plus sombre, car j’étais un putain de bébé [rires]. Des années 70, la chose dont je me souviens, c’est le Muppet Show, dont je suis encore super fan aujourd’hui. Je suis un énorme collectionneur de marionnettes. Donc pour moi, les années 70, c’est très obscur, d’une certaine façon. Tout notre monde est beaucoup plus petit quand on est plus jeunes. Donc, je dirais le Muppet Show ! [Rires] C’est la première chose qui me vient à l’esprit, et ma mère et mon père, ma maison d’enfance, ce genre de truc.

Quand on est arrivés aux années 90, c’est là que les choses ont commencé à se détériorer. Je n’ai pas aimé grand-chose dans ce qui est sorti dans les années 90. Je n’ai pas aimé la direction que prenaient la musique en général et le rock en particulier. Les mélodies et les harmonies des années 80 me manquaient. C’est un fait bien connu que le thrash, le speed metal et surtout le grunge ont tué mes vieux groupes préférés des années 80. Tout d’un coup, il n’y avait plus de place pour des groupes comme W.A.S.P. et Twisted Sister, même si W.A.S.P. et plein d’autres groupes ont continué, mais ils ont changé avec le temps. Twisted Sister a arrêté. Des groupes comme Kiss ont continué et ont changé, mais le changement, pour moi, personnellement, n’était pas forcément une bonne chose, car je n’aimais pas le… Les putains de couleurs vives et les néons me manquaient. Pour moi, les années 90 sont une période où tout est devenu un peu trop sérieux, tout est devenu un peu trop gris, et noir et blanc, et tout devait être : « D’accord, soyons adultes maintenant. La fête est finie, soyons sérieux. » J’emmerde ces conneries ! Je n’aime pas ça. Je n’aimais pas à l’époque et je n’aime toujours pas aujourd’hui.

La seule chose qui était bien dans les années 90, pour moi, en fait, c’était la reformation de Kiss, même si… En tant que fan de Kiss, je dois te raconter ceci : mes albums préférés de Kiss sont en fait Revenge et Carnival Of Souls, qui étaient les deux derniers albums sans maquillage et dont le style est assez grunge, mais musicalement, putain, j’ai adoré ces albums et je les adore toujours. Ils sont clairement dans mon top cinq des albums de Kiss. Mon album préféré de Kiss, il est clair que c’est Destroyer, mais musicalement, j’ai vraiment aimé Revenge et Carnival Of Souls, car les chansons sont vraiment géniales. Gene – et Paul, mais surtout Gene – est au top ! Il est tellement cool, il sonne tellement parfait, je trouve. Je sais qu’il y a plein d’avis à ce sujet mais pour moi, selon mes goûts, c’était musicalement le sommet. Et Rob Zombie. Quand Rob Zombie a décidé de quitter White Zombie pour partir en solo, il a atteint un sommet. Même si ça manquait de mélodie, il a remplacé ça par de grosses putains de couilles, avec la simplicité, et j’ai adoré ça. Donc Rob Zombie et la reformation de Kiss et ces deux albums de Kiss, ce sont les meilleures choses des années 90. J’ai du mal à trouver autre chose de bien dans les années 90.

« J’ai peur de ce qui va arriver dans cinq ou dix ans, s’ils arrêtent de produire ces choses que j’adore. Si je suis obligé de passer en tout numérique, mon cerveau va exploser. Je n’ai pas envie ! »

Il y a beaucoup de nostalgie de nos jours associée à ces décennies, alors que les années 2000 et 2010 ne semblent pas tellement marquer l’esprit collectif, en tout cas pas encore et pas à un tel niveau. Comment l’expliquer ?

