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Interview   

Lost Society : « Un putain de Metallica sous méthamphétamine »


Samy Elbanna - Lost SocietyAh ça, ils ont la niaque les petits jeunes de Lost Society. Il suffit de voir la tornade pleine de bonne humeur qui s’abat sur scène lors de leurs shows, qui n’est pas sans rappeler l’énergie que déploie, dans un autre registre, les Australiens d’Airbourne. Mais surtout, avec trois albums en trois ans, Lost Society montre non seulement qu’il a envie d’en découdre mais aussi qu’il n’est pas simplement là pour faire de la figuration et se reposer sur ses acquis. Avec son nouvel opus Braindead, Lost Society évolue et même surprend, en bien, avec un thrash metal crossover qui devient plus élaboré, sombre et ouvert, sans perdre une once de son énergie débordante.

Nous avons rencontré le chanteur-guitariste Samy Elbanna qui nous explique l’évolution remarquable du groupe finlandais, depuis un Fast Loud Death fêtard et insouciant à un Braindead marqué par la maturité et la prise de conscience du monde morose qui nous entoure.

Lost Society 2016

« Il y a trois ans, il aurait été impossible de ne serait-ce que faire une chanson de huit minutes qui aurait eu du sens. »

Radio Metal : Votre nouvel album Braindead est assez surprenant, dans la mesure où il démarre sur une chanson lente et propose beaucoup de passages plutôt heavy que les chansons vraiment thrash auxquelles les gens s’attendent de votre part. Comment en êtes-vous arrivés à emprunter cette direction ?

Samy Elbanna (chant & guitare) : En gros, après que nous ayons terminé l’enregistrement du second album Terror Hungry, nous sommes retournés chez nous, nous avons commencé à répéter les nouvelles chansons et, à un moment donné, nous avons commencé à écrire de nouveaux morceaux, qui se sont trouvés être plus agressifs, un peu plus heavy, un peu plus mélodiques et ce genre de choses. Je crois que c’est ainsi parce que nous avons commencé à écouter pas mal de choses différentes l’année dernière et nous ne nous cantonnons pas qu’au thrash. Lorsque nous avons commencé à écrire les chansons tous ensemble, tout le monde a amené un peu de ses propres influences et touches dans les chansons, et c’est presque accidentellement qu’elles sont devenues un peu plus lentes et heavy. Je dirais que certaines des plus grandes influences sur cet album proviennent de groupes de metal mélodique, comme peut-être Children Of Bodom, il y a aussi pas mal de Pantera là-dedans, et puis évidemment, d’un autre côté, il y a une bonne part de vieux trucs thrashy mais peut-être plus dans le style de Municipal Waste que, disons, Megadeth. Je dirais donc des trucs un peu plus modernes. Mais je trouve que la direction que nous avons prise est plutôt cool et nous commençons enfin à faire notre trou dans la scène.

L’album propose aussi beaucoup d’atmosphères sombres, qui sont des éléments que vous avez brièvement introduits sur le second album Terror Hungry. Est-ce donc un développement direct et conscient de ce que vous avez fait sur l’album précédent ?

Il se pourrait que ce soit ça, ouais, parce qu’évidemment, nous adorons jouer de la musique, nous adorons écrire de la musique, mais une chose qui a toujours été très importante pour nous, c’est de pouvoir toujours aller de l’avant en tant que groupe, que nous ne fassions pas deux fois le même album. D’abord, lorsque nous avons sorti Fast Loud Death, on pouvait entendre clairement l’influence des vieux Megadeth et Antrhax. Ensuite, avec le second album, c’était un peu plus technique, il y avait un genre de riffage à la Kreator. Et je pense qu’aujourd’hui, c’est peut-être un mélange des deux albums avec des influences du death metal et du metal mélodique que nous avons ajouté à la mixture.

En fait, on dirait que vous vous êtes pas mal inspirés des films d’horreur aussi…

Ouais, les films d’horreur sont toujours cool à regarder. J’adore ça. Lorsque j’écris des paroles, je peux puiser mon inspiration dans plein de choses différentes. Je veux dire qu’il y a bien sûr des chansons comme « Mad Torture » ou « Only (My) Death Is Certain » sur cet album, en particulier, qui évoquent beaucoup des scènes de film d’horreur. Elles ne viennent pas directement de films spécifiques mais on peut peut-être remarquer qu’il y a des histoires de tortures horrifiques qui se passent dans ma tête [petits rires].

