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Interview    Tribune   

Loudblast : sublime carrière


Si aujourd’hui Gojira est l’égérie par excellence du metal français, y compris à l’étranger, il est quand même difficile d’ignorer Loudblast et l’apport considérable des Lillois à la scène extrême hexagonale et à son rayonnement dans le monde. Pour la bande à Stéphane Buriez, tout débute en 1985 avec une série de démos et un split EP en compagnie d’Agressor, jusqu’à Sensorial Treatment « le premier album de metal extrême qui sort en France ». En plus de trente ans, Loudblast a enchaîné les brûlots, tels que Disincarnate (1991), Sublime Dementia (1993) ou Burial Ground (2014), a connu moult remous de line-up et a dû s’imposer quelques pauses, mais à ce jour, il est toujours fidèle au poste, plus fort que jamais, comme le démontre Manifesto (2020), son dernier album en date.

C’est d’ailleurs à l’occasion de la sortie de ce dernier que nous avons profité d’avoir Stéphane sous la main pour retracer l’histoire de Loudblast. L’actualité chargée des sorties ayant été ce qu’elle a été, il a fallu finalement attendre un an pour en publier le résultat, mais nous pensons que ça en valait la peine ! Dans cette maxi-rétrospective, « le dernier des Mohicans », comme il aime bien s’appeler, partage avec nous ses souvenirs et anecdotes, revenant sur chaque album et les événements qui les ont entourés, en passant par l’épisode Clearcut.

« Les grattes et certaines parties de voix n’allaient pas du tout [mais] nous n’avons pas pu le refaire, bien malgré nous, tout simplement parce que le mec avait tellement détesté notre musique que dès que nous sommes sortis du studio, il a effacé les bandes ! »

Licensed To Thrash

« Au début, nous étions un peu en train de nous chercher. Nous étions archi fans de Slayer, donc nous étions plus thrash que death, même si mes goûts musicaux étaient plus orientés vers les groupes plus extrêmes et death, mais les autres gars du groupe étaient moins là-dedans que moi. J’étais à fond dans Possessed, Death, Morbid Angel, etc. Je voulais aller vers ça, vers quelque chose qui me ressemblait plus et que j’avais envie de jouer, mais ça n’a pas toujours été facile d’imposer ses choix dans Loudblast, même si c’est un groupe que j’ai formé avec mes acolytes de l’époque. Nous étions aussi très influencés par ce que nous lisions, Lovecraft, etc. et par les films d’horreur, bien sûr. Nico [Leclercq] et moi étions voisins, nous habitions à une minute l’un de l’autre et nous passions notre temps ensemble, donc tous les weekends, nous ne mations que des films d’horreur et des films de cul, c’était notre truc, comme beaucoup de groupes de cette époque.

L’idée du split LP est née de notre rencontre avec Agressor. C’était complètement le hasard. Nous étions partis en vacances – nos premières vacances ! – dans le Sud avec tous les gars du groupe. Nous cherchions des festivals metal, car même si nous étions en vacances, nous voulions quand même aller voir des concerts [rires]. Il y avait ce festival où nous sommes allés dans les hauteurs de Nice et les mecs d’Agressor y étaient aussi. Je me suis dit : « On écoute les mêmes musiques à fond dans nos bagnoles à boire des bières ! » Nous nous sommes donc rapprochés, nous avons fini les vacances tous ensemble et nous avons gardé le contact. Nous les avons fait venir jouer chez nous, parce que dans le Sud il n’y avait pas grand-chose à faire à l’époque. Puis il y a un label, New Wave Records, qui faisait plutôt du hardcore qui nous a approchés. Ils nous avaient déjà calés sur une compilation américaine avec un morceau d’une de nos démos. Ils nous ont proposé cette idée de split LP, ce qui se faisait beaucoup dans le hardcore à l’époque.

Agressor a donc enregistré sa face de ce LP et nous avons enregistré la nôtre de notre côté, deux productions complètement différentes, sachant que pour la petite anecdote, c’était notre premier enregistrement en studio. Nous n’avions jamais fait de studio avant. Toutes les maquettes que nous avons enregistrées, nous les avons faites avec un magnétophone à cassette que nous avons mis au milieu de la pièce, en cherchant la meilleure place, et quand nous avions trouvé où ça sonnait le mieux, nous enregistrions tout en live, il n’y avait pas de re-re, ça s’entend d’ailleurs, et sur Licensed To Thrash, il y a un peu de ça, c’est du brut de brut. Ça a le charme de l’époque ! Le gars qui nous a enregistrés, forcément, ne connaissait pas grand-chose au speed metal. Il a d’ailleurs détesté ! Il nous a dit que nous n’allions pas jouer sur du Marshall mais sur une espèce de simulation, d’où le son de merde de la guitare.

L’autre petit truc qui était absolument génial, c’est que lorsque nous sommes sortis du studio, forcément le soir même nous avons écouté et nous nous sommes dit que les grattes et certaines parties de voix n’allaient pas du tout. Nous avions enregistré en une journée, ou en tout cas en un weekend, car nous n’avions pas les moyens de nous payer un studio, et en live, donc tu vois… Mais nous n’avons pas pu le refaire, bien malgré nous, tout simplement parce que le mec avait tellement détesté notre musique que – et je l’ai appris après – dès que nous sommes sortis du studio, il a effacé les bandes ! Je ne suis pas du tout satisfait de notre face – je préfère celle d’Agressor. Je n’étais pas content, mais bon, c’est sorti comme ça, et au bout du compte, il y a plein de gens qui ont adoré notre face. C’était le début de quelque chose !

Il y a plein de gars que j’ai recroisés plus tard et qui ont adoré, comme Mika [Luttinen] d’Impaled Nazarene – beaucoup de gars de la scène du nord de l’Europe, parce que le split EP était distribué par le label d’Euronymous de Mayhem, Deathlike Silence. Alex [Colin-Tocquaine] et moi étions en contact avec lui, ce qui fait que Licensed To Thrash a été distribué par le label d’Euronymous dans tout le nord de l’Europe et très bien qui plus est. C’est donc assez marrant comment tout ceci a commencé ! »

« A l’époque, nous étions un peu branleurs, nous buvions trop de bière, nous fumions beaucoup de joints, même si nous bossions beaucoup en studio… Tu imagines bien un groupe de gamins de vingt ans enfermés dans un studio pendant quinze jours, c’est forcément un peu la fête du slip. »

Sensorial Treatment

« Sensorial Treatment reste un super souvenir. Nous étions encore à la croisée des chemins, nous nous cherchions encore, il y avait encore cette dimension thrash, mais c’est un album qui nous a vraiment propulsés au-devant de cette scène. Si on enlève le split LP, qui est donc un album partagé, Sensorial Treatment est le premier album de metal extrême qui sort en France, il ne faut pas l’oublier. Je savais où je voulais emmener le groupe, comme je disais, c’est moi qui écoutais les musiques les plus extrêmes dans le groupe, je faisais beaucoup de tape-trading, j’avais plein de démos, tous les Immolation, etc. C’était ma came, donc je voulais emmener la musique de Loudblast vers ça, toujours en gardant ce côté mélodique que nous n’avons jamais perdu et qui vient sûrement de nos influences heavy metal et thrash metal – c’est clair que ce n’est pas quelque chose que nous renions.

