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Interview   

Lucifer : un duo d’enfer


Suite à la séparation de The Oath, quand Johanna Sardonis a fondé Lucifer en compagnie de Gary Jennings, l’un des maîtres riffeurs du doom, pour aboutir à un premier album en 2015, le résultat était une très belle surprise dans le genre rock occulte. Forcément, on attendait avec impatience la suite de cette prometteuse collaboration. Sauf que tout ne se passe pas toujours comme prévu dans la vie, et Johanna semble désormais abonnée aux chamboulements : exit Gary Jennings, ainsi que tous ceux ayant participé au premier album.

Mais Johanna semble avoir un don pour retourner les situations à son avantage. Très vite elle a trouvé son nouveau partenaire créatif en la personne de Nicke Andersson, multi-instrumentiste de son état, réputé pour avoir été batteur d’Entombed, et le chanteur-guitariste de The Hellacopters et Imperial State Electric, sans même parler d’une multitude d’autres collaborations en tant qu’instrumentiste, compositeur ou producteur. Bref, avec lui, Lucifer est entre de bonnes mains, même si forcément le son du groupe évolue légèrement sur ce second album, sobrement intitulé II.

Nous avons donc joint les deux intéressés pour nous parler de cette nouvelle mouture de Lucifer et de leur alchimie. Johanna réagit également à la comparaison dont elle fait souvent l’objet avec Jinx Dawson de Coven, elle nous parle de son rapport à l’Egypte, la magie, le diable, ou encore nous discutons de classic rock des années 60 et 70. Un entretien bien fourni et détendu qui met en évidence une véritable entente entre les deux compères, en dépit d’un invité surprise, comme nous le fait remarquer Johanna : « J’ai fait du jardinage aujourd’hui, je marchais en tongs et maintenant j’ai un suceur de sang sur mon pied, genre une petite tique. On va s’en occuper, on va retirer ce petit monstre ! » Si ce n’est pas occulte ça…

« Mon idée première était d’avoir un groupe qui s’appelle Lucifer et qui a un son très heavy rock des années 70. Puis Gary a intégré le groupe et nous nous sommes plus dirigés vers le doom […]. C’était bien et j’ai aimé ce style pour le premier album mais désormais le cycle se clôt et Lucifer se redirige vers le son que le groupe devait avoir. »

Radio Metal : Quand le premier album de Lucifer est sorti, Gary n’était pas encore officiellement un membre permanent du groupe, et il se trouve qu’il n’est finalement pas resté. A vrai dire, tous les membres qui t’entouraient Johanna ont changé durant cette période. Est-ce que tu peux nous dire ce qu’il s’est passé du coté de Lucifer ces trois dernières années, et comment vous en êtes venus à travailler ensemble tous les deux ainsi qu’avec Robin ?

Johanna Sadonis (chant) : Robin faisait parti du group à l’époque, enfin pas pendant l’enregistrement du premier album mais il a intégré le groupe peu de temps après l’enregistrement, donc il est resté avec nous. Gaz est parti à l’automne 2016, après la tournée. Il ne s’est rien passé, nous nous entendions très bien, mais j‘avais aussi une relation d’ordre personnelle avec Rise Above, et quand cette relation s’est terminée, je pense que Gaz a eu la sensation d’être assis entre deux chaises parce qu’il travaille chez Rise Above, mais son départ ne s’est pas fait en de mauvais termes. Le jour où il m’a appelé pour me dire qu’il quittait Lucifer, j’ai parlé avec Nicke au téléphone. Je lui ai dit ce qu’il s’était passé. Au début, c’est sûr que c’était un peu un coup dur parce que Gaz et moi avions écrit le premier album et je ne n’ai rien vu venir, ça a été une surprise qu’il ait envie de quitter le groupe. Je n’étais pas contente ce jour-là. Nicke et moi avons parlé et à un moment, il m’a dit : « Hey, on pourrait écrire quelque chose ensemble ? » J’étais un peu sceptique au début, et puis nous avons beaucoup parlé et nous avons commencé à écrire ensemble. J’habitais toujours Berlin à ce moment-là et Nicke était à Stockholm ; nous avons commencé à échanger de la musique, à parler de la direction que Lucifer devrait prendre, parce que je pensais que c’était une belle opportunité pour repenser le son du groupe. Nous parlions beaucoup de nos influences, du son que pourrait avoir la nouvelle musique, l’influence que Nicke pourrait avoir sur des nouvelles chansons, etc. Nicke a envoyé des trucs, je me suis assise, j’ai écrit des paroles et enregistré des mélodies vocales dans mon petit studio, et ça s’est fait comme ça.

Nicke, est-ce que ça a été facile pour toi de te projeter dans le groupe quand tu as proposé à Johanna d’écrire pour Lucifer la première fois ?

Nicke Anderson (batterie & guitare) : Nous avions déjà discuté de ce que c’est d’écrire avec quelqu’un d’autre ; j’ai toujours plus ou moins écrit seul, donc ça m’intriguait de savoir comment on écrit des chansons à plusieurs, comme Johanna et Gaz le faisaient. Donc nous en avions parlé et j’ai trouvé ça très intéressant. Et puis j’aime le premier album. J’ai toujours beaucoup d’idées. Ça, c’en est une. Quand Johanna m’a dit que Gaz était parti, c’est la première chose à laquelle j’ai pensé et j’y avais déjà certainement pensé auparavant mais sans jamais rien dire puisqu’ils formaient déjà un groupe. J’ai vu une porte s’ouvrir, avec la possibilité de faire quelque chose ensemble, parce que nous aimions bien trainer ensemble. C’était tellement évident pour moi et je suis toujours autant excité à l’idée de travailler ensemble ; j’ai tellement hâte d’enregistrer le prochain album !