Braindead est marqué par une grande variété de formats de chansons, allant de trois minutes à pas moins de huit minutes. Vouliez-vous prendre un peu vos distances par rapport au format classique de la chanson de thrash metal et un peu expérimenter ?

Surtout avec « Only (My) Death Is Certain », qui est la chanson de huit minutes et qui est vraiment, vraiment différente pour nous parce que… En fait, je me souviens encore que sur le premier album nous avions une chanson qui faisait à peu près une minute [rires]. Donc, c’est sûr que ça surprendra beaucoup de gens que nous ayons des morceaux aussi longs. Mais principalement, avec ces morceaux, ce n’était pas prémédité, disant aux gars : « Hey, faisons une très longue chanson ! » C’est juste qu’il n’y avait pas de manière naturelle de finir la chanson avant que nous soyons arrivés à huit minutes. Je pense que, du fait que nous ayons des chansons un peu plus longues sur ce nouvel album, tu veux te rendre compte qu’il y a beaucoup de dynamique et il y a plein de thèmes différents au sein d’une même chanson. Ça ne fait pas que monter, il y a naturellement comme un effet montagne russe sur ces chansons.

Etait-ce nouveau pour vous de ne pas finir la chanson tant que vous n’aviez pas le sentiment qu’elle l’était ? Car, comme tu l’as dit, sur le premier album, les chansons étaient très courtes, donc est-ce que ça veut dire que vous vous forciez à les faire courtes ?

Non, clairement pas. L’un des facteurs clé par rapport à cet album, c’est que nous avons mûri en tant que compositeurs. Car tous les quatre, nous composons toujours les chansons ensemble. Il n’y a jamais juste une personne qui fait ça tout seul chez lui pour ensuite montrer le résultat aux autres gars. Je me souviens durant le processus de composition de Fast Loud Death que nous ne savions pas ce que nous pouvions vraiment faire avec les chansons. Peut-être que sur certaines chansons nous avons emprunté la voie de la facilité et les avons terminées plus tôt qu’elles n’auraient pu. Mais aujourd’hui, évidemment, lorsque nous écoutons l’album, il n’y a rien que nous aurions fait différemment. Si cette chanson d’une minute, « Toxic Avenger », était devenue une chanson de cinq minutes et que nous avions ajouté plein de choses différentes, je suis certain qu’elle n’aurait pas été aussi bonne, ça lui aurait retiré du tranchant. Mais avec les nouvelles chansons, c’est simplement que nous aimons nous mettre des défis. Si on peut rajouter quelque chose qui cadre avec la chanson, faisons-le, essayons et nous verrons si ça fonctionne ou pas. Et, bien sûr, avant que nous entrions enfin en studio et enregistrions les chansons, nous les produisons nous-même dans notre salle de répétition ; nous ajoutions des choses, nous en retirions et nous essayions de rendre les chansons aussi finalisées que possible.

Dirais-tu également que vous avez progressé techniquement, en tant que musiciens, et que ça vous permet d’aborder des structures de chansons et des parties plus complexes qu’auparavant ?

Oh ouais, c’est certain, par le simple fait qu’avec les années, nous nous entraînons constamment individuellement et en groupe. Donc bien sûr, il est évident que nous devenons meilleurs techniquement, simplement parce que nous nous exerçons. Mais je pense que l’une des choses qu’on peut entendre sur le nouvel album, c’est notre maturité, à nous quatre, en tant que groupe et compositeurs. Il y a trois ans, il aurait été impossible de ne serait-ce que faire une chanson de huit minutes qui aurait eu du sens. Je suis putain de fier de nous tous aujourd’hui, du fait que nous ayons mûri ensemble. Et nous avons appris que, parce que nous écoutons tous différents types de musiques, c’est vraiment cool que nous mettions toujours toutes nos différentes influences dans une chanson, et tu peux vraiment entendre que c’est fait par quatre personnes et non une seule.