Je ne sais pas ! Je ne sais pas comment l’expliquer. Je ne peux que parler pour moi, évidemment. Je vais avoir quarante-six ans dans un mois, mais j’ai toujours l’impression d’en avoir seize. Pour moi, les vingt dernières années sont passées d’un claquement de doigts. J’ai toujours l’impression que le monde n’a pas tellement changé en vingt ans, contrairement à la façon dont il a changé, à mes yeux, lors des vingt années précédentes. Je n’arrive pas à croire que trente ans se soient écoulés depuis la fin des années 80 ! C’est genre : « Bordel ?! » Tout le monde entend ça de la part des personnes plus âgées dans sa famille, depuis qu’on est nés, notre grand-mère, notre grand-père, notre père ou autres disent : « Mais quand tu seras plus vieux, tu commenceras à réaliser que le temps passe très vite. Les dix dernières années sont passées en un clin d’œil. » Quand tu as vingt ans, tu ne comprends pas, tu dis : « Tu me racontes des conneries papy, va te faire foutre. » Quand tu as vingt ans, tu repenses aux dix années passées, à quand tu avais dix ans et évidemment, c’est toute une vie. Tout change, tout est plus grand, d’une certaine façon, si bien que même le temps est plus long, plus grand et plus vaste quand on est plus jeunes, mais tout d’un coup, je ne sais pas ce qui se passe, mais à chaque décennie ça s’accélère.

Je n’ai pas honte d’admettre que je ne suis plus du tout à la page. Par exemple, les réseaux sociaux et tout le côté numérique, je n’adhère pas du tout. Je n’ai jamais été sur Facebook de ma putain de vie, je n’ai jamais été sur Twitter, sur Instagram, toutes ces conneries, et je n’ai pas envie. Tous ces services de streaming comme Spotify, je n’ai jamais utilisé ça. Je ne le comprends pas, je ne l’accepte pas et je n’aime pas [rires]. Je pense que je vis un peu dans la nostalgie [petits rires]. Je suis comme ça. Je n’aime pas les nouvelles choses [rires]. Tout était mieux dans le passé ! [Rires] Mais bref, j’ai déjà oublié ce que tu m’as demandé, mais peu importe !

Un autre fait intéressant est que ces époques se sont presque construites en opposition ou même en rejet de l’époque qui la précède, comme les années 90 qui étaient un rejet clair des années 80. Et ça peut expliquer pourquoi les artistes dans ces décennies étaient si innovants – que ce soit dans la musique ou dans le cinéma –, car ils rejetaient le passé ou, au moins, cherchaient à surpasser ce qu’ont fait leurs aînés. Ne crois-tu pas qu’on respecte et idolâtre un peu trop le passé aujourd’hui ?

Non, on ne peut pas trop idolâtrer le passé ! [Rires] Ce que l’on vit aujourd’hui, en 2020, si on saute dans le futur, en 2030 et 2040, ce sera ça l’époque vintage. Tout ce qui se passe dans le monde aujourd’hui, peu importe ce qui a été fait, on verra ça comme étant vintage et ce sera de vieux trucs qu’on regardera avec nostalgie. Je trouve ça vraiment drôle quand j’entends des histoires sur cette génération Y, ceux qui sont nés après les années 2000, qui sont dans la vingtaine maintenant et qui se souviennent de leur enfance en 2005 ou 2006, je suis là : « C’est quoi ce bordel ?! » Tous ces gens qui se souviennent des années 90 quand ils étaient enfants et regardaient les dessins animés de l’époque… Tout le monde a sa propre décennie qui lui rappelle son enfance, et c’est à ça qu’on repense avec nostalgie : « Oh, c’était la bonne époque, tout était mieux. » Et personnellement, j’ai du mal à comprendre comment les années 90 pourraient avoir été meilleures que les années 80, mais d’un autre côté, je n’étais pas enfant à l’époque, donc… [Rires].

Ecoute, de temps en temps, à chaque décennie, il y a quelqu’un qui fait quelque chose de génial et d’intemporel. Si on prend les films, par exemple, on a eu Shining, Alien, E.T., les premiers Star Wars, les Retour Vers Le futur, et si tu viens des années 90, il y a Terminator 2, Jurassic Park… Par exemple, rien que dans les films, dans chaque décennie il y a un, deux ou trois films réalisés qui sont intemporels et qu’on peut revoir des décennies plus tard en se fichant de savoir que ça a été fait avant notre naissance. Ils sont toujours géniaux et ils fonctionnent toujours bien. C’est pareil avec la musique et les groupes. Il y a des choses qui deviennent des classiques pour une bonne raison. Elles sont intemporelles. Ce n’est pas lié au son ou à l’image de l’époque. C’est tellement bon, que ce n’est pas enchaîné par le temps, d’une certaine façon. Je suis sûr que cette année, l’année dernière, les dix dernières années, il y a des choses qui ont été faites et dont on se souviendra dans vingt ans, genre : « Oh mon Dieu, c’est un putain de classique ! » Maintenant, évidemment, c’est tout nouveau, peu importe ce que c’est, on se dit : « C’est quoi ce truc ? » Mais dans vingt ans, on sera là : « Bon sang, le film Joker, c’est un putain de classique. »

