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Interview   

Loudblast : une renaissance perpétuelle


Loudblast a la foi. Son nouvel album Manifesto est un miracle. Changement de line-up, un genou cassé pour le batteur Hervé Coquerel juste avant les préproductions, un confinement décrété en plein enregistrement suite à la pandémie de Covid-19… Il y avait de quoi en décourager plus d’un, mais pas les nordistes qui ont plus que jamais la niaque. A croire que trente-cinq ans de carrière, ça forge le caractère.

Le résultat, le bien nommé Manifesto, est une synthèse, un condensé de ce que Loudblast a fait de mieux, allant piocher autant dans le death metal iconique de Sublime Dementia (1993) que dans la noirceur Celtic Frostienne de Burial Ground (2014), et bénéficiant de l’expertise du coproducteur HK Krauss du Vamacara Studio grâce à qui le groupe n’aura jamais sonné aussi puissant. En 2014, Stéphane qualifiait le line-up d’alors de renaissance ; force est de constater que six ans plus tard, il est en train d’en vivre une nouvelle.

Nous avons longuement échangé avec Stéphane Buriez et Hervé Coquerel pour qu’ils nous disent tout sur ce nouveau méfait qui fera date dans la carrière de Loudblast, pour sa musique, mais aussi pour son histoire singulière, entre un Kévin Foley appelé en renfort et le chaos d’une pandémie, en passant par quelques secrets de fabrication.

« J’espère que, comme le phénix, Loudblast renaîtra à chaque album ! [Rires] « 

Radio Metal : Loudblast a connu un nouveau changement de line-up ces dernières années avec les départs d’Alex Lenormand et de Drakhian, remplacés par Jérôme Point-Canovas et Frédéric Leclercq. Pouvez-vous nous en parler ?

Stéphane Buriez (chant & guitare) : Nous étions arrivés à un moment où – il faut dire les choses comme elles sont – nous avions du mal à gérer Alex. C’était un peu compliqué. Il y a eu quelques soucis d’ordre personnel avec Alex, rien de bien méchant, mais quand même suffisamment pour que ça soit perturbant pour un groupe professionnel comme nous le sommes. Leur contrat, à Alex et Drakhian, c’était : « On rentre dans Loudblast ensemble, on sort de Loudblast ensemble. » Donc quand Alex a mis les bouts, Drakhian nous a signifié son désir de partir. Il ne nous a pas lâchés comme ça, nous avons fait encore des concerts ensemble, le temps de trouver un autre guitariste, en l’occurrence Jérôme, qui a été coopté par Drakhian. C’est lui qui nous a dit : « Il faut que vous preniez Jérôme, c’est le gars qu’il vous faut. » En plus, nous connaissions très bien Jérôme de l’époque de No Return, j’avais aussi produit un de ses groupes, Sonny Red, il y a quelques années. Le passage de flambeau s’est super bien fait. Il faut aussi savoir que Drakhian et Alex restent nos frangins. Le temps a pansé les plaies, ce sont les premiers à qui j’ai envoyé l’album, nous nous appelons au téléphone régulièrement… Nous ne nous sommes pas quittés dans la haine, ce sont des personnes que nous considérons comme nos frangins. Nous avons aussi fait un bon bout de route avec eux. C’est vrai que quand ils sont entrés à l’époque de Frozen Moments, nous avons quand même fait de belles tournées, nous avons fait de super concerts, deux super albums… Nous avons vraiment fait de belles choses ensemble. Je pense que c’était un moment pour le groupe qui a fait que nous avons redémarré quelque chose avec eux, vraiment, à partir de 2010, quand nous avons décidé de relancer la machine. Il s’est passé plein de trucs, plein de bons moments. Donc merci Messieurs.

Renouveler la moitié d’un line-up, c’est toujours délicat : on sait l’alchimie qu’on perd mais on ne sait pas celle qu’on retrouvera. Vous connaissiez déjà Jérôme Point-Canovas avant, et dans le cas de Frédéric Leclercq, c’est quelqu’un que tu connais particulièrement bien et avec qui tu joues, Stéphane. Est-ce que vous avez spécifiquement recherché des gens qui faisaient déjà un peu partie de la famille, avec qui vous saviez déjà à l’avance qu’une alchimie se créerait ?

Ce qu’il s’est passé, ça a été très simple. Avec Jérôme, nous savions que ça allait coller. C’est un guitariste exceptionnel et nous savions qu’humainement, nous avions le même genre d’humour, nous avions déjà passé plein de soirées ensemble, des afters qui n’en finissaient pas, donc forcément, nous savions que ça allait coller. Et puis lui cherchait aussi un groupe solide. Je pense qu’il en avait marre de passer d’un groupe à un autre…

Hervé Coquerel (batterie) : C’est un peu un mercenaire ! Il a fait le mercenaire longtemps.

Stéphane : Il a aussi joué dans E-Force… Quant à Fred, c’est un de mes meilleurs amis, nous nous connaissons depuis très longtemps, nous avons aussi un groupe ensemble…

Hervé : Il venait régulièrement bosser avec nous quand il en avait la possibilité. Il venait faire un titre avec nous, à la gratte, souvent. Donc c’est une longue histoire, avec Fred.

Stéphane : Il est venu nous dépanner sur la tournée anniversaire de Sublime Dementia et à la fin de la tournée, il était toujours dans DragonForce, mais il nous a dit qu’il aimerait bien rester le bassiste de Loudblast. Ce à quoi nous avons dit : « Non ! Dégage ! » [Rires]. Non, bien sûr, nous avons accepté. C’est toujours facile de dire ça mais là, je trouve que c’est quand même une sacrée équipe. Le line-up est solide comme jamais il ne l’a été. Nous avons des putains de zicos, c’est un vrai plaisir de jouer ensemble. Et puis nous nous entendons super bien, nous avons envie de faire de la musique ensemble. C’est un peu frustrant, d’ailleurs, en ce moment ! [Rires]

D’un autre côté, Frédéric a intégré Kreator depuis peu, un groupe très actif, en studio comme en live, et finalement, tout comme Sinsaenum, stylistiquement pas très éloigné de Loudblast. Ça ne vous a pas inquiétés pour son implication dans Loudblast, non seulement niveau planning mais aussi parce qu’il n’aurait peut-être pas énormément de jus à mettre dans le groupe ?

En fait, il met le jus qu’il a envie d’y mettre, et en l’occurrence, il en met beaucoup ! Il est tout aussi investi que nous dans les choix, les décisions que nous devons prendre. Il est entré dans Kreator il y a un an, et c’est évident qu’un groupe comme celui-là demande beaucoup de temps. Mais le temps qu’il doit passer dans Loudblast, il le passe aussi. Ça faisait partie du contrat. Hervé joue dans Black Bomb A, moi je joue dans Les Tambours Du Bronx… Nous avons tous des groupes prioritaires. C’est-à-dire que tous les groupes dans lesquels nous jouons sont notre priorité. Il n’y a pas de side-project, ce sont des groupes hyper importants, il n’y en a pas un qui passe avant l’autre. C’est aussi à nous de gérer notre emploi du temps – c’est vrai qu’en ce moment, c’est plus facile à gérer… [Rires] – de façon à ce que ça ne vienne pas bouffer sur le temps de l’autre groupe. Quand Fred ne sera pas là, ce qui arrivera forcément à un moment, parce qu’en général, Kreator part sur de très longues tournées, c’est [Pierre] Jacou, le bassiste de Black Bomb A, qui est le cinquième homme, depuis pas mal d’années maintenant ; il l’a déjà remplacé plein de fois. Ce n’est pas la cinquième roue du carrosse, loin de là, c’est le cinquième homme. En gros, ça marche comme ça.

La flexibilité est le mot d’ordre…

Je pense qu’au bout de trente-cinq ans de carrière, la flexibilité, tu l’apprends. C’est notre métier depuis très longtemps. Nous ne sommes pas un groupe de répétition à boire des bières en salle de répète le week-end.