Lost Society - Braindead

« Depuis que le premier album est sorti, nous avons vécu plusieurs tournées et plein de choses au niveau personnel, et donc effectivement ça nous change dans la manière dont nous composons les chansons. »

Il y a aussi plus de mélodies, notamment vocalement, sur cet album. Etait-ce une volonté de ta part de développer cet aspect et voir de quoi tu étais capable avec ta voix, te défier vocalement ?

Ouais, tu sais, en fait c’est un truc marrant parce que lorsque nous avions composé toutes les chansons et que j’ai commencé à écrire les paroles, il n’y avait aucun chant clair que j’avais prévu ou quoi que ce soit. C’était en réalité lorsque nous avions enregistré presque tout le chant que moi et Nino [Laurenne], notre producteur, nous sommes assis, juste tous les deux, nous avons écouté toutes les chansons et nous avons commencé à nous dire : « Est-ce qu’on pourrait essayer ça ? » Et j’étais là : « Ok, bien sûr, on peut essayer. Je reste toujours ouvert aux nouvelles choses. » Nous avons alors commencé à faire le chant pour « I Am The Antidote ». Au bout du compte, près de la moitié de la chanson s’est retrouvée avec du chant clair. Nous avons enregistré des pistes démos du chant, nous les avons écoutés et nous étions tous comme des dingues ! Nous nous disions que c’était comme un bond en avant vers une nouvelle direction, mais d’une très bonne façon. Après ça, nous sommes devenus très ouverts à ce genre de choses. Il y a aussi une chanson comme « Only (My) Death Is Certain » où le refrain est assez mélodique, il y a du chant clair dans les chœurs et tout. Durant ces dernières années, j’ai vraiment apprécié chanter différent types de choses, que ce soit en répétition ou lorsque nous faisions des reprises de Kiss ou bien en étant complètement beurré dans un bar à karaoké [rires] mais je trouve que désormais, c’était une chouette occasion pour moi d’essayer ce que je pouvais effectivement faire avec ma voix. Et je suis assez confiant sur le fait qu’à l’avenir, on pourra s’attendre à davantage de chant mélodique dans ce groupe.

Avec seulement huit chansons et une majorité de chansons plus longues, Braindead est assez différent de votre premier album, qui contenait treize chansons très directes. Comment comparerais-tu vos états d’esprit entre ces deux albums ?

Comme pour beaucoup de groupes, le premier album est toujours constitué de chansons qui ont été écrites pendant les cinq premières années du groupe, sans qu’il y ait de période de composition précise. Et c’était pareil pour nous, évidemment. Lorsque nous avions les treize chansons du premier album, je crois que la plus vieille était « Kill », qui était le premier single. Il me semble qu’elle a été écrite en 2009 ou 2010. Et la plus récente des chansons a été écrite quelque chose comme deux semaines avant d’entrer en studio. Alors que là, pour cet album, c’était une approche plus traditionnelle. Nous avions environ neuf mois pour composer tout l’album. Nous n’avions pas de planning particulier où il fallait que nous soyons en salle de répétition de telle date à telle date mais quoi qu’il en soit… Je veux dire que bien sûr, l’état d’esprit est très différent parce qu’au cours des trois dernières années depuis que le premier album est sorti, nous avons vécu plusieurs tournées et plein de choses au niveau personnel, et donc effectivement ça nous change, d’une certaine façon, dans la manière dont nous composons les chansons, tout du moins ça a été mon cas. En fait, tu peux voir qu’il y a plein de thèmes sombres dans cet album, et ça reflète en grande partie ce qu’il se passe de nos jours et ce genre de choses.

D’ailleurs, Fast Loud Death avait un côté très marrant et joyeux, surtout avec cette illustration façon cartoon. Cette-fois, ça paraît très sérieux, et même sombre et horrifique. Dirais-tu que tu as perdu une part de ton innocence de jeunesse entre temps ?