Ce que je veux dire, c’est qu’on vit actuellement un véritable vent de nostalgie, avec tous les remakes au cinéma, le succès de séries comme Stranger Things, etc. En étant aussi nostalgiques, est-ce que ça ne nous empêche pas d’être aussi innovants que les artistes l’étaient dans les années 70, 80 et 90 quand cette nostalgie n’existait pas vraiment ?

Bonne remarque, mais d’un autre côté, tout est influencé par quelque chose qui a déjà été fait. Evidemment, il y a toujours une première fois à tout. On peut remonter le temps et voir quand quelqu’un a donné naissance à la première idée, mais je ne crois pas que la nostalgie soit une mauvaise chose. Quand on innove, on est quand même influencés par quelque chose, on combine des choses qu’on entend ou vit. Quoi qu’on fasse, c’est le produit de nos expériences. En fait, je pense que l’art n’est pas moins innovant aujourd’hui qu’il y a dix ou trente ans. Il y a toujours des racines dans le passé, d’une manière ou d’une autre. Encore une fois, prenons les films : par exemple, j’ai mentionné Retour Vers Le Futur. Quand ils vont dans le passé, ils vont dans les années 50 ou 60, donc c’était déjà une expérience nostalgique pour les enfants des années 50 quand on était dans les années 80. C’est arrivé de tout temps : tu repenses au passé, tu y puises quelque chose et tu en fais une nouvelle version.

« Je peux facilement passer trois semaines sans aller sur internet. Pour moi, la meilleure chose sur internet, c’est le porno [rires]. La seule chose pour laquelle j’ai besoin d’internet, c’est le porno pour me branler, c’est tout ! »

Par exemple, mon groupe Lordi, c’est une combinaison de toutes ces choses que j’adore, donc oui, il y a beaucoup d’influence de films d’horreur, surtout ceux des années 80, il y a beaucoup d’influence de groupes comme Kiss, Alice Cooper, Twisted Sister, etc. Sans ces influences, est-ce j’aurais eu ce groupe et est-ce qu’il sonnerait comme il sonne ou aurait l’air de ce dont il a l’air ? Est-ce que je serais assis là à faire cette interview ? Je ne crois pas, et c’est parce que j’adore quelque chose qui s’est produit dans le passé que j’ai voulu reprendre en grandissant, mais avec Lordi, je n’ai rien copié chez mes idoles, c’est juste ma propre version. Donc je crois que ça vaut pour tout. Donc ces moments quand quelqu’un trouve une idée complètement originale sont extrêmement rares. Ça n’arrive qu’une fois par décennie, et ça n’arrive pas forcément dans la musique, ou même dans l’art. Ce sont des moments historiques qu’on ne peut reconnaître que vingt ou trente ans plus tard.

Dans l’album, vous avez recréé de fausses émissions de radio en tant qu’interludes. Dans le temps, les radios jouaient un grand rôle pour promouvoir les groupes et les artistes. Quel est ton attachement au média radio et quel est ton sentiment sur son évolution ?

