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Chronique   

Los Disidentes Del Sucio Motel – Polaris


La scène musicale française peut remercier la Klonosphere de s’évertuer à promouvoir pléthore de groupes légitimes. Los Disidentes Del Sucio Motel fait partie de cette grande « famille », formation à l’œuvre depuis quinze ans. Le groupe s’échine à communier avec l’auditeur en live, n’hésitant pas à conférer une dimension cinématographique à sa musique à travers de multiples projections. Polaris, leur quatrième album, vient entériner un fait : non, LDDSM n’est pas qu’un groupe de stoner prisonnier de son vocabulaire. Polaris profite d’un changement de line-up pour apporter de nouvelles textures à sa musique, censée évoquer les « perspectives célestes logées au creux de l’humain ». Peu importe l’ambiguïté et l’opacité du dessein, Polaris brille par ce qu’il évoque d’emblée : une musique incarnée et organique qui fait la part belle à l’entrain plutôt qu’à la réflexion obsessionnelle, du moins en apparence.

LDDSM a parfaitement conscience de ses atouts, en témoigne le choix d’enregistrer l’album en analogique et condition live au White Bat Recorders assisté de Rémi Getliffe. Une méthode qui sied parfaitement à la musique de la formation : tous les spectres sont respectés sans forcer à faire l’éloge de la propreté. Les guitares ont ce « grain sale » justement propre au stoner, le chant vient se marier à l’instrumentation sans se mettre sur un piédestal et la section rythmique assume pleinement son rôle de support et de gage de puissance. Tout pour la composition et l’authentique, rien pour l’ego. LDDSM pense sa musique pour la prestation live et l’album se veut la passerelle adéquate en émulant l’énergie susceptible de s’en dégager. « Blood-Planet Child » emprunte des dynamiques à la Baroness en moins déluré, accentuant le côté mélodique via un chant extrêmement fluide. LDDSM n’oublie jamais son essence rock, celle qui permet de ciseler des refrains entêtants et qui permet à tout le reste de la composition de graviter autour en jouant sur la dynamique. « Dark Matter » s’appuie davantage sur le groove et des phrasés plus chaloupés. LDDSM parvient en outre à faire évoluer son propos vers des plages « cosmiques » profitant des claviers et d’effets, rappelant légèrement la démarche qu’avait Cult Of Luna à travers Mariner (2016) et cet attrait pour l’immensité des cieux. La lente progression d’« Earthrise » joue justement avec ce dégagement progressif de la pesanteur rendue par une musique massive.

Il y a évidemment la permanence d’un recours fréquent au vocabulaire du stoner. Les effets de guitares de « The Plague » et les gimmicks de jeu honorent le rock mélodique de Truckfighters. LDDSM nous gratifie de cette énergie de salle qui profite du riffing comme d’un cycle propice à la transe. À ce petit jeu, « Horizon » remporte la palme et nous emporte dans un univers embrumé et nébuleux qui perpétue autant la tradition floydienne qu’il fait écho à celui d’Alice In Chains. L’agressivité du chant ne cherche pas à contraster avec une atmosphère onirique, elle est au contraire un tremplin vers une strate supérieure. Reste que c’est lorsque LDDSM décide de placer l’arrangement au cœur de la composition qu’il convainc le plus, à l’instar des ponctuations de guitare du post-rock de « The Key » au final grandiloquent. C’est surtout « The Great Filter » qui rend justice aux efforts du groupe dans ce sens. L’enchevêtrement des arpèges, l’irruption du clavier, puis celle d’un solo de guitare déchirant sont les témoins d’une certaine maîtrise de la gradation, le tout sans se perdre dans les méandres du rock progressif et ses poncifs. LDDSM vise une catharsis simple où l’investissement de l’auditeur ne doit pas être entravé par un quelconque temps de réflexion.

Polaris réussit trois choses : obéir à un esprit rock qui prône l’intensité avant tout, construire des atmosphères en adéquation avec le dessein initial du groupe et retranscrire une expérience live chère aux musiciens. Ce sentiment d’immédiateté et de simplicité – fausse – et la dynamique d’un groupe qui joue ensemble au service d’un visuel à construire font de Polaris un parcours à la fluidité exemplaire, gommant lui-même ses quelques longueurs. À chercher le céleste, on élève sa musique.

Clip vidéo de la chanson « Alpha Ursae Minoris » :

Clip vidéo de la chanson « Blood-Planet Child » :

Album Polaris, sorti le 2 avril 2021 via Klonosphere. Disponible à l’achat ici



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