Hervé : Nous ne l’avons même jamais trop fait…

Stéphane : Boire en répète ? Non, nous buvons après ! Mais concrètement, ce sont des choses dont nous parlons très souvent. Nous avons des groupes WhatsApp où nous balançons des infos pour savoir ce que les autres font, quand ils seront dispo, etc. parce que c’est vrai que ça n’est pas facile d’organiser ne serait-ce qu’un tournage pour un clip ou une session photo. Ça fait deux mois que nous voulons la faire, et avec le Covid-19, ça a encore foutu la merde, nous n’avons pas pu nous réunir…

Hervé : Et géographiquement, nous sommes tous éloignés ! Après, c’est du planning, c’est de la logistique, nous y arrivons, la preuve, mais c’est toujours un peu serré. Et puis c’est vrai que la situation actuelle n’aide pas non plus. Mais nous nous y faisons, nous nous adaptons. C’est important.

« Si tu prends Sublime Dementia, Disincarnate, Cross The Threshold et Burial Ground, tu secoues tout ça, tu as Manifesto. C’est-à-dire que c’est à la fois un album moderne qui colle à son temps, mais ça reste du pur Loudblast comme ça n’a pas été le cas depuis très longtemps. »

En 2014, Stéphane, tu parlais de renaissance en évoquant le line-up avec Alex et Drakhian. Est-ce maintenant une seconde renaissance ? Est-ce que Loudblast est un groupe voué à sans arrêt renaître ?

Stéphane : J’espère que, comme le Phénix, il renaîtra à chaque album ! [Rires] C’est un peu ça. En 2010, quand Alex et Drakhian sont arrivés, nous avons sorti Frozen Moments, qui était déjà un beau pavé, un bel album. Burial Ground, c’était l’album que nous attendions de faire depuis un petit bout de temps. Et je trouve qu’avec Manifesto, nous sommes encore au-dessus. C’est peut-être dû au processus de composition de cet album, mais j’ai l’impression que nous ne nous mettons plus de barrières, du genre : « Il faut faire tel genre d’album. » Nous n’en sommes plus là. Nous essayons de nous faire plaisir déjà, en nous disant : « Nous sommes contents de nos morceaux », et après, nous les présentons aux gens. Je pense qu’entre Burial Ground et Manifesto, il s’est passé quelque chose aussi. Ce que je me plais à dire, c’est que si tu prends Sublime Dementia, Disincarnate, Cross The Threshold et Burial Ground, tu secoues tout ça, tu as Manifesto. C’est-à-dire que c’est à la fois un album moderne qui colle à son temps, mais ça reste du pur Loudblast comme ça n’a pas été le cas depuis très longtemps, je pense.

Il y a indéniablement un côté « rétrospective de Loudblast » dans Manifesto, d’où son nom, j’imagine.

On peut dire que oui. Tu prends ce que nous avons fait de mieux, tu secoues tout ça, et tu obtiens Manifesto. Mais ce n’est pas voulu, je te rassure tout de suite ! Et je dis ça en toute honnêteté ; tu ne me croiras pas, mais tu devrais me croire ! Nous n’avons pas voulu nous dire : « On va faire un album à la Disincarnate, ou à la… » Ce n’est pas fait avec cette envie de faire un copier-coller de ce que nous avons déjà fait. Et nous n’avons jamais fait ça. Loudblast, tu écoutes tous nos albums, il se passe quelque chose de différent à chaque fois. Nous sommes naturellement poussés à explorer d’autres sentiers. Encore plus sur cet album-là, sur lequel nous ne nous sommes pas donné de cahier des charges. C’est aussi le fait de jouer avec Fred, qui est un fan de l’époque de Disincarnate, Sublime, etc. Quand tu bosses avec tes potes musiciens, forcément, dans un coin de ta tête, tu te dis : « Ouais, c’est vrai que ce riff-là était cool », et ça t’amène à explorer, à aller plus loin que ce que tu avais fait à l’époque, et à ne pas repartir d’une page blanche.

Hervé : Manifesto est… pas « l’album de la maturité », comme on dit, parce que nous, la maturité, nous l’avons depuis longtemps ! [Rires] Tu parles d’une synthèse de tout Loudblast, mais je n’aime pas trop cette idée parce que ça voudrait dire que ça pourrait être le dernier album de Loudblast, genre : « On a fait cet album-là, nous avons tout compilé, et salut les gars ! » Ce n’est pas du tout ça. C’est peut-être une synthèse, mais c’est inconscient. Nous avons fait ce que nous savions faire le mieux : du Loudblast. Nous sommes allés à l’essentiel, même s’il y a énormément d’arrangements dans l’album. Ce n’est pas surproduit, c’est bien arrangé, comme nous l’avons toujours fait. De toute façon, dans les albums de Loudblast, sans prétention, nous avons toujours soigné les choses, nous avons toujours essayé d’approfondir, car Steph est un perfectionniste.

Stéphane : C’est un album bien digéré ! C’est un album digeste parce qu’il a été à la fois pensé et très instinctif dans sa composition. À part un ou deux titres qui ont peut-être plus posé problème en termes de structure et que nous avons un peu remodelés quand nous avons attaqué les préproductions finales, globalement, de tout ce que j’ai amené comme structure, nous n’avons rien touché. Rien. C’est un album qui a été composé à l’instant T, mais qui a une âme, qui raconte une histoire, notre histoire, en fait.

Dans Burial Ground, beaucoup de compositions venaient d’Alex Lenormand. Du coup, cette fois c’est toi Stéphane qui as amené tous les riffs, comme ça a pu être le cas à une certaine époque…

Hervé : Ca a toujours été ça. Il n’y a que pour Burial Ground que naturellement, Alex a proposé… Alex fourmille d’idées tout le temps, et Drakhian aussi. À eux deux, ils font une très bonne équipe. Et ils ne sont pas vraiment issus du même style. Drakhian fait plutôt du black metal, et Alex un peu aussi. C’est vrai qu’ils ont apporté une touche nouvelle et c’était le moment de lâcher un peu du lest.

Stéphane : Oui, et moi, ça m’a aussi permis de prendre un peu de recul. Cet album a été composé en deux temps. J’ai composé la moitié de l’album il y a trois ans, c’est d’ailleurs pratiquement tous les morceaux qu’il y a sur l’album. Ensuite, il y a eu d’autres projets qui sont arrivés, nous avons fait une tournée mondiale avec Sinsaenum, je suis rentré dans Les Tambours Du Bronx, j’ai eu différents trucs dans ma vie, et je me suis remis à composer l’année dernière. Je suis arrivé à onze titres avant que nous commencions à maquetter, et j’en ai recomposé quatre entre janvier et mars, donc nous avons fini à quinze titres. Mais nous sommes restés sur un album de dix titres, à la base, pour le dixième album de Loudblast (en comptant deux EP, NDLR).

Hervé : Nous voulions faire dix titres et trente-cinq minutes aussi pour les trente-cinq ans, mais nous n’avons pas réussi !

Stéphane : Ouais, nous voulions faire des morceaux très courts ! C’est vrai ! Ce sont des idées à la con, en fin de soirée, du genre : « On va faire dix morceaux et faire trente-cinq minutes ! » Les trente-cinq minutes, nous n’avons pas réussi. Dix titres, c’était bien. Mais pour revenir au sujet, oui, j’ai repris l’envie de composer. Encore une fois, tu ne te dis pas : « Je m’assois et je vais composer un album. » Pour moi, ça ne marche pas comme ça. J’ai aussi besoin d’être bien dans ma tête. Quand je ne suis pas bien, ça ne marche pas, j’ai un blocage, je n’arrive pas à être productif. Il faut que dans ma tête ça se passe bien, pour que je puisse sortir des trucs, et en général, ça vient assez facilement.

« C’est un album qui a été composé à l’instant T, mais qui a une âme, qui raconte une histoire, notre histoire, en fait. »

Est-ce que tout ça fait de Manifesto un album plus « Loudblast » que Burial Ground ne l’était ?