Johanna, Gary était ton partenaire créatif sur le premier album. Désormais, c’est Nicke qui occupe ce rôle. Est-ce que tu as eu l’impression de tout recommencer à zéro avec cet album ?

Johanna : Pas vraiment non. Le deuxième album est différent, bien sûr, puisque l’alchimie est différente – deux personnes différentes qui écrivent ensemble ça change toujours les choses -, mais je pense que l’album est néanmoins connecté au premier album et je le considère comme un approfondissement du travail qui avait été auparavant fait avec Lucifer, je vois cet album comme un développement ultérieur. Le second album s’appelle Lucifer II, pas seulement parce que c’est notre second album, mais aussi, de façon plus symbolique, parce que c’est un peu une version mise à jour du groupe. Pour moi, c’est toujours le même groupe. Robin et moi avions dit « nous allons continuer ». Et puis aujourd’hui le groupe a un son bien plus proche de ce que j’avais prévu à l’origine pour Lucifer, avant que Gaz ne rejoigne le groupe. Mon idée première était d’avoir un groupe qui s’appelle Lucifer et qui a un son très heavy rock des années 70. Puis Gary a intégré le groupe et nous nous sommes plus dirigés vers le doom ; il a ce son très personnel de Cathedral quand il joue, son propre style, et ça a forcément eu un impact sur le son du premier album qui était très particulier. C’était bien et j’ai aimé ce style pour le premier album mais désormais le cycle se clôt et Lucifer se redirige vers le son que le groupe devait avoir.

Tu as fondé Lucifer après ta séparation avec The Oath, et te voilà à devoir reconstruire une relation créative. Est-ce que ce n’est pas un peu décourageant – le mot est peut-être un peu trop fort – qu’il n’y ait rien de stable ?

Oui, mais je ne pense pas être la seule dans ce cas. Quasiment tous les groupes que tu connais ont vu leur line-up changer. C’était assez horrible avec The Oath à l’époque parce que ce n’était pas nécessaire et nous nous sommes quittés en mauvais termes, mais ce n’était pas le cas avec Gaz. C’était simplement un changement de line-up, donc la situation n’était pas la même.

Nicke : D’un point de vue extérieur, ces deux situations paraissent totalement différentes.

Johanna, tu as grandi en jouant dans des groupes de black et death metal, et te voilà maintenant dans un groupe de vintage rock. Nicke, tu es connu pour ton travail avec Entombed, un groupe de death metal, et puis tu as évolué pour jouer toi aussi du bon vieux rock. Est-ce que vous pensez avoir une carrière ou un historique similaire ? Est-ce que c’est peut-être ce qui vous a poussé l’un vers l’autre ?

Je ne sais pas… C’est vrai qu’il y a des similarités évidentes dans notre passé musical. Et puis la musique est une part tellement importante de ma vie, et je pense que c’est pareil pour Johanna, je ne crois pas que je pourrais parler à quelqu’un si on ne parlait pas d’abord de musique ! Tous mes amis sont dans le milieu de la musique et il y a beaucoup de choses que Johanna et moi aimons tous les deux, donc oui c’est évidemment comme ça que notre relation s’est établie.

Johanna : Oui, je pense d’ailleurs que c’est très amusant, parce que nous écoutons tous ces vinyles des années 70 et puis de temps en temps nous écoutons du death metal bien brutal ! C’est marrant, ça nous fait rire ! C’est sympa de partager ces racines communes.

Nicke : Ça facilite les choses parce que tu n’as pas besoin d’expliquer pourquoi Autopsy est un super groupe, c’est évident pour nous deux [rires].

« Ce serait tellement bien s’il y avait une vie après la mort parce que tu veux que ta vie ait un sens. Tout est si précieux et la vie est tellement courte que je trouve que ce serait formidable s’il y avait un après. Je n’y crois pas, mais je souhaiterais que ce soit le cas [petits rires]. »

Nicke, tu as dit que jusque-là tu écrivais toujours seul et que la façon dont les gens collaborent t’intéressait et t’intriguait. Est-ce que ça a été un défi pour toi de laisser quelqu’un d’autre prendre part à ton processus créatif ?

Absolument ! Mais j’étais dans le bon état d’esprit quand j’ai commencé à penser à Lucifer. Je vois ce que tu veux dire, mais en même temps, écrire ensemble était notre intention dès le départ, donc ça n’a pas été difficile.

Johanna : Oui, et je pense que ton parcours montre que tu aimes la variété de styles différents et de différentes approches de la musique.

Nicke : Oui et je suppose qu’à un moment… Je veux dire, ma curiosité était présente avant que toi et moi commencions à parler. J’ai toujours pensé que ce serait intéressant d’écrire avec quelqu’un mais je n’en ai jamais eu l’opportunité, je n’ai jamais rencontré quelqu’un avec qui je voulais vraiment le faire. Je l’ai fait avec Johanna. J’avais juste besoin de trouver la bonne partenaire créative.

Johanna : Merci !

Johanna, d’après ce que tu nous as dit la dernière fois, quand tu travaillais avec Gary, tu lui dictais plus ou moins la direction que tu voulais pour telle ou telle chanson, il t’envoyait des riffs et ensuite vous les arrangiez ensemble pour en faire des chansons. Comment est-ce que vous définiriez votre dynamique créative tous les deux ? Est-ce que le processus a changé depuis le premier album ?

