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Chronique   

Luca Turilli’s Rhapsody – Prometheus: Symphonia Ignis Divinus


Luca Turilli's Rhapsody - Prometheus: Symphonia Ignis DivinusIl va falloir s’y faire, Rhapsody connaît depuis plusieurs années une existence dualiste, scindée en deux branches, d’une part le Rhapsody Of Fire emmené par le claviériste Alex Staropoli puis par ailleurs le Rhapsody sous la bannière du guitariste Luca Turilli. Sans revenir dans le détail sur les tenants et aboutissants de cet imbroglio, force est de constater que les deux formations ont suivi des routes différentes. Le Rhapsody de Staropoli avait montré en 2013 avec son premier album post séparation Dark Wings Of Steel que sa volonté était de retrouver un aspect heavy plus porté sur les guitares, là où celle de Turilli était de développer encore plus la part orchestrale, comme il a pu le démontrer avec Ascending to Infinity (2012), inversant de manière singulière les rôles qu’on aurait pu leur attribuer. Toujours accompagné de deux autres ex-Rhapsody OF Fire, les Français Dominique Leurquin (guitare) et Patrice Guers (basse), le fantasque Italien récidive avec ce Prometheus: Symphonia Ignis Divinus qui force encore davantage le trait et s’inscrit plus que jamais dans cette mouvance épique que le musicien qualifie lui-même de « metal cinématographique » ; et ne se contentant pas simplement de transformer l’essai, ce second opus dépasse allègrement toutes les attentes qu’on a pu placer en lui.

Turilli prend le meilleur de ce qu’il a déjà insufflé dans ses précédentes œuvres, et les rassemble pour un album épais, généreux, et fort d’une intrigue rondement menée de bout en bout. Tout y est, orchestrations pompeuses néo-classiques, solos de guitare virtuoses, superpositions de pianos, claviers, violons, chœurs d’opéra emphatiques, et même de fines lignes électroniques – héritées à coup sûr de son autre projet Dreamquest – qui enrichissent elles aussi, sans être prépondérantes, la teneur mélodique. Au milieu de tout ça, on retrouve le chant théâtral d’Alessandro Conti qui, avec son panel vocal étoffé et son timbre latin marqué, appuie et joue de l’attrait majestueux que cherche à se donner cette déclinaison de Rhapsody. Le chanteur italien peut même compter sur des renforts de premier choix avec Ralf Scheepers (Primal Fear), David Readman (Pink Cream 69, ex-Adagio) ainsi que le moins connu Dan Lucas qui viennent poser leurs voix à titre de soutien sur certains refrains et pré-refrains. C’est le cas, par exemple, de l’efficace single « Prometheus », clin d’œil évident au film éponyme de Ridley Scott qui égaye par le phrasé vocal, en dépit malgré tout de paresseuses paroles qui ne consistent qu’en l’adjonction de termes scientifiques et de titres d’œuvres de science-fiction. Ceci met justement en lumière l’aspect le moins glorieux dans la musique de Turilli qui, dans ses excès, à force d’user et d’abuser de tous ces effets, gimmicks et autres superficialités, flirte dangereusement avec le cliché. Les compositions se retrouvant noyées dans des imbrications de chœurs et d’arrangements symphoniques, sans aucun répit, et sous lesquels les guitares tendent parfois à se perdre, pour un résultat qui pourra apparaître à certains aussi lourd et indigeste qu’un gâteau bien trop chargé en crème. Dans les thèmes, Luca Turilli ratisse large, que ce soit au détour du folklorique « King Salomon And The 72 Names Of God » qui s’intéresse à l’ésotérisme judaïque sous des traits orientaux marqués ou de l’enchanteur et cristallin « Yggdrasil » centré sur l’arbre du Monde dans la culture nordique. Les styles s’alternent à l’instar de la paisible et pianistique sonate au clair de lune « Notturno », menée par une cantatrice lyrique, qui rompt avec l’épique et progressif « One Ring To Rule Them All », référence sans équivoque au Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien, fort d’un refrain qui se veut chargé en émotion et d’une section aux attraits folks dansants.