Hervé : Moi qui suis de l’intérieur, je peux te dire que pour moi, Burial Ground est vraiment un album de Loudblast, ce n’est pas un album d’Alex et de Drakhian. Donc je dirais non, forcément ! Après, c’est un peu une question piège, je t’avoue ! [Rires]

Stéphane : Ce que nous n’avons pas perdu par rapport à Burial Ground, c’est la noirceur. Ce côté un peu malsain qu’il y avait dans Burial Ground, on le retrouve dans Manifesto. Mais Manifesto est un album qui va plus droit au but. Nous y racontons plein de choses. L’album s’articule peut-être en deux parties : il y a toute la première partie où tu prends une grosse pêche dans ta gueule à chaque titre, et il y a la seconde partie avec des morceaux non pas mélodiques, mais où nous posons un peu plus les choses. Mais Burial Ground, c’est du Loudblast.

Hervé : Nous n’aurions jamais validé les morceaux si nous trouvions que ce n’était pas ce que nous avions envie d’entendre.

Stéphane : Mais c’est vrai que le fait que j’ai composé la majorité des riffs de cet album… Il ne faut quand même pas oublier que Jérôme a amené deux morceaux aussi, plus courts, plus thrash/death, qui manquaient peut-être un peu dans ce que j’avais amené. Mais oui, c’est la patte Loudblast, vu que c’est moi qui ai toujours composé la majorité des titres du groupe ! [Rires]

Frédéric a-t-il contribué aussi ?

Non, Frédéric, je lui ai interdit de composer ! [Rires] Frédéric est en train de composer le nouvel album de Sinsaenum, ça fait partie de ses tâches car Sinsaenum est son bébé. En fait, je suis arrivé avec tout. Je suis un peu le nazi du groupe [rires]. Non, je déconne ! Mais encore une fois, si ça n’avait pas plu à Hervé… Nous jouons ensemble depuis trente ans, donc tout a été validé. Et nous avons aussi re-bossé les morceaux ensemble, ce n’est pas gravé dans le marbre.

Hervé : Et pour Fred, ses parties de basse, il a eu carte blanche. Nous n’avions pas à lui dire ce qu’il avait à faire. Il savait très bien ce qu’il avait à faire. Il y a même un morceau avec un solo de basse, ce qu’il n’y a jamais eu dans Loudblast !

Stéphane, tu as dit que vous ne vous étiez pas mis de barrières sur cet album. Mais est-ce que ce n’est pas ce que vous faites tout le temps ? Y a-t-il eu des moments par le passé où vous vous en êtes mis consciemment ou inconsciemment ?

Stéphane : Sur Fragments oui, nous nous sommes mis des barrières. À l’époque de Fragments, déjà, nous ne savions plus trop où nous allions, le line-up commençait à foirer, nous avons tenté plein de choses… Il y a d’ailleurs des morceaux que personne n’a jamais entendus et que personne n’entendra jamais ! Parce que nous avions un peu les trompettes de la renommée qui nous trompetaient à la gueule, du genre à nous demander de faire des morceaux en français pour entrer dans les playlists radio, parce que nous vendions quand même beaucoup d’albums à l’époque. C’est vrai que Fragments, c’est un album que je n’ai pas du tout aimé enregistrer, et après lequel je savais, quand nous l’avons fait, que je voulais arrêter. Mais c’est un album qui a cartonné.

Hervé : Ce n’était pas une bonne période. Par contre, la tournée qui a suivi cet album a été géniale, et cet album, je l’adore. Mais c’est vrai qu’il a été dur à digérer. L’accouchement de l’album a été très pénible.

Stéphane : C’est marrant, parce que j’ai l’impression que sur cet album, nous cherchions quelque chose que nous n’avons pas vraiment trouvé, mais ça n’a pas été l’avis des gens. Certains ont crié au scandale, genre : « Loudblast, c’est des vendus ! », parce que c’est vrai que c’est plus mélodique, plus heavy metal. Mais à la fois, nous sommes des fans de heavy metal, nous avons grandi comme ça. Quand nous étions gamins, il n’y avait pas de death metal et de speed metal. Nous écoutions du hard rock et du heavy metal. Légitimement, il y a aussi des riffs qui sortent de cette époque-là. Donc des barrières, nous ne nous en sommes jamais vraiment mis, mais peut-être un peu sur Fragments, parce que nous cherchions quelque chose que nous avions du mal à trouver.

« A vingt-quatre heures près, nous nous retrouvions confinés à Mufflin-Les-Gougnoufs dans le trou du cul de la Vendée, et ça aurait été moins fun ! [Rires] »

Burial Ground est sorti il y a déjà six ans, mais à part lors des premières années, ce groupe n’a jamais été très rapide à enchaîner les albums, donc ce n’est pas très étonnant. Et puis Stéphane, tu as été bien pris avec tes différents projets : Sinsaenum, Les Tambours Du Bronx et Le Bal Des Enragés. Hervé, tu as fait deux albums avec Black Bomb A et deux avec Undead Prophecies. Justement, est-ce que toute cette activité hors de Loudblast et ces six ans ont été positifs pour prendre du recul, se ressourcer et se remettre sur un album de Loudblast l’esprit frais ?

Hervé : Je dirais que oui. C’est aussi un album personnel, parce que dans nos vies de chacun, nous avons traversé de mauvais moments, et ça se ressent un peu dans l’album. Et c’est vrai que six ans, c’est un peu devenu notre rythme. Nous avons fait : 1998 avec Fragments, ensuite 2004, 2010, 2014… Nous avons besoin de ça.

Stéphane : Entre le moment où nous avons commencé à composer l’album, c’est-à-dire il y a trois ans, et celui où nous l’avons terminé l’année dernière, il s’est passé plein de trucs dans nos vies personnelles, il a fallu que nous fassions un break, que nous résolvions un peu toute cette merde que nous avons dû gérer à côté. A côté de ça, c’est évident que de chanter dans Les Tambours Du Bronx, ça m’apporte énormément. Nous préparons d’ailleurs un nouvel album avec les Tambours, ce n’était pas le projet d’un seul album. Mais ça m’a ouvert plein de perspectives, d’envies de tester des choses. Le Bal Des Enragés, c’est pareil. Nous faisons des reprises, mais nous nous essayons à des morceaux qui ne sont pas spécialement dans notre répertoire. Tout ça, bien sûr, c’est ressourçant, ça fait du bien, et tu te jettes à l’eau, surtout quand tu chantes. Ce n’est pas facile de chanter, d’entendre sa voix. J’essaye justement maintenant de ne plus me dire : « Non, je ne peux pas faire ça dans Loudblast. » Si, je le fais, et voilà. J’ai été super bien dirigé par HK du Vamacara Studio avec qui nous avons fait toutes les voix. C’est vrai que ça a bien coulé. Nous avions bien maquetté aussi. C’est-à-dire qu’avant d’entrer en studio, je suis parti chez Hervé pendant deux mois et j’ai maquetté plus de la moitié des morceaux compliqués au chant. Je suis arrivé en studio vachement plus sûr de moi que je ne l’ai été sur les autres albums. J’avais travaillé en amont, ce que moi, gros fainéant, je n’avais pas fait sur certains albums, il faut bien l’avouer – ou pas assez, en tout cas !

Vous avez fait la préproduction de l’album en début d’année, puis vous aviez prévu de rentrer en studio le 8 mars pour pratiquement deux mois. Comment avez-vous vécu la situation avec la crise sanitaire et le confinement ?