Non, c’était assez semblable. Nous discutions « ok, peut-être qu’on devrait avoir une chanson avec ce son et cette sonorité de tel et tel groupe », et ensuite Nicke m’envoyait une démo de ce qu’il en pensait. Moi je m’installais, j’écrivais des paroles et j’ajoutais ma mélodie vocale dessus et je lui renvoyais la démo. Nous avons utilisé la méthode inverse pour deux chansons, dont une que j’avais enregistré. Je ne sais pas jouer de la guitare mais j’ai gratouillé quelques accords [petits rires] et j’ai enregistré ça sur mon téléphone, un couplet et un refrain, et je lui ai fait écouter quand nous étions dans un avion. Il a dit : « Hey, c’est cool ! On devrait l’utiliser. Je vais écrire de la musique à partir de ça. » Du coup je me suis installée et j’ai écrit des paroles, enregistré le couplet et le refrain par-dessus un rythme de batterie sur GarageBand et j’ai envoyé ça à Nicke…

Nicke : Oui, simplement les paroles avec rien d’autre, et j’y ai ajouté les accords et les progressions. Nous avons fait deux chansons comme ça : « Before The Sun » et « Aton ».

Johanna : Pour le reste, le processus était le même qu’avec Gaz : Nicke apportait les compositions et j’y ajoutais mes paroles et mon chant.

Nicke : Mais je pense que c’est quand même un peu différent parce que quand tu en avais fini avec le chant, la mélodie et tout le reste, nous apportions la touche finale ensemble.

Johanna : Oui, nous allions en studio pour enregistrer les chansons correctement, Nicke a son propre studio dans sa maison… Enfin, dans son ancienne maison, puisque nous venons juste d’emménager dans une nouvelle maison où Nicke a un nouveau studio. Et je m’enregistrais moi-même mais parfois il donnait son avis ou des conseils, « et si au lieu de faire quelque chose de différent, tu répétais la même chose ? » C’est une très bonne formule. Il a fallu que je lâche prise parce que j’avais tellement l’habitude d’enregistrer mon chant sans que quiconque ne dise quoi que ce soit, ce qui fait que j’étais toujours libre de faire ce que je voulais avec ma voix. J’estime beaucoup l’avis de Nicke parce que c’est le maitre des chansons accrocheuses, je peux dire ça en tant que fan de tous ses autres groupes. Lorsqu’il fait une contribution, j’accueille volontiers son avis.

Nicke : Parce que la première fois tu n’avais personne pour te conseiller vocalement…

Johanna : Oui, personne. J’ai toujours fait ce que je voulais faire. C’est toujours le cas, mais si Nicke a une idée, je trouve que c’est super parce que ce n’est pas une question d’ego, mais de bien collectif, c’est-à-dire la musique, et nous voulons que le résultat soit très bon et puis il est évident que j’ai confiance en Nicke, c’est un compositeur très talentueux.

Nicke : J’ai aussi appris de… Je n’ai eu qu’un seul producteur, qu’une seule personne qui m’a produit, et c’est Chips Kiesbye, qui a enregistré quelques albums de Hellacopters. La première fois qu’il m’a produit, j’ai réagi un peu comme ça : « Qu’est-ce que tu connais à ce que je vais faire ? » Mais il m’a appris à écouter et à accepter que quelqu’un vienne et dise : « Pourquoi pas comme ça ? » C’est ce que j’essayais de faire avec toi.

Johanna : Oui. Parfois, cela simplifie les choses. Ça a été une leçon pour moi, d’apprendre à lâcher prise. Je disais : « Et si on rajoutait un petit quelque chose différent à cet endroit. » Et toi tu disais : « Non, répète simplement la même chose ! C’est ce qui va rendre la chanson accrocheuse. » C’est génial de pouvoir parler avec quelqu’un du processus complet, de l’artwork et de tout ce qui concerne le visuel du groupe. Nous faisons tout ensemble maintenant. Pareil avec les interviews, j’avais l’habitude de les faire toute seule. Nous travaillons sur l’artwork ensemble. Nous nous occupons d’une grande partie du travail logistique qui entoure le groupe, les e-mails, tout le « travail de bureau » pour le groupe. Avant, j’étais toute seule pour faire tout ça ! Donc c’est vraiment génial que nous puissions tout partager maintenant.

« L’effet que la musique a sur toi est très similaire à la spiritualité : tu trouves ton salut dans la musique, du réconfort, quelque chose auquel t’accrocher, de l’espoir. Dans ce sens, la musique est un peu comme une église. »

Nicke, tu es officiellement le batteur du groupe, mais en réalité tu es plutôt multi-instrumentaliste et même chanteur. Est-ce que tu penses que ces rôles multiples te permettent d’avoir rapidement une vision plus complète des chansons ?

Je pense que oui !

Nicke : Je crois que oui parce que même avec Entombed j’écrivais mes chansons à la guitare mais je jouais de la batterie. Je ne suis pas le meilleur batteur, je ne suis pas le meilleur guitariste, je ne suis pas le meilleur bassiste, je ne suis pas le meilleur chanteur, mais de faire toutes ces choses, ça me permet d’avoir une vue d’ensemble plutôt que d’être dans la situation d’un guitariste qui n’écoute que ses propres parties de guitare. C’est peut-être le coté positif, je ne sais pas… Quand j’écoute un morceau, je n’écoute pas seulement la batterie ou la basse, j’écoute le tout. C’est comme ça qu’il faut faire, écouter le résultat final. Je pense ne pas mal m’en sortir avec ça, voir l’ensemble, même quand il n’y a qu’une esquisse d’une chanson.