Nous venions de nous faire signer sur Jungle Hop qui était aussi un label qui faisait du punk et du hardcore, mais qui était aussi le distributeur d’Earache Records à l’époque en France. C’est un album que nous avons enregistré pendant l’été 89 – il est d’ailleurs très vite sorti. Nous avons enregistré ça en live aussi. C’était chouette parce que c’était quinze jours de studio d’affilée, nous n’avions jamais fait ça. C’était une belle aventure humaine aussi, parce que nous avions des horaires de fous – nous avions pris du retard. Sur cet album, j’ai fait toutes les voix en une nuit ! Je crois que j’ai commencé à dix-huit heures et que je suis sorti du studio vers sept heures du matin. J’ai enchaîné tous les morceaux de l’album parce qu’il fallait absolument que nous terminions mes voix. Et forcément, à l’époque, nous étions un peu branleurs, nous buvions trop de bière, nous fumions beaucoup de joints, même si nous bossions beaucoup en studio… Tu imagines bien un groupe de gamins de vingt ans enfermés dans un studio pendant quinze jours, c’est forcément un peu la fête du slip. On retrouve d’ailleurs le morceau « Pouss Mouss » qui était un délire que nous avions avec les gars de Nomed et d’Agressor. Nous faisions des concerts ensemble et c’était un truc de mecs bourrés pendant les balances. Nous avons demandé à tous nos crétins de potes, Agressor, Death Power, Treponen Pal, Nomed, Witches, de venir faire des chœurs bourrés pour ce magnifique final sur l’album, qui nous a suivis pendant un petit bout de temps, en disant : « Mais arrêtez avec ‘Pouss Mouss’, on ne peut pas le faire en concert ! »

Il n’empêche que cet album nous a permis derrière de faire une tournée avec Coroner, de vraiment commencer à être visibles dans le paysage. C’est à cette époque que nous avons eu une captation pour M6, lors d’un festival que nous avions fait en Ardèche. C’était en 90, vers le moment où Joris [Terrier], notre premier batteur, est parti et lorsque Thierry Pinck est arrivé pour Disincarnate. C’est un peu le pont entre le Loudblast qui sort du lycée et celui qui est en train de devenir un groupe qui fait beaucoup de concerts, qui commence à avoir un nom, qui commence à jouer à l’étranger… Nous avons eu la chance de pouvoir jouer en Belgique, en ouvrant pour Destruction, Kreator, Pestilence, Autopsy, etc. Je pense que c’est là que des mecs nous ont remarqués dans des maisons de disques et nous ont proposé de venir jouer à Paris. Entre 89 et 90, nous avons joué tout ce que nous pouvions. Nous avons fait une tournée en Pologne et dans les pays de l’Est en général, avec Samael : un super souvenir aussi ! Qu’est-ce que nous avons rigolé ! C’était dur parce que des concerts ont été annulés sur place, donc nous avons dû trouver un plan de secours. Nous nous sommes retrouvés avec Samael avec cent dollars pour une semaine pour tout le monde, donc nous avons été bouffer à la soupe populaire, nous dormions dans un internat de jeunes filles désaffecté sans eau chaude… C’est aussi une période où tu as envie de tout bouffer : c’est ton premier album, tu découvres un peu le truc, tu tailles la route, tu fais des concerts dans des conditions dont tu te fous de toute façon. C’était une chouette période. »

« Scott nous en a bien fait baver et c’était très bien ! Quand nous sommes rentrés, nous avons complètement changé notre méthode de travail. Nous nous sommes mis à répéter plus sérieusement, c’est-à-dire tous les jours. Tu n’as rien sans rien, si tu veux avoir le niveau, il faut que ce soit ton métier. »

Disincarnate

« Suite à ça, le nom du groupe a commencé à être de plus en plus repéré. Nous avons eu des articles dans Metal Hammer et ainsi de suite. Nous avons sorti cette compilation chez Century Media qui s’appelle In The Eyes Of Death. Sur cette compilation en retrouve Grave, Unleashed, Tiamat, Asphyx et nous. A l’époque, Century Media voulait nous signer, nous avons failli le faire, mais à l’époque Stéphane Girard de Fnac Music est arrivé avec une proposition plus intéressante et nous avons signé chez Fnac Music sur le label Semetery Records pour l’album Disincarnate en 1991.

C’est un album qui a été peut-être plus préparé professionnellement par rapport à tout ce que nous avions fait avant. Nous savions que nous allions arriver chez Scott Burns au Morrisound Studio où tous les groupes de death metal qui faisaient la pluie et le beau temps à cette époque allaient enregistrer. Je t’avouerai que nous étions archi fans des productions de Scott Burns. A la signature du contrat, nous avions dit que nous voulions enregistrer au Morrisound et que s’ils ne pouvaient pas nous payer le studio là-bas pendant le temps qu’il faut, nous ne signerions pas chez eux. Ça faisait partie de la négociation du contrat et de nos conditions. Nous étions les premiers Français avec No Return à aller enregistrer au Morrisound et il fallait que nous soyons à la hauteur, car ce n’était pas rien d’aller là-bas et nous avions signé un beau contrat chez Fnac Music. Nous sommes partis un mois. Pour un deuxième album studio, c’est plutôt pas mal ! Dans pas n’importe quel studio et avec pas n’importe quel producteur, qui plus est.

Nous sommes arrivés là-bas, c’était complètement ouf ! Je n’avais jamais été aux Etats-Unis avant, donc je découvrais tout à la fois. C’était très dépaysant. Et puis nous étions quand même super à l’aise, nous avions un sacré budget pour ça. Tu imagines bien que quand tu pars un mois en studio en Floride à quatre gars, ça ne coûte pas rien. Nous étions comme des coqs en pâte, nous rencontrions plein de de gens… Scott nous a présentés un peu à tout le monde, car tout le monde passait par le studio. Donald Tardy, le batteur d’Obituary, avec qui nous sommes devenus potes, passait pratiquement tous les soirs avec son pickup pour écouter les mix – nous faisions toujours des écoutes dans des bagnoles, ça a toujours été ce que nous faisions pour vérifier les mix, car si ça sonne bien dans une bagnole, ça sonnera bien partout. Nous avons rencontré Kam Lee, le chanteur de Massacre qui est venu faire un featuring sur « The Horror Within ».