L’album se clôture sur « Of Michael The Archangel And Lucifers Fall – Part II : Codex Nemesis » qui n’est autre que la suite de son concept déjà exploré sur Ascending To Infinity. Une seconde partie de dix-huit minutes épaisses et fouillées, scindées en de nombreuses sections. Un terrain propice à de nombreux enchaînements et expérimentations qui pour la plupart n’avaient pas encore fleuri ailleurs sur l’album. Le ton est d’abord plombant et angoissant, souvent servi par une électronique ronflante, guitares dramatiques et claviers plaintifs. Le chant de Conti finit par arriver, le propos devient plus symphonique – à renfort de lignes à la Hans Zimmer – voire « poétique » dans sa conclusion, mais force est de constater que ce dernier morceau exige beaucoup de concentration de l’auditeur après s’être au préalable avalé le reste de l’opus, et sert surtout de grand terrain de jeu à la mégalomanie de Luca Turilli. L’homme se gargarise désormais autour de son fétiche metal néo-classique et cinématographique, au risque d’écœurer y compris parmi ses fans d’antan, mais aussi d’en gagner de nouveaux séduits par la démesure et le côté hors norme de sa musique.

Ecouter un extrait du morceau « King Solomon And The 72 Names Of God » :

Ecouter les chansons « Rosenkreuz (The Rose And The Cross) » et « Prometheus » :

Album Prometheus – Symphonia Ignis Divinus sortie le 19 juin 2015 chez Nuclear Blast.



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  • Pour apporté des précisions Turilli ne fais pas référence au film de Ridley Scott, mais au mythe de Prométhée, d’ailleurs sur la pochette on peu le voir tenant le feu divin dans sa main.

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    Romain Henriot

    Les deux semblent possible. Mais si je m’attarde sur les lyrics de la chanson-titre (avec ses aliens, cyborgs et autres…), et si j’apprivoise bien l’iconographie de l’album, je pense bien que Turilli a souhaité coller à l’oeuvre cinématographique.

  • dericthebeast dit :

    Pareil, j’attendais de trop sur cet album et Turilli ne m’a jamais déçu, et je ne dis pas que c’est le cas, même si tout le monde ont vu juste (me croyant être le seul à le remarquer), orchestration et batterie trop mis en avant, et guitares étouffées. Morceaux bien ficelés, mais un peu trop fouillé et expérimenté et ça gâche les mélodies, le point fort c’est encore Alessandro Conti, mais aussi vrai trop de morceaux chanté en Italien. Le morceau épique finale m’a aussi déçu, mais bon ça ne tennais qu’à moi, et cet album sera toujours mieux que (Dark Wings Of Steel : R.O.F), un album à posséder mais pas indispensable.

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  • Je suis assez d’accord avec toi. La chanson thème est un peu faible niveau paroles, et par moment j’aimerai bien entendre davantage les guitare et la basse qui sont noyé sous toute ses orchestrations. Par contre, nul doute que cet album est une pur réussite, c’est bien mené du début à la fin, la pochette claque, ainsi que l’artwork, Alessandro Conti assure au chant, tout est bien mené du début à la fin. Une réussite!

    @Duncan: En voyant le titre j’ai plus pensé au Titan Prométhée qu’au film de Ridley Scott est je pense que c’est aussi le cas de Turilli.

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  • Désolé, mais ça sera pour une autre fois la pochette est une honte au film Alien. Quant à la musique le côté Orchertrale étouffe inexorablement l’ensemble, sans oublier, ce chant italien bien maîtrisé, mais trop présent. Quel grand gâchis ! En ce qui me concerne Je m’en vais me repasser « Endless Forms Most Beautiful » qui lui même s’il n’est pas parfait s’écoute agréablement.

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  • Avec un artwork et un titre qui évoquent sauvagement le navet de Scott, les « paresseuses paroles (…) adjonction de termes scientifiques et de titres d’œuvres de science-fiction (…) flirtant dangereusement avec le cliché » se sentaient venir.
    Je passe mon tour ce coup ci, merci RM de m’éviter une déception quasi certaine ^^

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