Tout d’abord, toute l’idée de ces interludes radiophoniques, c’est un petit hommage. C’est influencé par Trick Or Treat, le film d’horreur des années 80 dans lequel Ozzy Osbourne et Gene Simmons ont fait de brèves apparitions. Je n’aime pas les podcasts, car comme je l’ai dit, je ne suis pas à l’aise avec notre époque moderne et numérique. J’ai envie d’allumer la radio et de simplement écouter ce qui y est diffusé. Je n’ai pas envie de choisir ce que je veux écouter, je veux que quelqu’un d’autre choisisse de la musique pour moi. En choisissant une station radio, je sais s’ils y jouent le genre de musique que j’aime. Je veux être servi, je ne veux pas faire le boulot de recherche du contenu que je veux entendre, je veux être diverti. Je veux me poser à une table au restaurant, quelqu’un m’apporte le menu et me dit : « Voici les stations de radio, que voulez-vous aujourd’hui ? » « Je veux écouter du rock. » « D’accord monsieur, voici votre steak ! » J’utilise toujours la radio à l’ancienne, je n’écoute pas les podcasts.

Quand je raconte ça aux gens, ils ne se rendent pas compte à quel point je suis de la vieille école. En général, ils demandent : « As-tu écouté tel podcast ou vu ceci en streaming ? » Mais non, je n’ai pas écouté ou vu ! Je ne vis pas dans le monde moderne d’aujourd’hui [rires]. J’écoute la radio quand je suis dans ma voiture en conduisant. Je n’écoute que les stations que je sais jouer le genre de musique qui me plaît. Jamais de ma vie je n’ai été sur un site web, le site d’une radio ou sur une sélection de podcasts… Les gens ne réalisent pas qu’il y a d’autres gens comme moi qui ne vivent pas avec leur temps. Par exemple, j’achète toujours mes albums. Je vais physiquement dans un magasin de disque et j’achète l’album que je veux écouter. Je ne vais pas sur internet pour écouter des putains de clips ou sur YouTube pour écouter l’album gratuitement. L’idée d’avoir de la musique uniquement dans mon téléphone, sans la posséder physiquement est un cauchemar ! Ça ne me va pas, je ne possède pas vraiment la musique quand je n’ai pas l’album physique. Je suis un énorme fan de cinéma, je regarde des films constamment, j’adore tout type de film, mais je n’utilise aucun service de streaming. Je n’ai pas Netflix, j’achète mes Blue-Ray et DVD physiquement et je ne les achète pas en ligne, je vais au magasin et je les obtiens en format physique [petits rires]. Voilà à quel point je suis vieux jeu. J’ai peur de ce qui va arriver dans cinq ou dix ans, s’ils arrêtent de produire ces choses que j’adore. Si je suis obligé de passer en tout numérique, mon cerveau va exploser. Je n’ai pas envie !

Tu as déclaré que « dans les années 80, dans les textes, tout était question de rébellion et de se dresser contre l’autorité ». Te considères-tu comme un rebelle, surtout en étant aussi vieux jeu ?

C’est un point de vue intéressant ! Je ne me considère pas comme un rebelle mais parfois j’ai l’impression que certaines personnes me voient comme un rebelle. J’ai ce sentiment de la part de certaines personnes de temps en temps : « Allez, pourquoi est-ce qu’il faut que tu sois aussi difficile ? Allez ! » C’est le genre de réaction que j’obtiens des gens parfois. Je ne me considère pas comme un rebelle, pas du tout, mais je pense que certaines personnes me considèrent peut-être comme tel. Je vais te donner un exemple : quand les gens m’envoient des e-mails, je ne les lis pas, à moins que la personne m’appelle et me dise de regarder mes e-mails. Mais si tu m’envoies un e-mail et que tu ne reçois pas de réponse, ça veut dire que tu ne m’as pas appelé pour me dire de regarder mes e-mails. Si personne ne m’appelle, je ne regarde pas. Je peux facilement passer trois semaines sans aller sur internet. Pour moi, la meilleure chose sur internet, c’est le porno [rires]. La seule chose pour laquelle j’ai besoin d’internet, c’est le porno pour me branler, c’est tout ! Quand les gens demandent : « Je peux avoir ton e-mail ? » Je réponds : « Non. » « Tu es sur Facebook ? » « Non. » « C’est vraiment dur de te contacter ! » Si tu me connais, tu as mon numéro de téléphone et tu peux m’appeler. Voilà à quel point je suis vieux jeu. Et pourtant je ne suis pas si vieux que ça ! J’ai plein d’amis qui ont vingt ou vingt-cinq ans de plus que moi et ils sont tous sur les réseaux sociaux et toutes ces conneries, mais pas moi et j’ai bien peur que je n’y sois jamais. Quand le monde changera encore plus, je vais probablement devenir un putain d’ermite, je serai complètement marginal et personne ne me contactera plus, car je refuse de vivre avec mon temps [rires]. C’est une grande possibilité !

