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Chronique   

Lucifer – Lucifer IV


Lucifer, groupe emmené par sa frontwoman Johanna Sadonis, a très vite retenu l’attention, s’illustrant par une révision de la formule de groupes légendaires tels que Black Sabbath, Blue Öyster Cult ou Pentagram. L’intégration de Nicke Andersson de The Hellacopters et Entombed pour le second album Lucifer II (2018) a mené à une légère redéfinition de l’écriture musicale du groupe, suffisamment qualitative pour empiler les nominations, accumuler les dates de concerts et acquérir un statut de tête d’affiche en Suède et de référence à l’international. La pandémie a évidemment transformé l’emploi du temps de la formation qui s’est très vite attelée à la conception d’un quatrième opus. Cette dernière se veut davantage un effort collaboratif. Nicke et Johanna ont cette fois-ci composé avec les guitaristes Linus Björklund et Martin Nordin. En résulte un album aux sonorités plus sombres et lourdes, qui correspond à la volonté de Johanna d’envoyer valser les relents nauséabonds de patriarcat qui persistent dans notre société.

La sobriété et l’atmosphère de l’artwork de la pochette reflètent précisément ce que Lucifer IV propose. Une opposition de rouge et de noir qui nous oblige à confronter le regard de Johanna crucifiée, comme si cette dernière conservait la même résolution en dépit des entraves et des affronts. Lucifer ne cultive pas l’art de la surprise, « Archangel Of Death » nous fait reprendre contact avec les affects du groupe : des guitares aux distorsions héritées des années 70, des basses rondes, quelques leads tranchants et une batterie robuste. Nicke Andersson met un point d’honneur à frapper, quitte à faire ressortir davantage le duo caisse claire-grosse caisse au détriment du reste. Lucifer IV gagne en agressivité et en intensité. Lucifer va chercher à créer des ambiances lugubres, à l’image de cette langueur sensuelle qui introduit « Wild Hearses ». Le groupe prend soin de toujours contrebalancer ses accents les plus exubérants par des plages mélodiques qui misent tout sur la sensualité de Johanna. Il n’hésite pas non plus à faire poindre des passages impromptus : « Wild Hearses » se termine en état de grâce. Cette noirceur se retrouve amplifiée sur les leads qui amorcent « Crucifix (I Burn For You) » qui symbolise le modus operandi de Lucifer IV. Les articulations malsaines doivent trouver une résolution plus lumineuse en accord avec un esprit rock. Leur trait d’union est le timbre de Johanna, celui qui déjoue les notes d’orgue gothique de « Mausoleum » par son élégance. Un jeu de charme et de violence : le poncif de la séduction comme arme vengeresse.

Lucifer a toutefois l’intelligence de ne pas se complaire dans une formule à l’endurance douteuse. Il sait se montrer plus explicite via « Bring Me His Head » qui repose sur un riff épuré et un groove immédiat camouflant de très légères influences punk. Il a aussi conscience de l’impératif de la dynamique en alternant titres fluides et rythmiques plus marquées : l’intérêt de « Cold As A Tombstone » repose en grande partie sur une phrase de guitare martelée et appuyée avec ferveur par Nicke. Là où Lucifer pêche, c’est principalement par la répétition des mêmes motifs. Un écueil inhérent à cette volonté d’honorer une musique qui a déjà vécu. C’est son travail sur les atmosphères qui empêche d’assister à un énième effort de revival sans cachet. « Phobos » plonge peu à peu dans les abysses à son terme, Lucifer insiste sur des évolutions harmoniques audacieuses et captivantes. Quelque part, sa principale réussite reste l’utilisation de l’interlude acoustique « The Funeral Pyre » qui colore l’ensemble et brise volontairement l’enchaînement des compositions. Une nécessité pour éviter d’atténuer l’aura singulière de Lucifer IV qui pourrait se perdre dans des ficelles que l’on connaît forcément par cœur.

Lucifer IV réussit à se démarquer en partie de ses prédécesseurs par un univers aux contours mieux dessinés. Il y a une violence élégante et une recherche constante du lugubre qui confère tout l’intérêt à un rock qui serait autrement anecdotique. Lucifer se repose sur des fondations plus qu’éprouvées et introduit juste ce qu’il faut de variations pour ne pas vieillir avant d’être jeune. Être vieux jeu avec du cachet est déjà une petite prouesse à défaut d’une grande réussite.

Clip vidéo de la chanson « Crucifix (I Burn For You) » :

Clip vidéo de la chanson « Bring Me His Dead » :

Lyric vidéo de la chanson « Wild Hearses » :

Album Brighten, sortie le 29 octobre 2021 via Century Media Records. Disponible à l’achat ici



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  • « qui correspond à la volonté de Johanna d’envoyer valser les relents nauséabonds de patriarchie qui persistent dans notre société. »

    « Patriarcat ». Ça ne rendra pas cette phrase moins débile, mais au moins sera-t-elle française.

    [Reply]

    Pat

    la woke culture est une peste. On le voit bien tous les jours, l’absence d’autorité paternelle créer des gosses très très bien « élevés ». Etant un homme normal de plus de 50 ans, cette chasse archi-stéréotypée aux vieux mâles qui n’ont fait propager la violence et l’oppression autour d’eux commence à me gonfler sérieusement.
    Pas de liberté sans règle et limite sinon le chaos.
    Sinon j’aime bien Lucifer.

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