[Rires] Ouais, l’innocence est partie, ça c’est certain ! D’une certaine façon, il y a une logique dans ce qu’il s’est passé. Lorsque nous avons fait Fast Loud Death, ce sont simplement les chansons en tant que telles qui était joyeuses. Elles avaient pour beaucoup un côté juvénile, et c’est quelque chose qu’on pouvait aussi voir sur la pochette. Mais s’il y a une explication logique, ça pourrait aussi être qu’à l’époque où l’album a été écrit, nous ne savions pas grand-chose de ce qui se passait véritablement dans le monde et en dehors de notre cercle. Je crois que le mot « braindead » (littéralement « en état de mort cérébrale », familièrement « demeuré », NDLR), de bien des façons, reflète le groupe parce que c’est devenu comme un slogan pour nous. Mais bien sûr, il fonctionne dans de nombreux contextes aujourd’hui. Je veux dire que beaucoup de jeunes n’ont plus rien dans la tête. Plus rien n’existe en dehors des réseaux sociaux pour eux. Et même les gens plus âgés qui sont… Je veux dire que tu as toutes ces conneries de terrorisme. « Braindead » est un mot clef dans notre société aujourd’hui. Ça peut donc refléter ça. Il y a tellement de merde de nos jours que peut-être nous ne sommes plus aussi heureux que nous l’étions avant [petits rires].

Dirais-tu que les problèmes que nous rencontrons dans le monde sont les sources principales d’inspiration pour les thèmes que tu abordes sur cet album ?

D’une certaine façon, oui. Mais nous ne sommes jamais directs ou de ces groupes politisés ou quoi, car nous ne savons pas grand-chose de tout ça et nous ne voulons pas nous impliquer là-dedans. Mais c’est certain que pendant le processus d’écriture, cette fois, j’ai suivi les infos et j‘ai écrit au sujet de certaines choses que j’avais l’impression de comprendre. Ce n’est pas ouvertement politique ou quoi mais ce sont des trucs auxquels, globalement, j’ai réfléchi. La première chanson, « I Am The Antidote », est probablement l’une des chansons les plus directes et où on peut voir des brides d’idées politiques. La chanson est écrite du point de vue d’un leader que la nation suit aveuglément, et cette personne est constamment en train de dire aux gens que tout est de leur faute et qu’il est l’antidote mais, en réalité, c’est totalement l’inverse : il est le coupable de tout mais personne ne s’en rend compte parce qu’ils le suivent aveuglément. Ensuite, la seconde chanson, « Riot », est simplement un doigt d’honneur à tout, elle dit aux gens de complètement péter un câble et se rebeller contre tout. L’un des mots clefs dans tout l’album, c’est « rebelle ». Il attaque la norme. En gros, ça peut aussi se refléter dans le style de l’album pour nous, où nous laissons partir une part des racines de notre musique, mais bien sûr, nous n’oublierons jamais ces choses.

En ayant ces chansons plus longues, heavy et mélodiques, n’avez-vous pas peur de décevoir les fans de thrash metal plus traditionnels qui ont apprécié les deux premiers albums et ont soutenu le groupe ?

Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit, bien sûr que c’est génial que les gens apprécient les trucs que nous avons sorti. Mais au bout du compte, l’une des choses les plus importantes dans le fait de composer et jouer de la musique, c’est que toi-même tu aimes les trucs que tu fais et que tu fasses confiance à ça, que tu crois en ce que tu sors. Le troisième album, jusqu’ici, est notre préféré, assurément. Simplement parce que nous avons commencé à trouver la façon dont nous aimons faire les choses. Je suis certain que quiconque apprécie vraiment tout ce qu’a fait Lost Society en général aimera cet album.

Est-ce important pour toi d’évoluer en tant que groupe, même dans un genre pas mal codifié comme le thrash metal ?

Bien sûr ! Evoluer, c’est la clef pour tout. En disant ça, ça donnerait l’impression que ça n’a rien à voir par rapport à ce que nous avons fait jusqu’à présent mais ce n’est pas vrai, dans le sens où tu peux entendre dans Braindead que c’est un album de Lost Society. Il y a les trucs rapides mais il y a aussi des trucs différents, et je suis sûr qu’au final les gens les apprécieront.

Lost Society 2016

« ‘Braindead’ est un mot clef dans notre société aujourd’hui. »

Vous avez pris l’habitude de faire des reprises sur vos albums. Mais cette fois le choix est assez surprenant puisque c’est « P.S.T.88 », une chanson de Pantera issue de l’album de 1988 Power Metal. Comment avez-vous eu l’idée de reprendre une chanson d’une période de Pantera que peu de gens connaissent vraiment ?