« Quand le monde changera encore plus, je vais probablement devenir un putain d’ermite, je serai complètement marginal et personne ne me contactera plus, car je refuse de vivre avec mon temps [rires]. »

Cet album introduit votre nouveau bassiste Hiisi. Penses-tu qu’il ait apporté du sang frais dans Lordi ?

Absolument ! Dans tous les groupes et en particulier celui-ci, chaque nouveau membre change, d’une manière ou d’une autre, l’alchimie. Heureusement, c’est généralement pour le meilleur. Il y a toujours une raison pour que quelqu’un quitte un groupe ou pour qu’on lui demande de partir. Généralement, quand quelqu’un de nouveau arrive, il apporte un bon changement. Est-ce que Hiisi a apporté du changement quand il est arrivé ? Absolument ! Il est nouveau dans la famille Lordi, il a encore toute son innocence à cet égard. Il apporte de l’énergie parce que tout est nouveau pour lui dans le monde de Lordi, donc il est surexcité et son excitation et son enthousiasme sont contagieux. Ça te donne une énergie et une endurance supplémentaires. Je retrouve un peu comment j’étais en 2002, par exemple, quand tout était nouveau et excitant. Il a maintenant fait deux concerts avec nous, il y a de l’énergie et il nous transmet un peu de son excitation et son stress. Non seulement ça, mais son jeu aussi est complètement différent de celui d’Ox. Ox était un vrai bœuf, un putain de taureau. Quand Ox joue, il joue tout super fort. C’est comme un rouleau compresseur ou un monster truck. Mais quand Hiisi est arrivé, son jeu était bien plus subtil et sophistiqué, d’une certaine façon. Il y a bien plus de variété dans sa manière de jouer comparée à celle d’Ox. Ce n’est pas mieux ou moins bien, c’est juste différent. Ça a changé le son du groupe et toute son alchimie. C’est arrivé à chaque fois. Quand Mana a remplacé Otus et Kita, tout notre style et notre façon de jouer ont changé. Pareil avec les changements de claviéristes, passant de Enary à Awa et de Awa à Hella, ça a changé tout le son et les arrangements.

Ce n’était pas difficile pour Hiisi de rejoindre le groupe sur un projet aussi ambitieux que cet album ?

Eh bien, il faudrait sans doute que tu lui poses la question ! Je ne sais pas si c’était difficile pour lui. Quand je l’ai appelé, c’était probablement le lendemain du jour où Ox a dit qu’il voulait partir et nous avons convenu qu’il jouerait lors des festivals d’été et ferait tous les concerts que nous avions déjà calés et annoncés. Le lendemain, j’ai appelé Hiisi, c’est le premier gars qui m’est venu à l’esprit et il a dit oui. C’était une transition très facile. Mais le pauvre, il faut que je te raconte un truc pour lequel je suis désolé… Quand il est venu à la salle de répétition, le groupe était là et nous avons joué cinq ou six chansons, tout le monde disait : « D’accord, très bien. Cool. On t’appellera. » Quand il est parti, nous avons décidé que ce serait notre nouveau bassiste. Mais ensuite, un mois ou un mois et demi est passé et j’ai oublié de le rappeler pour lui dire qu’il était dans le groupe, car je pensais que c’était clair [petits rires]. Mais pour lui, ce n’était pas clair, car personne ne lui avait dit qu’il était dans le groupe. A l’époque, j’étais occupé à écrire la nouvelle musique pour cet album, donc c’était juste un autre truc que j’avais coché dans ma liste de choses à faire. « On a besoin d’un nouveau bassiste : validé ! On a un nouveau bassiste. » Et j’ai oublié de l’appeler. Un mois ou un mois et demi plus tard, il a appelé et a dit : « Ça en est où par rapport à mon intégration au groupe ? Car personne ne m’a appelé. » « Oui ! Désolé mec, tu es dans le groupe ! Ça fait déjà un putain de mois que tu es dans le groupe ! » [Rires] Parfois tu prends les choses pour acquises et tu ne t’en rends pas compte !