C’est là aussi que nous avons rencontré Death, parce qu’ils sont venus maquetter Human en une journée. Il y avait deux studios dans le Morrisound, le studio A qui servait aux prises de batterie et au mix, et le studio B dans lequel les groupes allaient faire les guitares, basses et voix avant de revenir dans le studio A. Nous, nous étions dans le studio B à ce moment-là en train de faire les basses ou les guitares. Chuck [Schuldiner] et les gars de Death ont débarqué dans le studio A un matin ; je crois qu’ils n’ont pas dormi pendant vingt-quatre heures et ont maquetté tout Human, en live, même s’il y a eu quelques re-re dans la nuit, etc. J’avais eu les maquettes avant qu’ils ne les mettent sur les rééditions et c’est vrai que ça jouait à un tel niveau, c’est assez hallucinant !

Sur Disincarnate, on retrouve notamment « Wrapped In Roses » dont les paroles sont adaptées du Testament et de la Ballade Des Pendus de François Villon. C’était un morceau que nous avions déjà enregistré sur la compile In The Eyes Of Death, sous un autre nom et avec d’autres paroles. Nous nous sommes toujours nourris des auteurs que nous lisions – je lisais beaucoup plus à l’époque, d’ailleurs, je regrette de ne pas avoir assez de temps pour lire –, y compris François [Jamin] qui a fait beaucoup de paroles par la suite. Nous essayions de trouver des thèmes originaux et pas forcément sur des mecs qui se font égorger ou Satan. Même si tous les autres groupes le faisaient, nous ne faisions pas ça. Nous voulions déjà nous démarquer. C’était une période comme ça ; après, je t’avouerai que je préfère parler de trucs dérangeants que de faire de la poésie [rires].

Ensuite, l’album sort, il est plutôt fort attendu. Nous commençons une série de tournées et de concerts. Nous faisons la première partie de Cannibal Corpse sur une grosse tournée européenne. Nous faisons la première partie de Death. Cette même année, je crois que nous ouvrons aussi pour Sepultura. Disincarnate c’est la pierre angulaire du début de notre vraie carrière de musicien. Nous avons appris notre métier quand nous sommes allés enregistrer au Morrisound. Nous nous croyions prêts, mais nous ne l’étions pas tant que ça au bout du compte. Scott nous en a bien fait baver et c’était très bien ! Quand nous sommes rentrés, nous avons complètement changé notre méthode de travail. Nous nous sommes mis à répéter plus sérieusement, c’est-à-dire tous les jours. Tu n’as rien sans rien, si tu veux avoir le niveau, il faut que ce soit ton métier, il faut que tu fasses comme ça. »

« C’est l’époque où j’ai fait Ça Se Discute avec Jean-Luc Delarue. Le fait de passer dans l’émission qui avait la plus grosse écoute à l’époque, d’un coup ça a crédibilisé le groupe aux yeux des cons [rires]. »

Sublime Dementia

« Quand Thierry Pinck est parti, nous nous sommes retrouvés un peu plantés, nous avions une tournée en Australie qui était plus ou moins programmée avec Bolt Thrower, nous avions une tournée avec Fear Factory en Espagne et au Portugal, etc. Ça ne s’est pas fait parce qu’il est parti du jour au lendemain. A l’époque le groupe commençait vraiment à monter en flèche, nous sentions qu’il y avait un truc qui était en train de se passer, donc il fallait très vite trouver un batteur. Nous avons auditionné quelques mecs. Nous avons reçu sur une cassette la maquette du groupe d’Hervé [Coquerel] de l’époque, qui s’appelait Scrotum. Nous nous sommes dit que le mec jouait super bien et qu’il fallait que nous essayions. Nous le connaissions, parce que forcément, dans la scène du Nord-Pas-De-Calais, tous les groupes se connaissaient, mais nous ne savions pas qu’il jouait aussi bien. Nous avons fait une répète avec lui, je m’en souviens très bien. A l’époque, nous répétions sous un magasin qui s’appelait Underground et qui était le disquaire de metal lillois. Le mec est arrivé et il connaissait déjà sept morceaux super bien et ça jouait génial. A la fin de l’audition, nous lui avons dit de rester, et ça fait trente ans maintenant que nous jouons ensemble !

Concernant Sublime Dementia, comme je disais, nous avions appris notre métier entre-temps. Nous avons énormément maquetté notre musique. C’est-à-dire qu’avant de partir en studio, cet album était déjà maquetté. Nous l’avions enregistré deux fois entièrement en maquettage en studio avec notre ingénieur du son de l’époque. Nous sommes arrivés au studio, nous étions archi-prêts, et nous avions encore plus de temps que la première fois au Morrisound. Nous sommes restés quarante ou quarante-cinq jours en studio. Nous l’avons fait en deux temps, parce que nous avons pris du retard. Nous avions notamment pris notre temps pour trouver le son de guitare, qui n’est pas le meilleur de tous les temps, mais qui a au moins le mérite d’avoir un cachet différent de ce qui se faisait à l’époque. Quand est arrivé le mois de décembre, après c’était les fêtes et tout le monde rentrait chez soi, nous n’avions pas mixé la totalité de l’album. Je suis reparti le lendemain du nouvel an, je crois, avec Nicolas Leclercq, pour une semaine de plus, pour finir de mixer l’album. C’était une super aventure aussi, parce que forcément c’était la deuxième fois que nous venions à Tampa, donc nous avions plein de potes, plein de copines, etc. Nous avions un bon groupe de potes sur place.

Nous avons aussi revu Chuck qui était passé me faire écouter les démos d’Individual Thought Patterns. Death fait partie de mes plus grandes influences, je ne l’ai jamais caché. Sa musique fait partie des choses qui sont tatouées dans mon ADN et je pense que ça s’entend notamment dans Sublime Dementia. Même si je ne voulais pas, je n’y arriverais pas. Même si je suis archi-fan de Morbid Angel, qui est aussi pour moi l’un des plus grands, il y a plus de touches Death dans Loudblast que Morbid Angel. Ce n’est pas du copier-coller, genre : « Ça c’est bien, on va faire comme lui. » C’est juste que quand je compose des parties, ça vient comme ça. Ce n’est pas le fait de l’avoir rencontré, mais simplement parce que je suis fan de Death depuis les démos et quelque part, ça fait partie des groupes fondateurs, comme Possessed aussi. Des fois je me dis : « Bah tiens, ce truc sonne un peu comme Possessed. » C’est difficile de ne pas sonner comme les « godfathers ». Il y a toujours aussi un petit côté Slayer ou Metallica, quoi que tu fasses dans ta musique, que tu le veuilles ou non. Ce serait vraiment prétentieux de dire que nous n’avons pas été influencés. Je suis un fan de musique, j’écoute beaucoup de choses, donc forcément quand il y a des artistes dont tu aimes l’œuvre, quelque part ça t’inspire, plus que ça t’influence.