Je me souviens pendant les premiers enregistrements de l’album, nous commencions à nous dire : « Est-ce qu’on devrait reprendre une chanson de Pantera ? » Et nous étions tous unanimes sur le fait que, clairement, non parce qu’il est impossible de reprendre un groupe comme Pantera et le faire bien. Tout est tellement parfait sur les enregistrements originaux ! Mais, ensuite, nous avons commencé à nous dire qu’il y avait une toute petite chance que nous puissions nous en sortir si nous nous attaquions à une vieille chanson de Pantera [petits rires]. Il se trouvait que nous jouions « P.S.T.88 » en répétition depuis un moment juste avant que nous entrions en studio cette année. Du coup, on s’est dit : « Ok, putain ! Essayons cette chanson et on verra ce que ça donnera ! » Et nous en sommes tous tombés amoureux après l’avoir enregistrée et avons dit : « Ouais, il n’y a plus de doute, c’est la reprise pour l’album ! »

Power Metal était le premier album avec Phil Anselmo et où le groupe a commencé à durcir un peu le ton de sa musique, mais que penses-tu des trois albums plus orientés glam qui sont sortis avant ?

Eh bien, je veux dire que [petits rires] je les ai écoutés de temps en temps et il y a pas mal de bonnes choses dedans mais, bien sûr, je soutiens quand même que Pantera était Pantera seulement lorsque Cowboys From Hell est sorti. Mais oui, dans tous ces trucs qui sont sortis avant Cowboys From Hell, il y avait de la musique géniale que je peux apprécier.

En fait, les quatre premiers albums ont toujours été ignorés par le groupe depuis qu’ils ont changé pour leur style classique avec Cowboys From Hell…

C’est vrai qu’ils n’ont pas parlé de ces albums, où tout du moins pas en public ou à ma connaissance. Mais je peux voir que ces gars ont des goûts musicaux similaires aux nôtres, dans le sens où il y a une part d’eux qui adore le heavy metal des années 80, ce qui était très bien mis en avant dans les albums qui sont sortis avant Cowboys From Hell. Je ne crois pas qu’ils avaient honte de ces albums mais peut-être qu’ils ne voulaient tout simplement pas trop les promouvoir [petits rires].

Il y a une chanson bonus sur l’album, une version « Californian Easy Listening » de la chanson « Terror Hungry ». Je n’ai pas eu l’occasion de l’entendre encore, c’est quoi l’idée ?

Oh vraiment ? Eh bien, en gros, c’était l’année dernière, juste avant le 1er mai, nous avions un concert acoustique avec Lost Society dans un magasin du coin, à Jyväskylä, lorsque nous commencions à promouvoir nos planches de skateboard que nous venions de sortir, et c’était le tout premier concert acoustique que nous faisions. Donc, nous nous disions : « Ok, qu’est-ce qu’on va faire là-bas ? » Nous avons repris quelques chansons de Kiss et puis nous avons fait cette version « Californian Easy Listening » de « Terror Hungry », qui est plus ou moins une version allégée de la chanson. A certains moments, tu peux presque te dire que c’est une chanson différente mais ça reste « Terror Hungry ». Ensuite nous allions au studio pour enregistrer Braindead, nous commencions à nous dire que, d’accord, nous avions la reprise de « P.S.T.88 » mais nous voulions faire autre chose. Nous avons donc fini par enregistrer cette version différente de « Terror Hungry » et je trouve qu’elle est plutôt cool. Je pense que c’est aussi l’une des chansons qui pourrait terrifier les fans quand ils l’entendront [petits rires] mais elle est putain de cool. Et c’est aussi un concept assez différent pour un groupe de se reprendre soi-même !

C’est la troisième fois que vous faites appel à Nino Laurenne pour produire un album aux Sonic Pump Studios. Pourquoi toujours revenir vers lui ?

Après les deux premiers albums, nous sommes simplement arrivés à la conclusion avec les gars que : « Pourquoi changer maintenant alors que nous commençons enfin à trouver une super bonne éthique de travail avec lui ? » C’est juste que lorsque tu reviens au Sonic Pump Studios pour la neuvième fois, tu sais que tout fonctionne et que tu bénéficieras du meilleur service possible. C’est toujours assez facile pour nous d’y retourner. Il y a toujours quelque chose de différent mais de manière positive. Et je crois que pour cet album, la production est la meilleure que nous ayons jamais eue. Si quelqu’un demande pourquoi nous y retournons, eh bien, joue l’album et tu verras ! [Petits rires]

Ne ressens-tu jamais le besoin d’essayer un autre producteur pour voir ce qu’il pourrait apporter au groupe ?