Votre précédent bassiste, Ox, a quitté le groupe l’an dernier parce qu’il avait besoin de faire autre chose dans la musique. Tu l’avais vu venir ?

Non, je ne l’ai pas vu venir. Le plus étrange à ce sujet, c’est qu’il nous a dit que ça faisait un an et demi voire deux ans qu’il y pensait. Evidemment, il y avait quelques tensions dans l’air de temps en temps, mais c’est toujours le cas. Ça vaut pour tous les groupes, c’est comme un mariage avec cinq personnes ! Donc bien sûr, ça ne peut pas être tous les jours le beau temps, tout le monde est heureux, avec des putains de fleurs et des ballons ! Avec le recul, on peut maintenant voir que peut-être il voulait faire autre chose ou faire quelque chose en plus. Surtout quelque chose plus librement. Je sais que ce groupe est une cage, c’est une prison. Tout ce groupe en tant qu’entité, avec son image, ne permet pas à un membre de faire autre chose à côté en tant que personne civile. Ce n’est pas possible, je ne l’accepterais pas, tout ce monstre qu’est Lordi ne l’accepterait pas, ça ne marcherait pas. Il voulait faire quelque chose de plus et faire des trucs plus librement, et je le comprends et l’accepte complètement. Mais est-ce que je l’ai vu venir ? Non. Ce qui est drôle, c’est que certains des gars de l’équipe qui nous accompagne depuis des années l’ont vu venir, ils n’ont pas été surpris. D’un autre côté, ils ne sont pas dans le cercle restreint, ils nous croisent en tournée, lors de concerts et ce genre de chose, mais ils ne font pas partie du cercle de cinq personnes, donc c’était probablement plus facile pour eux de voir qu’il voulait faire autre chose. Mais pour moi, c’était une énorme surprise.

« Si la valise contenant le costume de Mr. Lordi se perd pendant un vol ou à un aéroport, ça signifie que Mr. Lordi n’est pas là. Je suis là, la personne à l’intérieur du costume, à l’intérieur de Mr. Lordi est là, mais si le costume et les masques n’arrivent pas, ça signifie que Mr. Lordi n’est qu’à moitié là [et] nous ne pourrions pas faire le concert. »

Tu viens de dire que tu ne permettrais pas qu’un membre du groupe fasse quelque chose sous son nom. Mais Amen a son propre projet, Amen-Ra’s Dynasty, n’est-ce pas ?

Amen reste Amen. Il fait quelque chose en tant qu’Amen. En fait, Mr. Lordi pourrait faire quelque chose en tant que Mr. Lordi. Mais si quelqu’un veut faire quelque chose plus librement en tant que personne civile, c’est là qu’il y a un problème, ça gâche tout le truc. Amen, Mr. Lordi, Hiisi, Hella ou Mana peuvent faire tout ce qu’ils veulent tant qu’ils restent Amen, Mr. Lordi, Hiisi, Hella ou Mana. Techniquement, ça veut dire par exemple qu’Ox, qui voulait jouer avec d’autres groupes et d’autres gens, aurait dû constamment porter le costume d’Ox. Si quelqu’un veut un projet parallèle, il doit mettre le costume pour pouvoir le faire. C’est assez stupide ! Disons que nous faisons une pause de quelques mois et quelqu’un dans Lordi veut se joindre à un groupe d’amis et faire quelques concerts en club, simplement jammer publiquement. On ne peut pas faire ça, ou alors il faut être Ox et non la personne civile. C’est ça la différence. C’est pourquoi Amen, avec son projet Amen-Ra’s Dynasty, peut jouer avec d’autres gens et faire certains trucs personnels ; Amen est toujours Amen et ça ne pose aucun souci dans le monde de Lordi, ça ne lui cause aucun tort, ce n’est pas négatif. Si Amen l’avait fait en tant que personne civile, alors ça m’aurait posé un problème et Amen ne serait plus dans Lordi.