C’était assez drôle ! Nous étions en studio, les prises se passaient bien, et tous les soirs, nous rentrions, nous regardions les news. Tous les matins, nous nous levions, nous regardions ces chaînes d’information complètement débilisantes mais qui faisaient un peu état de la situation sanitaire en France. Tous les jours, nous nous disions : « Putain, mais ça craint ! » Nous étions dans le trou du cul de la Vendée, et je te jure que c’est vrai, quand notre cher président a fait son discours le vendredi, nous nous sommes dit : « Ouh là, là, ça sent la merde, il va falloir qu’on se casse d’ici ! » Nous ne devions pas travailler le week-end qui suivait et nous nous sommes dit : « On bosse le week-end, on termine les prises de batterie et on se casse ! » Bien nous a pris, parce que nous sommes partis le lundi matin, nous avons tout laissé sur place, nos fringues, etc. Nous avons pris une petite valise, nous nous sommes barrés, nous avons pris le premier train que nous pouvions, nous sommes rentrés chez nous, et je crois que le lundi soir ou le mardi, on était confinés. A vingt-quatre heures près, nous nous retrouvions confinés à Mufflin-Les-Gougnoufs dans le trou du cul de la Vendée, et ça aurait été moins fun ! [Rires] C’est marrant, parce que sur cet album-là, le processus de compo en sot n’a pas été dur, mais il y a eu plein d’embûches : Hervé qui se pète le genou, le confinement…

Hervé : C’est une des premières fois où, nous étions tellement bien organisés avec la sortie de l’album, avec la tournée qui devait commencer au Hellfest… Jamais ça ne nous était arrivé à ce point-là. Tout était prêt et là, tout est tombé à l’eau. Après, c’est la vie. Nous jouerons peut-être l’année prochaine, et nous serons encore plus forts ! L’année prochaine, nous aurons le temps de préparer une belle tournée ! Peut-être !

Vous avez repris l’enregistrement après le confinement ?

Stéphane : Il a fallu que nous bossions tous chacun de notre côté, à la maison, pour terminer les prises, et attendre que toute cette merde soit terminée pour retourner en studio, que je termine mes chants, et pour mixer l’album. Tout ça s’est étalé entre mars et fin août. Nous sommes partis du studio avec toutes les prises de batterie en boîte et à partir de là, nous avons travaillé à distance. Nous avons chacun nos studios à la maison. J’ai réussi à me faire envoyer une guitare, parce que forcément, les guitares que j’avais amenées pour faire cet album étaient restées en Vendée. Donc ESP a réussi à me renvoyer une guitare juste à temps pour que j’aie de quoi bosser à la maison. Jérôme s’est occupé d’enregistrer les rythmiques, je me suis chargé de tous les arrangements, Fred a fait ses basses chez lui, et nous nous envoyions les fichiers au fur et à mesure. Nous faisions avancer comme ça, ce n’était pas évident, parce que travailler à distance, ce n’était pas ce que nous avions prévu ; nous nous étions dit que nous allions rester deux mois en studio ensemble. C’est bien aussi d’échanger, le fait de parler quand tu fais tes prises, ce n’est pas la même chose que quand tu écoutes les prises de l’autre et que tu lui dis : « Non, ce n’est pas ça qu’il faut jouer… » Bref, ça a été compliqué et un peu laborieux de compléter quinze titres à enregistrer, à raison de six pistes de guitare rythmique par morceau, des couches d’arrangements… A un moment, j’avais prévu de faire mes chants à la maison, parce que je ne savais pas quand ça allait se débloquer, et puis je me suis dit : « Non, je vais me concentrer sur les arrangements, et je ferai mes chants quand je pourrai. » Parce que je voulais aussi être dirigé, c’est-à-dire que faire ces trucs tout seul, c’est bien, mais à un moment, il faut que quelqu’un te dise quoi faire et ne pas faire, en l’occurrence, HK qui est le producteur de l’album – que j’ai aussi coproduit. Tu as besoin d’un avis extérieur, du cinquième membre du groupe, c’est-à-dire le producteur. Heureusement que nous avons aussi eu ce temps-là pour mener à bien les compos, parce que travailler à distance, ce n’est pas toujours facile et c’était surtout très nouveau pour nous. En général, quand nous rentrons en studio, nous restons ensemble pendant quelque temps.

« Nous ne voulions pas tomber dans le piège du gros son qui ressemble à tout le monde. […] Nous sommes partis du postulat que nous voulions une basse-batterie en mode char d’assaut et des grattes précises, larges, mais avec ce côté un peu teigneux et tendu, pas trop joli. »

HK Krauss du Vamacara Studio avait travaillé peu de temps avant sur le live III Decades Live Ceremony. Est-ce que c’est justement son travail sur ce live qui vous a décidés à faire appel à lui pour l’album ?

Oui. Il faut savoir que le live, c’est moi qui devais le mixer à la base. Et il y a eu plein de problèmes sur les prises de son. Sur la captation live du III Decades, il y avait plein de coquilles de partout. À un moment, je ne m’en sortais plus, j’ai fait : « Fuck, je peux pas ! » Qui plus est quand c’est ton groupe, tu perds patience. Donc j’ai appelé HK, je lui ai dit : « Voilà, je vais te filer un fruit pourri, essaie de m’en faire une belle corbeille. » Et il en a fait une magnifique corbeille ! Il se trouve qu’avec HK, nous travaillons aussi sur les formations, et c’est un mec qui a vraiment une vision, il prend des positions. Quand il ne veut pas faire quelque chose et qu’il pense que ce n’est pas une bonne idée, il te le dit, et il ne le fera pas. Enfin, si, il essaye quand même, parce que je le fais chier… Ce n’est pas évident de travailler avec moi aussi, parce que comme l’a dit Hervé, je suis très perfectionniste, et je trouve toujours un truc à améliorer. Mais il faut quelqu’un qui a un moment te dise : « Non, c’est bon, laisse comme ça, parce que ça ne va rien amener de plus. » Donc oui, le travail que nous avons fait ensemble sur le live a été un peu déterminant aussi, parce que c’est quelqu’un qui pour moi, actuellement, est l’un des meilleurs dans les prod et qui à chaque fois ne fait pas la même chose aussi. Qui plus est, il était hyper enthousiaste à l’idée de faire l’album, il s’est vraiment investi, il a pris du temps pour le faire. Quand nous avons commencé à préparer le mix, nous savions ce que nous voulions comme genre de son. Et puis le week-end passe, je rentre chez moi, je reviens, et il me dit : « Voilà, j’ai tout dézingué, j’ai tout repris à zéro. » Et là, nous avions le mix, tout simplement. C’était vraiment bien de bosser avec lui. Nous lui avons aussi laissé de l’espace. Nous ne voulions pas absolument vampiriser le boulot. À un moment, si on travaille avec quelqu’un, c’est aussi pour le laisser s’exprimer. Ce qui est important dans ce genre d’album, qui est quand même un album important dans notre carrière, dans sa carrière aussi et dans nos évolutions respectives, c’est que c’est bien qu’on le prenne avec autant de sérieux chacun de notre côté. Ce n’est pas un truc en plus. Ce n’est pas un album de plus de Loudblast.

En travaillant sur l’album live, il était vraiment au cœur du son de Loudblast. Est-ce que ça a joué sur son approche du son pour l’album studio ?

Bien sûr, parce que nous avons aussi notre son. Je ne vais pas entrer dans des trucs trop techniques, mais par exemple, Hervé voulait un son de batterie naturel. C’est-à-dire que sur cet album, il n’y a pratiquement pas de trig. Maintenant, tout le monde met du trig dans tous les sens. Il y en a qui vont dire : « Ouais, attends, c’est du trig ! » Bah non. Il y a un peu de renforts à quelques endroits, mais c’est la vraie batterie et il n’y a pas de tricherie sur la dynamique du truc. Nous voulions vraiment ça. Pareil, le son de guitare, c’est le Peavey 5150 que nous utilisons depuis un moment. Il y a quand même six couches, donc il n’y a pas que du 5150, mais nous voulions quelque chose d’assez organique, de pas froid et de très dynamique. Ce n’est pas évident, parce qu’il y a quand même beaucoup d’infos dans les morceaux, il y a des morceaux très chargés, avec beaucoup de couches. Il fallait aussi faire des choix. J’amène toujours plein de trucs, et à un moment, il faut dire : « Ça non. Ça non. Ça, ça sert à rien. Ça on l’entendra pas. Ça, ça vient pourrir le truc… » C’est aussi le rôle du producteur de dire : « Non, ton arrangement, c’est de la merde. » Parce que forcément, j’en ai fait jusqu’à la fin. C’est-à-dire qu’une semaine avant d’avoir terminé l’album, je suis encore arrivé avec de nouvelles pistes que j’avais enregistrées chez moi le week-end. Hervé était là aussi et ils m’ont dit : « Non, arrête ton char Ben-Hur ! Il y en a trop ! » [rires].