Bien sûr, nous sommes toujours partants pour faire ça à un moment donné mais je pense que là tout de suite, le plus important lorsque nous enregistrons nos albums, c’est que nous nous sentions tous dans un environnement sûr et où nous pouvons tout donner et essayer de nouvelles choses. Jusqu’ici, il se trouve que c’était à chaque fois au Sonic Pump Studios avec Nino [que nous trouvions ça]. Evidemment, on ne peut jamais dire jamais. Je suis certain qu’à un moment donné dans nos vies nous essayerons d’autres producteurs ou un autre studio mais pour cette période, nous avions tous le même sentiment, à savoir qu’il fallait que nous fassions ça là-bas.

Comment votre relation avec Nino Laurenne a évoluée depuis le premier album ?

Par exemple, pour le premier album, nous ne le connaissions pas du tout. C’était un peu inconfortable, d’une certaine façon. Mais bien entendu, Nino a toujours eu une bonne chose en lui, le fait que c’est un mec putain d’amusant et que nous pouvons vraiment nous détendre avec lui. Et pourtant, lorsque vient le moment d’enregistrer, il te pousse à jouer du mieux possible, ce qui est toujours important. Maintenant, lorsque nous avons fait la session pour cet album, c’était vraiment décontracté. C’était en gros comme traîner avec un frangin. Mais ensuite il t’enregistre et te dit de jouer du mieux possible. Ça nous a beaucoup aidés d’être dans un tel environnement où tu n’as pas besoin de tout prendre trop au sérieux. A cet égard, c’était la session la plus marrante de toutes, c’est clair !

Vous jouez du thrash crossover, qui est un sous genre du thrash metal influencé par le hardcore. Mais sur une chanson comme « Riot », les influences hardcore semblent prendre le dessus. Quelle est votre relation au hardcore ?

En fait, pendant le processus de composition de Braindead, surtout pendant cette dernière année et demi, je me suis vraiment plus mis à toute la scène hardcore. Putain, j’adore écouter ces trucs. En fait, « Riot », c’est un peu mon ode à tous ces trucs parce que j’adore le thrash metal, j’adore le heavy metal, j’adore le hardcore, j’adore… En fait, tout ce qui sonne bien à mes oreilles, j’adore. Dans cette chanson, c’est sûr, j’ai voulu donner ce petit truc en plus qui poussera les gens à péter un plomb. Ce sera une de ces chansons qui, lorsqu’on la jouera en concert, ça va putain d’exploser ! [Petits rires]

Lost Society 2016

« Airbourne, c’est comme un AC/DC sous méthamphétamine. Donc peut-être sommes-nous un putain de Metallica sous méthamphétamine [rires]. »

Vos concerts sont incroyablement énergiques, surtout ton attitude où tu deviens complètement dingue, à hurler et courir de partout. Qu’est-ce qu’il se passe dans ta tête lorsque tu poses le pied sur la scène avec ta guitare ?

En gros, pendant les quelques dernières marches qu’on monte pour atteindre la scène, nous devenons tous, d’une certaine façon, des personnes complètement différentes [petits rires]. C’est comme si notre seconde personnalité ressortait soudainement et que nous devenions fous. C’est simplement l’adrénaline qui commence à monter lorsqu’on arrive face à la foule. C’est putain de démentiel ! Nous recevons intégralement l’énergie de la foule, et eux reçoivent notre énergie, c’est donc du gagnant-gagnant. Lorsque nous sommes sur scène, nous nous éclatons autant que possible. Aussi, il est assez normal pour nous que nous ne soyons pas furieux sur scène ou quoi que ce soit [petits rires]. Tu peux voir que nous sourions constamment et que nous passons un bon moment, et je pense que le public peut aussi le constater.

Lorsque je vous ai vu pour la première fois, j’ai tout de suite pensé à Airbourne parce que, comme vous, ils sont jeunes, incroyablement énergiques et représentent la nouvelle génération dans leur genre. Penses-tu que Lost Society pourrait être perçu comme l’Airbourne du thrash metal ?

