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Chronique   

Lost Society – Braindead


Lost Society - BraindeadLost Society pourrait bien en « choquer » quelques-uns avec son nouvel album Braindead. Le terme est sans doute exagéré, mais il faut dire que le metalleux de base est un être sensible qui, dès qu’un groupe ose le changement ou l’évolution, se retrouve perdu et se met dans tous ses états. Et avec ce troisième opus, baptisé Braindead, des jeunes finlandais de Lost Society, devenus rapidement, en seulement deux albums et cinq ans, l’un des fers de lance du revival thrash crossover, on est dans un cas d’école : le cap du troisième album, la maturité, le désir de s’extirper de sa condition de groupe thrash bas du front à l’image fêtarde…

Oh, il y a bien toujours des brûlots thrash plein de fougue comme « Mad Torture », « Rage Me Up », le très direct et rock’n’roll « Hangover Activator » ou même la reprise assez conforme mais sacrément fun du « P.S.T.88 » de Pantera (choix original en soi parce que provenant de la période pré-Cowboys From Hell, car oui, Pantera a eu une vie avant cet opus). Et pourquoi pas un « Hollow Eyes » plus heavy aux intonations à la Slayer marquées. Dans tous ces titres, ça balance sec, avec l’énergie débordante qu’on leur connaît, des guitares foisonnantes et explosives, une basse qui ronfle, une batterie qui claque. Lost Society n’a certainement pas perdu son grain de folie mais rien que là, l’on peut aussi voir les structures se complexifier et les musiciens s’adonner à des longueurs travaillées, mélodiques, bien senties, dans lesquelles les guitares ont le premier rôle. C’est le cas, par exemple, de la partie centrale de « Rage Me Up » qui apporte une vraie dimension classieuse, quasi progressive, avec qui plus est sa ligne de basse chantante, et qui enchaîne de façon jouissive sur un riff heavy en diable. Lost Society a parfaitement compris et intégré le concept de dynamique, à quel point ceci est indispensable pour constamment maintenir l’auditeur en haleine, particulièrement dans le genre ici pratiqué.

Lost Society en profite, par ailleurs, pour développer la composante horrifique et ambiancée de sa musique (l’intro massacre à la tronçonneuse de « Mad Torture »), qu’il avait brièvement introduit sur son deuxième opus Terror Hundry et conformément à son artwork. Et dans cette optique, oui, ils ont osé. Eux qui sur leur premier opus ne juraient que par les Scuds urgents de trois minutes chrono, se sont livrés à l’exercice de la chanson à tiroir. Pendant un instant, on croirait presque entendre le « Nothing Else Matters » de Metallica lorsque démarre « Only (My) Death Is Certain », mais on comprend très vite, avec la tournure que prend cet arpège, que le morceau sera particulièrement sombre, du haut de ses huit minutes de power-thrash épique aux mélodies et à l’atmosphère lugubres (dans une veine proche du « Alison Hell » d’Annihilator, en fait, avec des mélodies presque en forme d’hommages).

Le plus étonnant restera l’amorce du disque, qui d’entrée de jeu dépaysera : la chanson d’ouverture « I Am The Antidote », lente, longue et lourde, suivie de « Riot », qui donnent une tournure plus hardcore que thrash au crossover de Lost Society, renforcée par les aboiements de Samy Elbanna et particulièrement notable dans le cas du second titre (clairement le plus hardcore que Lost Society ait jamais fait), dont le thème de l’émeute lui colle à la peau, incitant l’auditeur à littéralement « péter un câble » et sauter comme un dingue. Elbanna qui, en sus, s’ouvre à quelques lignes de chant mélodiques (le refrain grungy de « I Am The Antidote », celui en chœur de « Only (My) Death Is Certain »), rajoutant à la sensation de fraîcheur qui, décidément, caractérise cet album.

Surprenant au mieux, déstabilisant au pire. Lost Society montre qu’il n’est pas là pour se reposer sur ses acquis. Au contraire, Braindead montre à quel point le combo finlandais en a sous la pédale. Lui que, à la sortie de son premier opus Fast Loud Death, on avait pu prendre pour un énième groupe du revival thrash, une bande de gamins thrasheux buveurs de bière, rigolards et insouciants, montre aujourd’hui qu’il a, dans la jeune génération, l’étoffe d’un leader, au même titre que Municipal Waste, peut-être même plus, tant le renouvellement proposé ici est équilibré : rares sont les groupes capables de mûrir, apporter de la nouveauté à leur discours, sans compromettre leurs atouts. Mais, surtout, Lost Society a bien compris qu’on ne faisait rien qui compte sans oser se remettre en question et se démarquer.

Le clip vidéo pour la chanson « I Am The Antidote » :

Album Braindead, sortie le 12 février 2016 via Nuclear Blast Records.



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  • La découverte pour moi. Et je dois dire : merci RM. Je sais pas comment j’ai réussi à passer à côté de ce groupe, mais si le reste de la disco est aussi accessible et rafraîchissant que Braindead, ça promet !
    Un petit conseil : foncez…

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  • la relève…tout simplement!

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