Nous étions aussi très fans de Dead Can Dance – et je le suis toujours –, d’où le morceau « About Solitude » qui peut aussi se rapprocher d’un Into The Pandemonium de Celtic Frost. Je crois que c’est sur cet album que Tom Warrior a commencé à mettre des voix féminines et, pareil, Celtic Frost et Hellhammer sont des groupes majeurs. Nous avions cette suite de notes à la guitare à la base et nous voulions la placer en interlude quelque part dans l’album. Je crois que la deuxième fois où nous sommes allés en studio pour maquetter Sublime Dementia, nous nous sommes dit que ce serait peut-être bien de faire un truc au piano, un peu arrangé, orchestral, etc. Il se trouve que la copine de l’ingénieur du son de l’époque, je crois, qui était une chanteuse lyrique, était là. Nous lui avons dit : « Vas-y, essaye de chanter ça », car nous avions toujours des textes qui traînaient. C’était un morceau un peu expérimental, mettre des voix féminines ne se faisait pas vraiment dans le death metal classique à l’époque, mais au bout du compte, nous en avons souvent mis dans nos morceaux. Pas tout le temps, mais on en retrouve sur Fragments et sur le dernier album, par exemple.

Je sais que l’album était attendu, nous avons fait encore plein de dates, il a été bien reçu… Mais je t’avouerai qu’à l’époque, nous enchaînions tellement – la même année nous avons aussi sorti Cross The Threshold ! – que ce dont je me souviens vraiment, ce sont les enregistrements, les tournées, etc., mais la manière dont l’album a été reçu, ça fait partie des choses que j’ai oubliées. Nous avions pris une routine de groupe pro, donc ça répétait tous les jours, nous faisions ce que nous devions faire, la promo, etc. Je dirais que Sublime Dementia et Cross The Threshold ont vraiment forgé la popularité du groupe, en tout cas chez nous, car c’est là que nous avons vraiment commencé à jouer devant beaucoup de monde. Enfin, quand je dis beaucoup de monde, Loudbast reste quand même un groupe de metal extrême – peut-être pas extrême pour certains, mais extrême pour beaucoup de gens. Nous jouions devant cinq cents personnes chaque soir, ça montrait qu’il se passait quelque chose. Nous avons fait quelques dates en France, une date à Londres…

Il y a eu plein de trucs marrants. C’est l’époque où j’ai fait Ça Se Discute avec Jean-Luc Delarue. Le fait de passer dans l’émission qui avait la plus grosse écoute à l’époque, d’un coup ça a crédibilisé le groupe aux yeux des cons [rires]. Nous avions fait le Brutal Tour qui avait cartonné, une tournée de dix jours avec le Big Four français : Crusher, No Return, Massacra et Loudblast. C’était la première fois qu’il y avait une tournée comme ça de groupes français extrêmes – il manquait juste Agressor ! D’ailleurs, à un moment donné, Massacra voulaient faire les méchants, alors qu’ils étaient gentils comme tout. Ils avaient une attitude d’attaque des « concurrents », donc forcément, nous ne nous sommes pas laissé marcher sur les pieds, c’est monté en épingle via les magazines, etc. Mais je pense que la tournée Brutal Tour a mis tous les compteurs à zéro et nous l’avons terminé en étant les meilleurs amis du monde ; cette hache de guerre est enterrée depuis très longtemps maintenant. Nous avons ouvert pour Iron Maiden aussi, ce n’est pas rien ! Je chiais dans mon froc ! En fait, nous avions enchaîné une mini-tournée en Allemagne et en Suisse, nous revenions de la Suisse et nous étions crevés. Nous n’avions pas de balance, c’était un line-check, ce n’est pas quelque chose que nous faisions beaucoup à l’époque, mais tu ouvres pour un groupe qui est lui aussi majeur dans tes influences et tu sais que tu vas jouer sur une scène énorme, avec une salle archi-blindée. Ça s’est super bien passé, nous avons eu de très bonnes conditions. Nous avons fait un super concert, il y avait des gens pour nous… Pari gagné !

Les mecs qui nous ont connus à cette époque, il y a ceux qui préfèrent Disincarnate et ceux qui préfèrent Sublime Dimentia. Il y en a qui aiment autant l’un que l’autre, mais ce sont deux albums importants pour beaucoup de gens. Je préfère qu’il y ait une guerre entre les fans de Disincarnate et ceux de Sublime Dimentia qu’entre les fans de deux albums que nous n’avons pas faits [rires]. On va dire que ça a vraiment assis la réputation du groupe. Je crois qu’à cette époque nous étions premiers dans les référendums – il y en avait encore ! Je me suis même retrouvé troisième guitariste français dans je ne sais plus quel magazine de guitare. Kerrang! nous avait élus meilleur groupe live cette année-là. C’est toute une période où il s’est passé beaucoup de choses. Nous travaillions aussi énormément, nous ne faisions que ça, avec des plans de road à côté parce qu’il fallait bien croûter, le groupe ne nous nourrissait pas encore beaucoup à l’époque. Mais ça a été le décollage à ce moment-là. »

« C’est devenu un des albums cultes de Loudblast. La pochette y a beaucoup participé aussi. Nous avons eu plein d’emmerdes mais ce n’est pas grave ! Il y a des gamins qui se sont fait virer du bahut à cause de ça. A la fois, c’est notre best-seller tout confondu en termes de merchandising. Nous avons toujours été branchés cul, nous ne nous en sommes jamais cachés et ça n’a pas changé [rires]. »

Cross The Threshold

« C’est un peu pour entretenir cet élan que nous avons fait Cross The Threshold dans la foulée. Le label disait que c’était le moment de ressortir un EP pour redynamiser et repartir sur des dates. Je n’étais pas parti en vacances cette année-là, j’étais resté au studio tout l’été. Quand les gars sont revenus – Nico avait quelques riffs aussi –, nous avons directement enchaîné sur l’enregistrement de cet EP dans le studio où nous faisions toutes nos maquettes à l’époque. Nous avons aussi profité du fait que [Colin] Richardson soit là pour mixer l’album de Crusher pour lui dire de venir mixer notre EP qui, au bout du compte, est presque un album. C’était la première collaboration avec Colin, ça s’est super bien passé, il a fait un boulot de fou, et Cross The Threshold a vraiment tout cartonné. Sublime Dimentia, ok, mais sur Cross The Threshold, il s’est encore passé quelque chose.