Donc aucune chance de voir Lordi se lancer dans une phase sans masque comme ça a été le cas pour Kiss ?

Non ! C’est une question qu’on nous posait toujours il y a quelque temps : « Est-ce qu’on verra Lordi sans marque ? » Non, pas publiquement, mais si tu viens au studio, c’est une surprise mais nous ne portons pas de costume et de masque quand nous sommes en studio à enregistrer l’album [rires]. Nous ne portons pas de masque et de costume quand nous composons les chansons, enregistrons les démos ou répétons en salle de répétition. Je crois que nous avons joué une fois à mon mariage, il y a environ quatorze ans, publiquement sans maquillage, mais évidemment, c’était seulement pour les convives. Lors des balances aussi, mais ça non plus, ce n’est pas un événement public. Donc y aura-t-il un Lordi sans masque ? Non. Il y a un Lordi sans masque qui existe tout le temps en coulisse. Mais quand nous sommes en public, si nous y allons avec des jeans et des T-shirts, ce n’est pas Lordi. Je sais que nous sonnons comme Lordi mais nous ne ressemblons pas à Lordi et ce n’est pas Lordi. J’utilise toujours la métaphore suivante : si la valise contenant le costume de Mr. Lordi se perd pendant un vol ou à un aéroport, ça signifie que Mr. Lordi n’est pas là. Je suis là, la personne à l’intérieur du costume, à l’intérieur de Mr. Lordi est là, mais si le costume et les masques n’arrivent pas, ça signifie que Mr. Lordi n’est qu’à moitié là. Voilà à quel point c’est important. C’est surprenant que ça ne soit jamais arrivé, mais si ça devait arriver, si le masque ou le costume d’un membre n’arrivait pas à destination pour je ne sais quelle raison, nous ne pourrions pas faire le concert. Ça voudrait dire qu’un membre du groupe ne serait pas là, donc le groupe ne serait pas là. La personne serait là, mais le membre du groupe serait perdu à l’aéroport.

Est-ce que ça implique des précautions ou mesures particulières pour éviter que ça se produise ?

Ça n’est jamais arrivé. Aujourd’hui, les compagnies aériennes sont de plus en plus strictes. C’est toujours un peu effrayant. Il n’y a pas grand-chose que nous puissions faire. Je crois que sur la tournée Arockalypse, nous avions deux jeux de costumes mais ça n’a pas changé grand-chose. Si nous voyagions de Finlande jusqu’en France pour un concert unique, pour un festival par exemple, si la compagnie aérienne déconne et le maquillage, les masques et les costumes n’arrivent pas à bon port parce qu’ils sont coincés à l’aéroport d’Helsinki, il serait impossible de prendre les costumes de substitution non plus puisqu’ils seraient aussi restés en Finlande. Donc, ça ne sert à rien. Il y a une fois, il y a moins de dix ans, nous devions jouer sur un festival dans le sud de l’Europe, nous avions une escale à Düsseldorf ou Berlin et lorsque nous sommes arrivés à destination, tout notre matériel était resté coincé à l’aéroport précédent en Allemagne. Heureusement, tous les masques et costumes sont arrivés, mais c’étaient les seules choses qui étaient arrivés. Nos guitares, basses, claviers, toms, cymbales, matériels électriques, éléments de décors, backdrop, tout était coincé. Donc heureusement, les membres du groupe sont arrivés, pour ainsi dire, les masques et les costumes étaient là, donc nous pouvions faire le concert. Il fallait juste que nous empruntions du matériel aux autres groupes sur le festival, et nous n’avions aucun spectacle à proposer, même pas un backdrop. Je touche du bois parce que nous avons eu de la chance. Si seulement une de ces valises contenant les costumes avait été perdue, alors tout le concert aurait été annulé.

Interview réalisée par téléphone le 14 janvier 2020 par Nicolas Gricourt.
Fiche de questions : Nicolas Gricourt & Philippe Sliwa.
Retranscription : Cyrielle Lebourg-Thieullent & Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Lordi : www.lordi.fi.

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  • Moribon le hamster sans dent dit :

    J’adore son franc-parler, très bonne interview.
    Et concept super intéressant pour un très bon album selon moi !