Le micro Neumann qui a été utilisé pour enregistrer la caisse claire est celui qui a enregistré celle du Black Album. Vous avez également utilisé un Mesa Boogie Studio Preamp qui a aussi été utilisé sur le Black Album. Le Black Album de Metallica est une référence sonore pour vous ?

Hervé : Pour moi, le son de batterie de cet album était énorme, et il l’est toujours.

Stéphane : De toute façon, cet album, il a mis tout le monde d’accord quand il est sorti. Après, je t’avouerai que quand le Black Album est sorti, j’ai mis un an avant de l’écouter, parce que je me suis dit : « Ce n’est pas MON Metallica. » Maintenant, je l’adore ! Et en termes de production, cet album une tuerie. Quand nous avons commencé à réfléchir avec HK, nous trouvions que Mesa, ça amenait quand même quelque chose. Puis nous avons un ami qui a un studio extraordinaire et il a plein de micros introuvables, il nous a dit : « Ce micro-là, je l’ai ! » Nous lui avons dit : « Bingo, vas-y, ramène ! » En l’occurrence, c’est vrai que la caisse claire est assez redoutable. Je suis archi-fan du mix de cet album. Franchement, je pense que c’est un des albums les plus aboutis en termes de production et de mix que nous ayons faits. Nous sommes allés au bout des choses comme très rarement nous avons pu le faire. Sur le son de batterie, pour moi, il n’y a absolument rien à redire. Nous avons cherché des choses. Nous ne nous sommes pas mis en danger, dans le sens où nous savions ce que nous voulions, mais nous nous sommes dit que c’était le moment d’avoir un son de caisse claire un peu plus massif qu’à l’accoutumée, et en l’occurrence, ça marche.

Tu disais tout à l’heure que Jérôme avait enregistré toutes les rythmiques et toi les arrangements. Pourquoi avez-vous partagé les tâches de cette manière-là ?

Même si ce sont à quatre-vingt-dix-neuf pour cent mes riffs, il se trouve que Jérôme a une main droite assez redoutable, et sachant que nous allions mettre quand même six couches de rythmique par morceau, tu imagines un peu le boulot ! Si tu en mets deux, c’est bien ; si tu en mets quatre, ça commence à faire un peu mal ; si tu en mets six, ce n’est pas encore le même boulot. C’est exponentiel. Ça ne prend pas six fois plus de temps. Ça prend beaucoup plus de temps. Nous nous sommes donc dit que nous allions répartir le boulot comme ça. Moi, mon truc, c’est de composer, et les arrangements, c’est aussi mon truc, ça me plaît. Enregistrer des rythmiques, ce n’est pas ce que je préfère faire, tout simplement. Ce n’est pas dit que je ne le fasse pas sur le prochain. À l’époque, avec Nicolas Leclercq, nous nous répartissions un peu les parties dans les morceaux. Là, nous n’avons pas pu le faire de toute façon. Même si j’avais voulu enregistrer des parties, ça aurait été trop compliqué en bossant de façon déportée.

Hervé : C’est vrai qu’il faut vraiment être à deux en studio. Quand tu es à deux guitaristes pour le même morceau, il faut vraiment être ensemble.

Stéphane : Et là, nous ne pouvions pas. Mais c’est bien. C’est une méthode que nous avons souvent employée. Sur Burial Ground, c’est pareil, c’est Drakhian qui avait enregistré les rythmiques. Ce n’est pas de la fainéantise, mais je pense qu’encore une fois, Jérôme est un meilleur technicien de la guitare que moi. En studio, il n’y a pas d’ego, tu es là pour servir la machine, tu es là pour servir le groupe. Moi, je m’en fous. Tant que ce n’est pas quelqu’un d’autre qui chante à ma place… [Rires]

« La bestiole humaine est quand même une sacrée merde et on est entouré par ça. L’incompétence est portée à son paroxysme et c’est devenu une norme. Ce sont des incompétents qui te dirigent et qui te disent que toi, t’es incompétent. »

Et pourquoi six couches de guitare ?

Hervé : Pour avoir ce son-là !

Stéphane : Nous avons testé des trucs et c’est HK qui a dit que nous allions mettre six couches de guitare. La guitare principale, c’est le Peavey, ensuite il y a le Mesa, et la troisième, c’est un plug-in qui amène un peu de largeur. Ca a du sens, parce que quand tu enlèves une des couches, tu n’obtiens pas ce son. Je trouve que le son de gratte a quelque chose. Ce n’est pas le son de gratte de Monsieur et Madame Tout-le-Monde. C’est ce que nous voulions aussi, un truc qui s’identifie. Quand tu écoutes Carcass, tu sais direct que c’est Carcass. Ce qui est cool avec HK, c’est qu’avant d’entrer en studio et de commencer les prises, nous avions quand même vachement pensé à ce que nous voulions et à ce que nous ne voulions pas. Il y a eu beaucoup de dialogue, de mails, de coups de téléphone – parce que je coproduisais l’album – à propos de ce que nous voulions et ce que nous ne voulions pas. Nous ne voulions pas tomber dans le piège du gros son qui ressemble à tout le monde. Nous voulions que cet album ait vraiment une identité et qu’elle colle à Loudblast, que ça ne soit pas ce que nous n’avons pas envie d’entendre. C’est vrai qu’il y a tellement de façons de mixer un album, maintenant… À la base, nous sommes partis du postulat que nous voulions une basse-batterie en mode char d’assaut et des grattes précises, larges, mais avec ce côté un peu teigneux et tendu, pas trop joli.

C’est Kévin Foley qui a assuré les parties de batterie dans l’album, car Hervé, tu t’es cassé le genou juste avant d’attaquer les préproductions de l’album…

Hervé : La veille !

Stéphane : Vas-y, raconte l’histoire, elle est trop marrante !

Hervé : Stéphane est arrivé le vendredi soir pour le week-end et nous avons tout installé dans le studio. À la base, toute les préprod à la batterie avaient été faites sur EZdrummer. J’avais mis une batterie électronique chez moi et nous allions tout refaire. Le dimanche soir, nous sortons, je croise un connard, je tombe, et je me pète un genou. Autant dire que c’est foutu. Nous décidons de continuer sur la programmation, en faisant mes parties programmées. Puis je fais mes examens et là, c’est évident que je ne pourrai pas jouer de batterie pendant plusieurs mois. Personne ne savait pour le Covid-19 à ce moment-là, donc le studio était déjà réservé et il fallait trouver une solution. Il fallait trouver quelqu’un et j’ai demandé à Kévin. Le résultat est exceptionnel. Je suis extrêmement frustré de ne pas l’avoir enregistré cet album, évidemment. Par contre, quand j’écoute l’album, je m’entends. Il a vraiment, à quatre-vingt-dix pour cent à l’identique, fait ce que je voulais faire. Et encore, il pouvait se lâcher un peu plus, mais il ne l’a pas fait ; peut-être par décence, je ne sais pas. C’est un excellent batteur, donc ce n’était pas un exercice très compliqué pour lui, parce que c’est son job, il est comme ça.

Stéphane : Et puis ils s’entendent comme larrons en foire depuis la tournée que nous avons faite avec Benighted. De les voir bosser ensemble, c’était marrant. Déjà, un batteur, c’est compliqué, mais là tu en avais deux dans le même studio ! Mais c’était au cool et au bout du compte, c’était vachement constructif, parce qu’encore une fois, c’est vrai, quand j’écoute l’album, il n’y a pas un moment où je ne me dis pas que c’est Hervé qui joue.

Hervé : Parce que ce sont les parties que j’avais programmées et que j’aurais jouées !

Stéphane : Il y a la petite patte Foley sur quelques petits trucs, où nous lui avons dit : « Vas-y, fais tes roulements à toi aussi, tu as le droit, tu n’es pas un mercenaire ! »

Hervé : Et le but n’était pas de le cacher. Nous l’avons tout de suite dit, nous l’avons annoncé pendant que nous étions en studio. C’était mes bras et mes jambes, et nous étions à deux cerveaux. C’est génial !