C’était aussi peut-être un album plus posé. Nous nous étions dit que nous allions faire un truc plus heavy metal, revenir à nos influences du tout début quand nous avons commencé à faire de la guitare. Il y a par exemple la reprise de Slayer, « Mandatory Suicide ». Il y a eu un avant et un après Metallica et Slayer. Quand nous avons écouté Kill ‘em All de Metallica et Show No Mercy de Slayer, nous avons fait : « Putain, mais c’est génial ! » Ces groupes-là étaient aussi influencés par les groupes que nous écoutions. Ils étaient un petit peu plus vieux que nous mais ils ont grandi avec Judas Priest, Iron Maiden, toutes nos références. Tu retrouvais tout ce que nous aimions bien dans le heavy metal avec un son nouveau, des riffs nouveaux. Je suis archi-fan de tous les premiers albums de Slayer, jusqu’à Season In The Abyss. A noter qu’on retrouve aussi les voix féminines sur « No Tears To Share ». Je trouve que ce qui devait être un mini-album, pas tampon, mais fait rapidement dans un petit studio, en se disant de ressortir quelque chose rapidement parce que ça marche, au bout du compte Colin a magnifié tout ça et c’est devenu un des albums cultes de Loudblast.

La pochette y a beaucoup participé aussi. Nous avons eu plein d’emmerdes mais ce n’est pas grave ! Il y a des gamins qui se sont fait virer du bahut à cause de ça. A la fois, c’est notre best-seller tout confondu en termes de merchandising. Nous avons toujours été branchés cul, nous ne nous en sommes jamais cachés et ça n’a pas changé [rires]. Nous lisions aussi beaucoup Sade à l’époque, donc nous nous sommes dit que nous allions faire un truc qui allait plus tourner autour des écrits du Divin Marquis. C’était le thème, qu’on va retrouver aussi un peu sur Fragments. Nous cherchions des trucs qui viendraient facilement… Je ne fais pas beaucoup de textes parce que ça me gave, mais je n’aime pas que ce soit laborieux. C’est comme quand je compose, si je vois que ça ne sort pas, je pose ma guitare et je fais autre chose. Il faut que ça vienne tout seul. Les thèmes que nous avons abordés selon les albums, c’était toujours par rapport à nos envies du moment et nos lectures du moment. Après, il fallait évidemment que tout le monde soit d’accord sur les thèmes que nous allions aborder.

Pour revenir sur la pochette, nous avons commencé à bosser avec Bolek sur Sublime Dimentia, et c’est Arno Geenens, qui est toujours le manageur de Supuration/SUP et régisseur du Splendid à Lille depuis un petit bout de temps, et qui nous manageait aussi à l’époque, qui nous a fait rencontrer Bolek, un peintre assez connu, fan de rock, de hard rock et de metal. C’est un mec qui fait de grosses expositions, donc nous nous sommes dit que c’était super cool. Nous rencontrons le gars et ça a matché tout de suite. Nous lui avons parlé du thème de l’album Sublime Dementia et il nous a dit : « Voilà, j’ai ça » et c’était parfait. Je t’avouerai que le fait que nous ayons choisi la pochette de Cross The Threshold avant a peut-être orienté le fait que nous avons parlé de trucs plus grivois. C’est ce qui est marrant avec Bolek, nous avons encore bossé avec lui sur pas mal de pochettes d’albums après, il nous a souvent influencés. D’un autre côté, les fois où il nous a fait des pochettes que nous avions commandées, j’ai trouvé ça moins probant. C’est pareil pour Fragments et The Time Keeper : c’était des peintures qu’il avait faites avant ou pendant que nous travaillions ensemble, mais pas une commande. Ça fait partie aussi des belles rencontres, où tu fais un pont entre la musique et la peinture. Avoir des pochettes qui parlent et se démarquent est quelque chose qui est important pour nous – à part le split EP et Sensorial Treament, mais à partir de Disincarnate, nous avons eu envie de faire autre chose. Avec Bolek, nous avons réussi à avoir cette charte esthétique qui était identifiable. Nous n’avons pas de mascotte, comme Eddie, mais les pochettes de Loudblast ont contribué à identifier le groupe. J’ai bien aimé retrouver ça avec Eliran Kantor sur les deux derniers albums, car je trouve qu’il y a cette identité : tu sais que c’est ce groupe. »

« Nous étions le premier groupe de death-thrash à être distribué dans les supermarchés à côté d’Iron Maiden ! [Rires] Mais Fragments n’est pas un grand souvenir pour moi humainement parlant, à cause de toutes les tensions qu’il y avait dans le groupe à l’époque. »

Fragments

« De Disincarnate jusqu’à Fragments, nous avons tout le temps été en tournée et nous avons enchaîné les sorties d’albums. Arrivé à Fragments, le Morrisound ne faisait plus grand-chose, Scott était parti, et puis nous avions rencontré Colin Richardson, ça s’était vraiment super bien passé. Entre-temps, nous avions signé chez XIII Bis Records qui nous donnait les moyens de faire un album avec du budget. Nous sommes encore partis un mois et demi en studio, avec des galères de studio… Nous avons commencé les batteries dans un premier studio et ça ne nous convenait pas, donc nous nous sommes barrés. Heureusement que j’avais quelques amis qui avaient des beaux studios en Belgique et que j’ai appelés. Nous sommes partis bosser à l’Impuls à Bruxelles, tandis que nous étions à Liège, donc nous faisions des allers-retours tous les matins et soirs, c’était sympa [rires]. Nous n’avons pas beaucoup dormi pendant cette période ! C’est un album qui a été un peu construit dans la douleur, même si le mix de Colin est vraiment mortel. C’est un album qui a une âme et une histoire aussi, mais c’est vrai que dans le processus d’enregistrement et du point de vue des tensions qui commençaient à y avoir dans le groupe depuis quelque temps… C’est bateau ce que je vais dire, mais c’est comme un vieux couple : parfois, il vaut mieux passer à autre chose et se quitter sans arriver à des extrêmes.