Je suppose qu’étant toi-même chanteur, tu sais comment laisser de la place pour le chant.

Johanna : C’est une très bonne remarque et c’est ce que je dis aux journalistes qui posent des questions sur ce second album, sur le fait qu’il soit différent. Ça a été tellement plus facile pour moi de trouver de l’espace pour créer des mélodies puisque Nicke a de l’expérience, il sait écrire des chansons qui sont faites pour être chantées puisqu’il est lui-même chanteur. C’était plus compliqué pour le premier album parce que Gaz joue ces riffs de dingue qui se suffisent à eux-mêmes, on pourrait en faire des chansons instrumentales, ce qui est cool mais ce n’est pas évident en tant que chanteuse d’ajouter quelque chose par-dessus ces riffs [petits rires]. Et puis, je crois que Gaz avait l’habitude de composer des riffs pour des groupes où le chanteur allait plutôt faire du growl. Donc c’était un peu un défi. Les compositions de Nicke laissent tellement d’espace que tu as la possibilité de faire énormément de choses avec ta voix, c’est génial !

Nicke : Et c’est génial pour moi parce que quand j’ai une esquisse de morceau ou une idée, il faut presque que je me force à ne pas écrire une mélodie vocale parce que ça me vient naturellement. Quand j’envoie une idée ou une esquisse de chanson à Johanna, je m’oblige à ne pas y penser, et j’ai été à chaque fois plus qu’agréablement surpris quand Johanna me renvoyait ce qu’elle avait fait. Je me disais : « Wow, tu pourrais faire ça ? Je ne ferais pas ça ! Je ferais autre chose. » Ça te pousse à laisser le hasard de notre collaboration fonctionner un peu plus en ce qui concerne l’écriture de la musique, et ça me plait beaucoup.

Johanna : C’est comme un puzzle que l’on ferait ensemble en partant chacun d’un bout, du coup c’est une surprise.

Nicke : C’est différent de tout ce que j’ai fait auparavant.

Nicke, tu as enregistré les guitares et la basse en Do dièse, ce à quoi tu n’étais pas habitué dans ce style de musique. Est-ce que c’était un prérequis pour ce groupe ?

Je jouais évidement en Do dièse, Do ou même en Si avec Entombed et Death Breath, donc ce n’est pas nouveau pour moi, mais jouer des morceaux plus rock n’ roll, je trouve ça super cool ! [Rires] Ca, je ne l’avais jamais fait.

Johanna : Au début, quand Nicke et moi avons commencé à composer et que nous parlions du son que nous voulions pour Lucifer, puisque d’un seul coup nous étions libre de changer un peu les choses, j’ai dit : « Peut-être qu’on n’est pas obligé de jouer en Do dièse… » Et Nicke a dit : « Non, non, on devrait continuer comme ça ! » C’est lui qui m’a encouragé à rester fidèle au premier album.

Quelle a été l’implication de Robin dans le processus créatif ?

Nicke : Il était créatif pour ses parties de guitares.

Johanna : Oui, Nicke et moi avons tout écrit, puis nous avons enregistré nos parties en laissant de l’espace pour les parties de guitare de Robin. Ensuite Robin est venu en studio et il a fait ses parties en improvisant sur place. Il a bien sûr une façon de jouer de la guitare très différente de celle de Nicke, c’est comme ça qu’il a apporté sa touche personnelle à la musique.

Nicke : Oui, l’album ne serait pas aussi bon si j’avais fait toutes les guitares. Comme on en a parlé, Johanna et moi avions des visions très précises et figées des chansons, donc tout était arrangé et prêt pour que Robin ajoute sa touche.

Johanna : Robin a un autre groupe, Saturn, pour lequel il est bien plus impliqué dans l’écriture des chansons. Il a toujours plus ou moins dit : « Avec Lucifer, vous faites votre truc et ensuite je viens ajouter ma touche personnelle ».

Gary et Nicke ont tous les deux des approches très distinctes, ce qui rend la musique différente, dans un style un peu moins doom cette fois-ci… Est-ce que tu n’avais pas peur que les fans qui ont adoré le premier album soient pris au dépourvu par le changement d’ambiance et de son de ce deuxième album ?

Nicke : Même si Gaz n’était pas parti et avait travaillé sur le second album, il y aurait eu ce type de réaction. On est toujours confronté à ce type de réaction.

Johanna : Oui, tu y gagnes et tu y perds aussi. Je pense que le nouvel album va potentiellement toucher plus de monde parce qu’il est un peu plus ouvert. Tu auras forcément les défenseurs underground du metal qui viendront dire : « Maintenant que Gaz a quitté le groupe, je ne vais même pas écouter le nouvel album, il va surement être nul. » La communauté metal a toujours des opinions bien tranchées. Au début, quand The Oath est sorti, les gens disaient : « Deux meufs blondes, ça peut pas être si bon que ça. » et puis le groupe s’est séparé et d’un seul coup, The Oath est devenu culte. Pareil pour le premier album de Lucifer : « Ça ne peut pas être bien, ce n’est pas The Oath. » Et puis d’un seul coup c’était cool… C’est toujours comme ça, il y a toujours des gens pour critiquer. Je m’en fiche. Enfin, non je ne m’en fiche pas, mais en fin de compte, tu veux faire quelque chose que tu veux soutenir et dont tu es fier, et tu veux être en mesure de te regarder dans le miroir et être fier de toi.