Stéphane : Deux cerveaux de batteur, tu imagines ?

Hervé : Il a fait toutes les prises. Je ne pouvais pas jouer les jambes, mais j’avais quand même fait les bras. En fait, c’est ma frappe qui est sur l’album. Mais je suis frustré, j’aurais tellement aimé enregistrer cet album. Mais voilà, c’est comme ça. Je ne suis pas malheureux.

Stéphane : Avec tous les écueils que nous avons eus pour le sortir au bout du compte, alors que tout était hyper carré comme jamais dans notre planning, je trouve que nous nous en sortons plutôt pas mal. Nous nous en sortons même très bien. Comme je te disais tout à l’heure, cet album a vraiment une histoire. Ce n’est pas l’histoire d’un autre album de Loudblast. À tous niveaux.

Kévin a donc enregistré la batterie sous ton contrôle, Hervé. Comment s’est passée la dynamique entre vous deux ? Est-ce que c’est lui qui a suivi les pistes que tu avais programmées ou est-ce que tu étais derrière à lui donner des instructions ?

Hervé : Nous lui avons envoyé tous les morceaux, et il a une facilité de travail… Il est arrivé en studio, je n’avais quasiment rien à dire. Il m’a juste demandé pour certains plans. Chez les batteurs, chacun peut jouer ce que l’autre fait, mais on ne le joue pas de la même manière. Il y a des choses que lui sentait différemment. Il y a des trucs pour lesquels je n’ai pas voulu que ça change parce que c’était vraiment moi et il y a d’autres choses qu’il a changées, et c’est très bien comme ça. Parce que c’est difficile de jouer un truc qui ne te va pas. J’étais un peu chef d’orchestre pendant les prises. En plus, il est bon, il ne fait pas cinq prises pour faire un morceau. Il joue très bien.

Stéphane : Nous l’avons même terminé avant. En fait, la reprise de Motörhead, « Shine », à la base, ce n’était pas prévu. Nous avons toujours en tête, pour Loudblast, de faire un EP avec que des reprises et nous le ferons un jour… Il se trouve qu’en voulant accélérer le process pour se barrer du studio avant que le confinement n’arrive, le dimanche après-midi, nous nous sommes retrouvés avec plusieurs heures à tuer. Nous nous sommes dit : « Bon, on va faire une reprise ! » Je crois même que c’est Kévin qui a proposé « Shine ». Nous nous sommes dit que nous allions faire un Motörhead, et il a fait : « Ouais ! ‘Shine’ ! ‘Shine’ ! ‘Shine’ ! C’est un super morceau que j’adore ! » J’ai dit bingo, parce qu’en plus, c’est un morceau d’Another Perfect Day, qui est un album que j’adore. Je l’ai eu en cassette quand j’avais onze ou douze ans, je me rappelle. J’adore Brian Robertson, le gratteux de Thin Lizzy. C’est un album qui est mortel et qui est un peu sous-estimé, je trouve, par rapport à sa qualité. Refaire un morceau de cet album, c’était une très bonne idée et je trouve que nous en avons fait une très bonne adaptation.

« Quand tu fais les choses dans Loudblast, il faut être à cent pour cent. Tu ne peux pas être à cinquante pour cent. Si tu es à cinquante pour cent, tu n’as rien à foutre dans ce groupe. »

Hervé, tu disais que la frappe de la caisse claire était la tienne ?

Hervé : Oui, il a repris le sample. Après, il y a un peu de Kévin aussi. Un son est une association de plusieurs sons. Pour moi, l’identité d’un batteur, c’est la caisse claire. J’arrive à reconnaître des batteurs à la frappe, et là je m’entends vraiment jouer. J’entends vraiment ma frappe. Et même si par moments peut-être que HK n’a pas mis ma frappe et n’a mis que celle de Kévin, ce qui est possible, parce que je n’étais pas derrière lui, ça marche quand même. Et j’ai fait un passage de tom sur l’album, parce que Kévin a insisté. Je ne voulais pas, j’avais fait mon deuil. En plus, c’était une période compliquée, et il a vraiment insisté en me disant : « Si, ce passage-là, c’est ton truc, fais-le ! » Bon, je l’ai fait. C’est cool. Je ne dis pas sur quel morceau c’est, vous le chercherez ! [Rires]

Stéphane : C’est un long passage de toms ! Il n’y en a qu’un dans l’album, de toute façon.

Même si l’album est finalement différent de Burial Ground, en se rapprochant un peu plus d’un Sublime Dementia, il a en commun avec Burial Ground qu’il est très noir. Est-ce un reflet de notre époque ?

De toute façon, quand on regarde un peu ce qu’il se passe autour de nous, tout part en couille. Les thèmes que nous abordons, c’est la bêtise humaine, la rapacité, l’incompétence. La bestiole humaine est quand même une sacrée merde et on est entouré par ça. L’incompétence est portée à son paroxysme et c’est devenu une norme. Ce sont des incompétents qui te dirigent et qui te disent que toi, t’es incompétent. Manifesto est complètement en adéquation avec son époque, avec ce moment. Tout part en couille, tout est remis en question… Historiquement, c’est quelque chose. C’est aussi un reflet de ce que nous avons traversé. Nous avons eu des périodes un peu compliquées dans nos vies personnelles. Quand tu es au fond du trou, tu as l’impression que tu n’arriveras jamais à t’en sortir, mais en fait, il y a toujours une lumière au bout du tunnel. Il faut juste sortir la tête de l’eau et à un moment, essayer de respirer à nouveau. C’est vrai que ça prend du temps. C’est un processus long pour être à nouveau capable de faire de la musique, et d’avoir envie d’en faire. Parce que quand tu n’as plus de motivation et que tu as l’impression que tout ce que tu fais, ça ne sert à rien, tu ne peux pas. Un groupe comme Loudblast, c’est quatre-vingt-quinze pour cent de notre temps. Comme je te l’ai dit tout à l’heure, ce n’est pas un groupe de week-end, c’est notre métier, donc quand tu fais les choses dans Loudblast, il faut être à cent pour cent. Tu ne peux pas être à cinquante pour cent. Si tu es à cinquante pour cent, tu n’as rien à foutre dans ce groupe. Donc il y a beaucoup de moi dans cet album, il y a beaucoup d’Hervé. C’est un album qui raconte quelque chose. Ce n’est pas juste pour faire beau, genre : « On veut faire noir, on veut être malsains. » C’est ce que nous avons vécu. C’est vrai. Ce n’est pas du chiquet. Donc forcément, oui, cet album reflète les parcours par lesquels nous sommes passés et la période dans laquelle on vit, tout simplement.

Hervé : Même quand tu écoutes de la musique en général, dans ta vie de tous les jours, tu écoutes la musique en fonction de ton humeur. Alors quand tu en composes, c’est forcément pareil.

Est-ce que le sens de ces textes et de cette musique a pris une nouvelle envergure pour vous ces derniers mois ?

Stéphane : Les gens vont le croire ou pas, mais ces thèmes-là et ce que nous avons décidé d’aborder – parce que j’ai travaillé avec Nathanael Underwood pour les textes – sont des thèmes que j’avais décidé de traiter bien avant que l’on parle de Covid-19. Je te l’ai dit, cet album a une histoire. J’avais choisi de parler de choses qui sont, historiquement, en train de se passer. Donc oui, ça a encore plus de sens. Tu lis les textes comme tu veux, tu peux avoir deux lectures, mais globalement, c’est complètement collé à ce qu’il s’est passé ces derniers mois, sans vouloir à la base être le dénominateur commun de cet album et des thèmes que nous voulions y aborder. Mais ça a encore plus de sens, c’est évident.

Pourquoi avoir travaillé sur les textes avec une personne extérieure, en l’occurrence Nathanael Underwood ? Qu’est-ce qu’il apporte ?