Quand nous avons enregistré cet album, je savais que je voulais arrêter. J’en avais marre et j’avais besoin de faire autre chose, mais cet album se fait quand même. Nous l’avons beaucoup maquetté aussi, nous avons pris notre temps. Nous nous cherchions aussi parce que certains dans le groupe voulaient faire des choses plus mélodiques, etc. Ça reste un album qui a très bien marché, c’est une de nos meilleures ventes, je trouve que c’est un très bon album. Quand nous splittons après la tournée Fragments, nous n’arrêtons pas avec un truc qui s’est planté, car c’est dix mille albums vendus en une semaine. Nous étions le premier groupe de death-thrash à être distribué dans les supermarchés à côté d’Iron Maiden ! [Rires] Mais ce n’est pas un grand souvenir pour moi humainement parlant, à cause de toutes les tensions qu’il y avait dans le groupe à l’époque. Ça s’est encore détérioré pendant la tournée qui a suivi, donc j’ai dit que j’arrêtais.

Tous ces albums qui n’ont pas encore été réédités vont l’être très bientôt et je pense avec pas mal de bonus, et par exemple, pour Fragments, nous avons maquetté tout l’album. C’est-à-dire qu’il y a plusieurs versions de l’album. A l’époque, nous avions notre propre studio. Nos avances d’édition, plutôt que de passer des vacances au soleil, nous les avons réinvesties dans un studio, donc nous avons commencé à être vraiment bien équipés. Nous faisions donc toutes nos maquettes chez nous. J’ai tout ce qui a été fait à l’époque et il y a plein de choses : nous nous cherchions, il y a des versions différentes des chansons, il y a des morceaux que nous n’avons jamais sortis… Je crois que nous avions même essayé des trucs en français : ce n’est jamais sorti non plus et ça ne sortira jamais, parce que c’est vraiment de la merde ! Je ne sais pas trop où nous voulions aller à l’époque. Comme d’habitude, vu que ça marchait super bien, nous nous disions que nous allions essayer de ne pas refaire la même chose. Je ne pense pas que nous nous soyons perdus. L’album est ce qu’il est, certains l’aiment moins que d’autres, mais peu importe, je trouve que c’est quand même un très bon album. Il y a de très bons morceaux et il y a des morceaux, on se demande ce qu’ils font là, ce n’est pas le Loudblast que j’imagine. Fragments, c’est le Loudblast de cette époque-là. »

« C’était un chouette album, mais quand il est sorti, nous nous sommes fait dézinguer de toutes parts. Comme on dit, les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Ce qui est marrant, c’est que maintenant, plein de gens disent : ‘Putain, il est génial cet album ! A l’époque, on n’avait pas compris.' »

Clearcut

« J’avais mon studio, j’avais démarré l’aventure LB Lab qui était le studio du groupe et qui est devenu ensuite mon studio que j’ai fait grossir. J’enregistrais plein de groupes et puis nous nous sommes demandé pourquoi nous ne ferions pas un autre groupe plus indus, plus groove. A l’époque, les mecs disaient que c’était néo-metal parce que je m’étais coupé les cheveux… Déjà, je fais ce que je veux avec mes cheveux ! La preuve, j’ai fini par les raser ! Et c’est vrai que nous avons sorti l’album sur Wet Music, donc le label de Pleymo et tous ces groupes. Direct, nous avons pris toutes les options : on signe sur ce label, je me coupe les cheveux, on s’accorde plus bas, etc. Mais bref, nous avions envie de faire autre chose. Nous avons composé, maquetté, enregistré et mixé cet album en un mois et demi. Nous sommes tous arrivés en studio, j’avais le riff du premier morceau, « Takin’ Lies With Liars ». Sinon, le reste, rien ! C’était un chouette album, mais quand il est sorti, nous nous sommes fait dézinguer de toutes parts. Comme on dit, les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Ce qui est marrant, c’est que maintenant, plein de gens disent : « Putain, il est génial cet album ! A l’époque, on n’avait pas compris. » Nous n’avons fait qu’un album, avec des maladresses de composition, mais à la fois, il est bien plus brutal que n’importe quels rigolos qui se disent faire du death metal.

Avec Clearcut, il s’agissait de me changer les idées, mais quelque part, je le fais toujours : je joue avec le Bal Des Enragés, je joue avec Les Tambours Du Bronx, etc. J’ai été cantonné dans mon rôle de chanteur et guitariste de death metal et leader du plus gros groupe dans le domaine en France pendant des années, et je n’ai fait que ça, j’étais à fond, j’ai tout donné pour mon groupe, donc forcément, à un moment tu satures et tu te dis que tu as envie d’essayer autre chose. Je savais que je sais faire autre chose, mais je n’ai jamais eu le temps de le faire. C’est bien de se faire des breaks. Je t’avouerai qu’à l’époque, ça m’a quand même touché que les gens ne comprennent pas, c’est ton truc, tu te dis : « Merde, vous êtes durs quand même. » Mais c’est passé depuis, maintenant je n’en ai rien à foutre [rires]. Je fais ce que je veux, que ça plaise ou pas. En tout cas, je trouve que c’est un très bon album et j’invite ceux qui n’ont pas écouté à y jeter une oreille, car ce n’est pas ce que les gens en ont dit. Je pense d’ailleurs que je le ressortirai un jour. »

« Nous faisions encore des têtes d’affiche, avec cette tournée, accompagnés de Scarve et Gojira. C’est eux qui étaient devant, mais à la fois, ils commençaient déjà à nous mettre des grosses tartes [rires]. »

Planet Pandemonium

« Le retour de la revanche ! En fait, nous nous reformons juste pour récolter des fonds pour Chuck. Nous venions d’apprendre que Chuck avait un cancer et il y a eu pas mal de dates qui se sont organisées un peu partout dans le monde. Il y a eu cette date qui a été organisée par Le Splendid, un mini-festival, le 18 novembre 2000. Nous nous reformons donc pour jouer quelques morceaux afin de récolter des fonds et aider à soigner notre ami Chuck – qui est malheureusement décédé le 13 décembre 2001, c’est le jour de mon anniversaire, donc je me le rappelle. Le concert se passe génialement bien. En plus, c’est chez nous, à Lille, donc nous avons eu un accueil de fou. Forcément, nous ressortons de là galvanisés, nous disons que nous allons refaire un truc. Nous avons dit à Alex [Colin-Tocquaine], qui était venu nous prêter main-forte, de rester dans le groupe. Nous sommes repartis pour faire un album.