« J’ai lu tellement souvent des gens écrire : ‘C’est une copie de Jinx !’ Sauf que j’avais des longs cheveux blonds et je m’habillais en noir bien avant de connaitre Coven ! […] Mais c’est tellement débile ! A ce compte-là, je pourrais dire que n’importe quel mec avec de longs cheveux noirs ressemble à Tony Iommi simplement parce qu’il a une moustache et des cheveux noirs. »

Nicke : Et puis tu ne peux pas faire plaisir à tout le monde.

Johanna : Non, tu ne peux pas faire plaisir à tout le monde ! Tout le monde a toujours quelque chose à redire, et à chaque fois je me dis : « Pourquoi toi tu n’écrirais pas un meilleur album ? » [Rires]

Nicke : C’est certain qu’il y aura des gens pour dire : « Oh, la touche pop que Nicke a apporté est trop présente. »

Johanna : Je trouve que c’est super ! Je n’ai aucun problème à ce que notre musique soit plus pop ou plus accrocheuse.

Nicke : C’est ça le plus important : tant que nous aimons ce que nous faisons, tout va bien.

Johanna : Nous aimons les chansons accrocheuses. Si ça veut dire que nous allons offenser des puristes, alors j’en suis désolée.

Nicke : Pas moi.

Par le passé, vous aviez des chansons appelées « Anubis » et « Purple Pyramid », et sur le nouvel album, une chanson s’appelle « Faux Pharaoh ». On a aussi vu des photos de toi avec un sphinx … On dirait que tu as une réelle fascination pour l’Egypte ancienne. D’où est-ce que ça vient ?

Johanna : Je suis d’une manière générale intéressée par les civilisations et spiritualités anciennes, tout ce qui relève du mystérieux m’intéresse, et je suis particulièrement fascinée par l’Egypte ancienne parce qu’ils étaient tellement en avance sur leur temps. Je vivais à Berlin juste à coté du musée égyptien. Je trouve ça époustouflant que ça remonte à si loin et pourtant à quel niveau de développement ils en étaient en ce qui concerne l’architecture et la science ! Alors que nous en Europe, bien plus tard, nous en étions à notre époque médiévale pleine de maladies ! [Petits rires]. Ils étaient tellement cultivés, et je trouve leur approche de la spiritualité très intéressante et la façon dont ils incluaient la mort dans la vie. Pour je ne sais quelle raison, ça fait battre mon cœur plus fort.

D’ailleurs, on voit plusieurs symboles égyptiens comme l’œil de Horus ou Ankh, ou le dieu Anubis apparaitre de façon très subtile dans la vidéo de « California Sun »…

Oui, j’en ai plus ou moins fait une marque de fabrique de Lucifer tout simplement parce que je trouve ça génial et cool. J’adore ce genre de choses et je pense que c’est quelque chose que l’on va retrouver dans l’univers de Lucifer pour un moment.

Est-ce que tu crois en cette spiritualité comme ils le faisaient en Egypte ancienne ?

Je ne sais pas quoi croire. Ma première réaction serait de me dire : « Ok, quand je mourrai, mon corps va pourrir dans la terre et sera mangé par les asticots. » Mais dans l’idéal, ce serait tellement bien s’il y avait une vie après la mort parce que tu veux que ta vie ait un sens. Tout est si précieux et la vie est tellement courte que je trouve que ce serait formidable s’il y avait un après. Je n’y crois pas, mais je souhaiterais que ce soit le cas [petits rires]. La science vient en premier et ensuite la spiritualité mais je m’intéresse à toutes sortes d’approches religieuses différentes pour expliquer la vie et la mort.

La dernière fois que nous avons parlé, tu nous avais dit que tu te considérais comme quelqu’un de très spirituel. Je ne sais pas ce qu’il en est pour toi Nicke, mais est-ce que tu vois votre musique comme une sorte de gospel ?

Le grand gospel du rock n’roll ! [Petits rires]

Nicke : Je ne sais pas. Dans un sens oui, et dans un autre non. Pour moi, la musique est assez religieuse comme ça. C’est la raison pour laquelle je me lève le matin et pour faire simple c’est ma raison de vivre. Ça a toujours été le cas, sans que j’aie besoin d’y réfléchir vraiment. Dans ce sens, oui, c’est spirituel, mais en même temps, ce n’est que trois ou quatre accords mais ça peut avoir un impact sur toi qui est incomparable, donc ça me suffit.

Johanna : L’effet que la musique a sur toi est très similaire à la spiritualité : tu trouves ton salut dans la musique, du réconfort, quelque chose auquel t’accrocher, de l’espoir. Dans ce sens, la musique est un peu comme une église.

Nicke : Et c’est tout ce dont j’ai besoin. Je n’ai besoin de rien d’autre. Mais je peux aussi, dans une moindre mesure, être fasciné et intéressé par les mêmes choses que Johanna, mais je n’ai jamais eu le temps de chercher à en savoir plus à ce sujet, d’aller plus loin que « Satan est cool ! » [Rires]

En parlant de ça, il y a beaucoup de références explicites à l’occulte et au diable dans votre musique. Et Johanna, tu as déclaré une fois que ton « intérêt pour le diable a commencé quand tu t’es intéressé à la musique heavy quand tu étais très jeune. » Mais qu’est-ce que ou qui est le diable pour vous ?