Moi, j’aime bien composer, c’est mon truc. Dans Les Tambours Du Bronx, où j’écris des textes, c’est encore un autre exercice, mais dans Loudblast, à part au tout début, j’ai toujours laissé François [Jamin], le bassiste de l’époque, faire les textes. C’est peut-être de la fainéantise, mais je trouve ça cool quand tu collabores avec quelqu’un qui t’apporte. Nathanael, quand il a écrit certains textes, j’avais l’impression qu’il trouvait des mots que j’aurais utilisés. En soi, cette collaboration a été absolument fructueuse, parce que dès le départ, quand je lui ai donné les lignes directrices de ce que je voulais traiter, il est arrivé avec ce que je voulais entendre comme sonorités, comme mots. Nous avons aussi beaucoup travaillé sur les arrangements, les placements, etc., ensemble. Nous avions déjà travaillé ensemble sur Frozen Moments, sur quelques textes, mais je voulais, sur cet album, faire appel à une seule personne. Ce n’était pas un album-concept, mais il y avait des choses à raconter et il fallait que ça tienne, que ça ait de la consistance. Il ne fallait pas qu’on ait l’impression que ça soit Tintin et Bibi Fricotin… [Rires] Et ça a fonctionné. Nous avions vraiment la dream team sur cet album, entre les musiciens, le producteur, les gens qui ont participé à cet album… Franchement, je trouve que tout ça a eu du sens. Quand nous avons assemblé tout le puzzle, nous nous sommes dit : « Putain, on est en train de faire quelque chose là ! On n’est pas en train de faire un autre album de Loudblast, on est en train de faire une pièce maîtresse dans notre carrière ! » Nathanael est quelqu’un avec qui j’ai adoré bosser, et je vais continuer à travailler avec lui pour les prochains mois et les prochains morceaux, parce que ça colle. Ce n’est pas facile de trouver quelqu’un qui trouve directement les mots qui fonctionnent et avec qui tu as l’impression que c’est toi qui as écrit.

« Ce n’est pas juste pour faire beau, genre : ‘On veut faire noir, on veut être malsains.’ C’est ce que nous avons vécu. C’est vrai. Ce n’est pas du chiquet. »

Vous avez fêté les trente ans de Loudblast en 2015, ce qui a donné lieu à un album live, III Decades Live Ceremony ; en 2017, vous avez célébré en tournée l’album Sublime Dementia. Vous vous êtes donc pas mal replongés dans le passé du groupe ces dernières années. Est-ce que ça a joué sur votre inspiration et sur la direction musicale de Manifesto ?

Je ne sais pas… C’est vrai que nous avons re-déchiffré tout Sublime Dementia quand nous avons fait la tournée. C’était cool, parce qu’il y a des morceaux que tu ne joues plus depuis des années ou que tu n’as tout simplement jamais joué sur scène, et tu te dis : « Putain, mais il est cool ce titre en fait ! » En plus, la tournée de Sublime, c’est là que Jérôme est arrivé. Quand nous avons fait les concerts avec Jérôme, Fred et nous deux, ça tournait ! C’était cool ! Les morceaux avaient repris une autre vie. Ils n’ont pas été re-sublimés, parce qu’ils étaient déjà sublimes… [Rires] Peut-être qu’inconsciemment, ça a joué dans ma façon d’aborder les nouveaux riffs, les nouvelles compos, je n’en sais rien. Je suis un peu fétichiste aussi et cet album-là, je l’ai composé sur mon Ibanez Iceman Paul Stanley de 1978, et c’est sur cette guitare que j’avais composé Sublime, pour la petite histoire. Donc le lien, c’est la guitare et mes doigts ! Et ma tête ! Mais il ne vaut mieux pas que tu ailles voir dedans… [Rires]

En 2014, tu disais que Sublime Dementia était un album que les gens vous réclamaient tout le temps. Est-ce que ça a créé une atmosphère spéciale, encore plus survoltée que d’habitude durant ces concerts ?

Hervé : Le public avait la banane ! J’étais assez surpris de voir beaucoup de jeunes, qui n’étaient même pas nés quand Sublime est sorti, qui étaient là, devant, et qui chantaient les morceaux ! À côté des anciens – je vais les appeler comme ça –, les fans de la première heure, ceux qui ont suivi. Même ceux qui ont un peu décroché après sont quand même venus voir cet album qu’ils avaient aimé en 1993. C’était bien. Et même nous, quand nous avons décidé de faire ça, nous nous sommes dit : « On le fait ? Allez, on le fait ! » C’était quinze dates au départ et nous en avons fait une quarantaine ! Nous avons pris un plaisir fou, c’est vrai.

Stéphane : C’est une tournée qui a super bien marché. Je crois que le bouche-à-oreille a aussi fonctionné. Ceux qui sont venus voir les premières dates se sont dit : « Putain, c’est trop cool de revoir cet album joué dans son intégralité ! » Nous le faisions dans l’ordre, en plus. C’est un chouette exercice et c’était bien de voir que les morceaux n’avaient pas pris de rides, parce qu’au bout du compte, nous n’avons rien changé. Nous ne nous sommes pas dit : « Putain, ce morceau-là est trop nul, on ne peut pas le jouer. » Non. C’est cool de se dire qu’autant de temps après, ton album a toujours une consistance. Ce n’est pas un truc que tu vas oublier. Globalement, il n’y a pas trop d’albums que nous voulons oublier dans notre carrière, ce qui est déjà un bon signe !

L’idée de départ pour Manifesto était de composer dix titres et de s’arrêter à dix titres pour la tracklist de l’album. Sauf que vous avez enregistré quatre autres titres, plus une reprise. Deux titres bonus seront sur le CD et deux autres titres bonus différents seront sur la version vinyle. Et si on considère le fait que vous avez récemment ressorti les vieux albums remasterisés en vinyle, est-ce important pour vous de promouvoir le format physique, que ce soit CD ou vinyle, par opposition au numérique ?

Le numérique, de toute façon, tu ne peux plus y échapper maintenant, moi le premier. Nous écoutons des playlists, c’est quand même très pratique. Maintenant, il faudrait qu’ils nous rémunèrent un peu plus, ça serait pas mal. Mais oui, je collectionne des trucs, j’aime bien avoir un vinyle, j’aime bien lire les paroles… Je ne suis pas non plus de cette génération où tout est dématérialisé. J’ai toujours touché les trucs que j’écoutais ! Nous avons aussi la chance, avec Listenable, d’avoir un label qui est attaché à ça, et qui nous propose à chaque fois de sortir de belles éditions, des vinyles, des trucs collector, etc. En plus, nous arrivons aussi avec pas mal d’inédits. Nous avons deux bonus différents sur le vinyle et sur le CD, nous avons encore deux autres bonus sur la version japonaise de l’album, car nous sommes aussi distribués au Japon maintenant. L’idée était aussi d’avoir un attrait… Ce ne sont pas des bonus pour mettre des bonus. Si les morceaux n’étaient pas bien, nous ne les aurions pas mis. Nous avions plus de matière que ce que nous avions prévu à la base, donc autant faire de beaux objets, avec en plus des contenus inédits. Donc si tu ne l’achètes pas très vite, tu ne l’auras pas ! [Rires] En plus, normalement, il y aura deux vinyles différents en termes de couleurs. Je suis fan de King Diamond, par exemple, et quand il a ressorti ses vinyles, je les ai rachetés ! Je pense qu’il y a plein de fans qui ont cette collectionnite aiguë que j’ai. Quand nous travaillons avec le label là-dessus, nous réfléchissons à ce que nous aimerions. Nous réfléchissons à quand nous avons cette impulsion d’achat et que nous nous disons : « Putain, il y a ce truc marble génial, il me le faut ! », même si tu as déjà l’album en quinze exemplaires.

Vous avez repoussé la release party de l’album de novembre à janvier : est-ce que vous y croyez ?

Hervé : Nous aimerions bien. Il faut essayer d’y croire. Vu la recrudescence des cas, ça me paraît mal barré.

