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Chronique   

Macabre – Carnival Of Killers


1981, l’année où Macabre décide de s’atteler à la tâche. Depuis, le line-up du groupe n’a pas changé, et ce malgré les années qui séparent chaque opus de Macabre, uni par ce goût pour le démentiel et le morbide abordé avec un sens de l’humour controversé. Carnival Of Killers, successeur de Grim Scary Tales (2011), voit le jour chez Nuclear Blast après neuf ans de silence. Un délai qui s’explique par l’envie de Lance Lencioni de ne pas forcer les choses et de réaliser le travail de recherche nécessaire pour narrer les histoires de ces tueurs en série présentés sur Carnival Of Killers. Si Macabre s’illustrait à ses débuts principalement dans un registre proche du grind, Carnival Of Killers continue d’accentuer l’aspect insondable de sa musique, incarné par les facéties de Lance.

L’idée de ce « carnaval des tueurs » provient d’une peinture de clown de John Wayne Gacy, avec qui Lance a correspondu (il l’a même rencontré en personne). La pochette réalisée avec Laz Gein s’en inspire directement, comprenant de nombreuses références aux crimes des protagonistes (H.H. Holmes et ses squelettes, Bittaker et Norris et leurs marteaux…). Lance voulait concevoir ce grand cirque funeste, propice au double registre employé par Macabre : le malsain montré pour ce qu’il est via des formes en apparence légères. L’introduction est explicite, Macabre nous convie à la fête avant de corrompre l’ambiance via le riff dissonant du corrosif « Your Window Is Open », évoquant l’un des meurtres les plus grotesques de Richard Ramirez, le « traqueur nocturne ». « Joe Ball Was His Name » ne tarde pas à montrer le dessein principal de Carnival Of Killers : une recherche constante des arrangements vocaux. Lance s’est évertué à ne pas se limiter à un jeu de growl/scream, et module sa voix en clair comme en saturé selon l’envie. « Joe Ball Was His Name » use de rythmiques sautillantes et de mélodies joyeuses voire enfantines. « Stinky » emprunte un vocabulaire similaire, au milieu de riffings plus musclés : la performance de Lance se rapproche du jeu d’acteur. Cet humour aussi formel que textuel est presque insolent lorsqu’il narre les plus grandes vicissitudes de l’être humain.

« Them Dry Bones » (introduit a capela), inspiré d’H.H. Holmes qui vendait les squelettes de ses victimes aux écoles de médecine, et « The Wheels On The Bug », référence à Ted Bundy, se veulent le paroxysme de ce second degré. Les titres sont pratiquement agencés comme des comptines aux accélérations impromptues et décérébrées. Le travail de documentation et de narration de Lance et de ses acolytes les motive à chanter « Warte Warte » en allemand, une marque d’authenticité pour évoquer les agissements de Fritz Haarmann. Le morceau se veut une version sous acide des motifs musicaux des fêtes bavaroises. La carte du cliché, à bon escient ou non. La schizophrénie de « Slaughter House » (à propos d’Albert Fish), entre doom et brutal death, et les airs plus sérieux de « Corpse Violator » soulignent à nouveau l’intérêt essentiel de Carnival Of Killers en démontrant les prouesses dont est capable Lance. Lorsqu’il le souhaite, Macabre sait se montrer moins juvénile et plus enclin à proposer un riffing consistant.

Il faut du recul et beaucoup de degrés d’humour pour apprécier l’œuvre de Macabre. Il se parcourt pour la prestation de Lance. Pas pour sa musique qui cherche davantage à traiter les sujets d’une manière insolite plutôt qu’à investir l’auditeur. Il ne faut pas, d’après Lance Lencioni, y voir une célébration des tueurs en série, le contraste de la forme et du thème est au contraire un argument supplémentaire pour souligner la folie de ces figures tristement célèbres. Une petite danse que Macabre sait mener en nous faisant sourire, à condition de ne pas le faire à pleines dents.

Clip vidéo de la chanson « Joe Ball Was His Name » :

Chanson « The Wheels On The Bug » :

Chanson « The Lake Of Fire » :

Album Carnival Of Killers, sorti le 13 novembre 2020 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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