Johanna : Ça peut être tant de choses ! Le diable est une métaphore et je crois que c’est d’ailleurs comme ça que c’était voulu dans le christianisme. Malheureusement, beaucoup de gens prennent ça au sens littéral ou alors on s’en est servi comme menace pour garder les gens dociles. Je pense que si le diable réside quelque part, alors c’est surement dans la musique rock n’roll parce que tu fais toutes les mauvaises choses, comme boire par exemple… Sex, drugs and rock n’roll – je suppose que c’est un peu comme ça que les gens voient le diable.

Nicke : Ce qui n’est pas nouveau, ça a toujours été comme ça !

Johanna : Je vois plus le diable comme un symbole et une métaphore. Et puis bien sûr le diable représente tout ce qui est amusant. Donc on essaye de le garder près de nos cœurs [petits rires].

« Led Zeppelin était peut-être un peu surcoté. J’aime bien certains de leurs trucs, mais je pense que les gens les mettent parfois sur un piédestal et personnellement je pense que Deep Purple sont meilleurs [petits rires]. »

Je sais que vous parlez de votre musique comme du « rock magique » et que vous aimez inclure des nombres magiques dans vos paroles. Concrètement, qu’est-ce que c’est la magie pour vous ?

La magie peut être beaucoup de choses, tout comme le diable. Cela peut être un moment, un moment magique. Par exemple Nicke et moi étions sur un rocher au bord d’un lac l’autre jour, ou sauter dans la mer pour la première fois de l’année peut être magique.

Nicke : Non, c’était seulement magique quand nous sommes sortis de l’eau !

Johanna : Parce que c’était super froid ! [Rires] Tu sais, là aussi on peut le voir comme une métaphore, ou alors si tu fais de la magie ça peut se manifester comme ça : je souhaite que quelque chose en particulier se réalise dans ma vie et je prend un morceau de papier, j’écris ce que je souhaite dessus et puis je l’enferme dans une boite ou je le brule ou quelque chose comme ça, et l’idée se manifeste, pour je ne sais quelle raison, des mois plus tard, ce souhait se réalise soudainement, et c’est peut-être parce que a exercé quelque chose dans ton subconscient. Il existe une expression latine : nomen est omen, une fois que tu énonce la chose, elle se manifeste réellement. Je pense que c’est comme avec le diable, tu peux le prendre très littéralement ou simplement l’utiliser comme une métaphore. J’aime que ce soit un peu des deux.

Johanna, quand les gens essayent de deviner tes influences, le premier nom qui leur vient à l’esprit est généralement Jinx Dawson de Coven. Quel a été son véritable impact sur toi ?

Je n’ai découvert Coven qu’il y a une dizaine d’années et j’ai pensé : « C’est super cool. C’est marrant parce qu’elle aussi elle a… » J’entends ça tout le temps. Les gens disent tout le temps : « Oh, elle doit être très influencée par Coven. » Et pourquoi ? Parce que nous avons toutes les deux des longs cheveux blonds, ce qui est le cas de millions de personnes dans le monde, et il se trouve que nous nous habillons toutes les deux en noir ; aux yeux de beaucoup de monde, ça fait de nous les mêmes personnes. J’ai lu tellement souvent des gens écrire : « C’est une copie de Jinx ! » Sauf que j’avais des longs cheveux blonds et je m’habillais en noir bien avant de connaitre Coven ! Et il y a un million de metalleuses qui portent des habits noirs et ont de longs cheveux blonds ! Mais Coven est un bon groupe et puis elle a commencé tellement tôt ! Elle était super jeune quand elle a commencé Coven. J’imagine que c’était un peu perçu comme de l’insolence à l’époque pour les groupes de flirter avec l’occulte. Beaucoup de groupes s’y sont essayé, certains pour une courte période, et d’autres ont flirté avec plus longtemps, comme Black Sabbath. Mais elle était super jeune et c’est une femme très talentueuse. Elle a écrit une grande partie de la musique, elle a une formation de chanteuse lyrique, ce qui est marrant parce que je chantais aussi comme soprano dans un chœur à l’église. Je trouve que c’est une femme cool. D’ailleurs nous sommes un peu en contact. J’adore l’album Blood On The Snow et bien sûr Witchcraft. Je ne dirais pas que Coven a beaucoup d’influence sur Lucifer mais ce qui est sûr c’est que c’est un groupe que j’apprécie et que je peux lister parmi les groupes qui m’influencent.

Nicke : Quand je t’ai rencontré, je ne connaissais que le premier album de Coven et tu m’as fait écouter les autres et ils sont tellement différents !

Johanna : Oui, ça n’a rien à voir avec Lucifer.

Nicke : Et puis deux femmes avec de longs cheveux blonds, je pense que c’est facile pour les gens de faire la comparaison.

Johanna : Mais c’est tellement débile ! A ce compte-là, je pourrais dire que n’importe quel mec avec de longs cheveux noirs ressemble à Tony Iommi simplement parce qu’il a une moustache et des cheveux noirs. Tu vois ce que je veux dire ? C’est nul que les gens soient si limités, mais c’est comme ça quand tu es une femme dans le monde de la musique.

Je suppose que ça vient aussi de la relation à l’occulte, des photos avec des crânes, etc. Je pense que c’est principalement de là que la comparaison vient.

Oui mais combien de groupes de metal utilisent des images de crânes ? Combien de groupes de metal abordent le sujet du diable ? Presque tous ! Si j’étais un mec, je ferais la même chose et personne ne dirait que je ressemble à… je ne sais pas, Janick [Gers] d’Iron Maiden par exemple [rires].