Stéphane : Ce que nous allons essayer de faire, par contre, et nous allons voir si c’est possible, vu que nous n’allons pas faire de concert en 2020, j’espère qu’il y en aura en 2021, nous allons quand même faire une espèce de petite tournée d’écoute. Nous allons aller dans les endroits où les gens sortent pour écouter de la musique et boire des verres. En l’occurrence, nous allons quand même faire le Dr. Feelgood à Paris, nous allons faire L’Antre du Malt à Rouen, et nous essayons d’organiser une petite tournée de huit dates où nous nous déplacerons. Nous dédicacerons des trucs, nous aurons des CD, du merch, nous rencontrerons les gens. C’est ça, l’idée, vu que nous n’allons pas pouvoir les voir et les rencontrer quand nous serons sur une scène, nous allons aller à leur rencontre où ils peuvent habituellement encore sortir, tant qu’ils peuvent sortir. Nous allons essayer d’organiser ça pour le mois de novembre. Ça sera une maigre consolation, mais même pour nous, ça serait déjà mieux que de ne pas pouvoir défendre l’album sur scène. Au moins pour rencontrer les gens qui ont envie du nouveau Loudblast.

« Je suis un peu fétichiste aussi et cet album-là, je l’ai composé sur mon Ibanez Iceman Paul Stanley de 1978, et c’est sur cette guitare que j’avais composé Sublime, pour la petite histoire. Donc le lien, c’est la guitare et mes doigts ! Et ma tête ! Mais il ne vaut mieux pas que tu ailles voir dedans… [Rires] »

Et les concerts virtuels, ça ne vous branche pas ?

Oui, nous y avons pensé. Nous allons y venir de toute façon. C’est important aussi d’être présents là. Comme je disais à Hervé, à mon avis, on n’a pas le cul sorti des ronces. Ne pas faire de scène pendant six mois, ça ne m’est jamais arrivé de ma vie depuis que nous faisons ce groupe.

Hervé : Moi, j’en suis à mon dixième mois, parce que mon dernier concert, c’était le 21 décembre avec Black Bomb A. Je devais avoir des dates en janvier et en février avec Black Bomb A que je n’ai pas pu faire. Je pense que je vais arriver à seize ou dix-sept mois ! Je n’y crois pas pour avant avril, mais bon, on va croiser les doigts !

Stéphane : Sur cette tournée, nous voulions vraiment mettre en avant Manifesto, mais aussi faire une setlist plus longue, en passant en revue tous nous albums, avec les titres phares de chaque album, donc faire un concert d’une heure et demie, deux heures. Habituellement, nous jouons une heure et quart. Nous sommes un peu fainéants, mais c’est fatigant de faire du death metal. Là, nous nous étions dit que nous allions faire un plus gros concert, une plus grosse setlist, donc c’était à mettre en place. Ça fait partie des choses que nous allons travailler dans les mois à venir.

Quand on parle avec des artistes aujourd’hui, ça fait un peu Alcooliques Anonymes : « Moi, ça fait dix mois que je n’ai pas joué » – « Moi ça fait six mois »…

[Rires] C’est ça ! Le truc, c’est qu’à un moment, tu te dis que cette situation va se désenclaver. Mais en fait, tu vois que globalement, c’est un pas en avant, deux pas en arrière. Ce n’est pas encore résolu. Il faut que nous trouvions des solutions pour être présents, nous faire plaisir et faire plaisir aux gens qui ont envie de nous voir. Nous allons trouver des solutions, c’est évident. Après, du fait de cette situation, nous avons vraiment un coup d’avance, voire deux. J’ai eu le temps de jouer de la guitare tout le temps, ce qui n’était pas le cas avant, où j’étais toujours pris sur d’autres choses chronophages de la vie de tous les jours. Là, j’ai pu me poser, rejouer de la guitare, retravailler mes solos, mes gammes, mes machins, chose que je n’avais pas faite depuis très longtemps. J’ai pu composer à mort aussi. Il faut aussi essayer d’avoir des objectifs, parce qu’à un moment, c’est vrai que c’est décourageant. Il y a eu cette espèce d’euphorie, où nous savions que nous ne pouvions plus bouger, donc nous avons joué, composé, etc. mais au bout d’un moment, tu te dis : « Merde, qu’est-ce qu’il va se passer après ? » Donc l’euphorie est un peu retombée, mais là, l’album sort, et nous avons envie de continuer à proposer des choses. Dès la semaine prochaine, nous allons commencer à travailler sur la suite de Manifesto. J’ai d’ailleurs déjà huit nouveaux morceaux de prêts, donc il ne va pas se passer six ans avant que ne sorte le prochain Loudblast ! Ça sera peut-être un EP, ça sera peut-être un album…

En 2014, tu nous disais qu’il restait des morceaux issus des sessions de Burial Ground que vous n’aviez pas mis dans l’album mais que vous vouliez « absolument sortir, parce qu’ils sont bons ». Finalement, vous allez en faire quoi ?

Hervé : Ils existent quelque part… Ils sont là ! [Rires]

Stéphane : Pour l’instant, nous sommes plutôt sur du nouveau, mais ces anciens morceaux sont quelque part et ils pourront peut-être sortir à un moment. Nous avons toujours un petit inédit de derrière les fagots, nous avons aussi une version de « Cross The Threshold » que nous avons réenregistrée et que nous n’avons toujours pas sortie. Nous avons encore des cartouches dans notre carabine et nous allons les dégommer à un moment ! Mais chaque chose en son temps ! Et puis c’est bien de ne pas faire du neuf avec du vieux aussi. Si nous devons sortir ces morceaux à un moment, en bonus, sur un album, ça sera dans les versions qui ont existé. Nous n’allons pas les réenregistrer maintenant, ça ne sert à rien.

Tu parlais tout à l’heure de Sinsaenum. Il y a un album en préparation : à quoi ça va ressembler ?

Ça ne va pas être différent mais ça prend une direction plus affirmée, je trouve. Je pense qu’avec le deuxième album, il y avait vraiment eu un virage de pris dans l’identité de compo et je pense que Fred a encore amené des riffs…

Hervé : C’est l’album de la maturation ! [Rires]

Stéphane : Sinsaenum fait partie des choses sur lesquelles nous allons nous remettre à travailler, dès que Fred aura terminé le Kreator et dès que nous aurons tous du temps. Mais ça travaille, ça maquette chacun de son côté… C’est sur le feu.

Est-ce qu’Attila Csihar va pouvoir participer cette fois ?

Nous espérons ! Il a plein de projets lui aussi. De toute façon, nous sommes toujours en contact, il a toujours envie d’être là. Ce qui est cool avec Attila, c’est que quand il est là, il veut vraiment participer et faire les choses bien. Ce n’est pas un guest de luxe. Le chanteur principal est Sean [Zatorsky], mais si Attila est là, c’est cool aussi. Parce que c’est un mec exceptionnel et que j’adore, donc c’est clair que quand il est là, il se passe un truc en plus. Mais on verra. Je ne peux pas m’avancer là-dessus tant que nous n’avons pas avancé sur la fin du maquettage des morceaux.

Et quelles sont les nouvelles de Black Bomb A ?

Hervé : Nous allons faire un concert streamé mi-octobre. Nous allons faire ça aux 4 Écluses, à Dunkerque. Nous sommes en train de voir. Nous répétons cela la semaine prochaine. Parce que c’est pareil, il n’y a pas de concerts, donc vu que nous étions en fin de tournée… Le dernier album est sorti en 2018, il y a juste deux ans. Il nous restait une quinzaine de dates avant la fin de l’année et après, nous comptions attaquer les compo du nouvel album. Du coup, je pense que ça va se préciser avant. Sam fait toujours de la guitare, donc je pense qu’il va commencer à nous envoyer des trucs, mais nous ne sommes pas hyper pressés.

Interview réalisée par téléphone le 22 septembre 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Robin Collas.
Photos : Moland Fengkov (1, 3, 6, 7, 9, 10) & Tastoux (2, 4).

Facebook officiel de Loudblast : www.facebook.com/Loudblast.official

Acheter l’album Manifesto.



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  • On peut dire que le service après-vente est fait correctement, hâte de recevoir ce nouvel album

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  • Holà très longue interview, bien plus que sur un magazine, donc les sites Web sont un bonus et magazine papier car je pense que là ils ont l’équivalent de plus de 2 pages prévues dans ceci !

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