C’est marrant, parce que c’est une époque où il y avait encore des tensions dans le groupe et toujours avec la même personne, François Jamin pour ne pas le citer – parce qu’à un moment, il faut quand même dire les choses. Nous sommes partis sur cet album et, encore une fois, c’était un peu périlleux, parce que j’étais un petit peu tout seul à tenir la barre à ce moment-là. C’était un retour un petit peu à cloche-pied, mais l’album a reçu de bonnes chroniques. Ce n’est pas le meilleur album des Loud, mais il y a de très bons morceaux. Nous sommes repartis sur les routes. Nous faisions encore des têtes d’affiche, avec cette tournée, accompagnés de Scarve et Gojira. C’est eux qui étaient devant, mais à la fois, ils commençaient déjà à nous mettre des grosses tartes [rires]. En plus, nous n’étions pas au top sur cette tournée. Ce n’est pas un bon souvenir que j’ai du retour.

Entre-temps, nous ressortons un DVD et c’est là qu’intervient la grosse séparation avec François, parce que ce n’était plus possible de travailler ensemble, en plus ça ne se passe pas bien. C’est l’ultime fracture. Je pense que le line-up sur Planet Pandemonium ne fonctionnait pas pour Loudblast. S’il y avait une suite – et nous avons mis un peu de temps avant de ressortir un album, en 2010 –, il fallait que ce soit vraiment avec une autre équipe. Il fallait qu’il y ait une séparation nette entre le Loudblast d’avant et celui qui redémarre en 2009-2010. Par contre, nous sommes restés très potes avec Nicolas [Leclercq]. Enfin, nous ne nous voyons pratiquement plus, mais nous ne nous sommes pas embrouillés. Nous nous sommes revus aux trente ans de Loudblast, il était venu nous voir. Nicolas voulait juste faire autre chose, il m’avait dit qu’il arrêtait la musique, qu’il repassait des concours, car il avait une formation dans l’administration, un truc comme ça. Il disait vouloir un métier « classique ». »

« Sur Frozen, on retrouve le côté vaillant du groupe, qui avance, que, je pense, nous avions perdu à partir de Fragments. C’était quand même une sacrée dream-team. Ça reste un de mes line-up préférés de Loudblast, avec celui du tout début bien sûr. Pour moi, l’album du retour, c’est vraiment celui-là. »

Frozen Moments Between Life And Death

« Je produis énormément de groupes à l’époque, je me consacrais vraiment à ça. Hervé jouait avec Black Bomb A, mais nous continuions à nous voir, et nous nous disons : « Et si on refaisait un album quand même ? » Nous n’avions pas splitté, c’est juste qu’il a fallu que nous fassions un break – encore une fois. Nous avons eu beaucoup de breaks pendant cette période. A la fois, c’est notre groupe, nous faisons un peu ce que nous voulons, au bout du compte ! On ne nous met pas un couteau sous la gorge pour dire qu’il faut faire ci ou ça. Nous nous sommes dit que nous allions essayer de retrouver des gars. Sont donc arrivés Alex [Lenormand] et Drakhian en 2009 et nous avons sorti Frozen Moments Between Life And Death en 2010.

Ce qui est cool avec cet album, c’est que nous commençons avec une nouvelle équipe et les gars arrivent vraiment avec du sang neuf. Quand nous avons fait les premières répétitions ensemble, il s’est tout de suite passé un truc. C’est aussi pour ça que nous avons fait cet album, car nous nous sommes remis à travailler comme un vrai groupe, ce qui n’était pas le cas avant ; nous nous réunissions pour répéter, nous nous faisions des semaines complètes de maquettage à la campagne pour préparer l’album, etc. Nous étions contents de jouer ensemble et il y avait une envie de retrouver ces automatismes et cette routine qui est importante quand tu fais un groupe : répéter, se voir, parler de ce qu’on doit faire, etc. Toute la période avec Drakhian et Alex, c’était des super moments de musique. Nous avons fait aussi beaucoup de concerts et de tournées. Je trouve que sur Frozen, on retrouve le côté vaillant du groupe, qui avance, que, je pense, nous avions perdu à partir de Fragments. C’était quand même une sacrée dream-team. Humainement, Drakhian et Alex, c’est ma famille. Nous n’avons plus joué ensemble après Burial Ground, mais ça reste un de mes line-up préférés de Loudblast, avec celui du tout début bien sûr.

L’enregistrement en soi était super, nous avons fait ça dans le studio E-Factory en Bretagne et nous sommes partis mixer chez Peter Tägtgren aux Abyss Studio. C’était cool aussi : en plein hiver, dans la neige, c’était encore une autre ambiance que Tampa ! Et c’était sympa de bosser avec Peter parce que la prod de l’album est vraiment réussie. Nous avons toujours essayé de bosser avec des producteurs qui pouvaient amener quelque chose à notre son. Je pense que sur Frozen, nous mettons le pied dans un truc plus death. J’avais composé pas mal de morceaux pour cet album et Alex est arrivé avec pas mal de riffs. A noter aussi que l’album se termine sur une instrumentale : je crois que la dernière fois que nous en avions fait une, c’était sur Sublime Dementia, « In Perpetual Motion ». Pour moi, l’album du retour, c’est vraiment celui-là. »

« Quand tu écoutes cet album, tu écoutes quelque chose ; tu ne mets pas juste un album, tu écoutes Burial Ground. Il a une ambiance bien particulière, très sombre. Je pense que nous étions un peu torturés à l’époque, donc ça se ressent dans notre musique. »

Burial Ground

« Pour Burial Ground, j’avais un peu moins de temps pour composer – ou peut-être que j’étais un peu plus fainéant, je ne sais pas, j’avais aussi mon émission de télé à l’époque qui prenait beaucoup de temps. C’était une période où j’étais moins dispo, donc ça a été encore différemment conçu que Frozen Moments. Alex est arrivé avec beaucoup de riffs. Dans Burial Ground, il y a beaucoup d’idées d’Alex. C’était encore une fois une super équipe, mais je pense que nous faisions trop de choses à la fois et c’était compliqué d’avancer toujours de concert. C’est aussi un album que nous avons beaucoup travaillé en studio. Vu que nous nous connaissions et que nous savions comment nous bossions, nous avons été très productifs en studio. Nous avons cherché pas mal de choses en studio. C’était une chouette session. Nous avons ensuite mixé avec Francis Caste, avec qui nous n’avions jamais travaillé auparavant et qui nous a fait un mix super.