Nicke : C’est là tout le problème : puisque qu’il y a très peu de femmes dans le rock et en particulier le rock occulte, ou quelque chose qui flirte avec l’occulte, forcément les gens vont faire cette comparaison, parce qu’il y en a très peu. Mais si tu y réfléchis un peu plus, tu verras qu’il n’y a pas grand-chose.

Johanna : Mais c’est un groupe super cool. J’aime beaucoup Coven.

« Une bonne chanson est une chanson qui a un effet sur ton âme et ton cœur. […] Ou alors tu peux considérer qu’une bonne chanson c’est une chanson qui te permet de payer tes factures. Je n’en ai pas encore des comme ça [petits rires]. »

La dernière fois que nous avons parlé Johanna, tu nous as dit que tu admirais des groupes de rock classique comme Black Sabbath, Deep Purple, Aphrodite’s Child, Blue Öyster Cult et d’autres, et on dirait que tu t’en rapproches encore plus avec cet album. D’après toi, qu’est-ce qui fait que la musique de ces groupes se démarque ? Quels éléments rendent leur musique si bien écrite ?

Je pense que c’est difficile de réinventer la roue de nos jours. Ces groupes ont inventé la musique heavy à l’époque et personne ne les a jamais vraiment égalés. Donc évidemment je préfère m’inspirer des meilleurs !

Nicke : Les chansons étaient aussi meilleures ! Pas seulement le son ou le jeu, mais les chansons étaient vraiment bonnes. Ça manque un peu de nos jours.

Johanna : C’est vrai, le travail de composition impliquait un peu plus d’effort à l’époque. Peut-être que c’est dû à l’éducation de l’époque.

Nicke : Ils étaient simplement meilleurs !

Johanna : Ils devaient être bons en une prise avec tout le groupe qui jouait en live. Maintenant, tu peux enregistrer, et réenregistrer encore et encore…

Nicke : Tu peux lustrer un paquet crottes aujourd’hui, ce qui n’était pas possible à l’époque ! Evidemment, c’est quelque chose que nous aimons et ça ne veut pas dire que… Aucun de nous n’aime le mot « rétro » parce que ça n’a rien à voir avec ça. Nous avons l’impression que le son était vraiment meilleur à l’époque, dans les années 60 et 70, et je pense ça depuis longtemps, tout comme toi. Donc si c’est ça l’inspiration, c’est une bonne chose.

Les groupes de rock de cette période ont tous une aura sacrée, comme s’ils étaient intouchables. Est-ce que vous pensez qu’on a tendance à idéaliser et fantasmer sur cette époque et ces groupes ?

Bien sûr ! Mais je pense aussi que tu ne peux rien faire contre la nostalgie, et c’est un peu délicat parce que c’est pour ça que les gens considèrent presque toujours le premier album d’un groupe, ou celui qu’ils ont entendu en premier, comme leur meilleur. Et ça n’a rien à voir avec quel album est réellement le meilleur, c’est une question de nostalgie. Ça joue évidemment un rôle dans l’idéalisation de la musique de l’époque, mais en même temps, je préfère quand même cette musique là aux nouveaux trucs. Donc je m’en fiche de ça. Mais il y a eu de la musique de merde à toutes les époques ! On pourrait penser que les gens comme nous aiment tous les trucs des années 70 mais ce n’est pas le cas ! Mais j’ai l’impression qu’il y avait plus de groupes de qualité à cette époque qu’il y en a aujourd’hui. Oui, il y avait des groupes bien pourris aussi, mais il y avait plus de bons groupes. Je ne peux parler que pour moi, mais je pense que Led Zeppelin était peut-être un peu surcoté. J’aime bien certains de leurs trucs, mais je pense que les gens les mettent parfois sur un piédestal et personnellement je pense que Deep Purple sont meilleurs [petits rires].

Johanna : J’adore Led Zeppelin mais oui, il y a d’autres groupes qui méritent autant d’être acclamés.

Nicke : Oui, je pense que Deep Purple ont plus de bonnes chansons que Led Zeppelin.

Johanna : Je ne suis pas d’accord là-dessus. Mais j’adore Deep Purple aussi. Pour moi, les deux groupes sont aussi bons.

Led Zeppelin sont connus pour avoir plagié beaucoup de vieilles chansons de blues…

D’un autre côté, beaucoup de groupes l’ont fait. Tout le monde est influencé par quelque chose.

Nicke : Oui, mais il y a eu quelques incidents avec Led Zeppelin pour lesquels c’était un peu trop flagrant. Mais parmi tous ces groupes cultes, je trouve que Black Sabbath est le meilleur. Ils ont tellement de bonnes chansons, ce qui n’est pas le cas de Led Zeppelin.

Qu’est-ce qu’une bonne chanson pour vous ?

C’est une question très difficile ! Une bonne chanson est une chanson qui a un effet sur ton âme et ton cœur.

Johanna : Oui. Ça pourrait être la construction de la chanson qui la rend bonne, le fait qu’une chanson soit très accrocheuse, la combinaison du couplet, du refrain, du pont, le fait que la chanson soit parfaitement construite de façon à ce que ça touche de nombreuses cordes sensibles dans ton cœur. Mais ça pourrait aussi être quelque chose d’insaisissable, on en revient à la magie dont on parlait tout à l’heure, ou une sorte de spiritualité présente dans la musique. Simplement quelque chose qui touche ton cœur, ou le cœur de plusieurs personnes, et tu ne peux pas l’expliquer.