[Rires] On ne peut pas savoir, mec ! C’est aussi l’un des groupes les plus cool qui existent à l’heure actuelle ! Je suis vraiment un de leurs énormes fans. Bien sûr, peut-être. Airbourne, c’est comme un AC/DC sous méthamphétamine. Donc peut-être sommes-nous un putain de Metallica sous méthamphétamine ou quelque chose comme ça [rires].

En août dernier, tu as participé à l’événement 100 Guitars From Hel mis en place par Alexi Laiho. Tu menais l’un des groupes de guitaristes. Comment t’es-tu retrouvé impliqué dans cet événement et comment était-ce ?

Je crois que c’était début 2015 lorsque j’ai reçu un appel de notre manager qui est aussi le tourneur de COB. Il m’a juste dit : « Alexi est en train de mettre en place un genre de projet. Est-ce que ça t’intéresserait de participer ? » Je n’ai même pas eu à réfléchir deux secondes [petits rires], j’étais là : « Putain, ouais ! » J’étais comme un dingue parce que, naturellement, Alexi est l’une de mes plus grandes influences pour le chant et la guitare. C’était un honneur absolu de participer à ça. Et nous avons tourné avec COB plusieurs fois avant cette occasion, c’est donc ainsi qu’il a pu voir mon jeu de guitare. Ensuite, l’événement en lui-même, c’était juste incroyable. Toute la planification et tout, c’était génial. J’ai eu l’honneur d’être sur scène avec ces quatre autres incroyables guitaristes, y compris Alexi, évidemment. C’était l’une des expériences les plus cools que j’ai vécue et je la chérirai pendant encore des années !

Peux-tu m’en dire plus sur le rôle que tu avais ?

Il y avait cent personnes venant du monde entier qui ont été choisies via des auditions enregistrées. Il y avait quatre leaders pour mener ces groupes, donc chacun avait vingt personnes, et ces vingt personnes jouaient toujours la même chose que toi. Donc, en gros, le meneur donnait tous les riffs et parties que tu devais jouer. Tous les guitaristes avaient des amplis Marshall quinze watts avec eux. C’était un spectacle vraiment cool. Mais ouais, quoi qu’il en soit, tous ces meneurs avaient vingt personnes sous leur responsabilité qui reproduisaient la même chose.

Lost Society fait partie du revival thrash crossover auquel on a pu assister ces dernières années. Maintenant que vous avez fait vos preuves et êtes sortis du lot, que penses-tu de ce revival ?

C’est plutôt cool. Pour notre part, à titre personnel, nous avons remarqué que, essentiellement en Finlande… Lorsqu’on était en 2013 et que nous sortions Fast Loud Death, c’était assez calme en Finlande par rapport au thrash metal. Naturellement, il y a toujours le death metal, le black metal et ce genre de chose en Finlande mais pour ce qui est de la scène thrash metal, c’était assez calme. Mais ensuite, lorsque nous sommes apparus avec Fast Loud Death, assez rapidement, nous pouvions vraiment voir plein de groupes de thrash metal et speed metal émerger de l’underground et commencer à sortir des EPs et des albums, ce qui évidemment est putain de cool. Donc, nous l’avons surtout constaté en Finlande et bien sûr, nous avons vu qu’il y a des tonnes et des tonnes de groupes de thrash metal qui sortent un peu partout dans le monde. Je veux dire que ce n’est absolument pas une mauvaise chose. J’accueille ça à bras ouverts !

Mais n’est-ce pas difficile de sortir du lot lorsqu’il y a tant de groupes dans un genre en particulier ?

Bien sûr mais à un moment donné, peut-être qu’ils se rendront compte qu’il faut avoir un avantage ou un plus dans sa musique pour ressortir d’une façon ou d’une autre. C’est naturel. Mais ça ne vaut pas que pour le thrash metal. Ça vaut pour tous les styles qui existent au monde, tu dois avoir quelque chose que les autres n’ont pas pour sortir du lot.

Interview réalisée par téléphone le 14 décembre 2015 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.
Photos promo : Ville Juurikkala.

Site officiel de Lost Society : lostsocietyfinland.com.



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  • Braindead comme métaphore de la fermeture d’esprit !! J’adore. J’avais pas envisagé cette métaphore pour la situation au proche orient et le relais des médias. Et c’est foutrement sympa comme idée ^^

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