    [Reply]

  • Pour parler d’autre chose que des anglicismes, merci pour l’interview de ce mec qui a créé mon groupe préféré. Jamais déçu par un de leur album même si, comme il le dit lui même, « Killection » est vraiment diversifié dans les morceaux qu’il contient.

    Je les verrais à Paris et ça va être le feu ! \m/

    [Reply]

  • Vous êtes sérieux, avec vos « digital » partout et dans tous les paragraphes, là??? o_O

    [Reply]

    Spaceman

    C’est un anglicisme qui s’emploie en français (tu le trouves dans les dictionnaires), donc il n’y a rien de choquant, mais pour te faire plaisir j’ai remplacé par « numérique » qui est effectivement le terme français 🙂

    Tiphaine

    Depuis l’an dernier, un de mes clients a demandé à ce que le terme « numérique » soit remplacé dans toutes les traductions par « digital ». On en pense ce qu’on veut, mais le terme s’installe de plus en plus…

    « C’est un anglicisme qui s’emploie en français »
    C’est malheureusement vrai, et donc il faudrait enrayer cela. Parce que jusqu’à preuve du contraire, je n’utilise pas mon car pour aller travailler, et on ne construit pas d’immeubles avec un crane…

    Spaceman

    Oui, mais on fait bien du skateboard, on fait appel à une babysitter, on se déguise en cowboy, on porte un smoking, on part en weekend, on envoi un e-mail… 😉

    Dypso

    C’est pas parce qu’on utilise des anglicisme et qu’il en existe déjà qu’on peut excuser le fait d’en utiliser des nouveaux. D’autant plus quand l’équivalent français est plus logique, ou utilisé également.
    Je félicite certaines oeuvres vidéoludiques comme warcraft d’avoir traduit absolument tout l’univers, les noms traduits de l’univers de GoT sonnent bien mieux que les versions anglaises aussi.
    L’anglais n’a rien de classe, alors je ne comprends pas pourquoi on l’utilise entre français.
    Moi ça m’arrive de dire « fin de semaine », « courriel », « nounou » … c’est pas bien compliqué hein, il suffit juste de les utiliser.

    @Spaceman: sauf que tout les mots que tu cites veulent dire la même chose en anglais ET en français.
    Tandis que le mot digital, en anglais, n’a pas DU TOUT la même signification en français. D’où mon exemple d’un crane pour construire un immeuble: le mot existe dans les 2 langues, mais ne veut absolument pas dire la même chose.

    Dypso: 100% d’accord, même si je ne dis jamais « fin de semaine », mais je devrais. 😛

    Tiphaine

    @Dypso : Ce n’est sans doute pas le lieu pour répondre, mais je ne peux pas m’en empêcher… Autant je ne sais pas ce que donne Warcraft au niveau de la trad, autant GoT, c’est VRAIMENT pas la référence à prendre. 😉 Tout n’a pas été traduit, certaines choses ont MAL été traduites, et d’autres ont été SURtraduites pour faire joli. Et ne me lance pas dans le désastre qu’est le style général de la trad… (Désolée, déformation professionnelle, toussa toussa…)

    Dypso

    @tiphaine : la modération n’existe pas visiblement, puisque certains se permettent des propos pour le moins limite sur plusieurs sujets sans être modéré. Oui tout n’a pas été traduit (j’ai exagéré un petit peu), mais c’est dommage, et la traduction du premier tome a apparemment été assez naze, raison probable pour laquelle j’ai jamais fini la première intégralle d’ailleurs. Mais si on laisse de coté le coté « traduire, c’est trahir », il n’empêche que pour la toponymie par exemple, est assez bien faite, et sans te lancer dans le sujet, pour la simple raison que les traductions ne sont pas faite en « français français » mais en français « patois », ce qui ajoute un charme certain, une histoire au mot. On dit pas pierredragon mais peyredragon. Je pensais à ce genre de chose en fait, pas à la traduction de l’histoire elle même (le style lourd, soutenu) qui m’a rebuté. C’est ce que je voulais dire quand je disais « univers », je parlais pas de la narration (même si kraken –> seiche … très très moyen xD).

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