Nicke : Ou alors tu peux considérer qu’une bonne chanson c’est une chanson qui te permet de payer tes factures. Je n’en ai pas encore des comme ça [petits rires].

« J’étais fan de Kiss avant même d’avoir entendu une seule note ! J’ai vu une photo d’eux quand j’avais sept ans et je me suis dit : ‘C’est le meilleur groupe du monde !’ Je n’avais même pas besoin d’écouter leur musique. »

Vous avez un autre élément en commun tous les deux : la musique n’est pas juste de la musique, c’est aussi visuel. Vous avez tous les deux un look soigné. Est-ce que vous pensez que l’image est importante pour un groupe de rock ?

Bien sûr ! Parfois c’est même plus important que la musique [rires].

Johanna : [Rires] Non, la musique est le plus important…

Nicke : Non, pas vraiment !

Johanna : Je pense que c’est le tout qui est important. Si je vois un bon groupe… Ce que je veux dire, c’est que je ne veux pas voir Led Zeppelin en jogging. Je préfère les voir se pavaner avec leurs chemises ouvertes jusqu’au nombril et leurs longs cheveux flotter au vent [petits rires]. Je pense que l’image d’un groupe est aussi très importante.

Nicke : Pour moi, c’est comme ça que ça a commencé. J’étais fan de Kiss avant même d’avoir entendu une seule note ! J’ai vu une photo d’eux quand j’avais sept ans et je me suis dit : « C’est le meilleur groupe du monde ! » Je n’avais même pas besoin d’écouter leur musique. Donc évidemment je pense que le visuel d’un groupe… Kiss et The Ramones sont deux de mes groupes préférés et ils sont similaires dans le sens où ils ont tous les deux une image. The Ramones, désolé de dire ça, mais ils ne seraient pas aussi bons s’ils n’avaient pas ce visuel. Pareil pour Kiss.

Johanna : Oui, il faut que tu aies un truc.

Nicke : Ça rend la musique bien plus…

Johanna : Attirante. Tu veux pouvoir t’échapper dans un monde différent avec la musique, tu veux t’éloigner de la réalité, et l’aspect visuel y contribue.

Nicke, tu es retourné avec The Hellacopters en 2016 mais le guitariste Robert Dahlqvist est décédé dans un accident et le bassiste Kenny Håkansson a quitté le groupe. Avec un peu de recul, comment tu te sens par rapport à ces évènements ?

Nicke : Ce sont deux choses bien distinctes. Robert « Strings », c’est une chose, et c’est bien sûr, encore aujourd’hui extrêmement triste et inutile ; c’est très douloureux d’y penser et d’en parler parce que ça n’aurait pas dû se produire. Ça fait chier, vraiment. Malheureusement, la vie est comme ça parfois. En ce qui concerne la raison du départ de Kenny, c’est à lui qu’il faut demander. Je ne peux pas répondre à cette question. Je suis toujours un peu dérouté par cette décision pour être honnête. Je veux dire, nous nous sommes reformés et ça se passait très bien, et pourquoi il a choisi de ne pas en faire partie, ça me sidère, je ne le comprends pas. Mais il a fait ce choix étrange, et je ne sais pas pourquoi, je ne comprends pas, le seul qui peut l’expliquer c’est lui. Mais ça se passe très bien avec le line-up que nous avons. L’année dernière, nous avons joué avec Sami Yaffa et ça s’est très bien passé ; il a décidé de ne pas continuer cette année, donc maintenant nous avons Dolf [De Borst] de The Datsuns et Imperial State Electric, et il y a aussi un bon feeling ! C’est ce qui est bien avec The Hellacopters : nous ne jouons que si nous nous amusons, et c’est le cas ! Je ne le ferais pas sinon. Aucune somme d’argent ne me ferait le faire si je n’y prenais pas du plaisir.

Tu fais également partie de la nouvelle incarnation d’Entombed avec Alex Hellid depuis 2016. Tu n’avais pas joué avec Entombed depuis 1997. Qu’est-ce qui t’a motivé à y retourner ?

Beaucoup de choses. Quand je suis parti en 1997, je n’ai pas joué de death metal pendant un moment, et puis j’ai eu de nouveau envie et j’ai fondé Death Breath. Une chose mène à une autre, et puis il y a eu cette rupture entre Alex et L-G [Petrov], et l’opportunité de jouer l’album Clandestine pendant deux concerts est venue. J’ai pensé que ça avait l’air bien. Ça a été un défi pour moi de jouer ces chansons vingt-cinq ans plus tard et de voir si je pouvais vraiment y arriver. Ce n’était pas facile mais ça a fonctionné. Et c’était marrant !

Est-ce qu’il y a des choses de prévues pour ces deux groupes à l’avenir ?

Rien de très concret. Nous verrons ce qu’il arrivera. J’ai désormais appris à ne vais fermer aucune porte. Peut-être que je devrais parfois, mais je ne peux pas m’en empêcher, j’aime beaucoup trop faire ça.

Tu es très occupé en ce moment avec tous ces groupes !

Oui, je sais mais je ne pourrais pas imaginer le contraire. Ce serait tellement horrible si je restais à attendre que quelque chose se passe ! Peut-être que c’est pour ça que j’ai peur de m’ennuyer. Mais je ne me suis jamais ennuyé depuis que j’étais enfant [rires]. Je me considère comme chanceux à cet égard.

Interview réalisée par téléphone le 16 mai 2018 par Nicolas Gricourt.
Transcription : Nathalie Holic.
Traduction : Lison Carlier.

Site officiel de Lucifer : www.lucifer.church

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