J’aime tout de cet album. Burial Ground fait partie de mes albums préférés de Loudblast, il est dans les trois premiers. Déjà, il n’y a pas un morceau que je n’aime pas. La pochette, le son, du riff à la chaîne… Quand tu écoutes cet album, tu écoutes quelque chose ; tu ne mets pas juste un album, tu écoutes Burial Ground. Il a une ambiance bien particulière, très sombre. Je pense que nous étions un peu torturés à l’époque, donc ça se ressent dans notre musique. L’album reflète bien ce que nous étions. C’est ce que j’aime dans nos albums. Je me rappelle des anecdotes, bien sûr, mais je me rappelle aussi l’état d’esprit dans lequel j’étais à ce moment-là. Je suis aussi très satisfait de la manière dont il a été accueilli, tout le monde était là : « Putain, Loudbast, ça ne déconne pas ! » Ce n’était pas genre : « Tiens, encore un album de Loudblast. » Cet album a repositionné le groupe aux yeux de ceux qui ne nous connaissaient pas ou qui ne nous aimaient pas ou plus. Ce n’est pas un album lambda. Avec le line-up de Burial Ground, nous avons aussi fait plein de super dates, nous avons fait le Sonisphere, de belles tournées à l’étranger, nous avons joué sur la croisière Miami, etc.

La pochette a été faite par un artiste anglais que le label nous a proposé – c’était le premier album que nous sortions chez Listenable Records. Nous étions moins satisfaits de la pochette de Frozen faite par Bolek. Comme je disais, c’était mieux quand nous choisissions dans ses peintures, plutôt que quand nous lui faisions une commande. Ce n’est pas non plus un changement radical, c’est juste que nous avons amorcé un truc plus… Cet album a un côté plus décadent. Il se trouve que nous avons galéré à trouver une pochette. Nous avions d’abord fait appel à un artiste français. J’avais adoré ce qu’il avait fait mais le label ne voulait pas ça. L’album était déjà enregistré et terminé, mais nous ne trouvions toujours pas la cover. En refouillant dans mes dossiers, je suis retombé sur cette illustration que nous avions retenue au début, mais nous étions passés à autre chose. Je me souviens très bien : nous l’avions reçue pendant que nous étions en train de maquetter en Normandie. Nous l’avons revue plus tard et nous avons dit : « Mais on est complètement cons, c’est celle-là qu’il nous faut ! C’est exactement ce qui colle avec ce qui se dégage de cet album. » Je trouve que quand tu écoutes un album, la cover doit t’évoquer quelque chose. Là, tout est dit. »

« Tu prends Disincarnate, Sublime, Cross, Burial Ground, tu secoues tout ça et tu as Manifesto. C’est un album qui représente vraiment ce qu’est Loudblast en 2020. Manifesto est un album qui ne triche pas. Nous n’avons pas essayé de plaire à qui que ce soit. Nous avons surtout cherché à ne pas nous déplaire. »

Manifesto

« Quand l’histoire avec Drakhian et Alex s’est terminée – et nous sommes toujours très amis, nous ne nous sommes pas séparés pour mésentente ou autre –, ça s’est corroboré avec des moments dans nos vies persos qui étaient compliquées, mais nous savions avec Hervé que nous n’arrêterions pas, qu’il y aurait une suite à Loudblast. J’ai recommencé à composer, mais nous nous étions dit que nous allions d’abord faire la tournée anniversaire de Sublime Dementia. Fred [Leclercq] m’avait dit que si un jour nous avions besoin d’un bassiste, je pouvais l’appeler. Vu que nous nous voyions beaucoup – et que nous nous voyons toujours beaucoup –, je l’ai appelé : « Tu viens jouer avec nous pour la tournée ? » « Oui, pas de problème. » Jérôme [Point-Canovas], que nous connaissions depuis bien avant avec No Return et E-Force – un groupe que j’avais produit il y a quelques années –, nous a rejoints assez rapidement. Le line-up actuel était en place à peine un an après le départ de Drakhian et Alex. Fred m’a dit qu’il aimerait bien rester, donc nous avions le line-up de Loudblast. Je pense qu’en termes humains et de qualité de musiciens, nous avons encore une fois une dream-team. C’est dur de passer d’une dream-team à une autre ! Tu espères que ça va autant matcher et c’est encore différent de travailler ensemble, mais il se trouve que nous sommes une bande de potes, nous sommes contents de bosser, répéter et jouer ensemble. Une nouvelle ère s’était ouverte à l’arrivée d’Alex et Drakhian, mais ça a continué et ça ne va pas s’arrêter !

J’ai pratiquement tout composé sur Manifesto, mais Jérôme a quand même amené deux morceaux. J’ai toujours été le compositeur principal du groupe et j’aime bien avoir retrouvé cette place. Tu ne peux pas mener à bien un projet ou un groupe si ton énergie est prise par d’autres trucs, donc il a fallu que je me retrouve pour avoir envie de faire quelque chose qui me ressemble, et c’est vrai que Manifesto, c’est exactement ce que j’avais envie que nous fassions à ce moment-là. L’album a été composé avant qu’on se retrouve dans cette situation avec la pandémie, et pourtant les thèmes abordés ne sont pas très loin de ce qu’on a vécu. C’est un album qui a une vraie histoire. Tu prends Disincarnate, Sublime, Cross, Burial Ground, tu secoues tout ça et tu as Manifesto. C’est un album qui représente vraiment ce qu’est Loudblast en 2020. Manifesto est un album qui ne triche pas. Nous n’avons pas essayé de plaire à qui que ce soit. Nous avons surtout cherché à ne pas nous déplaire. Je trouve que c’est une suite logique de Burial Ground. On y retrouve le côté hyper sombre, mais avec des morceaux un petit peu plus nerveux – c’est peut-être ça la différence. Sur Burial Ground, il y avait peut-être encore plus d’ambiance, quoiqu’il y en ait énormément aussi sur certains morceaux de Manifesto. J’aime aussi le fait que sur la pochette de Manifesto on retrouve le côté noir et blanc qu’il y avait sur Burial Ground, tout ça a du sens, ce n’est pas du hasard. Je suis extrêmement satisfait de cet album. Ça faisait longtemps que je n’avais pas pris autant de plaisir à écouter mon propre album. »

Retrouvé notre interview complète sur Manifesto ici.

Propos recueillis par Nicolas Gricourt.

Facebook officiel de Loudblast : www.facebook.com/Loudblast.official



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  • PASIONNANT ,Merci pour cette entretien, sur l’ensemble de la carrière de ce groupe français que je suis depuis le début, que cela fait plaisir de voyager merci Stéphane ( j’étais au concert a Lille pour Chuck ) j’ai pu enfin croiser, au concert d’Helloween .. À regret tout de même je n’ai jamais pu faire dédicacer un de leurs albums .

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  • Merci pour cette interview, j’aime bien cette manière de passer en revue la discographie d’un groupe via son propre créateur. Ça permet aussi d’aborder tel ou tel album avec une autre vision que celle que l’on avait avant.

    Allez, bonne année les gars (malgré tout)!

    [Reply]

  • Stéphane, si tu me lis :

    « Examine si ce que tu promets est juste et possible, car la promesse est une dette.” (Confucius)

    Merci.

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